Ladislav Klíma

De wikimerdja
Aller à : navigation, rechercher
Ladislav Klíma (1878 - 1928) Termes utilisés par Egosolistus Hominina lui-même pour s'auto-désigner.


Étymologie

Photo de famille. Ladislav Klíma est en haut à gauche
Né en août 1878 à Domažlice[1] (actuelle Tchéquie) dans une famille de la classe moyenne de Bohême occidentale, Ladislav Klíma se prénomme ainsi par le choix de ses parents. Les hominines de cette région utilisent ce procédé culturel afin d'individualiser leur progéniture, en l’occurrence Ladislav peut être mieux différencié de ses deux frères et deux sœurs. Le terme de Klíma correspond au nom de famille dont il hérite à sa naissance par son père selon les usages culturels et les croyances religieuses de ses deux géniteurs.

Cette commodité de langage utilisée par le grand public - au même titre qu'appeler Lucy une australopithèque célèbre - désigne l'unique représentant de la famille Egosolistus Hominina.

Egosolistus est la forme latine du néologisme égosoliste créé par Ladislav Klíma pour se définir. L'égosolisme vise ainsi à décrire l'existant selon le précepte suivant, "Le Monde Est Le Jouet Absolu De Ma Volonté Absolue", noté l.m.e.l.j.a.d.M.V.a par L. Klíma. Selon lui,

Rien absolument n’existe, n’a jamais existé, n’existera jamais en dehors de ma conscience.[2]

Dans La tentation nihiliste, Roland Jaccard nous résume en quelques lignes ce qui pousse Egosolistus à ce raisonnement  :

Le monde ne peut donc exister en dehors de [sa] conscience. Or, qu'est-ce que le monde ? Une illusion. Qu'est-ce que la réalité ? Une supercherie. Qu'est-ce qu'aujourd'hui ? "Le rire de demain". Tout n'est qu'apparence, tromperie intentionnelle. Le monde est son propre jouet, son propre bouffon. Et cependant, c'est dans cette énorme mystification, dont il est à la fois l'auteur et la victime, que réside le mystère du monde, sa beauté et sa liberté[3]

L'appellation latine Egosolistus Hominina indique l'appartenance au genre hominina ou hominines. Les approches récentes de la paléo-anthropologie déterminent de nouveaux classement qui tendent à l'inclure dans le sous-genre homo de type sapiens, connu aussi sous le nom d'Homme moderne. De fait, en tant qu'hominine, Egosolistus se classe dans la grande famille des hominidae qui rassemble les orangs-outangs, les gorilles, les chimpanzés et les bonobos. Cette famille phylogénétique est un sous-groupe des primates dans lequel se trouve aussi les petits singes et les lémuriens[4].

Les primates sont des mammifères[5] au même titre que l'éléphant de mer, la vache ou le chat. Tous sont classés parmi les vertébrés aux côtés des oiseaux, des poissons et des reptiles pour ne citer qu'eux. Plus précisément, Ladislav Klíma appartient au règne animal, à la famille des zoobiotes bilatériens[6]. Eucaryote, il est cousin des champignons, des plantes et des algues, proche parent des archées et du monde bactérien[7].

A l'image de l'ensemble du vivant, Egosolistus est une sorte de macédoine.

Egosolistus Hominina

Origines

Le genre Homo Sapiens se différencie des marsupiaux par son mode de reproduction placentaire - commun à la plupart des mammifères. Ainsi Egosolistus serait issu d'une inter-fécondation entre un mâle et une femelle hominine avec un gestation de 9 mois dans les entrailles de cette dernière. La période de gestation est identique à celle des autres homo sapiens. Rien n'est connu sur l'aspect volontaire ou accidentel de cet engendrement.

Environnement primal

Dès sa naissance, Egosolistus se confronte d'abord aux hominines déjà présents. Hormis ses deux parents, deux frères et deux sœurs attendent l'arrivée de celui qu'ils prénommeront Ladislav.

Tous m'inspiraient une aversion frisant le dégoût - non qu'ils fussent dégoûtants - simplement parce qu'ils m'étaient trop proches. Mes parents me répugnaient, je les haïssais presque, bien que je n'eusse pas à me plaindre d'eux, parce qu'ils osaient m'être plus proches encore, - si paradoxalement, ignoblement proche.[8]

Dans les quelques années qui suivent sa naissance, il semble que Egosolistus, tout comme les petits hominines, passe par une période d'éveil, de découverte et d'apprentissage de sa nouvelle condition. Cette période pendant laquelle le nouveau venu à la vie s'émerveille de ce qui l'entoure et s'interconnecte avec les autres individus rencontrés. Ses premières sensations et son ouverture au monde.

Enfant, je haïssais tout le monde, la moindre caresse me faisait vomir, contre tous les spécimens du sexe masculin en particulier je nourrissais une idiosyncrasie très poussée. Fondée sur un mépris inné. Analysant mes souvenirs , il m'apparaît que dès les premières années de cette petite vie ma perception de moi-même et de l'humanité a été celle de deux puissances en guerre ; et dès mon plus jeune âge j'ai instinctivement sous-estimé mon adversaire - je le tenais pour rien.[8]
Poubelle dévastée par le feu de la révolte[9]
Entre 10 et 14 ans, solitaire et créatif, Egosolistus passe une grande partie de son temps à se promener dans les champs et les bois, des km de marche et d'escapades, et une autre à se livrer à des activités ludiques qui alimentent son esprit critique. Sans attendre la généralisation de l'abri-bus ou l'introduction de la poubelle de rue...
Je volais simplement pour voler, je me faisais un sport de casser les carreaux la nuit à la périphérie de Domažlice, de poser des pierres sur les voies de chemin de fer, de mettre le feu aux meules de blé.[8]

Comme les petits hominines du même âge, Egosolistus est contraint de fréquenter l'école afin de parfaire son dressage sociétal. Selon ses propres dires, et avec honte, il est bon élève, studieux et sage. D'après l'autobiographie dont nous disposons, l'année de ses 15 ans semble être un tournant dans son environnement le plus proche et dans son for intérieur. Sa mère, sa tante, sa grand-mère maternelle et sa dernière sœur meurent du typhus entre mai 1894 et février 1895. Ses deux frères étant déjà décédés, il vit dorénavant seul avec son père. Devenu réfractaire à l'enseignement scolaire, Egosolistus sèche dès que possible et son attitude lui vaut plusieurs sanctions et renvois de l'école. Selon un ancien camarade de classe au lycée :

Il a essayé très tôt de se différencier de son entourage. Il négligeait son apparence, marchait en se dandinant et faisait son possible pour vivre de la manière la plus primitive, au point de s'attirer des blâmes du proviseur, le mettant en demeure de se faire couper les cheveux et de se dégrossir en général. Il fuyait ainsi ce qu'il appelait la fausse civilisation. Il choisissait aussi pour cela des moyens qui me paraissaient étranges, restant par exemple huit jours et plus sans se laver, me faisant l'éloge des avantages qu'il y aurait à manger à la façon des chiens. Bref, il s'efforçait par tous les moyens de dépouiller l' "homme civilisé".[10]

Egosolistus lui-même insiste sur cette période entre 15 et 19 ans pendant laquelle son esprit et son corps vagabondent. L'un explore les méandres des questionnements, l'autre les chemins de traverse. Il prend violemment et doucement conscience du monde. Celui-ci prend forme et le rien se dessine. Egosolistus prend conscience de lui et de sa toute-puissance...

Je profanais systématiquement la croix aux environs de la ville, je faisais de l'esclandre à l'église, je lançais, faute de bombes, des tracts anarchistes, etc.[8][11]

Après des exclusions répétées de différents établissements, Egosolistus est définitivement exclu de la scolarité à 17 ans après avoir rédigé une dissertation dans laquelle il insultait la famille impériale. Il décide alors, résolument, de ne jamais avoir de métier. Il part vivre avec son père dans la banlieue sud de Prague où il s'inscrit en auditeur libre à la faculté de philosophie. Il quitte le domicile familial à l'âge de 21 ans avec la seconde femme de son père, âgée de 24 ans. Ce qu'il reste de l'héritage de ses défuntes mère et sœur - après ponction par le père - lui permet d'imaginer pouvoir survivre 8 ans sans avoir à travailler.

Remarques

Globalement les comportements de Egosolistus, dans une période que l'on pourrait qualifier de pré-pubère, ne se différencient que très peu de ceux des jeunes hominines et particulièrement chez Homo Sapiens. Il semble réussir à se faufiler parmi les autres hominines qui peuplent sa réalité.

Egosolistus vs Hominina ?

Il est courant parmi les personnes non-averties en protivo-paléoanthropologie de vouloir opposer Egosolistus aux autres hominines. Il n'en est rien. Son nom entier Egosolistus Hominina rappelle sa pleine appartenance à la famille des hominines dont il n'a jamais cherché à s'éloigner.

Une compassion immense et torturante pour les animaux, maîtrisée à 90% ; pour les hommes - à peu près aucune ; mais je ne suis rien moins que misanthrope, - au contraire, à ma manière particulière j'aime bien les humains - comme aussi les poux.[8]

Cet anti-spécisme affirmé[12] tend à désamorcer cette fausse opposition. Par de sur-humain nietzschéen mais une singularité. Un regard de la marge, un jet d'acide...

Durant les années où d'autres s'échinent à passer des concours et à se lancer dans une carrière, ma principale activité fut de me promener sans fin dans les futaies, de courir après les nymphes et les châteaux hallucinatoires, de me rouler tout nu sur la mousse et dans la neige [...][8]

En octobre 1904, à l'âge de 26 ans, Egosolistus publie à compte d'auteur l'état de ses réflexions et observations qu'il intitule Le monde comme conscience et comme rien. D'abord confidentiel, le livre reçoit quelques soutiens et critiques positives. Presque sans le sou, il décide en 1906 d'accepter la proposition de son père de venir vivre au domicile paternel. Pendant trois années, jusqu'à la mort de son père fin 1909, Egosolistus se consacre à la lecture et rédige de nombreux aphorismes.

"Me semble-t-il", restriction à appliquer à chaque mot, – ou à aucun : rien de rien n’est certain, et il est à supposer que nos lecteurs ne seront pas de ces péquenots qui prennent tout ce qu’ils voient imprimé pour paroles d’évangile.[13]
Je suis la volonté absolue de Ladislav Klíma
Libéré des obligations sociales liées à la parenté, il passe néanmoins une période difficile dans laquelle il dilapide le maigre héritage. Presque ruiné, il s'installe en 1913 avec Anna Kralikova, son ex-belle-mère, et celui qui deviendra par la suite son second mari. Après deux années passées avec les futurs mariés, Egosolistus les quitte pour s'installer dans un hôtel du quartier industriel de Prague. Il se sociabilise pour la première fois. Dans des bistrots il sympathise avec d'autres hominines, tous allemands, dans des beuveries sans fin. Il écrit un peu et se créé un petit cercle de proches. Pour survivre, il est contraint d'accepter quelques boulots. Il devient ainsi gardien d'un usine abandonnée :
Mon gardiennage consista exclusivement en des beuveries continuelles. Pendant tout le temps qu'il dura, je n'eus pas une seule fois l'idée d'aller jeter un coup d'œil à l'usine. C'était bien, j'avais le plus grand appartement de Prague, la solitude assurée, un salaire, le chauffage et l'éclairage par-dessus le marché. Le fait de ne rien surveiller ne fut pas non plus sans mérité : pouvant très facilement voler et vendre maint objet de valeur, je ne subtilisai, bourrique que j'étais, strictement rien, si ce n'est un petit flacon d'éther dont j'ingurgitai le contenu.[8]

Son mode de vie et ses proximités avec des allemands lui valent des critiques. Il dit lui-même qu'à cette époque ses amis sont quasi exclusivement des allemands, puis plus tard des juifs[14]. En parallèle, il entretient des correspondances avec plusieurs hominines avec qui il échange sur ses préoccupations égosolistes. Après la naissance de la Tchécoslovaquie à la fin de la Première guerre mondiale, il co-écrit en 1921 Mathieu Lhonnête, "une comédie populaire fantastique" qui fait scandale par ses critiques du pouvoir politique du nouvel État tchécoslovaque. En 1922, grâce à un mécène désireux d'en savoir plus, Egosolistus publie Traités et Diktats et permet ainsi, au plus grand nombre, de savoir comment est vu le monde par le seul et unique Egosolistus connu. La consommation d'alcool nécessaire à la création de cet écrit pousse Egosolistus à réduire drastiquement la quantité de liquide nourricier dès la fin de 1922. Son corps semble mal réagir, tout autant à l'alcool qu'à son sevrage. Alors que depuis une dizaine d'années Egosolistus avait fait subir à son corps toute une somme de situations extrême, il était jusqu'ici en bonne forme, marchant des heures à travers bois et montagnes.

J'ai bu l'eau avec laquelle on avait lavé des vérolés, j'ai mangé des saucisses dont il ne restait quasi que les vers, j'ai avalé des eaux qui auraient fait tomber tout homme normal gravement malade - je m'en suis tiré avec deux jours de diarrhée. Les médecins crèveraient de faim si tous leurs clients me ressemblaient [...][8]

La lecture et l'écriture sont des remèdes illusoires auxquels ils s'adonnent toujours frénétiquement.

Dans un de ses agendas, le poète-philosophe tchèque Ladislav Klíma a noté entre les 26 janvier et 22 décembre 1927 non moins de 104 fois "rien" (nic) à côté du jour de la semaine. Rien de plus, rien de moins – mais il ressentait le besoin de le noter. Le 12 février, il a décidé de biffer "rien" et le remplacer par le mot "déjeuner" (oběd). Le 8 avril enfin, il a rajouté un point de suspension au mot "rien". Que signifient ces gestes ? Comment les concilier avec le journal personnel de l’écrivain ? En un mot, quel est le sens de ce "rien" : est-ce de la littérature, est-ce une pratique, est-ce "rien que ce rien qui nous délivre du tout", pour citer Paul Claudel ?[15][16]

La relation entre Egosolistus et les autres hominines est faîte d'échange et de proximité, de distance et de nausée, compliquée comme devaient l'être celles entre Néandertal et ses contemporains[17]. Il communique à travers ses écrits, sous forme de roman, de poésie, de théâtre, de traité philosophique, d'aphorisme et de délire science-fictionnel.

Ma vie est la plus extrême folie, le donquichotterie la plus prodigieuse qui se puisse concevoir - parce qu'elle est en même temps éminemment rationnelle, - ce pourquoi je vis encore, habitant de la lune tombé sur la terre et qui depuis n'a cessé d'œuvrer, avec esprit de suite et à l'exclusion de toute autre activité, contre les conditions de la vie animale[8]

En 1927, il publie Instant et Éternité dont le titre peut laisser penser que Egosolistus pressentait sa fin proche...

Il ne restera, de tous les concepts humains, rien, rien et rien de rien ! Malgré toutes nos tentations, malgré la peur qui revient nous hanter, tout est à jeter – tout, sans pitié ! Que l’audace, la paradoxalité, la folie soient sans limites ! Plus on délirera, mieux ça vaudra, – plus on s’éloignera de l’horripilodégoûtation qu’a été jusque-là toute la folie, et plus – on s’approchera de Dieu ! Qu’il ne reste pas pierre sur pierre !...[18]

Habitat

Tout au long de sa vie, Egosolistus a navigué entre les forêts de Bohème et les vallées alpines des Grisons suisses, les faubourgs urbains de Prague et la ruralité de petites villes. Mêlant déambulations solitaires et enkystement social. Le climat est de type continental humide.

Alimentation

Par ses témoignages directs nous disposons de moult détails sur le régime alimentaire de l'Egosolistus. Et même d'une sorte de proto-recette de macédoine égosoliste.

Suggestion de présentation
Cuisiner, c'est : gaspiller du temps, dépouiller les aliments d'importantes composantes "vitamineuses", les rendre moins appétissants et les payer de deux à vingt fois plus cher. Pendant des périodes assez longues je n'ai mangé que : de la farine crue, (le cas échéant, du blé et des pois trempés), de la viande crue, des œufs crus, du lait, des citrons et des crudités : et j'ai joui ce faisant d'une santé idéale - et aucun gourmand millionnaire n'a pris autant de plaisir à dégobiller ses huîtres et autres crottes que moi à déchiqueter à belles dents mon kilo de cheval cru... Trouver quelque chose de dégoûtant - inconnu au bataillon. Une fois j'ai volé à un chat une souris à moitié croquée et je l'ai bouffée telle que, avec les poils et les os, comme un petit pain.[8]

Nous ne sommes pas en mesure d'affirmer si ce sont les débuts de l'industrialisation alimentaire qui eurent un impact néfaste sur son bien-être intestinal ou si ce sont ses choix d'ingrédients dans son alimentation crudivore, mais l'Egosolistus témoigne de sa difficulté à supporter, parfois, un tel régime :

... j'ai attrapé une diarrhée à ce point carabinée que je faisais gicler à cinquante kilomètres à la ronde une liqueur claire comme un diamant de la plus belle eau.[19]

La diarrhée dure déjà depuis un mois et cela se répercute en diable sur tout le reste.[20]

Si, dans l'actuel état d'affaiblissement de mon organisme et de diminution des résistances, je n'attrape pas carrément la dysenterie, je serai plus fier de mes intestins que de quoi que ce soit.[21]

Egosolistus semble devoir aussi ingurgiter un liquide nourricier, quotidiennement, pour survivre. Si la plupart des êtres vivants prennent dans l'eau ce qu'il leur est biologiquement nécessaire, il n'est fait nulle mention d'un acte similaire avec Egosolistus qui, lui, a un besoin impérieux d'alcool. Selon un de ses anciens amis, la consommation d'alcool commence à partir de la seconde année du lycée mais il reste muet sur ce qu'il en était avant. Egosolistus était-il auto-suffisant en liquide nourricier ou n'en avait-il pas besoin ? N'a-t-il jamais bu de l'eau ?

Adepte d'une certaine auto-médication, Egosolistus déclare :

C'est l'alcool qui me sauva, le rhum et l'alcool absolu ; jusqu'à ce jour je suis demeuré fidèle à mes sauveurs. Je ne dessoûlai pas de toute la seconde moitié de l'an 12 ni de tout l'an 13.[8]

En 1913, il pratique ce qu'il appelle une soûlographie permanente avec ses amis allemands, puis change de partenaires pour confirmer en 1922 :

Les beuveries se poursuivent [...] des mois durant quotidiennement et du soir au matin et inversement.[8]

La nécessité biologique pour Egosolistus d'ingurgiter des litres d'alcool prend différentes formes. Parfois il se sociabilise dans les espaces publics dédiés - bistrots et tavernes - mais selon ses propres dires :

C'est toujours seul que je me suis livré à l'ivrognerie et la plus intensive et la plus extensive.[8]

Hormis manger et boire, l'autre nécessité biologique dans l'alimentation de Egosolistus est la consommation, sans modération, de lectures. Philosophes de son temps ou anciens, tous passent à la moulinette égosoliste. Arthur Schopenhauer, Friedrich Nietzsche et Diogène de Sinope pour les plus illisibles de ses préférés. Les premiers pour leur style, le second pour l'absence de texte. Les premiers pour leur écrits, le second pour son "étance".

Chaque phrase doit résonner comme un coup de marteau et rappeler que la philosophe n'est pas un métier, ni peut-être même un destin, tout juste un bluff qui confine celui qui s'y adonne dans une "solitude phénoménale", avec toutefois pour récompense une "radieuse hilarité"[3]

Régurgitations

Diogène de Sinope
Présente chez quelques mammifères ou des oiseaux, la régurgitation d'aliments permet soit de parfaire sa propre digestion, soit de nourrir quelqu'un d'autre. Egosolistus ne se caractérisent pas par le haut degré d'alcool de ses régurgitations alimentaires - parfois simplement appelées vomissements ou diarrhées - mais plutôt par leur aspects littéraires.
[...] son griffonnage [est] permanent sur tout support possible : papier à en- têtes et factures de la manufacture de l’ersatz du tabac qu’il a fondé avec son ami, Franz Böhler, en 1917 ; lettres ; enveloppes ; ou encore prescriptions médicales. N’importe donc le support : l’important, c’est le message, soumis à l’ensemble de règles rhétoriques garantissant sa cohérence avec les idéaux de l’auteur[15]

Alors qu'il voulait sortir un unique écrit vers la fin de sa vie, synthèse de ses réflexions, Egosolistus dût se résoudre, pour des raisons financières, à publier quelques livres de son vivant.

  • Le monde comme conscience et comme rien, 1904 (1995)
  • Mathieu Lhonnête, 1921
  • Traités et Diktats, 1922 (1990)
  • Instants et éternités, 1927 (1990)

La plupart de ses écrits sont retrouvés après sa mort. Progressivement publiée sa riche œuvre manuscrite se compose d'essais, d'aphorismes, de romans, de poésies et de théâtre, dans un stylé décalé propre à Egosolistus. Une partie des textes sont manquants car l'auteur en a détruit lui-même. Depuis la fin des années 1980, Erika Abrams a traduit en français et publié la plupart des textes de Ladislav Klíma, écrits en tchèque, allemand ou latin.

Quelques romans disponibles en français :

  • Les Souffrances du prince Sternenhoch (1990)
  • Némésis la glorieuse (1988)
  • La Marche du serpent aveugle vers la vérité (1990)
  • Le Grand Roman (1991)

Quatre tomes des Œuvres complètes sont disponibles aux feues les Éditions de la Différence.

  • Œuvres complètes I : Tout. Écrits intimes, 1909-1927
  • Œuvres complètes II : Dieu le ver, correspondance 1905-1928
  • Œuvres complètes III : Le Monde etc. Philosophica journalistica, 1904-1928
  • Œuvres complètes IV : Le Grand Roman

Difficile de résumer l'œuvre de Egosolistus tant elle est déconcertante[22]. Disons que c'est un peu comme si Diogène avait trouvé la machine à voyager dans le temps puis nous avait livré sa vision du monde par le prisme du sac à vomi. Une sorte de progéniture spirituelle et spiritueuse de Cratès et Hipparchia[23] qui découvre l'auto-anthropologie, n'en tire rien pour les autres, et nous en fait part. Nul autre que lui ne peut être - au sens strict - qualifié d'égosoliste. Ses écrits sont le seul témoignage direct de Egosolistus dont nous disposons[24].

Il la résume lui-même très bien dans un long tweet[25] trouvé sur internet :

Le plaisir éprouvé "pour rien" n’est pas rien ! Il n’y a ni plaisir ni vertu dont la sagesse n’ait pas à avoir honte. La sagesse a honte de la vie, la vie a honte de la sagesse et c’est de sa part la sagesse même, la sagesse est vie, – mais pour finir ? : le fin mot du tout, – rien !...[13][26]

Sexualité

L'apprenti sorcier publié anonymement par François Augiéras en 1964
En se basant sur les écrits de Ladislav Klíma, il est peu aisé de déterminer quelles ont été ses relations "amoureuses" et ses pratiques sexuelles.
Mes seuls compagnons, aimés d'amour, étaient des quantités de chats. Ceux des êtres visibles que j'aime le mieux, ce sont les montagnes, les nuages et les chats - et peut-être, malgré tout, les femmes aussi.[8]

Sur ces dernières, il reste discret. S'il reconnaît qu'il aime à "claquer les fesses" de femmes dans la rue, il minimise en affirmant qu'il le fait moins par plaisir que pour transgresser le savoir-vivre et la courtoisie. Dans quelques lettres transparaissent des prénoms et des allusions à des formes de relations sociales dites "amoureuses". En 1897, à l'âge de 23 ans, Anna Kralikova épouse le père de Ladislav mais le quitte l'année suivante pour partir avec Ladislav, alors âgé de 21 ans. La nature exacte de leur relation reste mystérieuse car leur correspondance a été détruite par la famille. Il mentionne une Gella rencontrée en 1902 lors d'un voyage dans l'Engadine[27] :

Que j'ai un peu aimée, comme si elle était un chat ou qu'elle eût au moins deux petits meurtres sur la conscience[28]

Pendant la Première guerre mondiale, Egosolistus rencontre l'actrice autrichienne Lia Rosen avec qui il entretient une courte relation en 1919. L'installation avec Kamila Lososova au milieu des années 20 est, selon elle, simplement motivée par un "désir d'intégration sociale".

A l'exception de quelques visites au bordel et de quelques rencontres nocturnes dans les champs, "rien de sérieux" : non que cela ne m'eût pas plu, mais je n'en ai pas eu le temps.[8]

Le peu de textes disponibles sur la sexualité de l'Egosolistus ne nous permettent pas d'imaginer ce qu'elle put être mais ils sont sources de travaux protivophiles à venir sur les liens possibles entre, d'une part, Ladislav Klíma, et d'autre part, Claudine de Culam et François Augiéras. La première pour ces amours bestiales, le second pour ces amours curieuses, faîtes d'espace, de recoins et de brindilles[29]. Parfois bestiales[30].

Par ailleurs, je compte encore enrichir la "pathologie" sexuelle de la découverte d'une bonne 20aine de "perversités" dont elle n'a toujours pas idée ; ce qui est dire que j'ai mené une vie érotique, - extrêmement mouvementée, - exclusivement ou presque imaginaire.[8]

Extinction

Le mode de reproduction de Egosolistus est une inconnue. L'extinction[31] de son unique représentant à la mort de Ladislav Klíma, sans progéniture, ne permet plus de déterminer le type de reproduction qui pouvait être le sien. L'impossibilité absolue de rencontrer un autre représentant Egosolistus Hominina vouait ce genre à s'éteindre définitivement. Le premier, le seul et l'unique Egosolistus meure en avril 1928 à Prague.

La tuberculose a eu raison de son hésitation face au suicide :

L'Homme qui se respecte quitte la vie quand il veut ; les braves gens attendent tous, comme au bistrot, qu'on les mette à la porte.[32]

Postérité

Hormis à considérer son œuvre comme tel, Egosolistus n'a pas laissé à proprement-dit de testament. Tout au plus une conclusion (provisoire ?) :

L'humanité n'est que lâcheté et bêtise, démence crétine et servilité viscérale[33]

Et une courte déclaration d'amour :

Vous dites, messieurs, que mes métaphores sont souvent pathologiquement puisées aux cabinets ? Mais le monde est une chiotte, le monde est une quantité pathologique ! Tant que vous, singes que vous êtes et qui vous parfumez le trou du cul, vous n'aurez pas avoué que votre tout se résume à une séance dans un immense lieu d'aisances, vous n'aurez aucun espoir d'en enfoncer la porte.[33]

Notes

  1. Domažlice (Taus en allemand) est alors une petite bourgade 7500 habitants à la frontière actuelle entre l'Allemagne et la Tchéquie. Elle est située dans la région de Bohème, elle-même rattachée à l'empire austro-hongrois et habitée de slavophones et d'environ 30% de germanophones. Domažlice est une ville de bilinguisme. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les plus de trois millions de germanophones sont spoliés de tous leurs biens puis expulsés vers l'Allemagne. Voir Hans Lemberg, "La question allemande à l'intérieur de la Tchécoslovaquie", Revue des études slaves, 1979 En ligne
  2. Définition donnée pour l’Égosolisme dans Ladislav Klíma, Traités et Diktats, 1922.
  3. 3,0 et 3,1 Roland Jaccard, La tentation nihiliste, PUF, 1989
  4. Le terme désigne ici l'ensemble des espèces lemuriformes et non les habitants du mythique continent disparu de Lemurie, les lémuriens. Cette théorie d'un continent englouti dans l'Océan indien naît au XIXème siècle comme réponse d'un zoologiste à la similarité de la faune et de la flore sur des continents actuels très éloignés. Voir F. Priem, "L'extension ancienne des terres australes et l'hypothèse de l'Antartica", Annales de Géographie, 1894 En ligne La théorie de la dérive des continents ne sera émise qu'au tout début du XXème et acceptée quelques décennies plus tard. Ce thème de la Lémurie est repris par les pensées ésotérico-religieuses alors naissantes en Europe qui en feront une Atlantide Bis, une sage et grande civilisation disparue, dans un syncrétisme "oriento-occidental". Pour l'Océan indien existe aussi le mythique continent-civilisation englouti de Kumari Kandam, dans les traditions du sud de l'Inde, dont les pointes actuellement émergées sont l'Inde, Sri Lanka, l'Australie et Madagascar. Pour la protivophilie il est nécessaire de noter ici que l'île de Tromelin est, de fait, aussi une partie émergée de Kumari Kandam ou de la Lémurie.
  5. Liste des mammifères en république tchèque
  6. Famille du règne animal qui se caractérise par une symétrie bilatérale du squelette ou des organes, et par un tube digestif avec une entrée (bouche) et une sortie (anus)
  7. Les Eucaryotes regroupent les être vivants dont les cellules sont composées d'un noyau qui pratique le partage d'ADN (reproduction sexuée). Contrairement aux archées et aux bactéries, les deux autres familles primaires du vivant.
  8. 8,00, 8,01, 8,02, 8,03, 8,04, 8,05, 8,06, 8,07, 8,08, 8,09, 8,10, 8,11, 8,12, 8,13, 8,14 et 8,15 Ladislav Klíma, "Autobiographie", texte rédigé en février 1924. Publié dans Je suis la volonté absolue, Éditions de la Différence, 2012
  9. Cet acte n'a jamais été revendiqué.
  10. Selon Jiri Hoetzel, meilleur ami de L. Klíma, en avril 1928. Rapporté dans la note 3 de l'édition française de Je suis la volonté absolue datée de 2012.
  11. "L’Esclave est le corrélat de Dieu" dit Ladislav Klíma, Tout. Écrits intimes 1909–1927, Paris, La Différence, 2000
  12. Il ira jusqu'à admettre que son principal emploi dans la vie a été d'être portier, "esclave de mes chats".
  13. 13,0 et 13,1 Ladislav Klíma, Le monde comme conscience et comme rien, 1904
  14. Avant la création de la Tchécoslovaquie en 1918, les régions de Bohème et de Moravie sont habitées par de nombreuses populations juives. De langue allemande ou yiddishophones, elles furent pendant plusieurs siècles contraintes par des règles visant à réduire leur population, décider de leur lieux de vie et restreindre leurs activités économiques ou sociales. Depuis le milieu du XVIIIème siècle, l'empire austro-hongrois a allégé les contraintes pour, finalement, leur reconnaître l'égalité avec les autres sujets. La naissance des nationalismes tchèques, slovaques, hongrois ou allemands furent pour ces populations une injonction permanente à "choisir un camp", à opter pour une nouvelle langue, etc. Des prétextes aux violences antisémites. A l'époque de Egosolistus, environ 100000 personnes sont considérées de nationalité juive. Après l'annexion en 1939 de la région par les armées nazies, sur les environ 120000 juifs, presque 90000 sont déportés et seuls quelques 10000 survivent à l'extermination. Une grande part de survivants se réfugient après-guerre en Palestine.
  15. 15,0 et 15,1 Mateusz Chmurski, Décomposition du sujet, émergence de l’écriture dans la modernité centre-européenne, date inconnue En ligne
  16. Cité à l'entrée "Ladislav Klima est immortel !" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017 En ligne
  17. Du point de vue protivophile, cela questionne sur les processus d'émergence d'une conscience individuelle, de la singularité, parmi les autres primates
  18. Ladislav Klíma, Instant et Éternité, 1927. Cité à l'entrée "salut à toi !" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017 En ligne
  19. Lettre de Ladislav Klíma à M. Srb, 6 août 1917
  20. Lettre de Ladislav Klíma à A. Kříž, 19 août 1917
  21. Lettre de Ladislav Klíma à E. Chalupný, 20 août 1917
  22. Voir par exemple l'article du Matricule des Anges, une revue littéraire actuelle, consacré au Grand roman En ligne
  23. Diogène, Cratès et Hipparchia sont trois des philosophes cyniques de l'Antiquité grecque. Voir Léonce Paquet, Les cyniques grecs. Fragments et témoignages, Livre de Poche, 1992. Et Michel Onfray, Cynismes, Grasset, 1990. La source biographique principale concernant le trio sus-cité est Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, écrit par Diogène Laërce au IIIème siècle, dont le livre VI est consacré aux philosophes cyniques En ligne.
  24. Par cette source unique, la protivo-paléoanthropologie dispose d'outils de compréhension que n'ont pas les paléo-sciences classiques. Aucune ne détient pour l'instant le journal intime d'un jeune néandertalien, ni le moindre haïku attribué à la demie-sœur de Lucy l'australopithèque. Rien. Et il y a bien peu de chance que cela se fasse !
  25. Nous précisons ici que Egosolistus n'a pu réellement tweeter cette phrase car elle fait plus de 140 caractères, mais qu'il s'agit d'un procédé d'écriture à effet comique qui tend à susciter l'hilarité par anachronisme. Heureusement, l'œuvre de bienfaisance responsable de ce réseau social a récemment annoncé l'augmentation future du nombre de caractères pour les messages. Cette décision radicale est, selon elle, une réponse efficace dans la lutte contre la faim dans le monde, un progrès vers plus de liberté, et, par les effets de la mondialisation, aura des conséquences positives considérables sur le changement climatique. Des sinologues affirment que cela aura de fait un impact sur les îles Spratleys.
  26. Cité à l'entrée "fine amor" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017 En ligne
  27. Région alpine dans le canton suisse des Grisons.
  28. Lettre de Ladislav Klíma à Antonin Pavel, 25 décembre 1913
  29. "Du revers de ma lame j'écartais une feuille quand un jeune arbre aux écorces saines et luisantes m'apparut dans toute sa beauté. Il s'élevait assez haut dans le ciel et aussitôt je l'aimai. J'appuyai ma joue contre lui. Je l'aimais d'amour. Dans l'obscurité, la féminité l'emportait en moi sur la virilité, en raison de mon désir de passer du côté des sources et des charmes et de trahir ainsi les humains dans le temps de la nuit. À genoux au pied de l'arbre, mes lèvres sur ses douces écorces, je lui parlai tendrement en une sorte de murmure demi-chanté, tiré du plus profond de mon être et de ma vérité. Un chant rauque, modulé dans la gorge comme un feulement de bête. Je défis la boucle de ma ceinture, j'enlaçais l'arbre et je fis la femme avec lui, torse nu, les flancs nus, serrant le tronc entre mes cuisses. Je sombrai ainsi dans la volupté pure et simple, absolue, délicieuse." Extrait de François Augiéras, L'apprenti sorcier, 1964.
  30. Par ses difficultés de mise en œuvre pratiques les amours félines de L. Klíma ne sont sans doute pas à entendre au sens de François Augiéras : "Je suis proche des bêtes, des agneaux auxquels je suis du reste uni par des rapports sexuels." dans François Augiéras, Le Voyage des Morts, 1959. Voir plutôt "L'arbre" dans Pierre Louÿs, Les chansons de Bilitis, 1895 En ligne
  31. Depuis l'apparition des "premiers" hominines, certains se sont éteints, d'autres se sont mélangés, pour qu'au final il ne reste plus actuellement que des Homo Sapiens. Voir la liste des principales espèces d'hominines disparues. L'activité des hominines sur l'ensemble de la planète a des conséquences néfastes sur la plupart des espèces du vivant. Nombre d'entre elles sont menacées de disparition, plantes, insectes et autres animaux. Selon une liste datée de 2014, plus 90% des lémuriens de Madagascar sont en voie d'extinction. Voir par exemple la liste des 25 espèces de primates les plus menacées ou celle des 100 espèces les plus menacées qui inclut aussi les plantes et le champignons.
  32. Ladislav Klima, "Aphorismes", Instant et éternité, 1927
  33. 33,0 et 33,1 Ladislav Klíma, "Métaphilosophiques" dans Je suis la volonté absolue