Los Porfiados

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Los Porfiados (Les Acharnés en français, жестоката en macédonien) est un film franco-argentin réalisé en 2002 par Mariano Torres Manzur, mentionné[1] par F. Merdjanov dans les Analectes de rien.


Acharnés

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Librement inspiré de Los Siete Locos[2] (Les Sept Fous - 1929) de Roberto Arlt et de Guignol's Band[3] de Louis-Ferdinand Céline, Los Porfiados met en scène six révolutionnaires dans un huis-clos acide et désillusionné. Il s'ouvre sur cette devise : "Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion". Selon la postface des Analectes de rien, il :
reprend le thème d’un groupe de paumés, xiphophores de l’humanité opprimée, adeptes d’un crypto-blanquisme et représentant à eux seuls l’ensemble des tares du militantisme politique. Entre critique sociale, bouffonnerie et mascarade néo-romantique, de quoi briser tout reste d’illusion révolutionnaire...[4]

Dans les Analectes de rien un extrait du livre de Roberto Arlt est référencé à l'entrée thématique "spontex"[5] :

Pour tous, je ne suis rien. Et cependant, si demain je lance une bombe, ou assassine, je deviens le tout, l’homme qui existe, l’homme pour lequel d’innombrables générations de jurisconsultes ont préparé des châtiments, des prisons et des théories. Moi, qui ne suis rien, je mettrai soudain en mouvement ce terrible mécanisme de flics, de secrétaires, de journalistes, d’avocats, de procureurs, de geôliers, de voitures cellulaires, et personne ne verra en moi un pauvre diable, mais un homme antisocial, l’ennemi qu’il faut écarter de la société.

La devise d'ouverture du film est d'ailleurs considérée par la protivophilie – même si elle est contre – comme "la devise simplifiée de la protivophilie telle que nous l’envisageons"[4].

Un peu de rien

Couverture de 1929
Même s'il peut être aussi une satyre politique, ce film burlesque s'inscrit dans le contexte politique de l'Argentine. Parmi les portraits présents dans les décors du film, hormis Karl Marx, que l'on ne présente plus, les deux autres personnages sont Severino Di Giovanni et Eva Peron. Le premier est un anarchiste illégaliste italo-argentin de années 1920-30 et la seconde est la femme du président argentin Juan Peron. Di Giovanni est connu pour avoir pratiqué la propagande par le fait par des braquages ou des attaques contre des institutions de l’État, œuvré pour libérer des compagnons emprisonnés, publier journaux et brochures avant d'être arrêté et exécuté avec quelques uns de ses compagnons anarchistes. Seule America Josefina Scarfo échappe au peloton d'exécution à cause de son jeune âge. Di Giovanni est l'un des personnages emblématiques de l'anarchisme illégaliste de l'Argentine de cette époque[6]. Eva Peron est issue des milieux populaires très pauvres et sa rencontre avec celui qui allait être le président argentin vont faire d'elle une sorte d'icône politique, la caution populaire d'un régime autoritaire. Dans le film, elle apparaît dans une séquence sous les traits de la jeune fille qui distribue de la nourriture à des enfants dans le parc, et devant laquelle le petit groupe révolutionnaire se questionne temporairement sur le bien-fondé de leur propre forme de lutte. Le lien ? Historiquement, une partie de l'extrême-gauche argentine a soutenu le régime de Juan Peron. Pas tout le temps, mais à des moments. Certains groupes politiques ou syndicalistes d’extrême-gauche ont été illusionné par le caractère "progressiste" du régime en place[7]. Ce n'est pas une première. Dans le cas de l'Argentine, le régime de Peron flirta un temps avec un fascisme de style mussolinien très mal dissimulé, ou avec un style de fascisme mussolinien mal digéré ! La nuance est fragile et les spécialistes en discutent encore, même s'il n'y a rien à en tirer. À côté des formes de résistances populaires, ou du quotidien, quelques groupes se sont organisés pour s'attaquer les armes à la main au régime de Peron ou à ses successeurs national-catholiques. Il y a bien sûr la guérilla urbaine de péronistes de gauche mais aussi, plus petite, celle menée par Résistance Libertaire[8] dans les années 70. Malgré les apparences, précisons que le péronisme ne doit pas être confondu – quoique ! – avec le perronisme[9] qui n’est qu’une forme de lapsus mélangeant par erreur deux expressions pour en faire une seule qui ne veut plus dire grand-chose. Par exemple "Je n’ai fondé ma cause sur rien"[10] et "Rien n’est vrai, tout est permis"[11] se mixant dans un obscur "Rien n’est fondu, je cause de rien".

Les différences avec Los Siete Locos vont bien au-delà du fait que les personnages du film soient au nombre de six. Dans le roman de Roberto Arlt, les conspirateurs révolutionnaires se financent grâce à la gestion d'une maison close. Pour construire son histoire, Arlt s'inspire d'un réseau de proxénètes très présent à son époque dans le quartier juif de Once à Buenos Aires. Communauté de parias le Zwi Migdal dispose de ses propres synagogues ou carrés de cimetière, et gère une "traite des blanches" et la prostitution de jeunes femmes venues d'Europe de l'Est. Cette prostitution est "bon marché" et donc plus "populaire" que celle des françaises ou des italiennes gérées par "leurs" maquereaux[12]. Les conditions de vie sont beaucoup plus misérables pour les premières que pour les secondes. Noe Trauman, le chef de ce réseau, se déclarait anarchiste. Avait-il lu Le Banquier Anarchiste[13] de Fernando Pessoa sorti en 1922 ? Que ce soit de la part la Société Israélite de Protection de la Femme et des Jeunes Filles ou de la justice argentine, le Zwi Migdal subit nombre d’attaques. L’action judiciaire de Raquel Liberman, une ancienne prostituée, permet le procès en 1931 de 108 membres du réseau. Tous seront relaxés[14].

Style merdjanovien ?

Il serait sans doute absurde de définir un prétendu style merdjanovien sans verser dans la Nouvelle Blague. Il n'en est rien. Nada[15]. Les réponses aux questionnements de Ferdinand et Marianne dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard[16] illustrent parfaitement notre propos.

Marianne fait dans la révolution et le trafic d’armes, Ferdinand lit, écrit et rêve ; tous les deux s’ennuient et souhaitent fuir autant leur quotidien qu’une société rancie. Le couple informel part subitement en goguette dans un improbable voyage à travers la France...

– Ferdinand : Alors tu viens ?

– Marianne : Où on va ?

– Ferdinand : Sur l’Île mystérieuse comme les enfants du Capitaine Grant.

– Marianne : Et qu’est-ce-qu’on fera ?

– Ferdinand : Rien. On existera.

– Marianne : Holala, ça va pas être marrant !

– Ferdinand : C’est la vie.

Filmographie de F. Merdjanov

La protivophile ne prétend pas à une filmographie complète de F. Merdjanov. Le raisonnement élaboré lors de recherches intersectionnelles, autour des Analectes de rien concernant la musique écoutée par F. Merdjanov, s'applique très bien aux recherches cinématographiques sur le même sujet :

Si, par exemple, nous remarquons que dans les Analectes de rien les quelques chansons mentionnées sont de périodes et de styles musicaux très différents, nous pouvons en conclure avec une quasi-certitude que FM doit en connaître d’autres. Lesquelles ?[4]

La liste ci-dessous est donc une simple recension de films mentionnés dans les Analectes de rien et non l'ensemble de ceux sans doute connus (et peut-être même appréciés ?) de F. Merdjanov :

Le Septième Sceau de Ingmar Bergman (1957)
  • Baise Moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi (2000)
  • Beaucoup de bruit pour rien de Kenneth Branagh (1993)
  • Fight Club de David Fincher (1999)
  • La collectionneuse de Éric Rohmer (1967)
  • Lacombe Lucien de Louis Malle (1974)
  • Les aventuriers de l'arche perdu de Steven Spielberg (1981)
  • Le Septième Sceau de Ingmar Bergman (1957)
  • Liberté, Égalité, Choucroute de Jean Yanne (1985)
  • Los Porfiados de Mariano Torres Manzur (2002)
  • Seul contre tous de Gaspard Noé (1998)
  • Sacré Graal des Monty Python (1975)
  • Yol de Yilmaz Güney (1982)
  • Yūkoku ou Rites d’amour et de mort de Yukio Mishima (1965)
  • X files : Aux frontières du réel de Chris Carter (1993 – 2002)

La raison exacte de ces choix par F. Merdjanov reste une question sans réponse. Certains y verront une signification particulière, et d'autres un simple prétexte à une citation pour constituer les Analectes de rien.

À l'entrée "Sacré Graal" des Analectes de rien, l'extrait du film de I. Bergman[17] illustre la thématique chère à F. Merdjanov, rien, et s'extrapole à une analyse critique cinématographique protivophile pour laquelle le sujet est ici le cinéma et non l'au-delà. Devant le spectacle d'une jeune fille accusée de sorcellerie et condamnée au bûcher, les deux personnages s'interrogent :

– Écuyer : Que voit-elle ? Peux-tu me le dire ?

– Chevalier : Elle n’a plus mal.

– Écuyer : Tu ne me réponds pas ! Qui prendra soin d’elle ? Les anges, Dieu, Satan, le néant ? Il n’y a rien, messire !

– Chevalier : Il ne peut en être ainsi !

– Écuyer : Vois ses yeux. Sa pauvre conscience fait une découverte. Il n’y a rien ! Nous sommes impuissants. Nous voyons ce qu’elle voit et notre épouvante est la même.

Cités dans la postface des Analectes de rien

  • Before The Rain de Milcho Manchevski (1994)

Synopsis officiel (non-protivophile)

En Amérique du Sud, Artemio, un jeune aiguiseur de couteaux, intègre un mouvement révolutionnaire dont sont membres Bragueton, un militaire au chômage ; Domingo Acevedo, un joueur invétéré ; Don Bachetta, un retraité anarchiste ainsi qu'Eva, une jeune Française dont Artemio tombe fou amoureux. Ce groupuscule projette en secret de lancer une action terroriste. L'amour et l'amitié entretiendront l'illusion, mais rapidement les passions se déchaîneront dans le huis-clos de cette cohabitation, laissant place à la démonstration des pires bassesses humaines et prouvant l'inefficacité de l'action collective.[18]

Meilleur film au Festival de cinéma indépendant de Barcelone en 2002.

Notes

  1. Cité dans la biographie de Roberto Arlt dans F. Merdjanov, Analectes de rien, Gemidži Éditions, 2017
  2. Roberto Arlt, Les Sept Fous, 1929
  3. Louis-Ferdinand Céline, Guignol's Band, 1944
  4. 4,0, 4,1 et 4,2 F. Merdjanov, « Vie et œuvre de F. Merdjanov » (Postface), Analectes de rien, Gemidži Éditions, 2017 En ligne
  5. Maoïstes spontanéistes, dits "maos spontex" d’après un jeu de mots sur une marque d’éponge.
  6. Osvaldo Bayer, Les anarchistes expropriateurs, Atelier de Création Libertaire, 1995 En ligne
  7. Jorge Niosi, "Le Péronisme comme alliance des classes", Sociologie et sociétés, n° 62, 1974 En ligne. Ania Tizziani, "Du péronisme au populisme : la conquête conceptuelle du "gros animal" populaire", Revue Tiers Monde, 2007/1 (n° 189) En ligne
  8. Interview avec un membre de Resistencia Libertaria En ligne
  9. Nom inspiré par Jean Perron, un entraîneur et commentateur sportif québécois, habitué à ce genre de mélange langagier.
  10. Max Stirner, L’Unique et sa propriété, 1884. Cité à l’entrée "solo" dans Analectes de rien.
  11. Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra. Cité à l’entrée "terrorisme" dans Analectes de rien.
  12. Dans Le chemin de Buenos Aires, publié en 1927, Albert Londres décrit les réseaux de prostitution de jeunes françaises. Le chapitre "Polaks" est consacré au Zwi Migdal.
  13. Dans Le Banquier Anarchiste, Pessoa fait dialoguer deux vieux amis qui ne se sont pas vus depuis des années. L’un d’eux explique qu’il est toujours aussi anarchiste que dans sa jeunesse et que c’est pour cela qu’il est devenu banquier !
  14. Pour le commentaire d’un membre de l’institution judiciaire, voir Julio L. Alsogaray, La prostitution en Argentine, Denoël, 1935
  15. Nada est un film de Claude Chabrol réalisé en 1974, adaptant ainsi le roman du même nom de Jean-Patrick Manchette publié en 1972. Il s’agit d’un groupe de jeunes anarchistes décidés à enlever l’ambassadeur des États-Unis.
  16. Jean-Luc Godard, Pierrot le fou, 1965. Cité à l’entrée "road trip" dans Analectes de rien.
  17. Ingmar Bergman, Le Septième Sceau, 1957
  18. Source Allociné