Nom d’un traité de magie pratique et de pharmacopée populaire. N.d.é.

 

Il y eut un temps où rien n’était ; ce rien n’était pas une des choses existantes, mais, pour parler nettement, sans détour, sans aucune espèce d’artifice, absolument rien n’était. Quand je dis «était», je ne veux pas affirmer que le rien «existait», mais faire comprendre ce que je veux dire, à savoir qu’absolument rien n’existait.

Basilide d’Alexandrie, Elenchos

 

Au tournant du IIe siècle, le Christianisme se penche sur ses origines et ses pratiques encore jeunes, apparaît alors ce que l’on regroupera par la suite sous le terme fourre-tout de gnose et qui tente d’accéder à une sorte de connaissance absolue, plus spirituelle que religieuse et plus spéculative que pratique. Les mystères de toutes sortes sont passés à la moulinette philosophico-mystique d’esprits aussi tortueux que vraisemblablement torturés. Ainsi fait Basilide, explorant les substances de l’âme et les mystères du divin il tente de mettre en connexion le vide de l’homme et le néant de dieu en greffant la cosmogonie sur l’esprit. Dans cette perspective tout peut être tout, ou rien, et inversement dans tous les sens. Au Ve siècle les pensées regroupées sous le nom du Pseudo-Denys l’Aréopagite mettent en avant une «Ténèbre de l’inconnaissance», proche du panthéisme, qui déclare que la cause (Dieu !) ayant présidé à ce temps indéfini «où rien n’était», n’est rien de tout ce que l’on peut connaître, imaginer ou même de tout ce que l’on ne connaît pas ou n’imagine pas ; il nous manque un mot pour qualifier ce «rien au-delà du tout qui est tout et rien à la fois».

Poursuivons encore la trace de cette admirable réflexion spatio-temporelle. Certains gnostiques considéreront que seul l’esprit étant pur, le corps n’était rien si ce n’est de l’impur ; ainsi ce que le corps pouvait faire n’avait pas d’importance, seul comptait l’esprit. Nous pouvons les soupçonner de ne plus pouvoir, à ce moment de leur réflexion, se contenter de théorie et de légitimer des tentations bien plus pratiques ; la porte d’un corps libéré se vautrant dans la luxure, la spoliation des biens des riches et l’amour libre était alors grande ouverte. Où mène le rien... À tout !