Marie-Angélique le Blanc

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Marie-Angélique le Blanc (Мари-Анжелик ле Блан en macédonien - Maria-Angelica le Blanc en nissard) Homininis ferus selon un ABC des Loupiotes.


[En cours de rédaction]


Loupiotes

De lioube. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. [1]
Lum.jpg

Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVIIe siècle après son messie — alias JC [2] — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines [3] qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIIIe siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le Siècle des Lumières dans l'univers christien et la Haskala [4] dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de éducation. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote [5] ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne protivophile et une dépressive.

Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.
Mais la vérité est que je ne suis rien
Et ma force unique est que
Je sais que je ne suis rien.
J'ai des amis qui ne sont rien non plus.
Et on se rappelle souvent
Que nous ne sommes rien. [6]

Les Loupiotes ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.

Loupiote ?

Dérivé du canis lupus, le loup. Loupeau ou loupiot sont synonymes de louveteau [7]

Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, "pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée." [8] Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni "coups et blessures", ni "empoisonnement" pour expliquer son décès soudain. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle [9] qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans [10], un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 [11] et en anglais en 1768 [12]. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que "la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire & dénués de vraisemblance." [13] L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée [14]. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy [15], près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France.

Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a "pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français." [10] Que ce soit dans Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans, publiée en 1755, ou dans la revue Mercure de France de décembre 1731 [16], le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et "environ 18 ans" dans l'autre. L'acte de baptême [17], daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit "environ vingt ans" [18]. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy [12]. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du Mercure de France explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une "fille sauvage" dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant "au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre". Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la "fille sauvage", rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La lune est "la lumière de la bonne Vierge", un chapelet est "un grand Chime", une église le "paradis terrestre" et une eau-de-vie est un "brûle ventre". Il note ce qu'il appelle du "patois de son pays". Ainsi, un filet de pêche se dit debily et "Bonjour, fille" se dit "Yas yas, fioul". [16] La description physique mentionne une taille moyenne, "avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus." [16] Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation [10]. Dès octobre 1731, l'histoire de la "fille sauvage de Songy" est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et "journaux" francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de "Quart d'heure de célébrité."

Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la "fille sauvage" est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie [20]. Pour le nom de famille, selon le Registre tenu par les Dames de Saint Cyr daté de 1757, "elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche." [21] Effet Loupiotes, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement "apprivoisée" et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot[22]. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, "l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure." [23] Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres [24]. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit "petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement." [25] Lors de la discussion, elle rappelle "qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations." Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par "Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes." [26]

Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. Histoire d'une jeune fille sauvage... remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette [27], Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la "fille sauvage" alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son Épître II sur l'homme [28], le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année Éclaircissements sur la fille sauvage [29]. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement "rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant." Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans Histoire d'une jeune fille sauvage... — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la "fille sauvage de Songy". De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 [12].

— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.
— Je n'ai rien compris. [30]

Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan[31] et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan [32], l'absence de "civilisation" ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos [33] que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli [34] ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe [35], mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le français avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, analectes de rien se dit analect of nothing en anglais ou tandu ala-eta-ze en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.

Je vous écris. – Une bêtise
Pourquoi ? – Pour rien.
Alors ? – C’est tout [36]

Tawa-eta eto. – T’unk yud
Zut-ul bi et ? Tandu
Et zut-ul bi et ? U-tand

Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue "naturelle" est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIIIe siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam [37], seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.

L'idéalisation d'un "état de nature" par les Loupiotes est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du "bon sauvage" ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux "filles sauvages" se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la "bonté naturelle", de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que "la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»" [29] Claude-Remy Buirette relate un "épisode" dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. [27] Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des homo sapiens ferus dans lequel il classe "la jeune fille découverte en Champagne" [38]. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette féralité permet aux philosophes de s'interroger et de voir "clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société" [39] Dans son Cours d'histoire naturelle de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique "n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ? [40] Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que "il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité." [41] Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son Histoire naturelle de l’âme [42] en 1745, puis dans L'homme machine [43] en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a "mangé sa sœur". Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle "qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;" [44] Pour les Loupiotes, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine "Homo homini lupus est", signifiant "l'Homme est un loup pour l'Homme", c'est-à-dire son pire cauchemar, "ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup." [45]

Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines lambda sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la "fille sauvage de Songy" sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être "la femme potiche et la femme bonniche" [46]. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du raphé périnéal. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement.

Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.

Loupiote

Forme féminisée de loupiot, enfant. [47]

La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ? Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de "lamerique". L'article de décembre 1731 du Mercure de France postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que "à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit." Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette "dame de qualité" de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de Histoire d'une jeune fille sauvage, "il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes "le visage et les mains noirs comme une négresse" — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement autre : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive." [10]

Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que "melle Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis." [10] Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que "il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit cherche la vraisemblance." [10] Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, Histoire d'une jeune fille sauvage, le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. [48] Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire.

Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence [10]

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Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des "Esquimaux" [49], que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière [50] avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans Histoire d'une jeune fille sauvage, elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce "sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable." [10] Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de L'Encyclopédie sur les eskimaux [51] Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XVe siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan [52], parues au début du XVIIIe siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes. En 1704, il publie Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan dans lesquels Adario [53] lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens.

Jusqu’à présent tu ne prouves rien, & plus j’examine cette prétendue incarnation & moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand & incomprehensible Etre & Createur des Terres, des Mers & du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, & crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer. [54]

Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la "fille sauvage de Songy" alors même que la principale concernée précise que ce "sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup." [10] Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. "J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible." [10] La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des "sauvages". Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. "On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage." [55] Elles baignent dans cet univers des Loupiotes qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir [56]. Star des stars, François-Marie "Voltaire" Arouet s'imagine être "supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce." [57] Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. "Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures." [58]

Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise [12] de Histoire d'une jeune fille sauvage il en explique les raisons. Selon lui, "un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils." Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, "il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres." Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme huron est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la hure qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une "tête hérissée, hirsute, mal peignée" [59].

Pendant plusieurs siècles après la parution de Histoire d'une jeune fille sauvage, le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIXe siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.

Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique [60]. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication "onze". Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet·te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712.

L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations "esquimaudes", inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à Histoire d'une jeune fille sauvage il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXIe siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIIIe siècle. Titrée Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt, cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier L'Aventurier venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une "jeune sauvagesse". [61] Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste [62]. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 [63]. La "sauvagesse" est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une "esclave noire" arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. [64] Dans sa démonstration, il assimile la "jeune sauvagesse" à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de Histoire d'une jeune fille sauvage se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère.

Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIIIe siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France [65], l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France [66], les mesquakies [67] subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 [68], la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, "cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes" [69] selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones [70]. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, "accueille" ainsi plusieurs jeunes "sauvagesses". Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?

Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que "jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence" [10] Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une "jeune sauvagesse" mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy [12], entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de "l'esclave noire" qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces.

Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes [71]. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. "Jusqu'à preuve du contraire !" n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du Mercure de France précise que ses yeux sont bleus [16]. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de Histoire d'une jeune fille sauvage ne disent rien de son physique mais accentuent une "allure sauvage".

En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique "aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée." [72] L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ?

Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt [60], publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 [73], puis repris par la romancière Anne Cayre dans La fille sauvage de Songy [74] en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique Sauvage [19] qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suit plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales [75] et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie [72]. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré [76] ou sur des sujets annexes [77], les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une "jeune sauvagesse" à Marseille en 1720 à la "découverte" d'une "jeune fille sauvage" à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.

Mahwêwa ?

D'origine algonquienne, terme signifiant loup [78]
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Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la "jeune fille sauvage" se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, "bien sous tous rapports". Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre partie sur telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.

J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...
Que veut-il donc ?... Voici l'espace,
Ici, chacun a de la place...
Mais, sans arrêt, toujours plus vain,
Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...” [36]

Notes

  1. Lioube
  2. JC John Clayton III, Lord Greystoke
  3. hominines
  4. Haskala
  5. loupiote
  6. Lilit Petrosyan. Cité dans KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne, à paraître.
  7. Loupeau
  8. Archives nationales. Série Y, carton 14470
  9. femelle
  10. 10,00 10,01 10,02 10,03 10,04 10,05 10,06 10,07 10,08 10,09 et 10,10 Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans, 1755 - [En ligne]
  11. Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren
  12. 12,0 12,1 12,2 12,3 et 12,4 An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne, 1768 - En ligne
  13. Mercure de France, avril 1755 - En ligne
  14. (1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine. Nicolas Lyon-Caen, Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel, Limoges, Pulim, 2008
  15. Songy
  16. 16,0 16,1 16,2 et 16,3 Mercure de France, décembre 1731 - En ligne
  17. Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126
  18. Archives de la Marne, 2 E 119 / 35
  19. 19,0 et 19,1 Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc, Paris, Delcourt, 2015
  20. Marie-Angélique-Memmie
  21. Cité dans Franck Tinland, L’Homme sauvage, 1968
  22. Acte - [En ligne]
  23. Mercure de France, avril 1755 - En ligne
  24. Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.
  25. Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758), tome 13, p 70-72 - En ligne
  26. Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?
  27. 27,0 et 27,1 Claude-Remy Buirette, "Introduction", Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne, 1788 - En ligne
  28. Louis Racine, Œuvres, tome II, 1808 - En ligne
  29. 29,0 et 29,1 Louis Racine, Éclaircissements sur la fille sauvage dans Œuvres, tome VI, 1808 - En ligne
  30. Gostan Zarian, Le bateau sur la montagne, 1943
  31. Hayy
  32. tarzan
  33. yahoos
  34. mowgli
  35. langue grand-singe
  36. 36,0 et 36,1 Extrait de Lermontov, Valerik, 1843
  37. Salimbene de Adam
  38. Écrit en latin, Systema Natura parle de la "puella campanica". Voir la version en français - En ligne
  39. Histoire naturelle générale et particulière, tome 3, 1764 - En ligne
  40. Gaspard Guillard de Beaurieu, Cours d'histoire naturelle, 1770. Cité dans J. Douthwaite, "Les sciences de l'homme au XVIIIe siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne", SFHSH, n°27, 2004
  41. Jacques-Christophe Valmont de Bomare, "Homme sauvage", Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle, tome 4, 1775 - En ligne
  42. Julien Offray de la Mettrie, Histoire naturelle de l’âme, 1745 - En ligne
  43. Julien Offray de la Mettrie, L'homme machine, 1748 - En ligne
  44. J. Douthwaite, "Les sciences de l'homme au XVIIIe siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne", SFHSH, n°27, 2004 - En ligne
  45. Bernard Arcand, Serge Bouchard, Quinze lieux communs, Montréal, Boréal, 1993
  46. Claude Alzon, La femme potiche et la femme bonniche, Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]
  47. Loupiot
  48. Scénarios
  49. Le terme "esquimau" regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie "mangeur de viande crue". Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XXe siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est inuit. Steve Canac-Marquis, "Un peu de ménage... ethnique", Québec français, numéro 96, hiver 1995 - En ligne
  50. François Melançon, Paul-André Dubois, "Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle", Érudition et passion dans les écritures intimes, Nota Bene, 1999
  51. "Ce sont les sauvages des sauvages, & les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, & vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce & presqu’incroyable." dans "Eskimaux", Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers , tome 5, 1751 - En ligne
  52. Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan - [En ligne]
  53. Adario
  54. Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan, 1704 - En ligne
  55. Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de Histoire d'une jeune fille sauvage
  56. Et les conclusions ?
  57. Voltaire, Traité de Métaphysique, 1734 - En ligne. Pierre H. Boulle, "La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime", Outre-mers, tome 89, n°336-337 "Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?", 2002 - En ligne
  58. Melchior Grimm, Nouvelles littéraires, n°CXXV, in Correspondance littéraire, éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, "La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir", Enfants sauvages : Représentations et savoirs, Hermann, 2017 - En ligne
  59. hure - [En ligne]
  60. 60,0 et 60,1 Serge Aroles, Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt, Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004
  61. Archives
  62. Peste à Marseille
  63. Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - En ligne
  64. Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479
  65. Saint-Pierre et Miquelon
  66. Alliés
  67. mesquakies
  68. Guerres des Renards
  69. Archives nationales. op. cit., C11A/33
  70. Acoutsina
  71. Exemple d'enfants sauvages
  72. 72,0 et 72,1 Julia V. Douthwaite, "La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir", Enfants sauvages : Représentations et savoirs, dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - En ligne. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - En ligne
  73. "Au Cœur de l’histoire" sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]
  74. Anne Cayre, La Fille sauvage de Songy, L'Amourier, 2013
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