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N'en déplaise aux romans nationaux respectifs qui montrent l'autre comme ennemi héréditaire, qui imaginent un combat séculaire Froggies vs Rosbeefs, depuis des siècles les espaces linguistiques anglophone et francophone interfèrent et s'entrecroisent. <ref>Henriette Walter, ''Honni soit qui mal y pense'', Robert Laffont, 2011</ref> Il est possible d'écrire ''La story de la langue française'' en reconnaissant "''ce que le français doit à l’anglais et vice-versa.''" <ref>Jean Pruvost, ''La story de la langue française. Ce que le français doit à l’anglais et vice-versa'', Tallandier, 2022</ref> Dans cette storie, la proximité géographique et les événements historiques expliquent la rencontre. Lorsque Guillaume, duc de Normandie, et son armée traversent la Manche et partent à la conquête des îles britanniques dans le courant du XI<sup><small>e</small></sup> siècle, ils importent avec eux les pratiques linguistiques de leur région d'origine <ref>langues d'oïl</ref>. L'aristocratie normande s'impose militairement à l'aristocratie anglo-saxonne qui dirige les îles de Grande-Bretagne. Au contact des pratiques linguistiques insulaires existantes, un anglo-normand prend petit à petit de plus en plus de place dans la population qui parlent alors le vieil-anglais. Ce dernier n'est pas une langue unique mais un continuum de pratiques linguistiques germaniques des populations angles et saxonnes arrivant d'Europe du nord et qui s'installent durablement à partir du V<sup><small>e</small></sup> siècle. Le vieil anglais s'alimente des langues celtiques, scandinaves puis latines. La nouvelle aristocratie qui s'installe pratique un anglo-normand qui se mêle à ce "vieil anglais" pour constituer le "moyen anglais" entre le XII<sup><small>e</small></sup> et la fin du XV<sup><small>e</small></sup> siècle. Son lexique est très largement emprunté au normand, à tel point que le linguiste Bernard Cerquiglini ironise en affirmant que "''la langue anglaise n'existe pas, c'est du français mal prononcé.''" <ref>Bernard Cerquiglini, ''La Langue anglaise n'existe pas. C'est du français mal prononcé'', 2024</ref> Parmi les langues d'oïl parlées dans le nord-ouest de l'actuelle France, le normand et le picard se singularisent par quelques traits linguistiques. <ref>Ligne Joret</ref> Ainsi, le normand conserve le w germanique alors que dans les autres langues d'oïl il se transforme en gw, puis en g. Une mutation phonologique qui explique le passage entre des formes germaniques apparentées qui donnent ''guerre'' en français, ''werre'' en anglo-normand et ''war'' en anglais. Dans son ''Dictionnaire de la langue française et de tous ses dialectes du IX<sup><small>e</small></sup> au XV<sup><small>e</small></sup> siècle'', Frédéric Godefroy répertorie quelques formes ayant conservé le w en plus de celle ayant déjà muté vers le g. <ref>''Dictionnaire de la langue française et de tous ses dialectes du IX<sup><small>e</small></sup> au XV<sup><small>e</small></sup> siècle'' - [En ligne]</ref> Le prénom Guillaume du duc de Normandie est la version "francisée" d'un prénom germanique dont la transcription anglaise est William. La plus ancienne version connue de la ''Chanson de Roland'' <ref>''Chanson de Roland''</ref>, écrite en anglo-normand au cours du XII<sup><small>e</small></sup> siècle, le note Willalme. Dans les faits, Guillaume ne s'est jamais prénommé ainsi. Cet usage est donc un anachronisme. Pour rester dans les mêmes sonorités, une autre caractéristique des glissements phonologiques trans-Manche est le sort de ''ga'' et ''ja'' avec, pour exemple, l'anglo-normand ''gardin'' qui devient ''garden'' en anglais et s'apparente au ''jardin'' français.
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N'en déplaise aux romans nationaux respectifs qui montrent l'autre comme ennemi héréditaire, qui imaginent un combat séculaire Froggies vs Rosbeefs, depuis des siècles les espaces linguistiques anglophone et francophone interfèrent et s'entrecroisent. <ref>Henriette Walter, ''Honni soit qui mal y pense'', Robert Laffont, 2011</ref> Il est possible d'écrire ''La story de la langue française'' en reconnaissant "''ce que le français doit à l’anglais et vice-versa.''" <ref>Jean Pruvost, ''La story de la langue française. Ce que le français doit à l’anglais et vice-versa'', Tallandier, 2022</ref> Dans cette storie, la proximité géographique et les événements historiques expliquent la rencontre. Lorsque Guillaume, duc de Normandie, et son armée traversent la Manche et partent à la conquête des îles britanniques dans le courant du XI<sup><small>e</small></sup> siècle, ils importent avec eux les pratiques linguistiques de leur région d'origine <ref>langues d'oïl</ref>. L'aristocratie normande s'impose militairement à l'aristocratie anglo-saxonne qui dirige les îles de Grande-Bretagne. Au contact des pratiques linguistiques insulaires existantes, un anglo-normand prend petit à petit de plus en plus de place dans la population qui parlent alors le vieil-anglais. Ce dernier n'est pas une langue unique mais un continuum de pratiques linguistiques germaniques des populations angles et saxonnes arrivant d'Europe du nord et qui s'installent durablement à partir du V<sup><small>e</small></sup> siècle. Le vieil anglais s'alimente des langues celtiques, scandinaves puis latines. La nouvelle aristocratie qui s'installe pratique un anglo-normand qui se mêle à ce "vieil anglais" pour constituer le "moyen anglais" entre le XII<sup><small>e</small></sup> et la fin du XV<sup><small>e</small></sup> siècle. Son lexique est très largement emprunté au normand, à tel point que le linguiste Bernard Cerquiglini ironise en affirmant que "''la langue anglaise n'existe pas, c'est du français mal prononcé.''" <ref>Bernard Cerquiglini, ''La Langue anglaise n'existe pas. C'est du français mal prononcé'', 2024</ref> Parmi les langues d'oïl du nord-ouest, le normand et le picard se singularisent par quelques traits linguistiques. <ref>Ligne Joret</ref> Ainsi, le normand conserve le w germanique alors que dans les autres langues d'oïl il se transforme en gw, puis en g. Une mutation phonologique qui explique le passage entre des formes germaniques apparentées qui donnent ''guerre'' en français, ''werre'' en anglo-normand et ''war'' en anglais. Dans son ''Dictionnaire de la langue française et de tous ses dialectes du IX<sup><small>e</small></sup> au XV<sup><small>e</small></sup> siècle'', Frédéric Godefroy répertorie quelques formes ayant conservé le w en plus de celle ayant déjà muté vers le g. <ref>''Dictionnaire de la langue française et de tous ses dialectes du IX<sup><small>e</small></sup> au XV<sup><small>e</small></sup> siècle'' - [En ligne]</ref> Le prénom Guillaume du duc de Normandie est la version "francisée" d'un prénom germanique dont la transcription anglaise est William. La plus ancienne version connue de la ''Chanson de Roland'' <ref>''Chanson de Roland''</ref>, écrite en anglo-normand au cours du XII<sup><small>e</small></sup> siècle, le note Willalme. Dans les faits, Guillaume ne s'est jamais prénommé ainsi. Cet usage est donc un anachronisme. Pour rester dans les mêmes sonorités, une autre caractéristique des glissements phonologiques trans-Manche est le sort de ''ga'' et ''ja'' avec, pour exemple, l'anglo-normand ''gardin'' qui devient ''garden'' en anglais et s'apparente au ''jardin'' français.
  
 
== Échanges ==
 
== Échanges ==

Version du 4 mai 2026 à 15:45

Riote ( en macédonien - en nissard) Geste de premiers secours


[En cours de rédaction]


Base linguistique

Dans l'espace francophone de France de nombreuses approches sur les usages linguistiques préconisent un rejet de ce qui est dédaigneusement appelé des anglicismes. Parfois conservatrices, plus souvent réactionnaires, ces critiques considèrent la langue française actuelle comme devant être protégée d'emprunts étrangers qui la dénaturent [1]. Pour elles, cette langue est soit un objet anhistorique et fixe, soit un vestige de la glorieuse époque de Molière [2] qu'il faut préserver. Dans les deux cas, le raisonnement est fallacieux. Les pratiques linguistiques du XIIe siècle après JC [3] de Jacquouille la Fripouille [4] ne sont pas plus compréhensibles pour des hominines [5] de notre siècle que ne le sont celles du XVIIe siècle qui paraissent désuètes.

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N'en déplaise aux romans nationaux respectifs qui montrent l'autre comme ennemi héréditaire, qui imaginent un combat séculaire Froggies vs Rosbeefs, depuis des siècles les espaces linguistiques anglophone et francophone interfèrent et s'entrecroisent. [6] Il est possible d'écrire La story de la langue française en reconnaissant "ce que le français doit à l’anglais et vice-versa." [7] Dans cette storie, la proximité géographique et les événements historiques expliquent la rencontre. Lorsque Guillaume, duc de Normandie, et son armée traversent la Manche et partent à la conquête des îles britanniques dans le courant du XIe siècle, ils importent avec eux les pratiques linguistiques de leur région d'origine [8]. L'aristocratie normande s'impose militairement à l'aristocratie anglo-saxonne qui dirige les îles de Grande-Bretagne. Au contact des pratiques linguistiques insulaires existantes, un anglo-normand prend petit à petit de plus en plus de place dans la population qui parlent alors le vieil-anglais. Ce dernier n'est pas une langue unique mais un continuum de pratiques linguistiques germaniques des populations angles et saxonnes arrivant d'Europe du nord et qui s'installent durablement à partir du Ve siècle. Le vieil anglais s'alimente des langues celtiques, scandinaves puis latines. La nouvelle aristocratie qui s'installe pratique un anglo-normand qui se mêle à ce "vieil anglais" pour constituer le "moyen anglais" entre le XIIe et la fin du XVe siècle. Son lexique est très largement emprunté au normand, à tel point que le linguiste Bernard Cerquiglini ironise en affirmant que "la langue anglaise n'existe pas, c'est du français mal prononcé." [9] Parmi les langues d'oïl du nord-ouest, le normand et le picard se singularisent par quelques traits linguistiques. [10] Ainsi, le normand conserve le w germanique alors que dans les autres langues d'oïl il se transforme en gw, puis en g. Une mutation phonologique qui explique le passage entre des formes germaniques apparentées qui donnent guerre en français, werre en anglo-normand et war en anglais. Dans son Dictionnaire de la langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Frédéric Godefroy répertorie quelques formes ayant conservé le w en plus de celle ayant déjà muté vers le g. [11] Le prénom Guillaume du duc de Normandie est la version "francisée" d'un prénom germanique dont la transcription anglaise est William. La plus ancienne version connue de la Chanson de Roland [12], écrite en anglo-normand au cours du XIIe siècle, le note Willalme. Dans les faits, Guillaume ne s'est jamais prénommé ainsi. Cet usage est donc un anachronisme. Pour rester dans les mêmes sonorités, une autre caractéristique des glissements phonologiques trans-Manche est le sort de ga et ja avec, pour exemple, l'anglo-normand gardin qui devient garden en anglais et s'apparente au jardin français.

Échanges

Notes

  1. Linguistes atterré·es
  2. Molière
  3. JC
  4. Jacquouille la Fripouille
  5. hominines
  6. Henriette Walter, Honni soit qui mal y pense, Robert Laffont, 2011
  7. Jean Pruvost, La story de la langue française. Ce que le français doit à l’anglais et vice-versa, Tallandier, 2022
  8. langues d'oïl
  9. Bernard Cerquiglini, La Langue anglaise n'existe pas. C'est du français mal prononcé, 2024
  10. Ligne Joret
  11. Dictionnaire de la langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle - [En ligne]
  12. Chanson de Roland