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clair

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Psaume

Personne ne nous pétrira plus de terre et d’argile,
Personne ne conjurera notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
Par amour de toi nous
voulons fleurir.
Vers
toi.

Un rien
étions-nous, somme-nous, resterons-
nous, fleurissant :
la rose de Rien, la
rose de Personne.

Avec
le style clair d’âme,
l’étamine ciel-désert,
la corolle rouge

du mot-pourpre que nous chantions
par-dessus, ô par-dessus
l’épine.

Paul Celan, La rose de personne



Poète à la composition exigeante, Paul Celan porte l’acte poétique sur ses plus extrêmes frontières, là où se trouvent les marges du dicible voir du supportable, rejoignant ainsi un poète qu’il admirait dans sa jeunesse : Georg Trakl. Psaume regroupe particulièrement ses préoccupations quant à la question de la "présence" ou de "l’absence" d’une entité disons "autre". La «rose» renvoie ainsi au sens caché et double des traditions gnostique et kabbalistique comme symbolique du religieux, «rose de Rien» et «rose de Personne» se répondant entre elles et faisant écho à la «rose sans pourquoi» du mystique médiéval Angelus Silesius (Le pèlerin chérubinique) dont les traductions peuvent donner :


La rose est sans pourquoi, fleurit parce qu’elle fleurit.
N’a souci d’elle-même, ne désire être vue.La rose est sans pourquoi. Elle fleurit parce qu’elle fleurit.
Elle ne fait pas attention à elle-même, ne demande pas si on la regarde.


Cette rose semble introduire philosophiquement au "rien", à "ce qui est sans raison, sans fondements", c’est-à-dire à ce qui est "acte gratuit" ; et l’on pourrait poursuivre moralement par "acte désintéressé" ou "spontané"... «Personne» avec la majuscule va au-delà et nomme le Dieu absent, celui innommé de la Kabbale en opposition au Dieu révélé de la Bible sensé accompagner son peuple et donc être présent notamment dans l’adversité. Le titre du recueil perd lui la majuscule à «personne», redevenant en quelque sorte la "rose de rien", marquant non seulement l’absence de Dieu mais peut-être aussi sa mort ou sa non-existence, en tout cas sa disparition et son abandon des hommes dans un monde vide de sens.