Macédonien

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Macédonien. (Македонски јазик en macédonien) Langue slave parlée dans le sud des Balkans et utilisée par F. Merdjanov pour nommer l’un de ses écrits. Le nombre de locuteurs est estimé entre 1,6 et 2 millions.

Auto-définie comme une discipline contre, rejetant les illusions, la protivophilie ne se résout pas à accepter les identités collectives[1] et par conséquent n’accepte pas le principe même de "langue". À l’image des autres sciences humaines, la linguistique s’est construite dans des environnements politiques et historiques qui l’on en partie modelée. Et réciproquement, cette science des langues a marqué de son empreinte des domaines divers. De par cet échange mutuel, il est ainsi aujourd’hui communément admis que les langues sont des réalités "tangibles". Le macédonien est de celles-ci. Cette négation de l’existence des langues vaut pour le nissard – parlé à Nice –, le français ou le bulgare, par exemple, qui sont aussi des créations linguistiques dans des cadres et des desseins politiques précis. Il n’a pour l’instant pas été possible de déterminer si F. Merdjanov est nissardophone, bulgarophone ou macédophone.


Continuum slave méridional

Continuum et langues slaves méridionales
Au XIXème siècle, les Balkans forment un large continuum linguistique qualifié de slave méridional. Sur le territoire des actuels Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine, Bulgarie et Grèce du nord, les usages linguistiques sont alors proches et se différencient par une multitudes de nuances d’une région à l’autre. Le degré d’intercompréhension est divers et reflète les différences historiques, les éloignements géographiques et les influences d’autres continuum. La montée des nationalismes et la création d’États-nations balkaniques vont progressivement fragmenter ce continuum en imposant des langues nationales et standardisées[2]. Le processus est double. D’une part, il s’agit de minimiser des différences afin d’inclure des usages linguistiques proches – devenus ainsi variantes régionales - et d’autre part de maximiser les différences afin d’exclure d’autres usages linguistiques proches – devenus langues différentes. Ce continuum slave méridional peut être subdivisé en trois groupes principaux : slovène, chtokavien et bulgaro-macédonien. Le premier regroupe des parlers dont l’un d’eux servira à forger le slovène standard. Le second est à la base du croate, du bosnien, du monténégrin et du serbe, qui en sont des formes différenciées et standardisées par les choix d’alphabet, de vocabulaire, d’étymologie ou de grammaire de leurs concepteurs[3]. Ces standardisations ont éloigné le chtokavien de deux autres groupes proches que sont le chakavien ou le kaïkavien. Le troisième est un ensemble de parlers entre l’Adriatique et le mer Noire dont l’un donnera le bulgare puis, plus à l’ouest, un autre le macédonien. Le slovène, le bosnien, le croate et le monténégrin s’écrivent avec un alphabet latin adapté, alors que le bulgare, le macédonien et le serbe utilisent le cyrillique. Le monténégrin s’écrit parfois aussi en cyrillique. Le bulgare opte pour un alphabet proche du russe et le macédonien s’inspire du cyrillique adapté pour le serbe. En terme de continuum, il n’existe pas de frontières nettes entre les différents usages linguistiques slaves méridionaux qui se caractérisent plutôt par des formes de parlers de transition. Ainsi, les parlers torlakiens (à la frontière serbo-bulgaro-macédonienne et albano-macédonienne) sont intermédiaires entre les groupes chtokavien serbe et bulgaro-macédonien. Ceux parlés en Albanie s’écrivent avec l’alphabet latin, les autres avec le cyrillique. Ce phénomène s’applique aussi lorsque l’on sort du continuum slave méridional. Les régions les plus à l’ouest sont en "contact" avec les parlers du continuum germanique, et ceux plus à l’est avec les parlers slaves du nord. Les usages linguistiques les plus occidentaux en Macédoine sont intermédiaires avec des formes de guègue, parlé par les albanophones, et ceux du sud se mêlent aux usages de parlers hellénophones. Il est parfois fait mention d’un continuum balkanique qui regroupe les parlers slaves méridionaux, hellénophones, albanophones et roumanophones. Parmi ces derniers[4], de nombreux usages linguistiques les lient aux groupes chtokaviens ou bulgaro-macédoniens avec qui ils partagent plusieurs parlers de transition.

Bien que les liens entre F. Merdjanov et Slavitoslav Merdjanov ne soient pas précisément établis, il n’est pas improbable d’affirmer que ce dernier devait avoir des usages linguistiques liés au parlers bulgaro-macédoniens de sa ville d’origine.

Le macédonien

Répartition des dialectes du macédonien
    Nord
  •      Bas-Polog
  •      Tsrna Gora
  •      Koumanovo/Kratovo
  • Ouest/Nord-Ouest
  •      Central
  •      Haut-Polog
  •      Reka
  •      Mala Reka/Galitchnik
  •      Debar
  •      Drimkol/Golo Brdo
  •      Vevtchani/Radοjda
  •      Haut-Prespa/Ohrid
  •      Bas-Prespa
  • Est
  •      Mariovo/Tikvech
  •      Chtip/Stroumitsa
  •      Malechevo/Pirin
  • Sud-Est
  •      Kortcha
  •      Kostour
  •      Nestram
  •      Tessalonique/Edessa
  •      Ser/Drama
Avec la création de langues standardisées, le continuum balkanique s’est effrité au long du XXème siècle. Le macédonien est la dernière d’entre elles. Il devient la langue nationale de la Macédoine yougoslave après la fin de la Seconde Guerre mondiale[5]. Il s’est construit tout au long de la fin du XIXème et le début du XXème en se basant sur des formes linguistiques employées dans la région du Vardar. En adoptant un alphabet cyrillique proche de celui utilisé pour le serbe, l’enjeu est de se différencier du bulgare. Là où le bulgare opte pour une racine d’emprunt au russe, le macédonien lui préfère une racine chtokavienne ou issue d’usages linguistiques pratiqués sur le territoire de l’actuelle Macédoine. Là où le bulgare efface les traces d’un héritage ottoman, le macédonien s’en enrichi.

La naissance de ce macédonien standard a largement contribué aux querelles politico-linguistiques entre les spécialistes des différentes langues concernées. En opposition avec la dialectologie chtokavienne qui y voit des variantes méridionales, la dialectologie du macédonien considère les parlers torlakiens comme étant une de ses variantes du nord. Si la dialectologie macédonienne présente les parlers bulgaro-macédoniens du Pirin (entre Macédoine et Bulgarie) en tant que formes de macédonien, la dialectologie bulgare n’accepte pas la séparation entre bulgare et macédonien. Pour elle, il existe des parlers bulgaro-macédoniens qui, tous, se rattachent au bulgare.

Les enjeux politiques autour des cartographies linguistiques ou dialectales sont considérables. Elles permettent de tracer des frontières extérieures et intérieures, là où il n’y en a pas[6]. Ces cartes ne font que représenter les différences et les proximités d’après une somme de critères linguistiques définis. Il est aisé de fournir une carte de variations quand à la manière de prononcer tel ou tel mot, d’utiliser telle règle grammaticale, tel type de vocabulaire, etc. Mais cela nécessiterait d’établir une carte pour chaque variation et non de se contenter d’une carte généraliste avec des frontières fixes. La dialectologie devrait pouvoir fournir une carte par critère mais ils sont potentiellement trop nombreux pour être représentés si l’on veut prétendre à l’exhaustivité. Ces illusions d’optique cartographiques sont très bien rendues par les visions divergentes défendues par les linguistes serbes, bulgares, macédoniens ou albanais. L’extrait suivant de la postface des Analectes de rien illustre très bien le propos :

Pour le reste, la Macédoine est un pays comme les autres : ses frontières sont une chimère, son histoire nationale une mythologie, son pouvoir politique un rapport de domination et son organisation sociale une contrainte. Comme toute identité collective, la Macédoine est une illusion. Bien sûr, la Macédoine a connu des épisodes de son histoire qu’elle ne partage pas avec les autres pays, mais cela ne change rien.[7]

Macédo-nissard ?

Si plusieurs travaux ont été entrepris pour étudier des usages linguistiques disparus dans l’aire bulgaro-macédonienne, aucun n’a vu le jour sur cette problématique de l’existence, ou non, d’un parler macédo-nissard. Une approche protivophile postule trois hypothèses. La première est historique et se base sur les liens symboliques entre la lutte de la niçoise Catherine Ségurane[8] contre les franco-ottomans qui a peut-être influencé des générations de macédoniens contre la domination ottomane. Il n’est pas impensable que des révoltés macédoniens soient venus à Nice pour s’enrichir de l’expérience de C. Ségurane et en ait ramené un vocabulaire spécifique né de leurs échanges. Dans ce cas, ce macédo-nissard ne peut être antérieur à 1567. La seconde hypothèse est linguistique. Elle pose que si le galicien (par exemple), le nissard et le roumain se classent parmi le continuum roman, et que celui-ci est en contact avec le continuum slave méridional – auquel appartient le macédonien – avec lequel il partage des parlers de transition, il est plus probable de suspecté l’existence d’un parler macédo-nissard plutôt que macédo-galicien. Si des raisons évidentes d’éloignement géographique s’imposent – le nord-est de la péninsule ibérique est plus éloigné que Nice des Balkans – il n’en reste pas moins que le nissard et le roumain sont linguistiquement liés et que le roumain est interconnecté avec l’ensemble slave méridional. Si rien n’est démontré, l’hypothèse reste ouverte. La troisième option est politique. Elle imagine que cet hypothétique macédo-nissard puisse être né de l’interaction entre des réfugiés macédoniens de Nice à la fin du XIXème siècle et des révolutionnaires restés sur place. Impossible par exemple de déterminer avec précision si l’utilisation du terme "terroriste" dans la terminologie des anarchistes macédoniens est d’origine nissarde via le français. Ou inversement.

Seuls de traces écrites permettraient de prouver l’existence du macédo-nissard. Une étude dialectologique n’est pas en mesure de mettre en évidence un tel parler de transition, surtout si celui-ci ne concerne que quelques personnes, ou s’il ne s’exprime que dans un cadre privé. Sa datation précise est encore plus compliquée. Nul ne peut affirmer que F. Merdjanov puisse en avoir été locuteur malgré les indices évidents d’une telle probabilité : "Naissance à Nice en 1970. Dans une famille d’origine macédonienne"[7]. Nous serions en présence d’un sociolecte ou même d’un idiolecte.

Exception macédonienne

Les processus de standardisation linguistique et les artifices pour les justifier sont similaires à ceux de nombreuses autres langues officielles, tel le français ou le nissard. Il n’existe pas d’exception macédonienne.

Cartographie

Notes

  1. Eric Hobsbawm, Terence Ranger, L'invention de la tradition, 1983
  2. Anne-Marie Thiese, La création des identités nationales. Europe XVIIIe – XXe siècle, Seuil, 2001
  3. Thomas, Paul-Louis, "Serbo-croate, serbe, croate…, bosniaque, monténégrin : une, deux…, trois, quatre langues ?", Revue des études slaves, vol. 66, n° 1 ,1994 En ligne
  4. Nicolas Trifon, Les aroumains. Un peuple qui s’en va, Acratie, 2005
  5. Georges Castellan, Un pays inconnu : la Macédoine : Hier et aujourd'hui, Armeline Éditions, 2003
  6. Thomas, Paul-Louis, "Le serbo-croate (bosniaque, croate, monténégrin, serbe) : de l’étude d’une langue à l’identité des langues", Revue des études slaves, vol. 74, n° 2, 2002 En ligne
  7. 7,0 et 7,1 F. Merdjanov, Analectes de rien, Gemidžii Éditions, 2017 En ligne
  8. Rémy Gasiglia, "Ségurane, Catherine", in Ralph Schor (sous la direction de), Dictionnaire historique et biographique du comté de Nice, Nice, Serre, 2002