Invisibilité sociale (Sexuelle)

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Invisibilité sociale. L'invisibilité sociale est la situation faîte aux catégories, humaines[1] ou non[2], considérées ou traitées en tant que subordonnées et dont la présence, le rôle ou l'histoire ne sont pas pertinents à retenir pour celles et ceux qui bénéficient de ce rapport de subordination. De la sorte, on peut être invisibilisé pour son "appartenance" à plusieurs catégories.

Cela serait une erreur de se fier aux listes ci-dessous pour rendre compte de la présence des invisibles dans l'histoire des sociétés humaines, et plus juste de penser à toutes celles et ceux qui n'y sont pas et dont il ne reste – peut-être – rien. Ces listes seront mis à jour au fur et à mesure de l'avancement de ce wikimerdja…


Sexuelle

Contrairement à certains animaux ayant une sexualité contrainte biologiquement[3], les humains disposent de la possibilité de choisir les pratiques liées à la leur. La différenciation effective entre sexualité érotique et fonction reproductive permet ainsi des combinaisons où chacun et chacune peut laisser libre-cours à son imaginaire. Une catégorisation classique est celle partageant les humains qui sont "attirés" par celles ou ceux avec qui ils peuvent se reproduire – c'est la norme sociale – sans faire appel à des méthodes extérieures (hommes et femmes hétérosexuels), des humains qui préfèrent ceux du même sexe (hommes[4] ou femmes[5] homosexuels). Depuis quelques décennies les catégories "bisexuel" ou "asexuel" sont défendues par leurs pratiquants, voire reconnues.

La postface des Analectes de rien mentionne l'hypothétique homosexualité de la mère de F. Merdjanov

Ceci implique que nous puissions être soit devant une situation de mère célibataire, soit de couple de type hétérosexuel si le géniteur - ou un autre - vit avec la génitrice ou partage l'élevage de l'enfant, soit dans la situation d'une femme homosexuelle, élevant son enfant seule ou avec sa compagne.[6]

La pansexualité définie des pratiques sexuelles érotiques dans lesquelles les choix des partenaires se font en fonction des libres attirances des individus concernés et non selon des critères de catégories[7]. Ce qui revient à dire que la pansexualité dépasse l'hétérosexualité, l'homosexualité et la bisexualité parce qu'elle annihile ces différenciations. Concernant la mère de F. Merdjanov, la postface des Analectes de rien ajoute :

Peut-être même pansexuelle ? Mais là encore la protivophilie ne nous permet pas d'aller plus loin que la simple conjecture.[6]

La catégorie pansexuelle concerne les relations entre humains[8] et n'inclue par la sexualité inter-espèces que certains nomment zoophilie[9].

Anecdotes pour servir à l'Histoire secrète des Ebugors
Aucune trace de la sexualité[10] de F. Merdjanov. Peut-on supposer que, à défaut d'en avoir une à plusieurs, la pratique de la masturbation[11] lui est familière[12] ? Si être adepte de rien est synonyme d’une curiosité de tout, il est aisé de fantasmer avec F. Merdjanov les innombrables possibilités d’une sexualité humaine, consentie[13] et multiple, où il n’est pas question d’un pseudo instinct mais d’une volonté de vivre un plaisir qui ne s’embarrasse pas des normes sociales dominantes. La théorie nihiliste de la macédoine illustre au mieux une définition d’une sexualité humaine, diverses dans ses pratique érotiques, faîtes de curiosité du mélange, de partage des envies. Une réciprocité d’oubli total de soi et de bienveillance magnifiée pour l’autre. Il nous est donc impossible d’en dire plus sur cette pseudo "sexualité merdjanovienne", elle lui est propre et n’est connue exactement que de celles et ceux qui l’on eu en partage. Il serait trop long d’énumérer ici toutes les possibilités qu’offrent une telle sexualité. Créer une nouvelle catégorie "bougre" pour la désigner ou croire en une ascendance macédonienne au prétexte de la diglossie de ce terme est une impasse. Qu’il dérive du mot "bulgare" – transformé en bogre, puis bougre – pour désigner les hérétiques bogomiles dans les Balkans au Xème siècle puis, dans un glissement, devenir un terme de stigmatisation liées à une sexualité débridée dont les bogomiles sont accusés – à tort ? – ne sont que deux faits sans lien protivophile. Être un bon bougre ou ne pas être un mauvais bougre, là n’est pas la question. De plus, il n’existe aucune preuve historique, fournie par les sciences dédiées, d’une origine macédonienne ou bogomile de l’expression "Vos normes sont trop étroites pour nos réalités". Ni même merdjanovienne alors que l’évidence d’un rien qui permet tout rejoint la pensée du spermophile François Augiéras sur une pansexualité intègrant les relations avec l'environnement au sens large : arbres, branches, trous, terre, rochers, eaux, etc. Cette approche très intersectionnelle[14] rend visible la question de celles et ceux qui subissent cette différentiation entre les hominines et un extérieur, nommé parfois nature (sic), avec laquelle il devient suspect d’avoir un imaginaire ou des pratiques érotiques. Nul besoin néanmoins de réclamer l’ajout d’une visibilité dans l’abécédaire lgbtqi et asexués. Trop compliquée de trancher entre le F ou le M pour marquer une visibilité merdjanovienne. Et opter pour les deux risque de poser d’autres problématiques liées à l’équilibre des représentations de ces visibilités sexuées. "Adepte de rien" est à la sexo-protivophilie ce que "Être contre tout" est à la protivo-sexologie, un appel à ne rien vouloir des normes et des restrictions afin de pouvoir jouer à se faire plaisir. "Contre le monde et son monde" est un petit haïku érotique qui rappelle que tout est politique, qu’armée de rien la joie est une jouissance puissante, un plaisir destructeur[15].

Et finalement :

Besoin de rien. Envie de tout[16]

[Pour les âmes prudes, nous préférons préciser ici que le court texte qui suit est d’un érotisme tel qu’il nécessite quelques précautions. Il est préférable de ne pas fermer les yeux après lecture pour ne pas être submergé par un tourbillon de pensées et d’imaginaires où le plaisir réciproque est l’unique moteur d’un sexualité définitivement débarrassée de la fonction reproductive et uniquement consacrée à l’exploration réciproque des possibilités qu’offrent les rencontres érotisées. La mathématique protivophile affirme que non c’est non, et qu’à cela il n’y a rien à ajouter, ni à démontrer.]

Instants délicieux de la fin de nuit. Pas un souffle de vent. On ne voit rien au Monde. C’est une absence de tout ; les moments ne sont plus faits que de rien ; tout paraît suspendu. L’air immobile n’agite pas une branche ; plus un oiseau ne chante. On ne ressent que le charme intensément répandu de la vie souterraine de la terre et du ciel, si puissamment, qu’il n’y a qu’à y puiser pour en tirer ce qu’on veut.[17]

Dans le style dystopique de Anecdotes pour servir à l'Histoire secrète des Ebugors[18], daté de 1733, qui narre les aventures du peuple masculin homosexuel de Ebugors, la protivophilie permet un dialogue fantasmé entre des bougres et leur accusateur. Intitulé ACAB ? ce texte pourrait être daté du XVIème siècle, lorsque l’expression langagière de bougre prend le sens de sodomite[19], si la présence de quelques anachronismes n’invalidait pas cette hypothèse. En un acte, ACAB ? s’ouvre sur une citation de François Augiéras :

- N’être rien, c’est être suspect de tout.[20] Ainsi commence l’inquisiteur.

- À moins qu’on ne les recycle en godemichets, All Crucifix Are Burning, réplique le bogomile dans un anglais approximatif.[21]

- Il n’en est rien, le C désigne le Coran. Ce qui change tout ! Se sent obligé de répondre – dans un anglais assez proche – le représentant de la religion concurrente.

- Ce qui ne change rien car All Cops Are Bastards quand même, précise le persécuté. Acculé.

- All Christians Are Bastards est donc vrai pour toi ! Pareil pour les catholiques ! s’énerve le bel inquisiteur.

Le bogomile rétorque fièrement :

- Que vous le vouliez ou non, cela fait ACAB !

- Mais dans ce cas cela signifie que All Cats Are Beautiful… Déduction laissant sans voix le contradicteur.

- Bien sûr, le coupe l’hérétique, et aussi All Cows Are Beautiful. Ça marche aussi avec Camels ou Chimpanzee ! annonce-t-il fièrement.

De nouveau sans voix, le religieux écoute, énervé, les arguments de la poignée de bogomiles qui reprennent :

- Si par perméabilité All Culture Are Bastards, il semble évident d’admettre que All Civilizations Are Bitches.

- Mais alors cela revient à dire que All Capitalist Are Bastards, All Communist Are Bastards, font partie des significations de l’acronyme ACAB ! Cela ne veut rien dire !

Comprenant le désarroi de l’inquisiteur, le bogomile surenchérit.

- All Causes Are Breaking. Il n’en reste pas moins que All Class Are Burning et All Contra Are Base.

- Vous pensez peut-être que All Convictions Are Bombs ?

Surpris de cette question, les bogomiles s’interrompent quelques secondes. Puis répondent :

- All Cools Are Babas ? C’est toujours facile de simplifier à l’extrême, mais...

L’accusateur ne les laisse pas finir, excéder par avance de ce qu’il va entendre.

- Vous pensez peut-être que All Cynics Are Better ?

- Non. All Convictions Are Bottoms, ce qui fonctionne d’ailleurs très bien avec les cyniques. Parce que All Comedians Are Buster, All Comedies Are Burning. ACAB ! C’est pourtant simple !

Ricanements du religieux-chasseur. Puis, sur un ton de défiance, reprend :

- Trop simple. Plutôt simpliste ! All Competition Are Beautiful, non ? All Common Are Bukkake ! finit-il par dire, la bave aux lèvres.

Bien que connaissant leur contradicteur, les bogomiles ne peuvent maîtriser un haussement d’épaules pour marquer leur profond mépris à son égard.

- C’est comme si vous avanciez que All Citizens Are Beautiful sous prétexte que All Concerto Are Beautiful. Le premier est en contradiction évidente avec le sens originel de ACAB, quant au second, il est un artifice de langage servant à justifier le premier. All Clock Are Box ? Et alors ? Cela manque de précision. Nous, nous sommes contre. All Capharnaüm Are Better plutôt que All Champion Are Best !

Le suppôt du divin perd patience. Voulant reprendre la main par un autre sujet, il lance :

- Anal Coït Are Best ?

Se rendant compte au moment où il prononce ces mots qu’il vient de ne pas respecter les fondements mêmes de l’ACAB – qui sont de ne changer que les signification du C et du B – le spécialiste des annales religieuses se fige. La réponse bogomile ne se fait pas attendre.

- Vous vouliez dire All Coït Are Beautiful ? Nous n’avons pas de préférences. Dans votre volonté de contrôler la sexualité, vous oubliez que si All Coït Are Beautiful cela n’en est pas moins vrai pour Clitorisl. Il convient donc même d’ajouter All Cocks Are Beautiful et All Cunts Are Beautiful. Et à cela, vous ne pouvez rien…

- Pour de tels propos, s’emporte le religieux, la punition est une destruction complète de celles et ceux qui pensent que…

- Et ce n’est pas tout, coupe l’hérétique, car All Colors Are Beautiful. Il serait plus précis de dire All Colors Are Bastards. Quoique vous en pensiez, All Countries Are Bulgarian ne peut être retenu pour les mêmes raisons que All Chimpanzees Are Bonobos ou All Colors Are Blue !

Désarçonné, l’inquisiteur se fait menaçant.

- De vous, il ne restera rien.

- C’est faux. Quoi que vous fassiez, quoi que vous disiez ou pensiez, il y aura toujours quelqu’un pour réaffirmer que All Coït Are Bogomil ou All Coït Are Bogres donnent bien ACAB. Et cela non plus, vous n’y pouvez rien.

De plus en plus menaçante, la réponse fuse.

- Vous voulez vous défaire de tout pour arriver à rien…

- Vous voulez nous déférer sur tout, vous n’arriverez à rien : All Coït Are Beautiful à le même acronyme que All Cops Are Bastards. Ce lien indéfectible montre qu’une sexualité sans contrainte est nécessaire et qu’une sexualité sans consentement n’en est pas une, mais plutôt une forme de violence[22]. Nul besoin d’être devin ou de faire appel au divin, des groupes ou des individus se réapproprieront le terme de bougres, par lequel vous nous désignez et nous dénigrez, pour en faire une utilisation valorisante[23], peut-être même pour affirmer une volonté de faire ce que bon leur semble dans des domaines où vous n’avez rien à foutre. Les habitants de Sodome sont en quelque sorte victimes de violences policières de l’imaginaire anti-érotique religieux. Tout comme les Gomorrhiens. Vous rendez vous compte que si All Cunnilingus Are Beautiful il en découle que All Clitoris Are Beautiful ? Si All Coït Are Bondage c’est parce que All Coït Are Bacchanal ?

- À ce petit jeu, vous ne gagnerez rien. S’emporte l’anti-érotico-hérétique.

All Cows Are Beef
- Au contraire, il y a rien à gagner. Aussi longtemps que All Cows Are Beef est vrai, on peut dire que All Cops Are Bastards l’est tout autant. ACAB un point c’est tout.

- Vous vous exposez en menaçant de la sorte.Que voulez vous dire ? All Cops Are Burning ?

Le préposé du divin s’enflamme. Les bougreriens accusés lui répondent, tranquillement.

- Vous imaginez peut-être que All Comico Are Burning ? Et pourquoi pas All Computers Are Burning ? Nous n’avons rien contre ! Nous sommes contre tout ! All Crimes Are Barricades. Mais vous tentez de nous éloigner de notre sujet. Dans nos sexualités et dans tout le reste, comme une gigantesque rainbow shower[24], nous vous vomissons dessus car All Controls Are Bad.

Outré, l’inquisiteur prend la décision immédiate d’appliquer la sentence réservée pour une telle débauche sexuelle. Il note tous les ACAB, s’offusque, les répertorie, s’énerve sur le kabbalistique 1312 qu’il est à deux doigt de déchiffrer. Le petit groupe de bogomiles adeptes de "bougreries" furent conduits auprès du bourreau, puis sur le bûcher. Leurs derniers mots avant de mourir brûlés vifs furent All Coït Are Bogres.

Certains racontent que la dernière personne à mourir, dans un sursaut d’intersectionnalité antispéciste, à pu rajouter : Ah, et y’a aussi All Carnivor Are Bastards. Pensez à le noter ! Sans doute pour ne pas se donner l’impression de mourir pour rien.

Si cet échange fictif ne nous renseigne en rien sur la sexualité de F. Merdjanov, il nous en dit long sur le reste.


Reproduction

Une des conséquences les plus fâcheuses de la sexualité de type hétéro-érotique est le risque d’enfanter. Avec tout ce que cela a de désagréable d’y penser. Le terme de nullipare se compose de rien-engendrer et désigne l’état de l’hominine sans enfant biologique. Face à cette contrainte qui modifie le rapport à la sexualité, qui n’en fait plus qu’une simple source de plaisir, celles et ceux qui n’engendrent rien doivent user de subterfuges pour détourner cette réalité biologique à laquelle il est compliqué d’échapper à 100 %. On ne naît pas nullipare, on le devient. Mais l’accident est toujours possible lors de pratiques similaires à celles employées pour la reproduction. Pour se prémunir d’une telle situation non désirée, les hominines ont mis au point des méthodes dites contraceptives. Si la responsabilité biologique de l’enfantement incombe évidemment aux deux personnes participantes, la responsabilité sociale[25] repose la plupart du temps sur la composante dite "féminine" du genre hominine, celle qui "porte" ce qui deviendra – s’il survit – un enfant hominine après la mise bas. Par conséquent, les femmes sont plus contraintes que les hommes[26] d’être attentives à la contraception[27]. Cette différenciation est sociale et non biologique dans la mesure où le symbolisme associé à la biologie reproductive n’est pas une donnée biologique en soi car si aucun des deux participants ne se décide à s’occuper du nouvel engendré, celui-ci meurt assez rapidement. Faîtes l’expérience. Vous verrez, la démonstration est implacable. Des travaux récents en paléo-anthropologie tentent de repenser les schémas existants pour proposer une vision de l’évolution où biologie et sciences sociales s’entrecroisent autrement. Sur la distribution des rôles sociaux aux périodes préhistoriques, il a été noté par exemple que la quantité de calories à fournir pour nourrir un nouvel engendré est telle qu’elle nécessite un énorme travail de collecte alimentaire[28]. Le rythme de croissance biologique du nouvel être et sa survie sont une contrainte sociale bien plus importante que la donnée biologique de savoir qui porte la progéniture à venir. Elle ne permet pas une organisation sociale où une partie de la population est tenue isolée des taches indispensables ou seule responsable de la féconde rencontre. Cela implique alors que l’organisation sociale doit être souple sur la prise en charge collective de l’élevage de la progéniture. Une organisation trop rigide – de type couple mâle/femelle avec enfants – réduit statistiquement les chances de survie dans un environnement écologique donné. Car, rappelons-le, si aucun des deux géniteurs ne se décide, la descendance est réduite à néant. Nulle part. D’autres travaux ont été consacré à la dysmorphie humaine[29]. Si les différences morphologiques entre mâle et femelle existent dans l’ensemble du vivant, elles ne sont pas pour autant une généralité. Les situations sont multiples : l’un est plus gros que l’autre, parfois non, la femelle est plus grosse, parfois l’inverse. Il ne s’agit pas de nier ces données mais le postulat est de constater que chez les hominines il y a aussi une répartition genrée de l’alimentation. En d’autres termes, dans l’organisation sociale la nourriture n’est pas répartie équitablement – en variété et en quantité – entre les hominines mâles et femelles. Les exemples sont nombreux de part le monde et le temps. Qu’en est-il alors de cette dysmorphie si cette ségrégation perdure depuis les temps paléo-anthropologiques ? Qu’en est-il de l’impact d’un tel régime sur la construction sociale d’une morphologie devenant progressivement féminine au fil des générations qui se succèdent dans la ségrégation ? L’apartheid (апартхејд en macédonien) est ancien et n’a pas été récemment inventé par le régime prétorien. Ce type de travaux permettent de questionner des évidences scientifiques en ce qu’elles sont aussi le produit social d’une époque et qu’à ce titre elles projettent une somme de constructions sociales lorsqu’elles regardent vers le passé. La démarche peut être encore plus périlleuse quand cela concerne des périodes anté-historiques avec finalement très peu de matériaux d’analyses disponibles[30].

Vasectomie et ligature des trompes
Autant dire que nous n’en savons pas plus sur F. Merdjanov. Mais par l’analyse de son œuvre majeure, il est possible de l’imaginer faisant le choix d’être nullipare. Notre ignorance de la catégorie sexuelle dans laquelle notre nullipare se trouve nous permet d’affirmer que son dilemme oppose contraception définitive et temporaire, chimique et mécanique, avant ou après la naissance. Ligature ou empêchement, hormone ou stérilisation, interruption volontaire de grossesse (IVG) ou infanticide[31]. Seule l’IVG – autrement appelée avortement – est une action physique vécue exclusivement par les hominines femelles. Les mâles peuvent être accompagnant, tout au plus, mais ce n’est pas rien. Toutes les autres méthodes sont techniquement possibles quelque soit le sexe de la personne. Pilule contraceptive ou plante abortive, vasectomie des déférents ou ligature des trompes[32], implant hormonal ou mécanique, stérilet, avortement ou pilule du lendemain, infanticide ou préservatif, spermicide ou éponge… font sans doute partie d’une longue liste de mots de vocabulaire connus de F. Merdjanov. Liste à laquelle s’ajoute sans doute aussi quelques mots de latin : cunnilingus, coitus interruptus, anus, spéculum, rectum, etc. Mais selon que F. Merdjanov soit homme ou femme, l’accessibilité à ces méthodes diffèrent selon les époques, les pays, les changements politiques et sociaux, etc.

Si la sexualité de F. Merdjanov est homo-érotique, cette problématique de la reproduction accidentelle ne se pose pas. À part quelques rares cas – pour cause de contraintes biologiques – toutes les pratiques érotiques hétéro ou homo peuvent être identiques[33]. La multiplicité des possibles en commun est immense au regard de ce qui ne l’est pas[34]. Une bonne connaissance des termes inventées pour désigner des pratiques érotiques permet généralement d’acquérir aussi du vocabulaire anglais supplémentaire, de se perfectionner un petit peu en grec et de découvrir dans la langue française des mots désuets, injurieux, rigolos ou savants. Seuls ces derniers ne peuvent véritablement être intégrés dans un érotisme de l’insulte valorisée. La multiplication des acronymes du type IST, MST, BDSM, HIV ou HPV rend leur compréhension difficile pour les plus âgés qui luttent déjà pour ne pas mélanger SNCF et EDF pour les factures, ORTF et H5N1 dans les périodes angoissantes de grippe hivernale.

Chez les hominines homo-attirés, pour rester nullipare il suffit de résister à la pression sociale d’utiliser les nouvelles techniques reproductives pour contourner un fait biologique. Accepter des techniques de stérilisation définitive pour un geste symbolique n’est pas aisé mais il n’en reste pas moins qu’une fois fait, la pression sociale n’est plus possible.

Les lignes précédentes sur la sexualité de F. Merdjanov et son hypothétique état de nullipare volontaire, permettent au moins d’esquisser le sourire encore plus radieux, le petit grognement supplémentaire, le soupir apaisé ou le soubresaut incontrôlé, de celles et ceux qui jouissent sans crainte de se reproduire accidentellement.

Il existe aussi des personnes ne voulant pas être nullipares. [réf. néc. – peu argumenté]

- C’est un nihiliste.

- Comment ? lui demanda son père. Quant à Paul, il leva son couteau dont l’extrémité portait un morceau de beurre, et resta immobile.

- C’est un nihiliste, répéta Arcade.

- Un nihiliste, dit Kirsanof. Ce mot doit venir du latin nihil, rien, autant que je puis juger, et par conséquent il signifie un homme qui… qui ne veut rien reconnaître ?

- Ou plutôt qui ne respecte rien, dit Paul qui se remit à beurrer son pain.

- Un homme qui envisage toute chose à un point de vue critique, reprit Arcade.

- Cela ne revient-il pas au même ? demanda son oncle.

- Non, pas du tout ; un nihiliste est un homme qui ne s’incline devant aucune autorité, qui n’accepte aucun principe, sans examen, quel que soit le crédit dont jouisse ce principe.[35]

Et la parentalité est de ceux-là.

Voir aussi


Notes

  1. Christine Delphy, Classer, dominer. Qui sont les "autres" ?, La Fabrique, 2008
  2. Éric Baratay, Et l’homme créa l’animal. Histoire d’une condition, Odile Jacob, 2003
  3. Environ 1500 espèces sont référencées pour leurs pratiques homosexuelles : des vertébrés aux mollusques, des insectes aux vers. Denis Chavigny, Plumes & pinceaux. Histoires de canards, Éditions Quae, 2011. Jean-Claude Féray, Grecques, les mœurs du hanneton ?, Quintes-Feuilles, 2004.
  4. Guy Hocquenghem, Le Désir homosexuel, Fayard, 2000 (1ère éd. 1972)
  5. Monique Wittig, La pensée straight, Éditions Amsterdam, 2007. Pauline Londeix, Le manifeste lesbien, L’Altiplano, 2008
  6. 6,0 et 6,1 F. Merdjanov, "Vie et œuvre de F. Merdjanov" (Postface), Analectes de rien, Gemidži Éditions, 2017 En ligne
  7. Sur l’érotisation, le morceau électro-hip-hop de Van Van, "Post Post" sur l’album Grâce & Volupté
  8. L’éthologue des primates Frans de Waal classe les singes bonobos parmi les espèces pansexuelles.
  9. Les sexualités érotiques entre des humains et d’autres animaux sont généralement jugées "moralement inacceptables" et punies par la loi dans plusieurs pays. En France, au XVème siècle, Gillet Soulard, de Corbeil, et une truie sont envoyés au bûcher pour avoir eu des relations sexuelles ensemble. Claudine de Culam, âgée de 16 ans, est pendue puis brûlée, le 4 octobre 1601, avec le chien avec qui elle est accusée "d'avoir eu habitation charnelle". Leurs cendres sont dispersées. À noter le documentaire Zoo, daté de 2007, qui relate l’histoire de Kenneth Pinyan, un américain adepte de sexe avec des chevaux qui meurt en 2005 d’une perforation du colon après une sodomie par un étalon. Il avait filmé ses précédents ébats et les avait mis en ligne sur internet. Cet évènement amène le législateur de l’État de Washington à modifier les textes pour pénaliser les actes zoophiles et leur enregistrement vidéo. Parfois, les législateurs ont pénalisé la zoophilie au nom de la "défense des animaux" et de la lutte contre la cruauté, ce qui n’empêchent pas certains humains de s’introduire, via un tube, un petit rongeur dans l’anus (comme la gerbille, victime du gerbilling) où d’exécuter des chiens qui ont dévoré leur "maître" qui les violaient… En France, deux faits divers ont défrayé la chronique dans les médias. En mars 2017, dans la région de Rouen, un homme est condamné à trois mois de prison avec sursis pour des relations sexuelles avec des poules. Sa femme demande le divorce et les autorités saisissent 6 autres poules et une chèvre pour les confier à une association de "protection animale". Déjà en 2011, dans les Vosges, un jeune garçon de 16 ans surpris avec des poules est astreint à un suivi psychiatrique, sans incarcération. Le même qui, fin 2014, sera surnommé le "violeur de chevreuils" par la presse locale pour des accusations de "violences sexuelles" sur 11 chevreuils sauvages. "Il n’explique pas vraiment son geste, il évoque une pulsion d’ordre sexuel", relatent les médias. Pour une réflexion sur la "bestialité", voir Peter Singer, "Amour bestial" repris dans la revue Amer, Éditions Les Âmes d’Atala, n° 2, 2008 En ligne. Pour un commentaire de la législation en France à travers l’histoire de Gérard X et Junior, son poney, voir Marcela Iacub, "Protection légale des animaux ou paternalisme ?", Raisons politiques, n° 44,‎ 2011 En ligne
  10. Michel Bozon, "Les significations sociales des actes sexuels", Actes de la recherche en sciences sociales, Vol 128, n° 1 Sur la sexualité, 1999 En ligne
  11. La masturbation est une pratique sexuelle que de nombreux autres animaux utilisent aussi pour se donner du plaisir : chiens, cerfs ou singes par exemple. Elle n’est pas toujours solitaire. Personne réelle ou imaginaire. Avec ou sans objet autre que soi. À visée érotique, orgasmique et/ou somnifère. Frans de Waal, De la réconciliation chez les primates, Flammarion 1992.
  12. Philippe Brenot, Éloge de la masturbation, Zulma, 2005.
  13. "Le consentement. 100 questions sur les interactions sexuelles", mars 2009 En ligne.
  14. "Vous avez dis inter-quoi ?", Timult, n° 7, 2013 En ligne
  15. Alfredo Bonnano, La joie armée, 1977 En ligne
  16. Anonyme, Éloge de rien, 2014 En ligne
  17. François Augiéras, L’Apprenti sorcier, 1964
  18. Ce texte de 1733 relate la vie des Ebugors (anagramme de Bougres) un peuple masculin homosexuel avec à leur tête Kulisber (Brise-cul) dans sa confrontation avec les Omines (Moines) et les Cythéréennes (Femmes hétérosexuelles). Chaque peuple étant lui-même divisé en différentes classes.
  19. Le terme de bogre est attesté en français vers la fin du XIIème siècle pour désigner les hérétiques bogomiles qualifiés ainsi de bulgares. Parfois bolgre. Le mot bougre prend le sens de sodomite au XVIème auquel s’ajoute celui d’individu. Les féminisations bogresse ou bougresse existent dans des sens similaires. Bougre est aussi utilisé en tant qu’insulte lorsqu’il désigne les prêteurs sur gages. "Ah! bougre! s'était-il écrié, usant du juron qui était chez lui la marque la plus forte de la déférence sociale". Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1918
  20. François Augiéras, Domme ou l’essai d’Occupation, 1982
  21. Nous invitons celles et ceux qui ont une mauvaise maîtrise de la langue anglaise à se munir d’une dictionnaire bilingue pour cet partie de l’article.
  22. Je ne suis pas un égout séminal. Recueil de textes sur le viol comme arme de la domination patriarcale, 2008 En ligne
  23. Nos identités Trans-Gouines-Pédés. Apports et limites de ces petites boîtes, émission radiophonique On est pas des cadeaux, Radio Galère, Marseille, mai 2014 En ligne – mp3 – 86.2 Mo
  24. "Rainbow shower" se traduit en français par "douche arc-en-ciel". Cette expression désigne une pratique érotique valorisant le vomi et consistant, suivant les rôles, à prendre plaisir à ce faire vomir dessus, à vomir sur quelqu’un ou à en faire vomir d’autres. Par principe, il suffit d’introduire un objet ou une partie du corps dans la bouche lors de rencontres érotiques pour qu’il y ait vomissement sur une partie choisie, pour le plus grand plaisir des personnes participantes.
  25. Paola Tabet, "Fertilité naturelle et reproduction forcée", La Construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps, L’Harmattan, 1998
  26. Contraception masculine, émission radiophonique Comme à la radio, Canal Sud Toulouse, novembre 2011.
  27. Brenda spencer, "La femme sans sexualité et l'homme irresponsable", Actes de la recherche en sciences sociales, Vol 128, n° 1 Sur la sexualité, 1999 En ligne
  28. Jean-Jacques Hublin, L’évolution de l’enfance, Cours filmé au collège de France, 25 novembre 2014 En ligne – mp4 – 884 Mo
  29. Priscille Touraine, Hommes grands, femmes petites : une évolution coûteuse. Les régimes de genre comme force sélective de l’évolution biologique, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2008. À voir aussi Priscille Touraine, "Des poils et des hommes. Entre réalités biologiques et imaginaires de genre eurocentrés", Cahier d'anthropologie sociale, n° 6 : Poils Et Sang. Pour un tour des critiques féministes de la paléo-anthopologie, Défaire les mythes sur la Préhistoire, que sait-on de nos ancêtres ?, émission radiophonique DégenréE, Radio Kaleidoscope Grenoble, 22 février 2012
  30. John Zerzan, "Futur primitif", 1998 En ligne. Alain C. "John Zerzan et la confusion primitive", 2000. En ligne
  31. Collectif, L’infanticide : Réflexions autour d’un tabou, 2009 En ligne
  32. La stérilisation volontaire, on en est où ? Émission radiophonique DégenréE, Radio Kaleidoscope Grenoble, 12 novembre 2008 En ligne – mp3 – 82.2 Mo
  33. Un texte sur l’érotisme lorsque l’on est "moins valide". "Vos désirs sont des échos ou des égos ?", Timult, n° 3, 2010 En ligne
  34. Schmurgle H-K, "Se faire mettre ou pas ? Telle est la question", 1999 [en ligne]. Dorothy Allison, "Théorie et pratique du gode-ceinture", Peau, Balland, 1999 [en ligne].
  35. Ivan Tourgueniev, Pères et fils, 1862