Épicène : Différence entre versions

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<blockquote>''Après tous les noms et les innombrables mots qui ne sont pas toi, qu’es-tu ? RIEN. Un rien tellement enrageant, indistinguable et unique que le monde entier tente obsessivement de te nommer. Après tout, avec des milliers d’adjectifs fonctionnant sur nos corps, nous sommes finalement produit-e-s comme "soi". "Appeler" est la violence, la menace et la cruauté du signifiant forcé à coller sur le rien qui échappe, excède, est trop peu et échoue lui-même continuellement. Mais au-delà de tout, ces systèmes de légitimation et opérations de subjectivité sont construits et renforcés par les modes de pouvoir, pas par le langage seul.'' <ref>''Comment détruire le monde'' - [https://breakdown.noblogs.org/post/2017/06/15/comment-detruire-le-monde/ En ligne]</ref> </blockquote>
 
<blockquote>''Après tous les noms et les innombrables mots qui ne sont pas toi, qu’es-tu ? RIEN. Un rien tellement enrageant, indistinguable et unique que le monde entier tente obsessivement de te nommer. Après tout, avec des milliers d’adjectifs fonctionnant sur nos corps, nous sommes finalement produit-e-s comme "soi". "Appeler" est la violence, la menace et la cruauté du signifiant forcé à coller sur le rien qui échappe, excède, est trop peu et échoue lui-même continuellement. Mais au-delà de tout, ces systèmes de légitimation et opérations de subjectivité sont construits et renforcés par les modes de pouvoir, pas par le langage seul.'' <ref>''Comment détruire le monde'' - [https://breakdown.noblogs.org/post/2017/06/15/comment-detruire-le-monde/ En ligne]</ref> </blockquote>
  
Dans l'attente d'un grand incendie civilisationnel, une vandalité <ref>"Vandalité" dans Jean-Baptiste Richard, ''Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux'', 1845 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96180283/f598.item.texteImage En ligne]</ref> langagière est nécessaire pour dépasser la simple réforme des règles grammaticales. "''Faire advenir le neutre, ou neutriser, c'est suspendre les assignations identitaires et les classifications binaires et hiérarchiques. [...] Il s'agit ici de "neutriser", et non plus de "neutraliser". Et ça change tout''" <ref>Lila Braunschweig, ''Neutriser. Émancipation(S) par le neutre'', Les liens qui libèrent, 2021</ref> Parmi les possibilités les plus faciles, il faut se saisir de l'existant linguistique pour reconstruire de nouvelles pratiques afin que cela soit à la portée de chaque hominine. Sans avoir nécessairement à rechercher et réintroduire d'anciennes formes, les suffixes déjà utilisés peuvent combler l'insuffisance lexicale actuelle pour chercher à neutriser. Si au masculin ''auteur'' correspondent les formes féminisées ''auteure'' ou ''autrice'' — construites avec un ''e'' qui marque le féminin ou le suffixe en ''rice'' qui se retrouve, par exemple, dans ''amatrice'' ou ''directrice'' — il n'en reste pas moins la forme utilisée pour exprimer le neutre général. Au contraire de ''autaire'' qui est totalement épicène et construit comme ''faussaire'' ou ''libraire''. Lorsqu'il est nécessaire de préciser le genre, rien n'empêche d'utiliser les formes non-épicènes quand le pronom personnel ou l'article ne suffisent pas. La création de tels néologismes évite les confusions possibles avec des mots déjà existant. Par exemple, "''Je suis autiste''" laisse un doute sur le sens exact de cette expression. Sommes-nous en présence d'un trouble du spectre autistique (TSA) ou d'un acte créatif ? D'autant plus que l'un n'exclut pas l'autre. Néanmoins, l'usage des suffixes ''-iste'' ou ''-isme'' peut très bien aussi remplir cette fonction. Comme le précise Jean-Baptiste Richard dans son ''Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux'', publié dans le milieu du XIX<sup><small>ème</small></sup> siècle, dans la langue française, "''faute d'une riche abondance de mots et afin de ne pas se répéter on est obligé de périphraser souvent pour rendre la pensée, ce qui, dans nombre de cas, amoindrit ou détruit la précision du style et son énergie. Sans doute, faute de mots on ne peut rendre ce que l'on conçoit, l'esprit échoue contre un obstacle qui paralyse l'émission des idées, et une langue pauvre et insuffisamment étendue limite toujours la conception. Dans un tel cas, il est nécessaire d'augmenter la langue et de lui donner toute l'extension et toute la variation dont elle est susceptible.''" <ref>Extrait de l'avant-propos de la seconde édition de Jean-Baptiste Richard, ''Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux'', 1845 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96180283 En ligne]</ref> Un travers rencontré dans l'écriture par toutes les personnes s'intéressant à la [[protivophilie]] et attentives à ne pas genrer [[F. Merdjanov]]. Car, au-delà de la question des pronoms, des noms et des adjectifs épicènes, la grammaire française impose l'accord en genre et en nombre dans la conjugaison. Par conséquent, F. Merdjanov ne peut jamais être le sujet direct lorsque l'auxiliaire ''être'' est utilisé ou, de manière générale, lorsqu'un accord en genre est nécessaire. Seules des tournures de phrase spécifiques, voire alambiquées, permettent de contourner cette règle grammaticale. Hantise des conservataires qui y voient une hérésie, passible du bûcher, la traduction en langue ouhoqistanaise d'œuvres littéraires est bien utile pour rendre accessible au plus grand nombre des styles littéraires plus exigeants qui laissent peu de place à la périphrase. Par exemple cet extrait d'un texte que le poétesse René Daumal a écrit au masculin et qui, pour être traduit en ouhoqistanais <ref>ouhoqistanais et arménarien</ref>, doit nécessairement subir un acte vandalique <ref>"Vandalique" dans Jean-Baptiste Richard, ''Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux'', 1845 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96180283/f598.item.texteImage En ligne]</ref> sur le verbe ''mourir'' <ref>Pour des raisons protivophiles qu'il serait trop long de développer dans cette note, la conjugaison classique du verbe ''mourir'' à la première personne du singulier du présent de l'indicatif — je meurs — n'est pas adaptée car elle invisibilise la dimension située de l'écriture de ce texte. Le poétesse René Dumal est de genre masculin si l'on se fie à ses choix grammaticaux. Alors que l'emploi de ''mouru'' neutrise.</ref>.  
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Dans l'attente d'un grand incendie civilisationnel, une vandalité <ref>"Vandalité" dans Jean-Baptiste Richard, ''Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux'', 1845 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96180283/f598.item.texteImage En ligne]</ref> langagière est nécessaire pour dépasser la simple réforme des règles grammaticales. "''Faire advenir le neutre, ou neutriser, c'est suspendre les assignations identitaires et les classifications binaires et hiérarchiques. [...] Il s'agit ici de "neutriser", et non plus de "neutraliser". Et ça change tout''" <ref>Lila Braunschweig, ''Neutriser. Émancipation(S) par le neutre'', Les liens qui libèrent, 2021</ref> Parmi les possibilités les plus faciles, il faut se saisir de l'existant linguistique pour reconstruire de nouvelles pratiques afin que cela soit à la portée de chaque hominine. Sans avoir nécessairement à rechercher et réintroduire d'anciennes formes, les suffixes déjà utilisés peuvent combler l'insuffisance lexicale actuelle pour chercher à neutriser. Si au masculin ''auteur'' correspondent les formes féminisées ''auteure'' ou ''autrice'' — construites avec un ''e'' qui marque le féminin ou le suffixe en ''rice'' qui se retrouve, par exemple, dans ''amatrice'' ou ''directrice'' — il n'en reste pas moins la forme utilisée pour exprimer le neutre général. Au contraire de ''autaire'' qui est totalement épicène et construit comme ''faussaire'' ou ''libraire''. Lorsqu'il est nécessaire de préciser le genre, rien n'empêche d'utiliser les formes non-épicènes quand le pronom personnel ou l'article ne suffisent pas. La création de tels néologismes évite les confusions possibles avec des mots déjà existant. Par exemple, "''Je suis autiste''" laisse un doute sur le sens exact de cette expression. Sommes-nous en présence d'un trouble du spectre autistique (TSA) ou d'un acte créatif ? D'autant plus que l'un n'exclut pas l'autre. Néanmoins, l'usage des suffixes ''-iste'' ou ''-isme'' peut très bien aussi remplir cette fonction. Comme le précise Jean-Baptiste Richard dans son ''Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux'', publié dans le milieu du XIX<sup><small>ème</small></sup> siècle, dans la langue française, "''faute d'une riche abondance de mots et afin de ne pas se répéter on est obligé de périphraser souvent pour rendre la pensée, ce qui, dans nombre de cas, amoindrit ou détruit la précision du style et son énergie. Sans doute, faute de mots on ne peut rendre ce que l'on conçoit, l'esprit échoue contre un obstacle qui paralyse l'émission des idées, et une langue pauvre et insuffisamment étendue limite toujours la conception. Dans un tel cas, il est nécessaire d'augmenter la langue et de lui donner toute l'extension et toute la variation dont elle est susceptible.''" <ref>Extrait de l'avant-propos de la seconde édition de Jean-Baptiste Richard, ''Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux'', 1845 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96180283 En ligne]</ref> Un travers rencontré dans l'écriture par toutes les personnes s'intéressant à la [[protivophilie]] et attentives à ne pas genrer [[F. Merdjanov]]. Car, au-delà de la question des pronoms, des noms et des adjectifs épicènes, la grammaire française impose l'accord en genre et en nombre dans la conjugaison. Par conséquent, F. Merdjanov ne peut jamais être le sujet direct lorsque l'auxiliaire ''être'' est utilisé ou, de manière générale, lorsqu'un accord en genre est nécessaire. Seules des tournures de phrase spécifiques, voire alambiquées, permettent de contourner cette règle grammaticale. Hantise des conservataires qui y voient une hérésie, passible du bûcher, la traduction en langue ouhoqistanaise d'œuvres littéraires est bien utile pour rendre accessible au plus grand nombre des styles littéraires plus exigeants qui laissent peu de place à la périphrase. Par exemple cet extrait d'un texte que le poétesse René Daumal a écrit au masculin et qui, pour être traduit en ouhoqistanais <ref>ouhoqistanais et arménarien</ref>, doit nécessairement subir un acte vandalique <ref>"Vandalique" dans Jean-Baptiste Richard, ''Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux'', 1845 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96180283/f598.item.texteImage En ligne]</ref> sur le verbe ''mourir'' pour rendre au mieux "''Je suis mort"". Pour des raisons protivophiles qu'il serait trop long de développer dans cet article, la conjugaison classique du verbe ''mourir'' à la première personne du singulier du présent de l'indicatif — je meurs — n'est pas adaptée car elle invisibilise la dimension située de l'écriture de ce texte: le poétesse René Dumal est de genre masculin si l'on se fie à ses choix grammaticaux. Alors que l'emploi de ''mouru'' neutrise.  
  
 
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Version du 27 février 2026 à 20:05

Épicène (епикеен en macédonien - epicène en nissard) Vandalité langagière.


[En cours de rédaction]


Étymologie

Sabeauter.jpg

Le terme épicène se décompose en épi- et -cène, deux étymons issus du grec antique. Le premier est ἐπί (epí) et signifie "sur", "au-dessus" et "à la suite", le second est κοινός (koinós) qui signifie "commun". ἐπίκοινος a le sens de "possédé en commun". Ces deux étymons sont présents dans la langue française contemporaine. Par exemple dans les mots épilogue, épicentre ou épiderme, respectivement "dernière partie, conclusion" [1] d'un texte — par opposition au prologue —, "point de l’écorce terrestre situé à la verticale du foyer d’un séisme" [2], et "partie de la peau qui couvre le derme" [3]. Ou encore épitaphe [4] — l'inscription sur une tombe — ou le disparu epyeykie [5] signifiant "équité". Si il existe en français plusieurs termes construits avec cet étymon, koinos est beaucoup plus rare. Il se retrouve dans le terme koinè ou koïné qui désigne une langue commune ou dans koinéisation qui indique le phénomène de partage d'une pratique linguistique. Ainsi, la langue française est la koinè de l’État français contemporain qui s'est construite progressivement par un phénomène de koinéisation des pratiques linguistiques franciliennes. Un autre phénomène de koinéisation est celui qui, à partir de plusieurs langues du pourtour méditerranéen, voit l'émergence de la lingua franca parlée par des hominines [6] de langues différentes [7] du XIVème au XIXème siècle après JC [8].

Il voulait tout savoir mais il n’a rien connu. [9]

Avant que épicène ne devienne un mot du lexique francophone actuel, il passe par le latin epicoenus et prend plusieurs formes. Epychenon au XIIIème siècle, epichene et epichien au XVème, puis epicene à partir du XVIIème. Il entre sous la forme épicène dans la quatrième édition, publiée en 1762, du dictionnaire de l'Académie française.

La définition de l'adjectif épicène est celle d'un terme générique qui désigne un être animé sans en préciser le sexe. Par exemple, le rat ou la perdrix sont deux appellations d'espèces qui ne différent pas selon qu'elles nomment le mâle ou la femelle. De manière générale, est épicène ce "qui a la même forme au masculin et au féminin" selon le Trésor de la langue française [10]. De fait, épicène est un adjectif épicène. Les prénoms Claude ou Camille sont épicènes. Idem pour les pronoms singuliers je ou tu. Un mot épicène n'est pas nécessairement neutre et peut être employé au masculin ou au féminin comme l'indique le dictionnaire Littré avec en exemple le mot enfant [11].

Vandalisme libérataire

Les recherches entreprises par la protivophilie autour de la vie et de l'œuvre de F. Merdjanov impliquent un questionnement autour des règles grammaticales et du vocabulaire de la langue française. L'absence totale d'information sur son sexe ou son genre nécessite de la prudence dans la rédaction d'articles du wikimerdja. Plusieurs options sont disponibles. La plus courante consiste dans un premier temps à l'inclure dans la catégorie du vivant appelée hominine, une formulation épicène que le terme humain ne convient pas à combler. En effet, le genre masculin de ce mot n'inclut pas systématiquement les hominines femelles qui sont dite humaine. Cette pseudo-neutralité masculine est insuffisante dans ce qu'elle donne comme précision nécessaire dans un contexte culturel de binarité genrée (masculin/féminin) ou sexuée (mâle/femelle) [12].

L'histoire et l'usage de la langue française contemporaine consistent, bien souvent, à considérer la forme masculin d'un mot comme sa version neutre. Il en est ainsi, par exemple, pour les mots de fonctions ou de métiers. Les formes féminisées ne sont pas l'équivalence mais nomment un statut marital. La boulangère n'est pas l'hominine femelle qui fait de la boulangerie son métier mais l'épouse de l'hominine mâle qui réalise cette activité, le boulanger. La culture misogyne qui s'exprime à travers la langue française donne parfois une dimension dépréciative ou péjorative aux formes féminines ou féminisées. Par exemple, un couturier n'est pas l'équivalent d'une couturière, le sous-entendu de prestige de l'un n'est pas présent pour l'autre. Idem avec cuisinier et cuisinière. Et il n'y a pas de réciprocité. Bien que le métier de sage-femme soit resté exclusivement féminin pendant des siècles, son ouverture progressive et récente à des hominines mâles n'a pas vu l'apparition d'un usage masculinisé. Un sage-femme n'est toujours pas d'actualité et les discussions autour de l'appellation de ce métier de mettre au monde — la maïeutique [13] — n'ont pas dépassé le stade de la proposition de maïeuticien et maïeuticienne. Rien sur la possibilité de formes épicènes comme maïeuticaire ou maïeutiste. L'usage au masculin de sage-femme est déconcertant pour qui ne voit pas le problème avec nouveau-né et nouveau-née alors qu'il y a la possibilité de nouvel-né et nouvelle-née. D'évidence, la problématique épicène se pose différemment selon qu'il s'agit d'écrit ou d'oral. Mais pas seulement. Une réalité complexe vécue par les chantaires des Surfs dans leur reprise de Si j'avais un marteau de Claude Françoise. La version originale en anglais ne pose pas de problème car la grammaire de cette langue est épicène.

Si j'avais un marteau
Et si j'avais une cloche
Puis si j'avais une chanson à chanter
Je serais la plus heureuse
Je ne voudrais rien d'autre
Qu'un marteau, une cloche et une chanson
Pour l'amour de mon père
Ma mère, mes frères et mes sœurs
Oh oh, ce serait le bonheur [14]

Chattmarto.jpg

La recherche épicènienne n'est pas similaire à celle de l'inclusivité. Le rendu et la démarche politique ne sont pas du même ordre. Les articles de l'encyclopédie wikimerdja, pour ne citer qu'un exemple, tendent souvent à l'inclusivité pour l'ensemble des hominines et plutôt à l'épicène lorsqu'il s'agit spécifiquement de F. Merdjanov. Pour les hominines en général, cela permet de briser l'invisibilité faite aux hominines femelles dans l'écriture de la réalité. Appuyer sur la binarité permet de rendre présent ce que la neutralité masculine dissimule [15]. Lorsque cela est nécessaire, hominine est suivi de la précision mâle ou femelle. Des néologismes tel que elleux ou celleux sont utilisés pour indiquer le général. Et ille ou cellui si besoin. Le point médian (ou d'altérité) est aussi occasionnellement sollicité [16]. Cela ne vaut pas pour une validation de cette segmentation binaire artificielle basée sur le sexe socialement reconnu ou sur le dressage social attendu. Le genre n'est pas une théorie, il est une description de la réalité d'une division binaire et hiérarchisée de la plupart des sociétés d'hominines. Des mécanismes sociétaux et culturels qui modèlent les individualités en groupes sociaux antagonistes. "Le genre [est] comme un panel spécifique de discours qui s’incarne en médecine, psychiatrie, dans les sciences sociales, la religion, et dans nos interactions journalières avec les autres. Nous ne voyons pas le genre comme un aspect de notre "vrai soi", mais comme tout un ordre de signification et d’intelligibilité dans lequel nous nous trouvons opérant." [17] La reconnaissance progressive, depuis quelques décennies, de la multiplicité de genres au delà de la binarité ne les a pas fait disparaître. Les plus optimistes imaginent une première fissure, les pessimistes y voient un renforcement. Un questionnement porté par un nihilisme du genre [18] dans un anti-manifeste daté de 2017 : "Nous ne cherchons pas à créer un meilleur système, car les politiques positives ne nous intéressent pas du tout. Tout ce que nous demandons dans le présent est une attaque sans répit sur le genre et les modes de significations sociales et d’intelligibilité qu’il crée." [17] Pour parler de F. Merdjanov, il convient de garder toute la prudence nécessaire sur la question de son genre. Pour la protivophilie, il est clair que rien ne doit être inventé à ce sujet. Au croisement des Gender's Studies et des Post-Nothing Studies, les travaux réalisés jusqu'à ce jour ne permettent pas d'en dire plus. La seule hypothétique information sur son genre se trouve dans le texte Le Tout, le Rien [19] car les traductaires n'ont pas rendu la neutralité nécessaire. Cela leur est imputable et cette erreur indique très probablement le genre de ces traductaires pour qui le neutre grammatical est par défaut le masculin ! Ou, pour le dire en terme ouhoqiste, qui voient écrit "sexe" et comprennent "bite". De ces hominines qui affirment publiquement — démonstration linguistique imparable à l'appui — que le philosophaire Épicure est le demi-frère d'Épicène. Mais cela n'implique en rien F. Merdjanov. Dans Vie et œuvre de F. Merdjanov, le plus vaste travail biographique jamais réalisé à ce jour, ses rédactaires précisent que "F. Merdjanov n’est rien et souhaite le rester." [20] Prendre le risque de l'enfermer dans un genre défini est une faute de raisonnement, un biais cognitif d'une culture ségrégationniste. Une violence faite à ses possibles individualités. La moindre intelligence, même artificielle, est capable de comprendre le sens du titre Contre le genre, contre la société qui pourrait très bien être celui d'un de ses livres. Extrait choisi.

Chacun-e de nous est un vaste et inquantifiable rien, une singularité infiniment puissante. Nous imposer un genre, ou même une identité, ne peut qu’au mieux nous étouffer et au pire nous détruire. Tenter de nous définir échouera toujours. Aucune catégorie ne peut pleinement nous contenir ; n’importe quelle identité nous restreindra forcément. Par conséquent, nous devons nous opposer aux identités. Cependant, il serait insensé de nier les conséquences matérielles des mythes de l’identité, ces mythes font après tout partie des fondements des oppressions. Quiconque que l’on déclare être une femme, sera traité-e "comme une femme" malgré le fait que les femmes ne partagent rien de plus entre elles que le mythe de la féminité et la violence sociétale qui accompagne ce mythe. À chaque fois que l’on est genré-e, la société tente de nous limiter à certains comportements et rôles, à certaines actions et apparences. [21]

Les stratagèmes de l'inclusivité sont multiples. De l'utilisation de diacritiques à l'ajout de suffixes, de majuscules ou de nouveaux signes typographiques [22]. Aucune norme ne se dégage et les usages restent un choix personnel des autaires. Quitte à se fâcher avec les chroniquaires du Figaro, même la misogynie de l'académicien-poète Paul Valery, repris ensuite par Georges Brassens [23], s'en nourrit: "Il y a trois sortes de femmes : les emmerdantes, les emmerdeuses et les emmerderesses." [24] Il n'y a pas une bonne stratégie à trouver mais bien un mouvement permanent de contestation linguistique à entretenir pour décrire au mieux l'existant. L'enjeu n'est plus simplement de noter la binarité avec des féminisations mais d'inclure aussi les autres genres qui se visibilisent petit à petit ou les nouvelles approches de l'identité de genre. L'existence du pronom personnel iel en est un des exemples.

Remue-moi jusqu'à ce que je sois toute épuisée.
Jusqu'à ce que j'atteigne par moi-même l'extrémité de ma personne.
Jusqu'à ce que par moi-même je m'anéantisse.
Remue-moi au point que j'atteigne là-bas ce Rien — rivage de la joie. [25]

Voyages au Ouhouqistan

Le genre des pronoms n'est qu'une infime partie de la problématique de l'invisibilité amasculine [26] dans les usages et les règles de la grammaire de la langue française. Comme le précise la gynéphile Monique Wittig [27], le caractère épicène de je ou de tu est à relativiser. "Le je qui parle peut oublier bienheureusement cette différence et assumer indifféremment le langage masculin. Mais je qui écrit est acculée à son expérience spécifique de sujet. Je qui écrit est à chaque mot étrangère puisque ce je ne peut pas être un écrivain. Si en écrivant je, je m'approprie le langage, ce je ne le peut pas. J/e est l'indice de cette expérience vécue déchirante qu'est m/on écriture, de cette coupure en deux qu'est à travers l'écriture l'exercice d'un langage que ne m/e constitue pas comme sujet. J/e pose la question idéologique et historique des sujets féminins." [28] Bien au-delà de la simple question linguistique, il s'agit de réfléchir aux méthodes pour détruire le monde existant qui porte en lui toutes les formes d'oppression. Une lapalissade. Mais la chose est complexe et il faut avoir l'optimisme et la sagesse des lectaires des imaginaires Voyages au Ouhoqistan de l'explorataire Alain Finkielkraut [29] pour penser que "l’idéologie LGBTQ+ [est] un nihilisme." [30] Une telle naïveté est presque touchante. Une analyse précise de la pensée politique qui fait de ce philosophaire [31] le Michel Onfray de droite pour qui, avec la gauche, les hominines "feraient ce qu'illes ont vraiment envie de faire... Être intermittents du spectacle. Tout le monde pourrait enfin faire ce qu'ille a envie de faire au fond de ellui. Euh... du théâtre, du djembé, cracheur de feu, du diabolo... du diabolo enflammé. Enfin, à chacun son truc, quoi. Et la vie se serait un spectacle permanent. T'imagines !" [32] Un monde idéal tient finalement à peu de choses.

Jesuclit.jpg

Après tous les noms et les innombrables mots qui ne sont pas toi, qu’es-tu ? RIEN. Un rien tellement enrageant, indistinguable et unique que le monde entier tente obsessivement de te nommer. Après tout, avec des milliers d’adjectifs fonctionnant sur nos corps, nous sommes finalement produit-e-s comme "soi". "Appeler" est la violence, la menace et la cruauté du signifiant forcé à coller sur le rien qui échappe, excède, est trop peu et échoue lui-même continuellement. Mais au-delà de tout, ces systèmes de légitimation et opérations de subjectivité sont construits et renforcés par les modes de pouvoir, pas par le langage seul. [33]

Dans l'attente d'un grand incendie civilisationnel, une vandalité [34] langagière est nécessaire pour dépasser la simple réforme des règles grammaticales. "Faire advenir le neutre, ou neutriser, c'est suspendre les assignations identitaires et les classifications binaires et hiérarchiques. [...] Il s'agit ici de "neutriser", et non plus de "neutraliser". Et ça change tout" [35] Parmi les possibilités les plus faciles, il faut se saisir de l'existant linguistique pour reconstruire de nouvelles pratiques afin que cela soit à la portée de chaque hominine. Sans avoir nécessairement à rechercher et réintroduire d'anciennes formes, les suffixes déjà utilisés peuvent combler l'insuffisance lexicale actuelle pour chercher à neutriser. Si au masculin auteur correspondent les formes féminisées auteure ou autrice — construites avec un e qui marque le féminin ou le suffixe en rice qui se retrouve, par exemple, dans amatrice ou directrice — il n'en reste pas moins la forme utilisée pour exprimer le neutre général. Au contraire de autaire qui est totalement épicène et construit comme faussaire ou libraire. Lorsqu'il est nécessaire de préciser le genre, rien n'empêche d'utiliser les formes non-épicènes quand le pronom personnel ou l'article ne suffisent pas. La création de tels néologismes évite les confusions possibles avec des mots déjà existant. Par exemple, "Je suis autiste" laisse un doute sur le sens exact de cette expression. Sommes-nous en présence d'un trouble du spectre autistique (TSA) ou d'un acte créatif ? D'autant plus que l'un n'exclut pas l'autre. Néanmoins, l'usage des suffixes -iste ou -isme peut très bien aussi remplir cette fonction. Comme le précise Jean-Baptiste Richard dans son Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux, publié dans le milieu du XIXème siècle, dans la langue française, "faute d'une riche abondance de mots et afin de ne pas se répéter on est obligé de périphraser souvent pour rendre la pensée, ce qui, dans nombre de cas, amoindrit ou détruit la précision du style et son énergie. Sans doute, faute de mots on ne peut rendre ce que l'on conçoit, l'esprit échoue contre un obstacle qui paralyse l'émission des idées, et une langue pauvre et insuffisamment étendue limite toujours la conception. Dans un tel cas, il est nécessaire d'augmenter la langue et de lui donner toute l'extension et toute la variation dont elle est susceptible." [36] Un travers rencontré dans l'écriture par toutes les personnes s'intéressant à la protivophilie et attentives à ne pas genrer F. Merdjanov. Car, au-delà de la question des pronoms, des noms et des adjectifs épicènes, la grammaire française impose l'accord en genre et en nombre dans la conjugaison. Par conséquent, F. Merdjanov ne peut jamais être le sujet direct lorsque l'auxiliaire être est utilisé ou, de manière générale, lorsqu'un accord en genre est nécessaire. Seules des tournures de phrase spécifiques, voire alambiquées, permettent de contourner cette règle grammaticale. Hantise des conservataires qui y voient une hérésie, passible du bûcher, la traduction en langue ouhoqistanaise d'œuvres littéraires est bien utile pour rendre accessible au plus grand nombre des styles littéraires plus exigeants qui laissent peu de place à la périphrase. Par exemple cet extrait d'un texte que le poétesse René Daumal a écrit au masculin et qui, pour être traduit en ouhoqistanais [37], doit nécessairement subir un acte vandalique [38] sur le verbe mourir pour rendre au mieux "Je suis mort"". Pour des raisons protivophiles qu'il serait trop long de développer dans cet article, la conjugaison classique du verbe mourir à la première personne du singulier du présent de l'indicatif — je meurs — n'est pas adaptée car elle invisibilise la dimension située de l'écriture de ce texte: le poétesse René Dumal est de genre masculin si l'on se fie à ses choix grammaticaux. Alors que l'emploi de mouru neutrise.

J'ai mouru parce que je n'ai pas le désir,
Je n'ai pas le désir parce que je crois posséder,
Je crois posséder parce que je n'essaye pas de donner;
Essayant de donner, on voit qu'on a rien,
Voyant qu'on a rien, on essaye de se donner,
Essayant de se donner, on voit qu'on est rien
Voyant qu'on est rien, on désir devenir,
Désirant devenir, on vit. [39]

Notes

  1. épilogue
  2. épicentre
  3. épiderme
  4. épitaphe
  5. epyeykie
  6. hominines
  7. Jocelyne Dakhlia, Lingua franca : histoire d'une langue métisse en Méditerranée, Actes Sud, 2008. Cyril Aslanov, "La lingua franca en Méditerranée entre mythe et réalité", Mélanges de l’École française de Rome - Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, n°124-1, 2012 - En ligne. Jocelyne Dakhlia, "La langue franque, langue du marchand en Méditerranée ?", Langues et langages du commerce en Méditerranée et en Europe à l’époque moderne, Presses universitaires de Provence, 2013 - En ligne. Voir l'article "Pataouète"
  8. JC
  9. Gérard de Nerval, Épitaphe. Cité à l'entrée "pierre tombale" dans F. Merdjanov, Analectes de rien, 2017
  10. Trésor de la langue française - [En ligne]
  11. En ligne
  12. Julie Abbou, Tenir sa langue - Le langage, lieu de lutte féministe, Les Pérégrines, 2022
  13. maïeutique
  14. Les Surfs, Si j'avais un marteau, 1963 - En ligne
  15. Julie Abbou, Maria Candea, "Féminisation", Langage et société, 2021 - En ligne
  16. Julie Neveux, La guerre des sexes : Un point, c'est trop !, AOC, 2022
  17. 17,0 et 17,1 Nihilisme du genre: un anti-manifeste - En ligne
  18. nihilisme du genre
  19. Le Tout, le Rien - [En ligne]
  20. Vie et œuvre de F. Merdjanov - En ligne
  21. Contre le genre, contre la société, - En ligne
  22. Pour un tour d'horizon, voir le site Langage non sexiste - En ligne
  23. Georges Brassens, "Misogynie à part" sur l'album Les religieuses, 1969
  24. Paul Valery
  25. Violette Krikorian, Tout est accompli dans le recueil Amour
  26. amasculine
  27. Monique Wittig
  28. Monique Wittig, - [En ligne]
  29. Pour en dire l'essentiel, Alain Finkielkraut est composé d'un prénom en cinq lettres et d'un patronyme en douze.
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  31. philosophesse
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  34. "Vandalité" dans Jean-Baptiste Richard, Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux, 1845 - En ligne
  35. Lila Braunschweig, Neutriser. Émancipation(S) par le neutre, Les liens qui libèrent, 2021
  36. Extrait de l'avant-propos de la seconde édition de Jean-Baptiste Richard, Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux, 1845 - En ligne
  37. ouhoqistanais et arménarien
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  39. René Daumal, La grande beuverie, 1943