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	<title>wikimerdja - Contributions de l’utilisateur [fr]</title>
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		<title>Albertine Hottin</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Environnement familial */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|'''Albertine Hottin''' (Албертине Оттин en [[macédonien]] - Albertina Hottin en [[nissard]]). Compagne de Sergueï Netchaïev entre 1870 et 1872 après JC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;ref&amp;gt;Un excès de romantisme pourrait laisser penser que ces initiales ne se rapportent pas au messie des christiens mais à Juliette Capulet, l'héroïne de ''Roméo et Juliette'', le drame shakespearien. Mais il n'en est rien, &amp;quot;''toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite''&amp;quot;. Voir l'adaptation de Phil Nibbelink en 2006 ''Romeo and Juliet: Sealed with a Kiss'' où Juliette et Roméo sont des otaries - [https://www.youtube.com/watch?v=NsK9xWjAYCE En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Biographie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le révolutionnaire russe [[Hache#Société_de_la_Hache|Sergueï Netchaïev]] voyage avec un faux passeport serbe au nom de Stepan Grazdanov &amp;lt;ref&amp;gt;Mêmes initiales que Netchaïev dont le nom complet est Sergueï Guennadievitch (Netchaïev)&amp;lt;/ref&amp;gt; obtenu grâce à des révolutionnaires macédo-bulgariens &amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Stonoff, ''Un centenaire bulgare parle'', Notre Route, 1963 - [https://libcom.org/files/Un_centenaire_bulgare_parle_-_Nicolas_Stonoff.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il se déplace entre Paris et la Suisse de 1870 à 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Nechaevshchina: An Unknown Chapter&amp;quot;, ''Slavic Review'',‎ Vol.32, N° 3, 1973 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/woodnetch.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'année de son arrestation en Suisse puis de son extradition vers la Russie &amp;lt;ref&amp;gt;Voir le chapitre &amp;quot;Société de la Hache&amp;quot; dans l'article sur la [[hache#Société de la Hache|hache]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives de Zurich détiennent des lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev – qu'elle connaît sous le pseudonyme de Stephan – dans lesquelles ce dernier fait part de ses sentiments, bien loin des considérations politiques qu'il développe dans ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'' en 1869 &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'', 1869 - [http://durru.chez.com/netchaev/lecat.htm En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et des tristes caricatures qu'ont fait de lui des littérateurs &amp;lt;ref&amp;gt;Ivan Tourgueniev, ''Père et Fils'', 1862. Fiodor Dostoïevski, ''Les Démons'', 1871&amp;lt;/ref&amp;gt;, &amp;quot;''mélange de père-fouettard et de froideur militante''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot;&amp;gt;F. Merdjanov, &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; (Postface), ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017 - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Prenant à contre-pied les classiques lectures dépréciatives de la pensée politique de Sergueï Netchaïev, Erwan Sommerer rappelle que &amp;quot;''Netchaïev, prenant acte du fait que toute révolution partielle est une révolution manquée, assume donc la table rase. C’est ce qu’il nomme la pandestruction — la destruction totale de l’ordre existant —, seule voie vers une situation d’amorphisme, c’est-à-dire l’état de disparition absolue de toutes les formes sociales et institutionnelles.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot;&amp;gt;Erwan Sommerer, &amp;quot;La férocité du peuple. Netchaïev avait un plan&amp;quot; dans ''Lundi Matin'', n°504, 14 janvier 2026 - [https://lundi.am/La-ferocite-du-peuple En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour lui, &amp;quot;''Netchaïev est cohérent : si les révolutions échouent à briser la continuité de l’oppression, c’est parce que les révolutionnaires se réservent par avance les meilleurs places dans les institutions à venir. Alors ne s’arroge-t-il pour lui-même et ses alliés aucun privilège de ce type. Le but n’est pas la conquête du pouvoir, mais la destruction des conditions de possibilité même du pouvoir.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot; /&amp;gt; Son plan est simple et son analyse limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La génération actuelle doit commencer la véritable révolution, commencer à bouleverser totalement toutes les conditions de la vie sociale ; elle doit détruire tout ce qui existe, sans réflexion, sans distinction, avec pour unique considération que ce soit le plus vite possible et à la plus grande échelle possible. Mais puisque cette génération a subi l’influence des conditions de vie répugnantes contre lesquelles elle s’insurge, l’œuvre de création ne peut lui incomber. Cette œuvre incombe aux forces pures qui se révèlent dans les jours de rénovation. Nous disons : les atrocités de la civilisation moderne dans laquelle nous avons grandi nous ont privés de la capacité de bâtir le paradis de la vie future dont nous ne pouvons rien savoir de précis, seulement qu’il sera l’exact contraire des horreurs présentes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Les principes de la révolution'', 1869. Cité dans ''La férocité du peuple''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Charles_Marville,_Rue_du_Jardinet,_ca._1853–70.jpg|200px|thumb|right|Rue du Jardinet (Paris - VI&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;) en août 1866]]Lors de ses différents séjours de plusieurs mois à Paris entre 1870 et 1872, Sergueï Netchaïev loge au 5 de la rue du Jardinet &amp;lt;ref&amp;gt;Dans le cadre d'un réaménagement urbain, la plus grande partie de la rue du Jardinet est détruite en novembre 1875 pour faire place au boulevard Saint-Germain. Voir [http://vergue.com/post/701/Rue-du-Jardinet en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une chambre meublée qu'il loue sous sa fausse identité serbe. En provenance de Londres, il arrive à Paris à la fin de 1870, alors que l'armée prussienne est aux portes de la ville. Il s'installe au 56 de la rue Saint-André-des-Arts &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'annuaire de 1871, cette adresse correspond à celle de l'hôtel New York, tenu par la veuve Canonne&amp;lt;/ref&amp;gt;, avant de déménager rapidement à quelques mètres de là, rue du Jardinet. Cette rue abrite alors de nombreux artisans du livre, graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, etc. Albertine Hottin vit dans la capitale française lors de la Commune de Paris entre le 18 mars et le 28 mai 1871 mais nous n’avons aucune information sur sa participation à ces évènements. Sergueï Netchaïev quitte la capitale française en février 1871 pour y revenir en novembre, puis s'absente de nouveau de Paris entre février et avril 1872. Dans sa correspondance sentimentale, il prétexte des affaires à régler avec ses parents pour expliquer ses absences. Lors de ses séjours parisiens, il exerce le métier de peintre d'enseignes pour gagner sa vie. Ses activités politiques restent mystérieuses. Dans des circonstances que nous ignorons, Albertine Hottin et Sergueï Netchaïev se rencontrent rue du Jardinet (6&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt; arr.) entre la fin 1870 et février 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''C'est là que j'ai eu le bonheur de vous parler pour la première fois [...]'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot;&amp;gt;Trois lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev, Été (?) 1871 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/albertine.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Suisse, Sergueï Netchaïev lui envoie ses lettres au 10 rue de La Vrillière dans le premier arrondissement parisien. En Suisse, les archives de Zurich conservent des brouillons de lettres de Sergueï Netchaïev et trois courtes lettres envoyées par Albertine Hottin. Elles ne sont pas datées mais selon les informations qu'elles contiennent elles sont probablement écrites à l'été 1871. L'adresse qu'elle fournit pour correspondre avec son &amp;quot;amoureux&amp;quot; est-elle la sienne propre ou celle de son lieu de travail ? Dans les affaires saisies lors de l'arrestation de Sergueï Netchaïev, outre cette correspondance, figurent des carnets dans lesquels sont notés des adresses parisiennes pour travailler, des listes de journaux militants et de lieux de discussions, des notes diverses, qui donnent des indications sur ses activités parisiennes et sur les périodes où il y séjourne &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot;&amp;gt;Jeanne-Marie Gaffiot, ''Netchaïeff'', L’âge d’Homme, 1989&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il garde aussi les billets d'entrée pour deux personnes au théâtre du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot;&amp;gt;''Les mousquetaires'' du 16 au 23 septembre 1871 au théâtre du Châtelet - [[Média:chatelet.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; et à celui de Cluny&amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot;&amp;gt;Billet de faveur au théâtre de Cluny - [[Média:cluny.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les deux billets sont des &amp;quot;billets de faveur&amp;quot;, accordés gratuitement pour une seule représentation. Les dates de représentation des ''Mousquetaires'' au théâtre du Châtelet, entre le 16 et le 23 septembre 1871, indiquent qu'il n'a pu s'y rendre, étant alors absent de Paris. Sont-ce des souvenirs liés à sa liaison avec Albertine Hottin, elle qui sous-entend aller parfois au théâtre ? Les archives zurichoises détiennent aussi un &amp;quot;''billet de faveur pour un cavalier''&amp;quot; valable en janvier 1872 pour un bal de nuit, &amp;quot;''paré, masqué et travesti''&amp;quot;, du vendredi soir à la salle du Pré-aux-Clercs&amp;lt;ref&amp;gt;Billet de faveur pour un cavalier valable en janvier 1872 pour un bal de nuit à la salle du Pré-aux-Clercs - [[Média:bal.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est imprimé 1 rue du Jardinet, à quelques pas de la résidence parisienne de Sergueï Netchaïev. À cette date, il est encore à Paris mais rien n'indique qu'il y soit allé se dégourdir les gambettes et se remuer le popotin en compagnie d'Albertine Hottin. Le ton des lettres reste &amp;quot;courtois&amp;quot; et nous ignorons si cette rencontre a débouché sur une progéniture&amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov (attribué à), ''L’énigme Floresco'', date inconnue, inédit&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'invisibilité sociale faite aux femmes dans l'écriture de l'Histoire occulte le plus souvent leur présence, schéma auquel n'échappent pas les mouvements révolutionnaires. Leur engagement est minimisé, empreint de romantisme, dévalorisé et expliqué par l’influence unilatérale d’un homme proche (père, frère, oncle, mari ou compagnon) dans des discours sexistes afin de correspondre à la prétendue &amp;quot;nature féminine&amp;quot; qui serait faîte de fraîcheur et de naïveté, de discrétion et de dévouement. Comme Albertine Hottin, disparue derrière la figure de Sergueï Netchaïev malgré son rôle dans la vie de ce dernier. D'elle, nous ne savons — pour l'instant — quasiment rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Nous savons peu de choses sur elle ; elle était alphabétisée mais pas très intelligente, politiquement naïve, et dévouée [à Netchaïev]'' &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Sergei Nechaev in the Period of the Paris Commune&amp;quot;, ''Bulletin. Classe des Sciences Sociales'', LIII,‎ 1974 [https://books.google.fr/books?id=a4DwCAAAQBAJ&amp;amp;lpg=PA145&amp;amp;ots=wI7jPV81Sn&amp;amp;dq=albertine%20hottin&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en nous gratifiant de quelques poncifs sexistes, ces mots de Woodford Mc Clellan confirment qu'il n'en sait pas plus. Peut-il se fier à trois courtes lettres pour être aussi affirmatif ? Les fautes d'orthographe et de syntaxe ne sont pas des marqueurs d'imbécilité mais indiquent peut-être une classe sociale n'ayant pas accès à l'éducation. Et d'autant plus pour une &amp;quot;jeune fille&amp;quot; dans les années 1870. Quand à la candeur, elle n'est peut-être que le reflet du caractère mièvre qui transpire très souvent des correspondances amoureuses, et la naïveté, une qualité/pathologie révolutionnaire...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mauvaise réputation de Sergueï Netchaïev, jugé calculateur et froid par ses détracteurs, permet d'émettre de multiples hypothèses sur la nature exacte de ses liens avec Albertine Hottin. Faut-il voir dans les correspondances disponibles une idylle naissante ou ne sont-elles que manipulation de l'un pour profiter des sentiments de l'autre ? Le jeune homme qu'est alors Sergueï Netchaïev succombe-t-il en [[amour]] ou cherche-t-il à impliquer, malgré elle, Albertine Hottin dans des projets clandestins ? Obtient-il des informations ou a-t-il accès à de potentielles cibles via Albertine Hottin ? Les quelques lettres échangées dans le courant du premier semestre 1870 entre Sergueï Netchaïev et Nathalie Herzen, alors qu'il est en Suisse, montrent qu'il est capable de jouer sur les sentiments amoureux dans un but politique, et inversement ! &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Catteau, Tatiana Bakounine, &amp;quot;Contribution à la biographie de Serge Nečaev : Correspondance avec Nathalie Herzen&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', vol. 7, n°2, avril-juin 1966 - [https://doi.org/10.3406/cmr.1966.1666 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans deux de ses lettres, semblant répondre aux inquiétudes de son Stephan, Albertine Hottin lui précise qu'elle prend bien garde de ne parler à personne de leur relation. L'insistance de Sergueï Netchaïev pour que leur correspondance reste secrète laisse à penser que, pour des raisons de sécurité, il préfère utiliser une adresse intermédiaire. Dans ce cas, le 10 rue de La Vrillière ne serait qu'une boîte aux lettres et non le lieu d'habitation d'Albertine Hottin. Selon l'annuaire de 1871, à cette adresse se trouve le coiffeur Eusèbe Alexandre Balesdan, les tailleurs Huiart et Neumann, la draperie en gros Boerne et Fabre, le crémier F. Lagache et un changeur. Les informations disponibles ne suffisent pas à déterminer les plans envisagés par Sergueï Netchaïev... Quoiqu'il en soit, les mots employés dans les lettres d'Albertine laisse entendre qu'elle n'est pas une militante révolutionnaire et n'est pas du tout au fait de la politique. Le &amp;quot;machiavélisme&amp;quot; politique assumé de Netchaïev incite à se questionner sur l'intérêt pour lui et ses projets révolutionnaires d'une telle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les affaires personnelles de Sergueï Netchaïev détruites par les matons de la forteresse Pierre et Paul figuraient des traductions et des commentaires de poèmes, ainsi que des récits et des fragments de plusieurs romans. Un volumineux roman, intitulé ''Georgette'', se déroule à Paris en 1870 et plusieurs récits sont compilés dans des &amp;quot;souvenirs de Paris&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Michael Confino, ''Violence dans la violence. Le débat Bakounine-Necaev'', Maspero, 1973&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'un d'eux, ''L'entresol et la mansarde'', était-il une référence à Tchernychevski &amp;lt;ref&amp;gt;Nikolaï Tchernychevski, ''Que faire ? Les Hommes nouveaux'', 1862-1863&amp;lt;/ref&amp;gt; ou une allusion romantique à Albertine ? Impossible d'en savoir plus car de ces écrits de Sergueï Netchaïev, il ne reste rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ses mémoires, Michael Sagine (aka Armand Ross) raconte&amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt; comment il récupère les papiers de Sergueï Netchaïev restés cachés à Paris mais ne précise pas s'il était aussi chargé d'avertir Albertine Hottin. Ni même s'il connaît son existence. Les éléments biographiques et historiques disponibles sur Sergueï Netchaïev ne sont pas en mesure d'en éclaircir les parts d'ombre. En adoptant la mythomanie pour stratégie, il brouille les cartes &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Vera Figner, &amp;quot;dans l'histoire du mouvement révolutionnaire en Russie, Netchaïev a été une figure tout à fait exceptionnelle, un personnage singulier dont nous n'avons jamais rencontré l'équivalent. Malgré tout ce qu'a de choquant pour nous la tactique cynique mise en pratique au cours de sa vie et fondée sur la maxime &amp;quot;La fin justifie les moyens&amp;quot; on ne peut cependant s'empêcher d'admirer sa volonté de fer et son caractère inébranlable, et de reconnaître le désintéressement qui a guidé toutes ses actions&amp;quot;.  Véra Figner, ''Mémoires d’une révolutionnaire'', Mercure de France, 2017 &amp;lt;/ref&amp;gt;, tout autant pour ses proches que pour ses détracteurs. Ces derniers lui reprochent de ne pas avoir d'autre projet que la destruction de tout et de n'avoir fait que du néant. Sans doute ses plus belles réussites... En optant pour le pragmatisme, les témoignages et les correspondances laissent transparaître de lui une approche politique qui mêle conspiration secrète de quelques uns et soulèvement généralisé dans des imaginaires, des alliances et des soutiens qui laissent septiques ses proches ou ses détracteurs &amp;lt;ref&amp;gt;Selon le bakouniniste Ralli, opposé à Sergueï Netchaïev, ce dernier est &amp;quot;un simple républicain qui admirait Robespierre tel qu'il se le représentait après quelques lectures. Netchaïev n'était pas socialiste ; il ne connaissait ni Marx ni le mouvement ouvrier international ; il avait très peu lu et même n'arrivait pas à comprendre la Commune de Paris ; il faisait partie des adeptes de Félix Pyat et des compagnons de ce dernier&amp;quot;. Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Le lecteur comprendra pourquoi on qualifie ce courant d'idée de nihilisme. On voulait dire par là que les partisans de cette idéologie n'admettaient rien (en latin : nihil) de ce qui était naturel et sacré pour les autres : famille, société, religion, traditions, etc. À la question qu'on posait à un tel homme : &amp;quot;''Qu'admettez-vous, qu'approuvez-vous de tout ce qui vous entoure et du milieu qui prétend avoir le droit et même le devoir d'exercer sur vous telle ou telle emprise ?''&amp;quot; L'homme répondait : &amp;quot;''Rien !''&amp;quot; (nihil). Il était donc &amp;quot;nihiliste&amp;quot;.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Voline, ''La révolution inconnue''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après les historiens netchaïevistes, Albertine Hottin est la seule compagne connue dans la vie amoureuse de Netchaiev &amp;lt;ref&amp;gt;En 1869 Vera Ivanovna Zassoulitch éconduit Sergueï Netchaïev, et rien n'est su d'une hypothétique relation entre lui et Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, avec qui il arrive en Suisse à la fin de la même année. Nathalie Herzen repousse aussi les avances d'un Netchaïev qu'elle déteste. La première se réfugie de nouveau en Suisse après la tentative d'assassinat au pistolet contre le général Trepov – seulement blessé – en 1878 et son acquittement surprise. Elle est membre de ''Terre et Liberté'', puis lors des scissions internes de ce groupe se tournera vers le marxisme – elle traduit Karl Marx en 1881 et correspond avec lui – avant d'être l'une des fondatrices d'un groupe marxiste en Russie ''Émancipation du travail'', en 1883. La seconde, Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, est une ex-étudiante en médecine, donc cantonnée à la profession de sage-femme par la loi russe, qui manifeste déjà en 1862 dans les contestations étudiantes. Elle accompagne Netchaïev auprès des révolutionnaires macédo-bulgariens, puis part avec lui vers la Suisse. Elle est chargée d'y collecter du matériel de propagande à ramener en Russie. Elle est arrêtée par la police russe. Dans une lettre du 30 mars 1870 au ministre de la Justice, envoyée de prison, elle dénonce Netchaïev et propose sa collaboration pour lui tendre un guet-apens. Proposition fictive ou réelle ? Elle est condamnée en août à la privation de tout ses droits et à l'exil définitif en Sibérie pour ses contacts avec Netchaïev. La troisième, Nathalie Herzen est la fille aînée (née en 1845) d'Alexandre Herzen le théoricien du populisme révolutionnaire en Russie. Elle assiste aux disputes politiques et divergences tactiques entre Bakounine et Netchaïev en Suisse. Michaël Confino, &amp;quot;Un document inédit : le Journal de Natalie Herzen, 1869-1870&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', 1969, Vol 10, N° 1 - [http://www.persee.fr/doc/cmr_0008-0160_1969_num_10_1_1770#cmr_0008-0160_1969_num_10_1_T1_0055_0000 En ligne]. Christine Fauré et Hélène Châtelain, ''Quatre femmes terroristes contre le tsar, Vera Zassoulitch, Olga Loubatovitch, Élisabeth Kovalskaïa, Vera Figner'', Maspero, Paris, 1978&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblant tout ignorer des activités illégales de celui qu'elle croit être Stephan, Albertine Hottin doit perdre brutalement tout contact avec lui après son arrestation en 1872 puis son extradition vers la Russie. Probablement ne sut-elle jamais rien de la mort de Sergueï Netchaïev en 1882 dans un cachot de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Le film helvétique ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot;&amp;gt;''L'extradition'' de Peter von Gunten, 1974.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, réalisé en 1974, retrace cette expulsion et dénonce l'hypocrisie d'une soit-disant neutralité de la Suisse. Parmi les personnages figure une Albertine, éphémère amante de Sergueï Netchaïev à Zurich — interprétée par l'actrice Silvia Jost — qui est probablement inspirée d'Albertine Hottin. Difficile d'être dans la certitude. Librement adaptée de l'affaire Netchaïev, cette fiction met en scène une Albertine auprès de laquelle les proches de Netchaïev viennent récupérer à Zurich une valise de papiers après son arrestation afin de s'en débarrasser. Cela rappelle l'épisode du passage de Michael Sagine à Paris pour le même motif. Dans ''L'extradition'', Albertine ne semble pas totalement ignorer qui se cache derrière le pseudonyme de Stepan Grazdanov.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Hypothèse protivophile ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives municipales de Paris ne mentionnent qu'une seule Albertine Hottin morte entre 1870 et 1920 dans la ville. Pour autant, la probabilité qu'elle soit celle recherchée n'est pas une preuve, seulement une piste... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son nom complet — cette Albertine Aimée Hottin décède à 54 ans le 19 mars 1906 à 19h30 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot;&amp;gt;Actes de décès daté du 20 mars 1906 - [[Média:albertinemort.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; à l'hôpital Beaujon dans le huitième arrondissement, près de son domicile situé au 6 rue de Surène. Selon les registres hospitaliers, elle meurt de la tuberculose le lendemain de son entrée à l'hôpital. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Ouen le 23 mars 1906&amp;lt;ref&amp;gt;Numéro 4038 du registre d'inhumations, division 27, ligne 17 - [[Média:registhin.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans la tranchée gratuite, l'autre nom de la fosse commune&amp;lt;ref&amp;gt;Registre journalier d'inhumation du cimetière de Saint-Ouen - [[Média:tranchee.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de décès précise qu'elle est célibataire et qu'elle exerce la profession de cuisinière. Albertine Aimée Hottin est née le 20 juillet 1851 à Ernemont-sur-Buchy, un petit village d'une centaine d'hominines en Seine Maritime &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance daté du 20 juillet 1851 - [[Média:albertinenaiss.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout comme ses deux sœurs aînées, l'acte de naissance est enregistré au nom de la mère, Cherfix. La plus âgée des trois sœurs naît de père inconnu alors que les autres sont reconnues à la naissance par Anselme Hottin. Le mariage en 1858 entre Marie Thérèse &amp;quot;dite Léonie&amp;quot; Cherfix et Anselme Charlemagne Hottin acte une reconnaissance légale de paternité pour les trois, qui se nomment dorénavant Hottin. Avant leur mariage, selon le recensement de 1841, Marie Cherfix et Anselme Hottin habitent à Bosc-Roger-sur-Buchy. Les parents de la première sont mareyeurs — synonyme de poissonnier — et elle y travaille avec eux et sa sœur Celina &amp;lt;ref&amp;gt;Surnom de Nina Louise ?&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Après la mort de ses deux parents, le futur père d'Albertine habite au même domicile que sa tante maternelle et son époux, propriétaire &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bosc-Roger-sur-Buchy, 1841 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/ddef48daf8ca236f0d6d8e61de3d4c50/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Âgé alors de 30 ans, il est indiqué qu'il est rentier &amp;lt;ref&amp;gt;Origine rente ? Bâtis ou terres ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dix ans plus tard, en 1851, les futurs parents d'Albertine Hottin apparaissent ensemble dans le recensement d'Ernemont-sur-Buchy. Lui est déclaré propriétaire cultivateur et elle servante, avec à charge sa fille Léonie Bathilde, née en 1845 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement d'Ernemont-sur-Buchy, 1851 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e9c9c209c8d5367692beceba3422f024/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La consultation de la &amp;quot;''liste nominative des habitants''&amp;quot; de 1846 — accessible aux archives départementales — pourrait permettre d'affiner la datation de leur déménagement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives des délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy indique que Anselme Hottin est membre du conseil municipal entre 1851 et 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy,  1838-1862 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta7e317b2b8c101caa/dao/0/3 En ligne] et 1863-1878 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vtaddaa78baa6e25244/dao/0/1 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À cette époque où la blague démocratique se met en place, les maires sont nommés par le préfet de région. Durant la période où Anselme Hottin est au conseil, les maires sont successivement Étienne Grenier d'Ernemont et Jean-Baptiste Malmaison. L'un est un ancien militaire et appartient à une famille d'aristocrates, héritière d'un titre seigneurial sur la région d'Ernemont, et le second est un notable local, propriétaire et cultivateur. En plus de sa fonction de maire, Étienne Grenier d'Ernemont est l'administrateur de l'hospice du village. Lui et sa famille sont les propriétaires du château et y habitent avec leurs domestiques. Les membres du conseil sont désignés par le maire parmi les hominines mâles appartenant à la notabilité locale : petit propriétaire, commerçant, instituteur ou artisan, par exemple. Ernemont-sur-Buchy ne fait pas exception. De part sa participation au conseil municipal, Anselme Hottin connaît la famille du comte Tanneguy De Clinchamp et du baron Adolphe D'André, membres du conseil qui ont reçu le château en héritage après le décès d'Étienne Grenier d'Ernemont. Le tissu social villageois est une [[macédoine]] complexe entre les hiérarchies sociales et les catégories professionnelles, entre les liens familiaux et les relations amicales, au sein d'un même village et entre eux. Les familles sont évidemment présentes sur plusieurs villages. Au mariage entre Anselme Hottin et Thérèse Cherfix, les témoins sont commis de commerce et ouvrier maréchal, cousin et ami, du côté du mâle et dans la cordonnerie du côté de la femelle. L'acte de naissance d'Albertine Hottin stipule qu'il est rédigé en présence de Louis Crosnier l'instituteur et de Louis Duboc, domestique de maison auprès du châtelain Étienne Grenier d'Ernemont. Les deux mêmes que pour Irma en 1850 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Irma Hottin, 13 avril 1850 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/dcace402d7b350d6ed313126e0ab6296/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le village d'Ernemont-sur-Buchy a la particularité d'abriter la congrégation religieuse christienne des Sœurs du Sacré-Coeur d'Ernemont, surnommée &amp;quot;Maîtresses des écoles gratuites, charitables et hospitalières du Sacré-Cœur d'Ernemont&amp;quot;. Fondée en 1690 par Barthélémy de Saint-Ouen, seigneur d'Ernemont et conseiller au parlement de Rouen, et son épouse Dorothée de Vandime, elle vise à l'enseignement scolaire des enfants et le service aux malades et vieillards. Se répandant à travers la Normandie, la congrégation assure l'enseignement et le soin dans de nombreuses villes et villages &amp;lt;ref&amp;gt; - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le but &amp;quot;''d’inculquer aux élèves la doctrine chrétienne, de leur apprendre à lire, à écrire, à calculer. La congrégation a pour but de former les femmes. La mixité est interdite même dans les écoles enfantines.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;D'après Catriona Seth, &amp;quot;Marie Leprince de Beaumont, une écrivaine normande&amp;quot;, ''Études Normandes'', 65e année, n°1, 2016 - [https://doi.org/10.3406/etnor.2016.3794 En ligne]. Originaire de Normandie, l'autrice Marie Leprince de Beaumont est célèbre pour ''La belle et la bête'', écrit vers 1750. Plusieurs de ses ouvrages mentionnent la congrégation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des cours gratuits pour les femelles adultes sont parfois organisés. Jusqu'au début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, il existe à Ernemont-sur-Buchy une &amp;quot;école pour filles&amp;quot;. L'église est attenante à l'hospice-école. Quatre religieuses se chargent de quelques pensionnaires, pour cause de maladie ou de vieillesse. Il est fort probable qu'Albertine Hottin et ses sœurs aient bénéficié de cet enseignement scolaire primaire. Ce qu'indique déjà les lettres d'Albertine à Sergueï Netchaïev.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Arrivée parigote ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le registre de la population de 1866 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de population d'Ernemont-sur-Buchy, 1866 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/1503e2c65ded1bb55a045b9234756a48/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine habite encore avec ses parents, agriculteurs, et sa sœur aînée Léonie Bathilde. L'autre sœur, Irma Léonie, à peine âgée de 16 ans, n'apparaît pas dans ce recensement comme si elle n'habitait déjà plus au domicile familial d'Ernemont-sur-Buchy. Pour des raisons qu'il reste encore à déterminer, le couple marital Anselme Hottin et Thérèse Cherfix déménagent à Bois-Guilbert entre 1867 et 1871. Sans que l'on sache si elles déménagent avec elleux, leurs trois filles partent pour la capitale dans cette même temporalité. Albertine Hottin arrive donc à Paris entre 1867 et 1870. Impossible de dire pour l'instant où elle s'installe et dans quelles conditions. Comment Albertine Hottin et ses deux sœurs trouvent-elles leurs emplois de domesticité ? Bénéficient-elles des réseaux de connaissance entre des familles de l'aristocratie de Normandie et de Paris ? Des liens entre une aristocratie et une bourgeoisie politique ? Parfois, ce sont des congrégations religieuses qui servent d'intermédiaires pour placer des domestiques dans des familles riches qui en réclament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La bourgeoisie se reconnaît à ce qu'elle pratique une morale étroitement liée à son essence. Ce qu'elle exige avant tout, c'est qu'on ait une occupation sérieuse, une profession honorable, une conduite morale. Le chevalier d'industrie, la fille de joie, le voleur, le brigand et l'assassin, le joueur, le bohème sont immoraux, et le brave bourgeois éprouve à l'égard de ces &amp;quot;gens sans mœurs&amp;quot; la plus vive répulsion. Ce qui leur manque que donnent un commerce solide, des moyens d'existence assurés, des revenus stables, etc. ! comme leur vie ne repose pas sur une base sûre, ils appartiennent au clan des &amp;quot;individus&amp;quot; dangereux, au dangereux prolétariat : ce sont des &amp;quot;particuliers&amp;quot; qui n'offrent aucune &amp;quot;garantie&amp;quot; et n'ont &amp;quot;rien à perdre&amp;quot; et rien à risquer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uni&amp;quot;&amp;gt;Max Stirner, ''L'Unique et sa propriété'', 1844 (traduction française de Robert L. Reclaire, 1899) - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Unique_et_sa_propri%C3%A9t%C3%A9_(traduction_Reclaire) En ligne]. ''Œuvres complètes. L'Unique et sa propriété et autres essais'', Éditions L'Âge d'Homme, 2012&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Menuparis.jpg|200px|vignette|droite|Gastronomie de guerre &amp;lt;ref&amp;gt;Menu du 25 décembre 1870. Café Voisin, 261 rue Saint-Honoré&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Après avoir été élu par les hominines mâles premier président de la Deuxième République française en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte proclame l'Empire de France en 1852 après son coup d’État de décembre 1851. Il prend alors le nom de Napoléon III, troisième fils de Louis Bonaparte dit Napoléon I&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et d'Hortense de Beauharnais. Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse et ses alliés. Les armées françaises ne parviennent pas à résister aux assauts prussiens et le Second Empire capitule en septembre 1870. L'empereur est fait prisonnier et l'impératrice doit fuir à l'étranger. En réponse à cette situation, les députés républicains modérés proclament la Troisième République depuis le parlement à Paris. Un Gouvernement de la Défense nationale est mis en place et la guerre continue. Avançant sur le territoire français, les armées prussiennes s'approchent de Paris mais ne parviennent pas à y entrer. Le siège de la capitale débute le 20 septembre 1870. Pendant un peu plus de quatre mois, les hominines de la ville subissent les restrictions qu'engendrent l'isolement de Paris. Les denrées se raréfient et les prix augmentent. D'évidence, les plus riches s'en sortent bien mieux que la grande majorité des hominines. Quelques accommodements gastronomiques s'imposent. Une bonne occasion de goûter de l'éléphant, du kangourou ou du chat. Les plus pauvres expérimentent le choléra et la malnutrition. Le rat n'a pas la même saveur que les animaux du zoo et le jeun prolongé n'est pas encore une médecine alternative populaire. &amp;quot;''Il y a, sur la place même de l'Hôtel de Ville, un marché de rats; et les rats se vendent 30 ou 40 centimes quand ils sont ordinaires, 60 centimes quand ils sont gras et bien en chair.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Edmond Deschaumes, ''Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris (1870-1871)'', 1890 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413390 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Même le privilégié Victor Hugo pleurniche sur son sort : &amp;quot;''Ce n’est même plus du cheval que nous mangeons. C’est peut-être du chien ? C’est peut-être du rat ? Je commence à avoir des maux d’estomac. Nous mangeons de l’inconnu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Victor Hugo, ''Choses vues 1849-1885'' - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141436z En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Le 31 octobre des républicains radicaux tentent un coup de force contre le  gouvernement de la Défense nationale et réclament la proclamation d'une Commune. Plutôt qu'une république à la démocratie représentative, la Commune est un principe politique qui prône la démocratie directe dans chaque villes et villages, puis leur fédération pour constituer une entité politique nationale. La tentative est un échec. C'est dans cette période troublée que Sergueï Netchaïev arrive à Paris, traversant les lignes prussiennes. Fin janvier 1871 le gouvernement signe un armistice franco-prussien. Le révolutionnaire russe quitte la capitale française en février. Dans cet intervalle de quelques mois, il fait la rencontre d'Albertine Hottin. Rue du Jardinet où il loge. Une dépêche télégraphique datée du 31 janvier &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot;&amp;gt;''Recueil des dépêches télégraphiques reproduites par la photographie et adressées à Paris au moyen de pigeons voyageurs pendant l'investissement de la capitale'', tome 1, 1870-1871 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5499951n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, via pigeon voyageur &amp;lt;ref&amp;gt;Victor La Perre de Roo, ''Le pigeon messager, ou Guide pour l'élève du pigeon voyageur et son application à l'art militaire'', Paris, E. Deyrolle fils, 1877 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5435176t En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, est envoyée de la ville de Bordeaux par Irma Hottin. Elle s'adresse à &amp;quot;''Melle Hottin, rue st-petersbourg, 2''&amp;quot; —  sans préciser s'il s'agit d'Albertine ou de Léonie. Elle dit qu'elle va bien, qu'elle est sans nouvelles de Bois-Guilbert — où habitent les parents — et donne son adresse bordelaise &amp;lt;ref&amp;gt;13 rue Bardineau. Pour information, l'annuaire de Bordeaux daté de 1866 indique que Paul de Lentz, le consul de Russie, habite au 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette présence à Bordeaux s'explique peut-être par le fait qu'elle travaille pour des hominines membres du &amp;quot;Gouvernement de Défense nationale&amp;quot;, des politiciens ou des militaires qui ont fui Paris devant l'avancée prussienne et trouvé refuge à Tours dans un premier temps, puis dans la ville de Bordeaux.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce choix politique de l'armistice ne passe pas auprès de républicains radicaux et d'une partie de la population. La colère gronde dans plusieurs villes françaises. L'ambiance est insurrectionnelle. À Paris, le gouvernement tente de désarmer la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot;&amp;gt;La garde nationale est l'ensemble des milices citoyennes formées dans chaque commune au moment de la Révolution française. Ses officiers sont élus et ne peuvent effectuer plus de deux mandats successifs. Elle est chargée du maintien de l'ordre en temps de paix et de force d'appoint en cas de guerre.&amp;lt;/ref&amp;gt; et provoque, en réaction, un soulèvement populaire dans plusieurs quartiers de la ville. La Commune est proclamée le 18 mars 1871 et le gouvernement est chassé à Versailles. Pendant 72 jours, la Commune de Paris est un laboratoire à ciel ouvert pour les aspirations révolutionnaires les plus diverses. La démocratie directe, l'égalité sociale, l'auto-gouvernement ou le partage s'expérimentent en direct. La place des hominines femelles est questionnée par les premières concernées &amp;lt;ref&amp;gt;Dans la continuité de leur lutte pour l'égalité et l'émancipation, de nombreuses hominines femelles prennent part à la Commune. Dont Louise Michel, Paule Minck ou Sophie Poirier, ou les russes Anna Jaclard et Élisabeth Dmitrieff, pour ne citer que les plus connues. Ou encore [[Louise Modestin]] pour les illustres inconnues. Elles participent à de nombreuses initiatives et, par exemple, une ''Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés'' est créée en avril 1871. Elles sont actives autant dans les cercles politiques, les associations d'entraide que sur les barricades. &amp;lt;/ref&amp;gt; et leurs alliés mâles. Le monde du travail, la culture ou la scolarité ne sont pas épargnés par les remises en cause proposées. Les opinions des hominines qui font vivre cette Commune ne sont pas un bloc monolithique. Les tendances et les approches sont multiples. S'affrontent parfois. Le contexte est celui d'une volonté permanente des forces versaillaises de mettre fin à cette expérimentation sociale et politique dissidente. Informé par des collègues à Paris et par la lecture de ce qu'il se dit dans la presse communaliste ou non, le correspondant de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) à Londres, Karl Marx, n'hésite pas à titrer : ''La guerre civile en France'' &amp;lt;ref&amp;gt;Karl Marx, ''La guerre civile en France'', 1871 - [https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/karl-marx-la-guerre-civile-en-france-1871/ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour les Versaillais il s'agit de la &amp;quot;Campagne de 1871 à l'intérieur&amp;quot;, le nom officiel des opérations anti-communalistes. Entre le 21 et le 28 mai 1871, les armées versaillaises répriment violemment la Commune de Paris. Les barricades ne sont pas suffisantes à défendre la ville insurgée. Cette &amp;quot;Semaine Sanglante&amp;quot; fait plusieurs milliers de morts lors des combats du côté communaliste et autant se font fusiller après leur capture. Les chiffres sont incertains. Près de 45000 hominines se font arrêter. Les archives de cette époque sont encore à explorer pour découvrir si Albertine Hottin est mentionnée. Les domestiques, cuisinières, valets et autres personnels de service ne sont pas les professions les plus impliquées dans le soulèvement communaliste &amp;lt;ref&amp;gt;''La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880)'' - [https://communards-1871.fr/index.php En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie dans les quartiers bourgeois de l'ouest de Paris n'est pas la même que celle des quartiers populaires. Moins de combats et de barricades. L'urbanisme est plus récent. Les familles bourgeoises qui investissent les VIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissements habitent des immeubles où leur domesticité a des espaces ségrégués pour y vivre. De part sa proximité géographique et l’enchevêtrement avec la réalité de ses maîtres, la domesticité bénéficient plus des avantages de sa condition sociale que les autres prolétaires. Si Albertine Hottin travaille pour une famille bourgeoise, elle a peut-être moins souffert de la faim lors du siège de Paris. Sergueï Netchaïev revient dans la capitale française en novembre 1871. Les trois lettres &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot; /&amp;gt; d'Albertine Hottin datent de cette période d'absence de Sergueï Netchaïev. Des lettres qu'il a envoyé, il ne reste que quelques brouillons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''maintenant je me dépêche pour jeter aujourd ma lettre a la post. Je vous demande très pardon que je vous ai laissé sans nouvelle et vous en demande. [...] Je vous aime encore pluq qu'auparavant, et je compte les heurs que devront crouler avant notre rencontre. je vous embrasse. tout à vous. Stéphan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#zur&amp;quot;&amp;gt;Enregistrés sous la classification Auslieferung des Sergius Netschajeff (Extradition de Sergueï Netchaïev) aux Archives de Zurich&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux sœurs d'Albertine, Léonie et Irma, se marient respectivement en 1874 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Léonie Bathilde Hottin et Louis Joseph &amp;quot;Édouard&amp;quot; Duval, 22 décembre 1874, Paris, 8e. Veuf depuis 1870 d'un premier mariage dans la Somme, il a une fille née en 1866. Celle-ci vit chez ses grands-parents maternels à Warlus dans la Somme (Recensement de 1872). Elle se marie à Paris en 1895.&amp;lt;/ref&amp;gt; et 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Irma Léonie Hottin et Amable Levadoux, 22 avril 1875, Paris, 8e. Né en 1844 et originaire de Marsat, dans le Puy-de-Dôme. Il décède à Paris en 1892 au 52 rue de Varenne dans le 7e. Peut-être arrive-t-il sur Paris via l'armée lors de la guerre contre la Prusse - [https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/ark:/72847/vtaf43f074402956764/daogrp/0/25 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le huitième arrondissement de Paris. L'une est cuisinière et se marie avec un cocher, et l'autre est femme de chambre et se choisit un maître d'hôtel pour conjoint. Les deux couples résident sans doute dans les chambres réservées au personnel. Irma et son époux habitent au 23 rue de Berri &amp;lt;ref&amp;gt;23 rue de Berri en 1875. 17 ferme des Mathurins en 1877&amp;lt;/ref&amp;gt;, une perpendiculaire à l'avenue des Champs-Élysées. Léonie et son époux ont pour adresse le 2 rue de Saint-Pétersbourg &amp;lt;ref&amp;gt;2 rue de Saint-Pétersbourg en 1874. 6 rue du Colisée en 1876. 126 rue Saint-Lazare en 1886&amp;lt;/ref&amp;gt;. Selon l'acte de naissance du 11 septembre 1873 établit au nom de son fils &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d’Édouard Léon Anselme Hottin, 11 septembre 1873, Paris, 8e&amp;lt;/ref&amp;gt;, né de père inconnu, Léonie habite à cette adresse. Si le message du pigeon voyageur du 31 janvier 1871 lui est bien adressé, cela laisse à penser qu'elle habite déjà à cette adresse début 1871 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot; /&amp;gt;. L'annuaire daté de 1872 qui liste les adresses pour l'année 1871 n'a pas été imprimé pour cause de guerre. Celui de l'année précédente indique que le député des Vosges Louis Buffet ainsi que &amp;quot;''Villeneuve, rentier''&amp;quot; habitent à cette adresse. Léonie est-elle employée par Villeneuve ou Buffet ? Sa jeune sœur Albertine est-elle avec elle ? Louis Buffet achète cet hôtel particulier en 1872 et s'y installe avec son épouse, leurs sept enfants et leurs domestiques. Le peintre Édouard Manet a son atelier au 4 de la rue entre 1872 et 1878 — l'immeuble apparaît en haut à gauche de son tableau ''Le chemin de fer'' et plus clairement dans les croquis qui lui servent de base &amp;lt;ref&amp;gt;Édouard Manet, ''Le chemin de fer'', 1873 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg En ligne]. Les croquis réalisés entre 1872 et 1873 - [https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/le-pont-de-leurope-etude-pour-le-chemin-de-fer-204821 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'atelier de Manet attire une foule d'artistes et de mondanités qui animent le quartier. &amp;quot;''Le chemin de fer passe tout près, agitant ses panaches de fumée blanche, qui tourbillonnent en l'air. Le sol, constamment agité, tressaille sous les pieds et frémit comme le tillac d'un navire en marche. Au loin, la vue s'étend sur la rue de Rome, avec ses jolis rez-de-chaussée à jardin et ses maisons majestueuses. Puis, sur la montagne du boulevard des Batignolles, un enfoncement sombre et noir : c est le tunnel, qui, bouche obscure et mystérieuse, dévore les trains s'engageant sous ses voûtes arrondies avec un sifflement aigu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Étienne Moreau-Nélaton, ''Manet raconté par lui-même'', tome 2, 1926 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9760965m/f30.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'adresse d'avant-guerre des Buffet se situe à quelques centaine de mètres de là, au 10 de la rue de Berlin (actuelle rue de Liège) dans le neuvième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Les actes de naissance de deux de leurs enfants en 1865 et 1870 confirment cette adresse. &amp;lt;/ref&amp;gt;. La famille Buffet sont des christiens&amp;lt;ref name=&amp;quot;#chr&amp;quot;&amp;gt;''Christien'' désigne les adeptes de Jésus ''aka'' Christ&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;, les chrétiens, comme le terme de ''mahométien'' désigne celles et ceux qui croient que Mahomet est un prophète — les musulmans —  ou celui de ''moïsien'' pour parler des adeptes de Moïse, les juifs.&amp;lt;/ref&amp;gt; de la branche catholique &amp;lt;ref&amp;gt;Pour une courte biographie de Louis Buffet - [https://books.openedition.org/igpde/1258 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Louis Buffet est nommé ministre de l'économie à deux reprises entre 1870 et 1871. Il reste en poste trois mois sous Napoléon III et, après être élu à la députation des Vosges sous la Troisième République, il est désigné de nouveau à ce poste mais n'y reste que 6 jours &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de l'Agriculture et du Commerce à deux reprises entre 1848 et 1851, il est élu président de l'Assemblée nationale en 1873 puis sénateur en 1876. Chef du gouvernement et ministre de l'intérieur de 1875 à 1876&amp;lt;/ref&amp;gt;. Son épouse, Marie Pauline Louise Target, est petite-fille de député, fille d'un ancien préfet du Calvados et sœur d'un député. Selon ses biographes, Louis Buffet et sa famille ne sont pas à Paris pendant la période de guerre. Illes sont au domaine de Ravenel &amp;lt;ref&amp;gt;''Ravenel, de l’origine à l’ouverture de l’hôpital psychiatrique'' - [http://www.ch-ravenel.fr/pdf/presentation/historique-ravenel.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; à Mericourt dans les Vosges. En zone occupée par la Prusse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le 23 de la rue de Berri, l'Annuaire daté de 1876 indique que &amp;quot;''Cheronnet, propriétaire''&amp;quot; est domicilié à cette adresse. Les voisins du 22 et du 24 sont respectivement Henri Louis Espérance des Acres, comte de l'Aigle et député de l'Oise, et le général et ancien sénateur Édouard Waldner. Lorsqu'Albertine Hottin dit dans sa troisième lettre &amp;quot;''nous sommes aller à la campagne cette semaine''&amp;quot;, en parlant de Neuilly-sur-Seine, fait-elle référence à des déplacements avec une famille bourgeoise qu'elle accompagne ? Elle mentionne aussi la fête de Neuilly (dite Fête à Neu Neu), probablement celle de l'été 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rue de La Vrillière où Sergueï Netchaïev envoie ses lettres est celle de la Banque de France. Membre de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1871 à 1876, Louis Buffet et sa famille ont-illes été logé temporairement dans un immeuble de la rue, un &amp;quot;logement de fonction&amp;quot; en attendant de trouver mieux ? Comme cela fut le cas de janvier à avril 1870, lorsque Louis Buffet est logé rue de Rivoli dans l'hôtel des finances du Mont-Thabor, l'ancien ministère des finances détruit lors de la Commune. Ce qui, dans le cas où Albertine Hottin travaille comme domestique pour la famille, pourrait expliquer son adresse postale au 10 de la rue de La Vrillière. Les études [[Protivophilie|protivophiles]] autour de la biographie du politicien et financier, ainsi que celles des sœurs d'Albertine Hottin, n'ont pas permis pour l'instant de valider cette hypothèse. Les annuaires de l'année 1872 n'ont pas été publiés pour cause de guerre et de Commune de Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Progéniture ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première adresse parisienne connue d'Albertine Hottin date de la naissance de sa fille Lucie Blanche, le 2 juin 1876 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance de Lucie Blanche, 2 juin 1876, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:naissluci.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle naît au 32 rue du faubourg Montmartre, chez la sage femme Isabelle Ardis. L'acte de naissance indique que la mère est &amp;quot;''sans profession''&amp;quot; et que son domicile est au 180 boulevard Haussman &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire daté de 1877 recense l'architecte Belle, Lady Gray, le sénateur Louis Martel, le colonel G. Merlin — président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune — et enfin le carrossier Fabien Pradeu - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9677392n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune mention du père biologique. À une date indéterminée — car les registres des abandons ne la mentionnent pas — la jeune Lucie Blanche est mise en nourrice &amp;lt;ref&amp;gt;Catherine Rollet, &amp;quot;Nourrices et nourrissons dans le département de la Seine et en France de 1880 à 1940&amp;quot;, ''Population'', n°3, 1982 - [https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1982_num_37_3_17360 En ligne]. Emmanuelle Romanet, &amp;quot;La mise en nourrice, une pratique répandue en France au XIXe siècle&amp;quot;, ''Transtext(e)s Transcultures'', n°8, 2013 - [https://doi.org/10.4000/transtexts.497 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une famille de la Somme, en région picarde. Elle apparaît dans le recensement de 1881 de la commune de Morlancourt avec la cellule familiale d'Henri Cailleux et Albertine Vicongne avec leurs six enfants &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de la commune de Morlancourt, Somme, 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/recens1881.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle y est baptisée en 1883 &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des baptêmes, Morlancourt, 1883 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/djzg5v1b78xh/787e5478-61f3-4575-8078-13246a82c885 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le prénom Marie est ajouté à Lucie et Blanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ernest naît le 10 janvier 1879&amp;lt;ref&amp;gt;Ernest le 10 janvier 1879, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:ernest.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de naissance ne nomme pas le géniteur et stipule qu'Albertine Hottin, la mère, est sans profession et habite alors au 62 de l'avenue des Ternes dans le VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire 1880 recense l'architecte M. Guillot, le grossiste en vins Girault et les merceries de Larible - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96773984 En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ernest est abandonné à sa naissance. Selon le Registre d'admission des enfants assistés, &amp;quot;''sa mère allègue sa misère et la charge d'un premier enfant pour abandonner le nouveau-né.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:regenfass.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; Il est déposé dans le quartier du Roule (8e) par &amp;quot;''M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Metton, domestique''&amp;quot;, puis est envoyé le 13 janvier à Montfort en Ille-et-Vilaine pour être placé. Il est accueilli dans le village de Quédillac par la cellule familiale de Jean Gendrot et Marguerite Ferrier &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement à Quédillac en 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/quedillac1881.pdf En ligne] et en 1886 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/quedillac1886.jpg En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. En contradiction avec l'acte de naissance, l'un des documents des registres d'abandon &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:registenfaban.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; mentionne qu'Albertine Hottin est domestique et habite au 181 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Il semble qu'il y ait confusion entre l'adresse de naissance d'Ernest et le domicile de sa mère. En effet, cette adresse est celle de M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Léocadie Planchet, la sage-femme qui fait l'accouchement &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'Annuaire daté de 1879 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9762929c En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 12 janvier 1882, Albertine Hottin entre à l'hôpital Lariboisière dans le X&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien. Elle est transférée au pavillon Marthe le 16 et sort de l'hôpital le 19 janvier. Le dossier stipule &amp;quot;''suivi de couche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Albertine Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalb.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'hominine en devenir qui sort d'elle &amp;lt;ref&amp;gt;Alida Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalid.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; quitte officiellement l'hôpital le lendemain de sa naissance &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées et des sorties, Lariboisière, 1882 - [https://aphp-diffusion-prod.ligeo-archives.com/ark:/23259/780644.1240379/daogrp/0/13 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un acte de naissance est établi à la mairie de l'arrondissement au nom d'Alida Yvonne Hottin, née d'Albertine et d'un père inconnu &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Alida Yvonne Hottin, 13 janvier 1882 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/alida.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Albertine Hottin habite alors au 95 de la rue du Rocher (8&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;) &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire de 1883 recense le peintre-décorateur Jules Mariotte, la sage-femme Mme Pécheux et P. Ginier, propriétaire - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96762957 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; et exerce le métier de couturière. Il y a peut-être une erreur dans son adresse car elle est aussi celle d'une sage-femme, Mme Pécheux. Pour l'instant, les archives n'ont pas fourni d'autres informations à propos de ce troisième enfant d'Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Melocoton, où elle est maman?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens, donne-moi la main''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pour aller où ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens'' &amp;lt;ref&amp;gt;Colette Magny, ''Melocoton'', 1963 - [https://www.youtube.com/watch?v=OPVtricblNM En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tind.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
La question de l'enfantement est multiple. À une époque où il n'existe pas encore de moyens alternatifs pour être enceinte, les hominines femelles doivent encore s'accoupler avec un mâle pour cela. Quelles sont les circonstances de cet acte ? Est-il réciproquement consenti ? De toute évidence, Albertine Hottin ne souhaite pas avoir d'enfants au regard de sa condition sociale, de &amp;quot;''sa misère''&amp;quot;. Sur les trois dont elle accouche, deux sont abandonnés selon les archives consultées. En cette fin de XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les méthodes contraceptives sont limitées. Lorsqu'il y a pénétration vaginale dans l'acte sexuel, la méthode la plus ancienne est le retrait au moment de l'éjaculation masculine afin de minimiser les risques de fécondation que les spermatozoïdes font alors encourir. Le timing de ce ''coitus interruptus'' est serré et son efficacité est loin des 100%. Il existe aussi des méthodes mécaniques tel que l'éponge vaginale ou les préservatifs. Les technologies de fabrication d'alors font que le préservatif est un objet fragile et inconfortable. Il est plus utilisé en tant que protection contre les maladies plutôt qu'à visée contraceptive directe. Pour l'influenceuse Madame de Sévigné, il est &amp;quot;''Bouclier contre le plaisir et toile d'araignée contre le danger''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Albert Netter, ''Histoire illustrée de la contraception, de l'Antiquité à nos jours'', Roger Dacosta, 1985&amp;lt;/ref&amp;gt;. Spécialité liée à la triperie, la fabrication de préservatif à base de membrane animale — souvent les intestins — fait progressivement place au caoutchouc à partir de la seconde moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Plus confortable et plus efficace. Cette technique de recouvrir le pénis d'un étui en caoutchouc fin et fermé à l'extrémité n'est financièrement pas encore accessible aux hominines les plus pauvres. Conformément aux habitudes et préconisations de son époque &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste de Sénancour, ''De l’amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes'', 4e éd., tome 1, Paris, 1834&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine Hottin doit utiliser la méthode dite du retrait. Si elle ne désirait pas d'enfant, il semble que cette méthode contraceptive se soit avérée inefficace à trois reprises. Au moins — par manque de données à ce sujet, il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a eu recourt à des avortements clandestins pour mettre fin à des grossesses non-désirées. Si elle a une sexualité régulière, trois cas de grossesse en 6 ans est peu en comparaison du pourcentage de risque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les actes de naissance précisent &amp;quot;''Père inconnu''&amp;quot;. Est-elle dans la situation de tant d'hominines femelles abandonnées socialement par des hominines mâles après une fécondation non-désirée ? Les travaux de la paléontologue Juliette &amp;quot;Juliette&amp;quot; Noureddine, publiés en 1998 sous le titre ''Lucy'', montrent que cette pratique est très ancienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Son père, son père, n'en parlons plus,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y a longtemps qu'j'ai fait une croix dessus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y m'avait dit &amp;quot;Bouge pas, attends.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je n'en n'ai pas pour bien longtemps,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'vais au mammouth et je reviens.&amp;quot;''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et depuis ce jour là, plus rien''&amp;lt;ref&amp;gt;Juliette, &amp;quot;Lucy&amp;quot; sur l'album ''Assassins sans couteaux'', 1998 - [https://www.youtube.com/watch?v=wjJWOuODm4U En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cas où Albertine Hottin désirait une progéniture, elle a changé d'avis entre le moment où elle se sait enceinte et les abandons. Soit, pour ne citer que deux raisons, à cause de l'attitude du procréateur qui refuse d'assumer à deux les conséquences, soit des circonstances particulières dans lesquelles ont lieu les fécondations. Étaient-elles vraiment consenties ? Dans des sociétés d'hominines où la binarité de genre est aussi une hiérarchie entre les genres, les hominines femelles subissent des violences et des agressions — sans commune mesure avec celles exercées sur les mâles. Le viol en est une. &amp;quot;Ce jargon du viol&amp;quot; n'est pas seulement l'anagramme de &amp;quot;devoir conjugal&amp;quot; car, en plus du viol conjugal &amp;quot;ordinaire&amp;quot;, le personnel féminin de la domesticité est particulièrement exposé à ce risque d'agression. De la part des maîtres ou des collègues. L'habitat de la domesticité, exigu et souvent isolé sous les toits, est un lieu propice aux violences sexuelles. Se plaindre ou faire scandale c'est prendre le risque de perdre son travail. L'imaginaire érotique bourgeois s'alimente de cet espace d'habitat en marge. La promiscuité des hominines agite la fantasmagorie. Illes s'entendent baiser et leurs corps sont si proches ! La présence de jeunes hominines femelles isolées fait virevolter les imaginaires mâles. Pour autant, toutes les hominines femelles, même dans la domesticité, ne subissent pas les mêmes violences. Qu'une situation soit systémique ne fait pas qu'elle soit systématique. Albertine Hottin n'a donc pas obligatoirement subi de ces violences. Sa sexualité était peut-être plaisante, riche, multiple et consentie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A-t-elle retourné le déséquilibre social de genre en se servant de la sexualité et de l'enfantement pour trouver une meilleure situation sociale ? La bourgeoisie s'affole les sens en imaginant le personnage érotique de la jeune domestique femelle lubrique et soumise, ou déterminée et vénale. Juste 100 ans après la naissance du premier enfant d'Albertine Hottin, le mythomane Émile Ajar publie son roman ''Pseudo''. Les histoires et les mensonges qui entourent la personnalité d’Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, empêchent de déterminer s'il est vraiment utile de chercher un quelconque lien, même symbolique, entre Albertine Hottin et son personnage de Nihilette pour simplement en citer l'extrait suivant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Nini, comme son nom l'indique, ne peut pas souffrir qu'il y ait une œuvre littéraire dans laquelle elle ne se serait pas glissé. L'espoir, ça la rend malade ! Nini essaye depuis toujours et de plus en plus de se taper chaque auteur, chaque créateur, pour marquer son œuvre de néant, d'échec, de désespoir. Elle se fait appeler Nihilette chez les gens bien élevés, du tchèque ''nihil'', ''nihilisme'', mais nous l'appelons Nini, avec majuscule parce qu'elle a horreur d'être minimisée. En ce moment, sur le tapis, elle essayait de se faire ensemencer par Ajar, pour lui faire ensuite des enfants du néant. Ajar se défendait comme un lion. Mais il y a toujours avec Nini la tentation de se laisser faire, pour accéder enfin au fond du néant, là où se trouve la paix sans âme ni conscience. La seule chance qu'avait Ajar de s'en tirer était de bien prouver son inexistence, son état bidon pseudo-pseudo, son absence absolue d'état humain digne d'être infecté par Nini, car le néant ne baise jamais le néant, pour des raisons techniques.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Ajar, ''Pseudo'', 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En plus de ces considérations pratiques liées à la progéniture d'Albertine Hottin, sa domesticité implique d'autres contraintes sociales. Dans ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Anne Martin-Fugier rappelle qu'une &amp;quot;''servante enceinte, même mariée''&amp;quot; peut perdre son travail pour cela. Elle cite un arrêt de 1896 d'un tribunal qui stipule que &amp;quot;''à aucun point de vue on ne saurait considérer un maître comme tenu de garder à son service une fille enceinte, soit que l'on envisage l'immoralité de sa conduite, le mauvais exemple dans la maison ou les graves inconvénients de l'accouchement.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot;&amp;gt;Anne Martin-Fugier, ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Perrin, 2004&amp;lt;/ref&amp;gt; Il existe bien évidemment différentes techniques anticonceptionnelles, dont les injections d'eau froide dans le vagin, mais elles sont légalement interdites car assimilées à des avortements. De plus, à la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les domestiques sont souvent accusées d'être responsables de la dépopulation en France &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Environnement familial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivant de Normandie, des Cherfix apparaissent dans l'état civil de la capitale pendant la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'orthographe varie parfois entre Cherfix, Cherfis ou Cherfils. Quelques membres de la famille maternelle d'Albertine Hottin vivent dans l'ouest de Paris, au croisement de plusieurs arrondissements. Pour ne donner que quelques exemples, sa tante Nina Louise habite dans le XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissement, Léon Sainte Croix, un cousin de sa mère, loge boulevard Pereire dans le XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Un autre cousin, Louis Timoléon Eugène réside 41 rue Pierre Demours, une parallèle à Pereire qui débouche sur l'avenue des Ternes. Cousin maternel plus éloigné, Ernest Pierre est domicilié au 4 de la rue des Vignes dans le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Tout deux avec épouse et progéniture. La première est &amp;quot;''marchande des quatre-saisons''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Avec son second mari Armand Stanislas Lemoine&amp;lt;/ref&amp;gt; — vendeuse ambulante de fruits et légumes —, le deuxième est charpentier et le dernier est sellier. Plusieurs cellules familiales Cherfix sont voisines les unes des autres. L'adresse d'Albertine Hottin en 1879 sur l'avenue des Ternes est aussi celle d'Adolphe Hippolyte Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Adresse attestée en 1865 par l'acte de mariage entre son frère Léon Sainte Croix Cherfix et Clémentine Désirée Magnan, 14 novembre 1865, Paris, XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; - [En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt;, un autre cousin de la mère d'Albertine, frère de Léon Sainte Croix et Louis Timoléon Eugène. Vit-elle avec le couple et leurs enfants ou seulement dans le même immeuble ? Quand Albertine Hottin déménage-t-elle rue de Surène ? Elle connaît probablement Edmond Eugène Cherfix dit &amp;quot;Bonnard&amp;quot;, jeune fils de Louis Timoléon Eugène et d'Adrienne Émilie Bonnard. Il est imprimeur. Veuf en 1868, Louis Timoléon Eugène se remarie en 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Louis Timoléon Eugène Cherfix et Julie Bêche, 8 juin 1875, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le nouveau couple habite rue Demours. Lorsqu'il meurt en 1888, quelques semaines après son mariage, Edmond Eugène habite avec son épouse Marie Louise Forestier au 34 rue Dauphine dans le sixième arrondissement. À la mort de son fils, Louis Timoléon Eugène est domicilié au 11 de la rue Guersant, à quelques pas de l'avenue des Ternes. Après son mariage en 1887 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Eugénie Adolphine Cherfix et Émile Cateloux, 15 janvier 1887, Paris, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;, sa fille Eugénie Adolphine Cherfix habite avec son époux au 27 de la rue Bayen, une proche parallèle à Guersant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres cellules familiales sont présentes dans des arrondissements du centre de Paris. Pierre Maximilien Cherfix, son épouse Louise Eugénie Baronnet et leur fille Héloïse vivent au 6 de la rue Mongolfier dans le troisième arrondissement. Il est papetier. Selon l'acte de mariage entre Gustave Quantin, papetier et fils de papetier, et Héloïse Cherfix, celle-ci est aussi papetière. L'Annuaire-Almanach de 1870 mentionne l'existence d'une fabrique de feuillages ''Quantin'', située au 8 de la rue de Mulhouse dans le deuxième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Annuaire-Almanach, 1870 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96727875 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une imprimerie au nom de Gustave Quantin ouvre en 1872 au 63 avenue des Ternes. La faillite est officielle en 1874. Une autre ouvre au 18 de la rue Bonaparte à partir de 1878 &amp;lt;ref&amp;gt;À ne pas confondre avec la luxueuse ''Quantin NC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;T&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et C&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ie&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;'', &amp;quot;''imprimeurs-typographes et libraires''&amp;quot;, au 7/9 rue Saint-Benoît-Saint-Germain dans le sixième arrondissement. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Peu de choses réalisées par cette imprimerie sont disponibles via internet. À noter l'édition en 1873 et en 1874 de ''Extraits des historiens du Japon'', publiés par la Société des études japonaises &amp;lt;ref&amp;gt;''Extraits des historiens du Japon'', partie I et II, 1873-1874 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65796644/f282.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Gustave Quantin en est officiellement l'imprimeur. Il est aussi membre de la société savante nippophile et de la Société d’Ethnographie orientale et américaine dont il est le trésorier. S'il n'est pas possible d'affirmer que Gustave Quantin, de par ses activités dans le japonisme français &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie participative ''Wikipedia'', &amp;quot;''le japonisme est l'influence de la civilisation et de l'art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux, entre les années 1860 et 1890.''&amp;quot;. Le Japon est représenté pour la première fois à l'Exposition Universelle de 1867 par des objets exposés et la présence d'une délégation venue du Japon. Dont le jeune prince Tokugawa Akitake.&amp;lt;/ref&amp;gt;, connaisse le peintre et collectionneur d'estampes japonaises Édouard Manet, cela n'est pas à exclure totalement. Le monde bourgeois de la culture n'est pas si vaste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Signalb.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le patronyme Hottin est présent dans les registres d'état civil de la région normande depuis plusieurs siècles, &amp;quot;''entre pays de Bray et de Caux''&amp;quot;. Dans la grande banlieue du village de Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot;&amp;gt;''bosc'' signifie &amp;quot;espace boisé&amp;quot; et ''bordel'' désigne les hominines qui habitent une ''borde'', c'est-à-dire une &amp;quot;cabane&amp;quot;, une &amp;quot;petite maison&amp;quot;, ou directement le lieu. Ces sens sont attestés dès le début du XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Frédéric Godefroy, ''Lexique de l'ancien français'', 1890 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Lexique_de_l%E2%80%99ancien_fran%C3%A7ais/5 En ligne]. La plus ancienne mention est ''bodel'', &amp;quot;maison&amp;quot; ou &amp;quot;cabane&amp;quot;, en judéo-français ou sarphatique, la langue d'oïl judéo-romane parlée par les communautés moïsiennes de la moitié nord de la France actuelle et écrite en caractères hébraïques. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces familles sont agricultrices pendant plusieurs générations. Les premières migrations vers Paris datent de la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'exode rural des populations d'hominines vers les centres urbains est enclenché. Le village de naissance d'Albertine Hottin passe d'une population d'hominines de 224 en 1831 à moins de 140 en cinquante ans. À la période où Albertine arrive à Paris, Édouard Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des électeurs de Paris (1860 - 1870) - [https://www.geneanet.org/registres/view/307309/41 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — cousin de son père et témoin à son mariage &amp;lt;ref&amp;gt;Anselme Charlemagne Hottin est aussi l'un des témoins au mariage d'Edouard Hottin le 12 septembre 1867 à Bosc-Roger-sur-Buchy - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4ee0ef380cdcc49412c2a1426f032fa4/dao/0/16 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — vit déjà dans la capitale française. Chimiste &amp;lt;ref&amp;gt;Il dépose entre autre un brevet de chimie en janvier 1856 pour un &amp;quot;''système de préparation de thé permettant 1° d'en concentrer l’arôme et les parties constitutives, et 2° de livrer au commerce des extraits de thé tout préparés.''&amp;quot; d'après le ''Catalogue des brevets d'invention'', 1855 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63669617 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, il met au point un procédé pour rendre ininflammable les tissus et dépose en août 1864 le brevet de la ''Hottine''&amp;lt;ref&amp;gt;''Catalogue des brevets d'invention'', n° 8 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6357402p/f4.item.r=hottin En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour sa commercialisation, la ''Hottin &amp;amp; Cie'' est créée en 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette nationale ou le Moniteur universel'', 26 décembre 1865 - [https://www.retronews.fr/journal/gazette-nationale-ou-le-moniteur-universel/26-decembre-1865/149/2621181/6 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;''Certes, si les hommes étaient sages, ce n’est pas aux inventeurs de moyens de destruction perfectionnés qu’ils élèveraient des statues. Celui-là a mieux mérité de l’humanité, qui, comme M. Hottin, nous débarrasse d’un fléau dévorant.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Sport : journal des gens du monde'', 16 septembre 1866 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32768849/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Malgré la promotion publicitaire dans des journaux, le produit ne se vend pas et l'entreprise Hottin &amp;amp; Cie est déclarée en faillite en juillet 1867 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires'', 19 juillet 1867 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6822699h/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelques-unes de ses adresses sont connues jusqu'en 1870, mais rien n'indique qu'Albertine Hottin vive avec lui. Les recensements n'existent pas pour le Paris de cette époque, et les archives antérieures à 1870 sont partiellement détruites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cellules familiales des deux sœurs d'Albertine Hottin n'ont pas les même parcours. Tout semble indiquer que Irma Hottin, son époux et leur enfant vivent à Paris sans interruption. Léonie et sa famille nucléaire quittent provisoirement la capitale pour s'installer dans la Somme, dans le village de Frohen-le-Grand. Quelques années avant leur mariage, Louis Joseph Édouard Duval y avait exercé son métier de cocher pour la famille d'aristocrate qui vit dans le château local &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Frohen-le-Grand, 1871 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/w5jp0l9c6q2g/2ba86a2f-0d2c-418e-b5c8-b4aa5abf6c5b En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Deux de leurs enfants y naissent en 1878 et 1879. Une femelle et un mâle. L'aînée et la nouvelle venue sont envoyées à Bois-Guilbert pour vivre avec leurs grands-parents maternels Anselme Hottin et Thérèse Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bois-Guilbet en 1881 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4a4091827ebf19e313342dd2df9a415b/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pendant ce séjour chez elleux, Louise, l'aînée, décède en 1883 à l'âge de 7 ans &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès de Louise Duval à Bois-Guilbert le 30 janvier 1883 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/706cb9a0077461881ec5eff632720743/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les sources consultées ne permettent pas de préciser la date de retour sur Paris de la cellule familiale de Léonie. Le couple engendre d'un petit mâle qui naît en novembre 1886 dans cette ville. À cette date, elle habite dans le huitième arrondissement au 126 de la rue Saint-Lazare, à quelques centaines de mètres de chez sa sœur Albertine rue du Rocher. Selon l'acte de mariage de la fille de Louis Duval, née de son premier mariage, il n'habite pas à Paris en 1895 mais à Fresnières dans l'Oise. Ce qui signifie que Léonie Hottin-Duval vit donc sans lui. À partir d'une date indéterminée, elle vit avec son fils cadet au 107 rue du Lauriston dans le seizième arrondissement. Demeurant aussi dans cet arrondissement, 5 cité Greuze, la tante Nina meurt en 1887 et son — second — mari en 1890. Daté de juillet 1888, le commentaire qui accompagne une gravure de ce quartier par le dessinateur Jules-Adolphe Chauvet parle de lui-même : &amp;quot;''Il est impossible de se figurer cette cité encore éclairée à l'huile et habitée par une population des plus déshéritées, où la misère et le vice s'étalent dans leur plus hideuse laideur ; cela au milieu du Passy aristocratique et bourgeois [...]''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jules-Adolphe Chauvet, &amp;quot;Cité Greuze dite le Palais royal de Passy, rue Greuze n° 24&amp;quot; sur le site de la BNF - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8456859p En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thérèse Cherfix-Hottin, la mère d'Albertine, décède le 24 août 1901 à Bosc-Roger-sur-Buchy &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès du 25 août 1901 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e71cb3dc937ddf2501f76761f51393c0/dao/0/12 En ligne]. Table des successions et absences de Buchy, 1886-1905 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e047091b58efe957732be9bfb2b398ced21c546127869b312ee37ee914ac80b9/dao/0/34 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Anselme Hottin, le père, meurt le 23 février 1906 dans le même village &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot;&amp;gt;D'après la Table des successions et absences de Buchy, 1906-1924 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta8336b8f866ec948e/dao/0/73 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Moins d'un mois avant Albertine Hottin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adresses postales mentionnées dans les archives officielles ne sont pas une donnée infaillible. Elles ne concordent pas toujours entre elles ou à la réalité car l'administration se trompe parfois. L'acte de naissance d'Alida Yvonne, la fille d'Albertine Hottin, est un exemple de possibles erreurs administratives. Dans un scénario d'une arrivée urgente à Lariboisière, à l'initiative de la sage-femme qui gère la grossesse d'Albertine Hottin, il se peut qu'il y ait aussi une erreur d'adresse dans les registres de l'hôpital. En effet, le 95 de la rue du Rocher est aussi l'adresse d'une sage-femme, M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Pécheux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cause de présence de fibres d'amiante dans les archives de la ville de Paris, il est actuellement impossible de consulter les ''Calepins des propriétés bâties'' pour les adresses où Albertine Hottin a habité. Ces calepins détaillent les occupants (particuliers et/ou sociétés, locataires et propriétaires) et donnent une rapide description de l'aménagement des immeubles parisiens. Seul le calepin de la rue de Surène est consultable à partir de l'année 1901 &amp;lt;ref&amp;gt;''Calepins des propriétés bâties'', 1901-1981, côte D1P4 2697 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les liens qu'entretient Albertine Hottin avec sa famille restée en Normandie sont conditionnés à plusieurs facteurs qui ne dépendent pas d'elle. Pour parcourir la distance entre Paris et le village parental elle doit prendre le train à partir de la gare Saint-Lazare &amp;lt;ref&amp;gt;gare Saint-Lazare&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ou y aller à pied ! L'estimation est de 136000 pas d'hominines, soit entre 2,5 et 3,5 jours selon le rythme &amp;lt;ref&amp;gt;Christophe Studeny, &amp;quot;La révolution des transports et l’accélération de la France (1770-1870)&amp;quot;, ''De l’histoire des transports à l’histoire de la mobilité ?'', Presses universitaires de Rennes, 2009 - [https://doi.org/10.4000/books.pur.102180 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Lorsque ces pas sont ceux de chevaux de diligence, le trajet Paris-Rouen est couvert en une demie journée. Le trot est la seule cadence légalement autorisée sur les routes de France pour le transport d'hominines: Le galop est le monopole du transport postal. Le développement du réseau ferroviaire au cours du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle fait chuter le temps de transport. Selon l’''Indicateur Chaix'' de 1870 &amp;lt;ref&amp;gt;''Indicateur Chaix''&amp;lt;/ref&amp;gt;, la ligne de chemin de fer relie Paris à Rouen en 2 heures et quarante minutes. Pour Albertine Hottin, il faut encore parcourir la vingtaine de kilomètres entre Rouen et les alentours d'Ernemont-sur-Buchy. Mais pour les &amp;quot;''gens de maison''&amp;quot;, le prix est élevé. Même en troisième classe. Le tarif est au kilomètre. Un &amp;quot;''sou''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le sou est une division monétaire de la livre. Vingt sous sont équivalents à une livre. Celle-ci est replacée en 1795 par le franc et le sou par le centime. Dans le langage populaire, le terme de ''sou'' persiste et désigne la pièce de 5 centimes&amp;lt;/ref&amp;gt; — soit cinq centimes — en 1905. L'aller-retour représente plusieurs dizaines de francs, l'équivalent d'environ un mois de salaire. Dans ''Jean et Yvonne. Domestiques en 1900'', Paul Chabot fait remarquer que &amp;quot;''pour plus d'un, le prix du transport était un tel obstacle qu'aucun ouvrier ne s'en retournait au pays, l'exode en pleine jeunesse à l'assaut de la capitale prenait l'allure d'un adieu à la terre natale.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Paul Chabot, ''Jean et Yvonne. Domestiques en 1900'', Éditions Tema, Nancy, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Outre cet inconvénient financier, le principal obstacle aux voyages d'Albertine Hottin en Normandie est l'absence fort probable de congés suffisamment longs pour imaginer aller voir ses parents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Allures et air de rien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La [[protivophilie]] ne dispose d'aucune description physique d'Albertine Hottin. Rien dans les registres hospitaliers ou d'état civil consultés à ce jour dans les archives. La couleur de ses yeux ou de ses cheveux demeurent inconnues. Idem pour sa taille et tout autre détail anatomique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Cuiz.jpeg|200px|vignette|droite|Cuisinière anonyme en 1894 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Les différents actes officiels connus concernant Albertine Hottin mentionnent les métiers de cuisinière et de couturière. Elle fait partie de la domesticité, les ''gens de maison'' comme les nomment celleux qui les emploient. Est-elle appelée par son propre prénom ou par celui attribué par ses maîtres ? — il est tellement plus pratique de toutes les appeler ''Murielle''. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Épisode 1/2 : La servitude&amp;quot; dans l'émission ''Les pieds sur terre'', mai 2023 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/butler-majordome-servante-des-domestiques-au-service-des-ultra-riches-5785280 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ouvrage ''La femme à Paris, nos contemporaines'', daté de 1894, Octave Uzanne consacre un chapitre aux hominines femelles utilisées comme domestiques. En ayant lui-même à son service, il dresse des tableaux caricaturaux des différents métiers de la domesticité et de leur place dans le quotidien de la bourgeoisie. Pour lui, &amp;quot;''c’est une caste [...] qui a sa hiérarchie très tranchée : au sommet, la femme de chambre en conflit avec la cuisinière cordon-bleu; plus bas, la bonne d'enfant, puis après la bonne à tout faire, et enfin la femme de ménage. À côté figure une privilégiée, à la fois méprisée et enviée, celle qui vend le lait de son enfant au gosse malingre du bourgeois : la nourrice.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot;&amp;gt;Octave Uzanne, ''La femme à Paris, nos contemporaines'', 1894 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15257516/f99.image En ligne]. Voir Bertrand Hugonnard-Roche, ''Octave Uzanne et les femmes dans la domesticité parisienne (1894-1910)'', 2013 - [http://www.octaveuzanne.com/2013/09/octave-uzanne-et-les-femmes-dans-la.html En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Avec beaucoup plus d'empathie, Octave Mirbeau décrit des vies de domestiques dans plusieurs de ses romans dont le célèbre ''Journal d'une femme de chambre'' en 1900. Son analyse anarchiste inclue de fait la prostitution dans la liste des métiers liés à la domesticité bourgeoise. Il décrit sa vision de la sexualité tarifée dans son essai ''L'Amour de la femme vénale'' dont le titre français est traduit du bulgare, ''Любовта на продажната жена''. Publié à Plovdiv en 1922, probablement à partir d'une version en russe et dont l'original en français n'a pas été retrouvé &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Isabelle Saulquin, ''À propos de L'Amour de la femme vénale'' - [https://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/Saulquin-femmevenale.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Lui-même ancien de la domesticité bourgeoise, Octave Mirbeau fait dire à l'un des personnages de son roman ''Dans le ciel'', Georges, peu suspect d'optimisme rayonnant et ahuri, les mots suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n’existe ni en moi, ni dans les autres, ni dans le rythme le plus infime de l’universelle harmonie. Je suis cette chose inconcevable et peut-être unique : rien. J’ai des bras, l’apparence d’un cerveau, les insignes d’un sexe ; et rien n’est sorti de cela, rien, pas même la mort.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Octave Mirbeau, ''Dans le ciel'' dans ''Œuvre romanesque'', vol. 2 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dans_le_ciel En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le métier exercé par Albertine Hottin conditionne sa tenue vestimentaire. Cuisinière ou couturière ne sont pas des fonctions normées esthétiquement de façon identique et n'ayant pas les mêmes contraintes professionnelles. Quelques illustrations sont fournies dans l'ouvrage d'Octave Uzanne. En dehors de ce contexte professionnel et le port d'une sorte d'uniforme, la tenue vestimentaire d'Albertine Hottin est contrainte par les circonstances &amp;quot;normales&amp;quot; de la vie quotidienne et les aléas climatiques. Elle ne s'habille probablement pas de la même façon les jours où elle ne travaille pas. Ou lorsqu'elle rend visite à des proches. Les jours de pluie ou de soleil, d'hiver ou d'été, imposent de s'adapter dans la mesure du possible. En l'absence de toute indication corporelle, l'habillement facilite l'imagination d'une représentation mentale de sa personne. Son entrée à l'hôpital en mars 1906 et son décès le lendemain se font dans un contexte climatique de grand froid sur l'ensemble de la France. Sa rencontre avec Sergueï Netchaïev entre la fin de 1870 et 1871 est marquée par un épisode de froid. La neige est abondante. L'hiver est très rigoureux à cause d'une &amp;quot;''très puissante descente froide venue de Russie [qui] déferle sur la France''&amp;quot; d'après les chroniques météorologiques de cette époque &amp;lt;ref&amp;gt;Chroniques météo de 1870 - [https://www.meteo-paris.com/chronique/annee/1870 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Trois autres dates sont confirmées par les recherches dans les registres. Celles de la naissance de ses trois enfants: 2 juin 1876, 10 janvier 1879 et 12 janvier 1882. Après un mois de mai froid où les températures tombent parfois sous les 5°, le début d'été 1876 est particulièrement chaud avec des températures dépassante les 30° pendant plusieurs semaines. Un pic de 35° est atteint vers la fin du mois de juin. L'hiver 1876 est froid. La seconde moitié de janvier 1876 est marquée par des épisodes de pluies verglaçantes en région parisienne, alors qu'à contrario l'hiver 1882 est jugé très doux. Comme la plupart des autres hominines, Albertine Hottin tente au mieux de prendre en compte les variations climatiques dans ses choix de se vêtir comme ceci ou comme cela avant de sortir de chez elle. Comment s'habille-t-elle lorsqu'elle se rend au théâtre ou dans un parc ? Les périodes de sa vie où elle exerce le métier de cuisinière et celui de couturière font qu'elle est plus souvent amenée à sortir de chez elle si elle est couturière dans un petit atelier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La froideur de l'hiver 1870-1871 laisse à penser que, même habillée comme il convient, la rencontre entre Albertine et Sergueï a pu se faire à l'intérieur d'un bâtiment plutôt que dans la rue ! Une approche qui confirme l'hypothèse protivophile matérialiste des ''Albertine's Studies'' pour qui il existe nécessairement un facteur inconnu qui provoque la rencontre, un tiers invisible dont il est peut-être impossible de prouver l'existence. Cela permet de minimiser les hypothèses qui imaginent les pires schémas des rencontres dites amoureuses. Premiers regards et mouchoir qui tombe ? Glissade romantique et burlesque pour cause de neige ? Des scénarios dignes de la première intelligence artificielle venue. Rien de tout cela n'a de sens pour la protivophilie. Rien à voir. Le froid de cet hiver incite les hominines à sortir en se couvrant convenablement. Du point de vue comportementaliste, le froid ressenti pousse les hominines à chercher à se réchauffer ou à plus traîner lorsqu'illes sont au chaud. Une configuration incitative à la rencontre dans un lieu fermé en période hivernale. Rien n'indique qu'il existe un lieu autre que les imprimeries et les libraires pour que les deux puissent s'y croiser. Il y a un moment précis de l'histoire où on enlève ce qui nous protège la tête du froid en entrant dans un espace fermé et plus chaud. Albertine n'a sans doute pas échappé à cet instant historique individuelle commun. Sergueï Netchaïev non plus. Cela fait office d'amorce dans un processus de rencontre entre deux hominines ! Plus l'espace où se passe la dite rencontre est grand ou fragmenté, et plus le temps peut être long entre le moment d'entrée de l'hominine dans l'espace fermé et sa rencontre avec l'autre hominine.&lt;br /&gt;
La quête des premiers mots échangés est une illusion et les tentatives de déterminer une mécanique de la rencontre sont des pertes de temps. En suivant une logique linguistique, il est seulement possible d'affirmer que le premier son est précédé d'un silence. D'un rien sonore. Peut-être accentué par l'effet sonore feutré que fait la neige ? (Si la météo le permet !) Comme pour toute chose, l'existence d'une sonorité est précédée par son absence. Ça crée des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Imaginaires amouriens ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre regroupe ensemble des événements dans le but de créer les ingrédients d'une illusion, d'un lien imaginaire entre deux hominines dans ce qu'il est communément appelé &amp;quot;''[[Amour|histoire d'amour]]''&amp;quot; : &amp;quot;''L'amour est éternel''&amp;quot; et le verbiage qui va avec. L'artificialité est donc à la base de la démarche. Cela a la même pertinence que l'astrologie ou la numérologie. Une forme de roman-photo protivophile pour aveugles. Par exemple, il est incontestable qu'en 1882 Albertine Hottin donne naissance à un enfant, la même année que celle de la mort de Sergueï Netchaïev. De là à en tirer des conclusions, il y a un fossé à franchir ! Mais l'amour n'est que magie. En l'année 1873, Édouard Manet ne trouve pas mieux à faire que de peindre la façade de l'immeuble parisien où habite Albertine Hottin au 2 rue de Saint-Pétersbourg alors même que Sergueï Netchaïev est incarcéré à la forteresse Pierre et Paul située dans la ville russe de Saint-Pétersbourg. Faut-il y voir un signe ? Rien n'est moins sûr. Une demande directe d'Albertine Hottin à son ami et voisin ? Si, selon l'imaginaire amourien, l'amour transcende les frontières, pourquoi ne pas mettre en lien la force de la joie ressentie par Sergueï Netchaïev à l'annonce de l'assassinat du tsar en 1881 et celle de l'arrivée de Lucie Blanche dans sa nouvelle famille d'accueil.  Première enfant d'Albertine, elle est née en 1876 de géniteur mâle inconnu et abandonnée l'année même où tous les écrits de Sergueï Netchaïev sont détruits par la matonnerie. Ses écrits sur Paris disparaissent à jamais. Son roman ''Georgette'' est toujours inédit. Il est enchaîné aux mains et aux pieds pendant une année entière, dans l'impossibilité de revoir Albertine Hottin sans que cela ne soit trop compliqué à mettre en œuvre. Il en prend conscience dans sa chair. Fort heureusement, Albertine Hottin n'a pas eu à subir les conséquences directes des conditions d'incarcération dégradantes de son &amp;quot;amour&amp;quot; russe. Pas de longues heures d'attente pour un parloir. Mais, comble de la tristesse de cette année 1876, son ami poète et combattant bulgare Kristo Botev est tué lors d'un affrontement armé. Albertine Hottin, tout comme Sergueï Netchaïev, n'apprennent probablement la nouvelle que très tardivement. Voire pas du tout. La mort de Sergueï Netchaïev fin 1882 est une nouvelle épreuve insurmontable dans leur relation — déjà fort distendue. Leur amour est vraiment impossible. Sergueï Netchaïev ne se remit jamais de cela. Des recherches protivophiles menées autour de la réédition récente de la biographie de Yégor Martinof, alias Monsieur Rien &amp;lt;ref&amp;gt;''Monsieur Rien !'' de Louis Boussenard, octobre 1907 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/MRienWeb.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, ont permis de déceler la présence d'un graffiti de type naïf amourien sur les murs de la forteresse Pierre et Paul. Réalisé dans un style classique, il représente un cœur stylisé et l'inscription S+A qui ressemble beaucoup aux initiales de Sergueï et Albertine. Des recherches complémentaires doivent encore être menées pour confirmer la véracité de ces documents d'archives datant de 1907 et émanant d'une source peu fiable : les Éditions de la Rue du Jardinet sont une maisonnette d'édition qui n'est recommandée par personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Rien culturel ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est connu sur le degré d'instruction d'Albertine Hottin, mais il est à noté que, bien que l'instruction obligatoire ne soit instaurée qu'en 1882, dans ses lettres d'[[amour]] de 1871 elle semble maîtriser les rudiments écrits de la langue française. Les fautes d'orthographes et de grammaire n'entament pas la compréhension. Dans la région de Seine-Maritime d'où elle est originaire, l'environnement linguistique est une marche entre les parlers normands et picards. Une zone d'interpénétration. Contrairement à aujourd'hui, l'usage des variétés normandes et picardes des langues d'oïl est alors très présent &amp;lt;ref&amp;gt;Francis Yard, ''La parler normand entre Caux, Bray et Vexin'', 1998&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le rouennais &amp;lt;ref&amp;gt;Le rouennais ou purin de Rouen, ou encore purinique, est la variante rouennaise des parlers d'oïl de Normandie. Elle est mélée de français parisien. Quelques textes publiés de la première moitié du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; jusqu'au  XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle le sont en purinique. Voir par exemple David Ferrand, ''Inventaire général de la Muse Normande'', 1655 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8612065s En ligne]. Au cours du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, l'usage du purinique fait place au français régional de Rouen. Gérard Larchevêque, ''Le parler rouennais des années 1950 à nos jours'', éd. Le Pucheux, Rouen, 2007 &amp;lt;/ref&amp;gt;, le cauchois &amp;lt;ref&amp;gt;Le cauchois est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Caux, la partie occidentale du département de la Seine-Maritime. A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]. ''Études Normandes'', 31e année, n°3, 1982. &amp;quot;Du Cauchois au normand&amp;quot; - [https://www.persee.fr/issue/etnor_0014-2158_1982_num_31_3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le brayon &amp;lt;ref&amp;gt;Le brayon est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Bray, à cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l'Oise. J.-E. Decorde, ''Dictionnaire du patois du pays de Bray'', 1852 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6354795f En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; sont une réalité normande, tout autant que le beauvaisin picard &amp;lt;ref&amp;gt;Le beauvaisin est la variante des parlers d'oïl de Picardie utilisée dans la région de Beauvais, dans l'Oise. François Beauvy, ''Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis'', Éklitra, 1990&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques. La région d'Ernemont-sur-Buchy est à la rencontre de ces pratiques linguistiques normando-picardes. Elles se différencient des pratiques linguistiques de la région parisienne et du français standardisé appris au cours de la scolarité. Il est fort probable qu'Albertine Hottin avait un accent, typique de sa région d'origine et de sa condition sociale : Un accent de la ruralité normande. Bien souvent, hors de leur région d'origine, les hominines s'exposent aux moqueries. La glottophobie &amp;lt;ref&amp;gt;La glottophobie est un ensemble de procédés discriminatoires basés sur un usage attendu d'une langue. Par exemple, même pour une personne maîtrisant très bien une langue, avoir un accent peut-être source de moqueries ou un obstacle à l’ascension sociale. Voire créer un manque de crédibilité. Comme pour celleux qui ne maîtrisent pas bien une langue et dont les réflexions sont mésestimées.&amp;lt;/ref&amp;gt; est chose courante. L'accent et le vocabulaire sont stigmatisants. La plupart du temps, ils n'empêchent pas l'intercompréhension. Il n'est pas sûr que Sergueï Netchaïev, dont le français est sans doute basique, soit empêché de comprendre ce que dit Albertine Hottin. Leur rencontre plaide en ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les caractéristiques linguistiques probablement connues, voire utilisées par Albertine Hottin, deux intéressent particulièrement la [[protivophilie]] qui cherche tout sur rien : Le sens du mot ''[[rien]]'' et les dérivés du terme ''niant''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La région normande conserve l'ancien sens de rien qui vient du latin ''rem'', accusatif de ''res'' &amp;quot;chose&amp;quot;. L'usage de ''rien'' en ce sens est confirmé par le ''Glossaire de la langue d'oïl'' qui recense le vocabulaire entre les XI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XIV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècles &amp;lt;ref&amp;gt;''Glossaire de la langue d'oïl'', 1891 - [https://archive.org/details/glossairedelala01bosgoog/page/410/mode/2up?view=theater En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou par le ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Eugène Godefroy, ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle'', tome VII, 1892 - [https://archive.org/details/GodefroyDictionnaire7/page/n199/mode/2up En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Jusque dans le courant du XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ''rien'' est un mot du genre féminin. Tout en précisant que cet usage est &amp;quot;''vieilli ou littéraire''&amp;quot;, le ''Trésor de la langue française'' indique qu'il s'emploie encore au XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle avec un sens voisin de &amp;quot;quelque chose&amp;quot; dans les contextes à orientation négative &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Rien&amp;quot; sur le ''Trésor de la langue française'' - [http://www.cnrtl.fr/lexicographie/rien En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et cite, parmi d'autres, l'exemple suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n'ai nullement l'intention, l'illusion, de fixer rien d'éternel''&amp;lt;ref&amp;gt;André Gide, ''Geneviève'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:bal.jpg|300px|vignette|droite|&amp;quot;''Alors on danse ?''&amp;quot; dit Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev&amp;lt;ref&amp;gt;Propos hypothétiques d'Albertine Hottin rapportés par l'historien Paul &amp;quot;Stromae&amp;quot; Van Haver dans son ouvrage éponyme - [https://www.youtube.com/watch?v=VHoT4N43jK8 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Avec un sens dérivé, dans les époques contemporaines, rien est un nom de genre masculin qui exprime une petite quantité de quelque chose. Dans ce cas il n'est pas invariable : Des riens ne sont pas rien, même lorsqu'ils en sont une. Comme cela est encore aujourd'hui en usage en Normandie — et ailleurs — le mot ''rien'' est employé en antiphrase pour exprimer une grande quantité. Il est synonyme de ''beaucoup'', ''très'', ''énormément'', etc. Albertine Hottin doit connaître cette manière d'employer rien. Même l'écrivain Émile Zola l'utilise pour ses personnages &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Zola, ''La terre'', 1887 - [https://fr.wikisource.org/wiki/La_Terre_(%C3%89mile_Zola) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet usage n'est pas seulement un &amp;quot;régionalisme&amp;quot; mais aussi d'un emploi populaire. Se basant sur une recension de mots de la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et le début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le ''Dictionnaire de l'argot du milieu'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dictionnaire de l'argot du milieu'', 1928 - [https://www.languefrancaise.net/dev6/uploads/Argot/L/Lacassagne1928/l-argot-du-milieu-lacassagne-1948.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ne s'y trompe pas. ''Rien'' a de nombreux synonymes pour exprimer la petite quantité de quelque chose, voir son absence, alors qu'aux entrées &amp;quot;Très&amp;quot; et &amp;quot;Beaucoup&amp;quot;, &amp;quot;Rien&amp;quot; est donné en synonyme. Les mots de l'infantophile poétesse Frédérique &amp;quot;Dorothée&amp;quot; Hoschedé semblent sortis de la bouche même d'une Albertine Hottin un rien agacée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Arrête de m'embêter !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu fais rien qu'à m'énerver !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu profites que je ne suis''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Qu'une pauvre petit' fille !'' &amp;lt;ref&amp;gt;Dorothée, ''Bien fait pour toi'', 1986 - [https://www.youtube.com/watch?v=9XVetuMeYQs En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lexiques des parlers normands du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle listent les mots ''niant'', ''niantise'' et ''nianterie'' &amp;lt;ref&amp;gt;Par exemple, A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le premier qualifie une personne jugée niaise, et est probablement à l'origine de l'expression ''être gnan-gnan''. La niant-nianterie est une expression normande attestée. Féminins, les deux autres désignent une niaiserie, une bêtise. Leur étymon est ''niant'', avec le sens de ''néant''. Issues du latin, des formes proches sont mentionnées par les lexicographes du français ancien. Selon le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', ''nient'' ou ''niente'' signifient &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;nullement&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Nient&amp;quot; sur le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', tome VIII - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50687j/f33.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. ''Néanmoins'' se dit alors ''nientmoins''. D'évidence, une ''nianterie'' est une ''nienterie''. Le ''Glossaire de la langue romane'' liste aussi ''niens'' et ''noiant'' avec le sens de &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;aucune chose&amp;quot;. Le verbe ''anienter'' et ''anientir'' signifient &amp;quot;réduire à rien&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort, ''Glossaire de la langue romane'', 1808. Tome I - [https://archive.org/details/glossairedelala05roqugoog En ligne]. Tome II - [https://archive.org/details/glossairedelala04roqugoog En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signification &amp;quot;aucune chose&amp;quot; pour ''niente'' est encore attestée dans le français moderne dit argotique. Les ''noiantels'' — les &amp;quot;''gens qui ne sont rien''&amp;quot; selon le philosophe Emmanuel Macron — ne sont que ''nientailles''. Comme Albertine Hottin. Les trois lettres de la jeune Albertine à son &amp;quot;''ami''&amp;quot; qu'elle déclare aimer ne semblent pas contenir de &amp;quot;normandismes&amp;quot;. Ou alors ils ne se distinguent en rien du français parisien standard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile de déterminer quelles sont les occupations culturelles d'Albertine Hottin. Selon ses propres mots, elle fréquente parfois le théâtre. Dans la troisième lettre, elle dit à ce sujet : &amp;quot;''je nè pas voulu allez aucun thatre je netais pas assez gaei.''&amp;quot; Les deux billets de faveur pour les théâtres du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot; /&amp;gt; et de Cluny &amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot; /&amp;gt;, conservés par les archives de Zurich, laissent imaginer que les deux ont eu pour projet d'assister ensemble à des représentations. Ce ne sont pas des entrées gratuites, mais des réductions. Un franc par place, plutôt que trois, au Châtelet et en demi-tarif pour celui de Cluny. Pour avoir un ordre de grandeur, l'Annuaire statistique de 1878 indique que le salaire annuel d'une domestique à Paris se situe entre 300 et 500 francs, soit environ 25 à 40 francs par mois &amp;lt;ref&amp;gt;''Annuaire statistique de la France'', 1878 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505170r/f274.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Convictions ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des recherches sont encore à entreprendre pour croquer la vie d'Albertine Hottin lors de la Commune de Paris. La rencontre avec Sergueï Netchaïev a lieu juste avant. Parmi son cercle familial, la répression contre les hominines ayant participé à ce soulèvement n'est pas une inconnue. Léon Sainte Croix et Ernest Pierre Cherfix sont emprisonnés brièvement à la suite du soulèvement de la Commune de Paris de 1871. Le premier est jugé par le vingt-troisième conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 551, dossier n°235 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; qui siège à Versailles du 15 février au 30 juillet 1872. Ernest est inquiété pour son appartenance au 120&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; bataillon de la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot; /&amp;gt;. Il est transféré vers Lorient où il est placé en détention à la citadelle de Port-Louis puis sur le ponton ''La Vengeance'' avec plus de 600 autres hominines &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Les pontons&amp;quot; dans le journal ''Radical'', 17 octobre 1871 - [https://www.retronews.fr/journal/le-radical-1871-1872/17-octobre-1871/2835/4446427/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un non-lieu est prononcé en sa faveur le 17 février 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 478, dossier n°15974 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres d'Albertine Hottin ne permettent pas de déterminer son rapport à la politique. Est-elle attentive à son environnement social et politique ? Y est-elle active ? En réponse à une question de Sergueï Netchaïev, la seule nouvelle politique qu'elle donne est dans le domaine de l'économie, à propos d'un emprunt français, et rapporte les inquiétudes du journal ''Le Figaro'' et les commentaires de politiciens à ce sujet. Rien de très fouillé. Si Albertine Hottin est employée par des membres de la classe politique et/ou économique, elle peut avoir accès plus facilement à des informations diverses et avoir vent de ce qu'il se dit sur tel ou tel sujet. Travaille-t-elle pour le député Louis Martel ou pour François Xavier Merlin qui habitent tout deux au 180 boulevard Haussman ? L'un, député du Pas-de-Calais, est vice-président du conseil supérieur de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie, président de la commission des grâces après la Commune. Élu sénateur en 1875. L'autre est un colonel de l'armée française, président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Peut-on rien comprendre à la vie humaine, si l'on ne commence pas par comprendre que toujours c'est la pauvreté qui surabonde en grandeur ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Maritain, ''Humanisme intégral'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Fin ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort par tuberculose le 19 mars 1906 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot; /&amp;gt; est un indicateur des conditions sociales d'Albertine Hottin. À la charnière des XIX et XX&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; siècles, la tuberculose se propage en France. Même si le chiffre de 150000 décès par an est infondé&amp;lt;ref&amp;gt;Arlette Mouret, &amp;quot;La légende des 150 000 décès tuberculeux par an&amp;quot;, ''Annales de démographie historique'', 1996 - [https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1996_num_1996_1_1910 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le nombre de mort inquiète les autorités politiques. Après un dizaine d'années d'études des conditions d'hygiène dans plusieurs quartiers de Paris, treize îlots urbains sont identifiés dans la ville pour être des lieux propices à l'émergence ou la diffusion de la tuberculose. Sombres pour l'étroitesse de leurs rues et pathogènes pour les conditions de vie. La maladie et son mode de contagion ne sont pas encore totalement compris&amp;lt;ref&amp;gt;Stéphane Henry, &amp;quot;De la phtisie, «maladie romantique», à la tuberculose, «maladie sociale»&amp;quot;, ''Vaincre la tuberculose (1879-1939) : La Normandie en proie à la peste blanche'', Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013 - [https://doi.org/10.4000/books.purh.5523 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les premiers essais en vue d'un traitement progressent. Les causes d'apparition de la tuberculose sont le manque de lumière et d'aération dans les logements ou le surpeuplement colocatif. La pauvreté et la malnutrition sont évidemment des facteurs aggravants. Pour l'année 1906, le rapport rendu au préfet après l'étude de 425 maisons, représentant 20500 logements pour 47000 hominines, préconise des travaux dans plusieurs milliers de chambres et d'appartements jugés trop sombres et mal aérés&amp;lt;ref&amp;gt;''Rapport à M. le préfet sur les enquêtes effectuées dans les maisons signalées comme foyers de tuberculose'', 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56808027 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'interdiction à la location pour certains logements. Les 13 îlots urbains considérés insalubres seront détruits dans les décennies suivantes. Albertine Hottin ne vit pas dans l'un de ces îlots. Cuisinière, elle habite peut-être dans un logement mal aéré ou mal éclairé, celui réservé aux domestiques sous les toits ? Les quartiers parisiens en sont pleins pour &amp;quot;''faire danser la bourgeoisie''&amp;quot; comme le note le sociologue de la danse Mounir &amp;quot;Hornet La Frappe&amp;quot; Ben Chettouh&amp;lt;ref&amp;gt;Hornet La Frappe, &amp;quot;Bourgeoisie&amp;quot; sur l'album éponyme, 2018 - [https://www.youtube.com/watch?v=DQl_Xcg_QJQ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quoiqu'il en soit, la tuberculose a su trouver son chemin jusqu'à elle. Jean Cocteau, qui habite au 6 de la rue de Surène vingt ans plus tard, ne semble plus incommodé par la présence tuberculeuse. Il y installe même sa petite fumerie d'opium personnelle. Au bas de l'immeuble, le boucher et le restaurant de 1906 sont aujourd'hui devenus deux petits restaurants et le 6 de la rue est aussi l'adresse de l'hôtel deux étoiles &amp;quot;La Sanguine&amp;quot;. Lorsqu'elle meurt en 1906, le 6 est l'adresse de l'hôtel de la Madeleine. Albertine Hottin est-elle logée dans une des chambres ? Exerce-t-elle le métier de cuisinière tout simplement dans le restaurant au pied de l'immeuble ? Ironie de l'histoire, le lendemain de son décès, le quotidien ''Le Petit Journal'' publie en première page un article sur le sort qui est fait aux domestiques, particulièrement les femelles. Sobrement intitulé &amp;quot;La question des domestiques&amp;quot;, il rappelle qu'il est &amp;quot;''de notoriété [...] qu'à Paris c'est au dernier étage où les jeunes filles se couchent, qu'elles contractent la tuberculose, et parfois de pires maladies.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Petit Journal'', 20 mars 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k617472s En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Parmi les maîtres, il existe une &amp;quot;''fâcheuse habitude parisienne qui relègue les domestiques au sixième étage des maisons, dans des mansardes mal cloisonnées, loin de toute surveillance.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Surene1910.jpg|200px|vignette|droite|Dernière adresse d'Albertine Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Photographie datée de 1910, quatre ans après la mort d'Albertine Hottin&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
La mise à la fosse commune de sa dépouille en 1906 est sans doute aussi le reflet de sa condition sociale. D'après les archives, ses deux sœurs sont toujours domiciliées à Paris. Veuve depuis 1892, Irma est couturière à Neuilly-sur-Seine en 1904. Elle meurt trente ans plus tard à Paris. Après avoir vécu quelques années dans la Somme, Léonie, son époux et leur progéniture, retournent à Paris. Leur dernier enfant, un hominine mâle, naît en 1886 dans cette ville. En 1900, Léonie est encore à Paris selon l'acte de mariage de sa fille. Elle y meurt en 1918. Abandonné à sa naissance, Ernest Hottin n'a probablement aucun lien avec sa mère biologique. Il vit en Normandie. Lucie, la fille d'Albertine, vit en Picardie. Elle s'y marie en 1899. Aucune indication sur les liens qu'Albertine Hottin entretient avec sa parentèle. [[Rien]]. Impossible de déterminer ses relations sociales. Évidemment, il est fort probable qu'elle dise parfois &amp;quot;''Bonjour !''&amp;quot; à Monsieur Frenea, le boucher du bas de l'immeuble de la rue de Surène, ou qu'elle regarde avec indifférence les hominines qui sortent du numéro 7, le siège de la société coloniale commerciale des Sultanats du Haut-Oubangi&amp;lt;ref&amp;gt;Le Haut-Oubangi est un territoire colonial français d'Afrique centrale entre 1894 et 1904. Il est réuni en 1904 avec le Haut-Chari pour former l'Oubangui-Chari qui dévient la République centrafricaine (RCA) en 1960.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle est déjà passée devant le café du Siècle, au numéro 9, a déjà ralenti devant les curiosités de la boutique de Madame Daubernay au 3, croisé des livreurs de vins ou entendu les compositions de Charles Lecocq, le musicien du 28. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De partout on y vient''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On salue, on cause''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De tout et puis de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On cause de tout, on cause de rien, de rien, de tout, de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose'' &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de l'opéra-comique en trois actes ''Ninette'' de Charles Clairville, musique de Charles Lecocq, 1896 - [https://vmirror.imslp.org/files/imglnks/usimg/f/ff/IMSLP222532-SIBLEY1802.21030.63c2-39087011139500score.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une archéologie du paysage sonore &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Mylène Pardoën, &amp;quot;''l’archéologie est une science auxiliaire de l’histoire (en tant que celle-ci est la science du passé) à partir des périodes où monuments et documents écrits coexistent. (dictionnaire de l’Académie française). Ce terme me semble approprié car l’archéologie du paysage sonore s’appuie sur des témoignages textuels ou visuels afin de reconstituer les ambiances.''&amp;quot; À écouter &amp;quot;Archéologie sonore, écouter les sons du passé&amp;quot; dans ''Le cours de l'histoire'', novembre 2021 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/archeologie-sonore-ecouter-les-sons-du-passe-3462720 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; est encore à faire. Elle sait discerner qui, dans son voisinage, est le médecin ou l'avocat de l'hominine qui travaille pour la teinturerie ou dans les cafés et restaurants. La boutique de lingerie du 7 et le crémier du 5 n'ont pas la même clientèle que la vitrerie et les tapissiers. Se relationne-t-elle avec ses collègues hors du cadre de son travail ? Comme pour les recherches protivophiles autour de [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si Albertine Hottin a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ? Qui sont ces personnes ?''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt; Dans les deux cas, cette question reste sans réponse. Les uniques êtres vivants à pouvoir vivre aussi longtemps pour être contemporains d'Albertine Hottin sont les arbres et donc à en avoir une hypothétique forme de souvenir. Mais les remaniements urbanistiques ont eu raison d'eux. Une photographie des alentours du 62 avenue des Ternes montre que les arbres ont été remplacés par d'autres. Les hypothèses les plus sérieuses sur les raisons de la mise à la fosse commune sont celles liées à l'impossibilité pour Albertine Hottin de se payer une sépulture, une ignorance de sa mort par sa proche parentèle avant la date maximale fixée par les réglementations, une absence de volonté ou une difficulté à prendre en charge les frais pour les proches — les liens familiaux sont des processus complexes.  Le registre des transports de corps payants &amp;lt;ref&amp;gt;Transports de corps payants, 23 mars 1906 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/pomp.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; indique que les frais de pompes funèbres s'élèvent à 49 francs et que sur les neuf classes d'enterrement — la première étant la plus luxueuse — Albertine Hottin bénéficie de la huitième &amp;lt;ref&amp;gt;Sur les classes d'enterrement, voir ''Ordonnateurs de convois funéraires'' sur Geneawiki - [https://fr.geneawiki.com/wiki/Ordonnateurs_de_convois_fun%C3%A9raires_-_Paris En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Morte un peu moins d'un mois après son père, elle n'a pas le temps de profiter de l'héritage familial &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Albertine Hottin décède dans un contexte social particulier. Quelques jours après la mort de plus d'un milliers de mineurs de charbon dans le nord de la France le 10 mars et quelques mois avant l'instauration en France d'une journée de repos obligatoire le dimanche pour les hominines dont elle ne profitera donc jamais. Elle meurt un lundi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Dans nos familles, on boit dans des verres à moutarde. Nous ne sommes pas des aristocrates. Nous manquons d’élégance ; et notre race est incertaine. Mais nous n’oublions rien.''&amp;lt;ref&amp;gt;[[Alain Chany]], ''L'ordre de dispersion'', Gallimard, 1972. Cité à l'entrée &amp;quot;Un plat qui se mange froid&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Multivers onarien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme ''onirique'', le néologisme ''onarien'' est basé sur l'étymon ''ὄναρ'', prononcé &amp;quot;ónar&amp;quot; en grec ancien, qui signifie ''rêve'' et au sens figuré ''rêverie''. Il est généralement employé dans le cadre très spécifique des ''Albertine's Studies''. L'expression ''multivers onarien'' désigne l'ensemble des vies d'Albertine Hottin dans les imaginaires d'autres hominines. Non pas celles, hypothétiques, qu'elle aurait pu avoir mais celles, réelles, qu'elle n'a pas eu. Malgré sa mort en 1906, elle continue à exister pour d'autres hominines grâce à de multiples mécanismes qui structurent le multivers. Les quelques décennies qui séparent sa mort de sa première mention post-mortem restent mystérieuses. L'absence de traces écrites empêche une véritable archéologie de son souvenir. Combien d'hominines se souviennent encore d'elle en 1973, date de la parution en anglais d'un article d'historien qui la mentionne. Y a-t-il réellement une continuité mémorielle entre 1906 et 1973 ? Impossible d'affirmer quoi que ce soit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'espace francophone, la première mention explicite d'Albertine Hottin date de 1989 dans une biographie de Sergueï Netchaïev &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot; /&amp;gt;. Le film ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot; /&amp;gt; de 1974 met en scène un personnage d'Albertine, sans que cela soit explicitement précisé qu'il s'agisse d'elle. Le scénario se passe à Zurich. Il faut attendre 2017 et la parution des ''Analectes de rien'' &amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017&amp;lt;/ref&amp;gt; de [[F. Merdjanov]] pour que le nom d'Albertine Hottin réapparaisse publiquement. Une courte allusion lui est faite. C'est au cours de ces décennies de maturation que sont nées les ''Albertine's Studies'' dont les (premiers) travaux sont publiés dans un article biographique entamé en 2018 &amp;lt;ref&amp;gt;Véritable article de référence, il est le plus complet travail réalisé à ce jour sur Albertine Hottin - [https://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. La même année, elle est ajoutée sur la page de l'encyclopédie ''wikipédia'' consacrée à Sergueï Netchaïev. Puis, elle est brièvement évoquée en 2021 dans l'ouvrage [[Protivophilie|protivophile]] ''Poésie par le fait/faire. Géographie po(l)étique des avant-gardes de Russie'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt; qui lui est dédié. Rien de plus. Ce retour, même discret, se matérialise dorénavant par une existence sur le réseau internet à travers la présente page. Via des moteurs de recherche ou des intelligences artificielles. Pour qui cela amuse, il est maintenant techniquement concevable de faire des hypertrucages avec Albertine Hottin discutant avec qui elle veut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Onarien.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- T’as dis quelque chose ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Non, rien...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Ah, j’avais cru.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- C’est rien !'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Éloge de rien'', 2014 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/ElogeDeRien.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les recherches autour du multivers onarien ne sont pas une simple énumération ou une chronologie des mentions d'Albertine Hottin sur les supports modernes. Elles explorent les chemins sinueux que prennent les pensées des hominines. De par la diffusion des quelques écrits la mentionnant, Albertine Hottin est entrée dans des imaginaires du présent qui ne sont pas les siens ou ceux d'hominines la connaissant. De la simple découverte de son existence au détour d'une lecture à son évocation dans cette biographie ou au détour d'une discussion, elle est unr réalité dans plus d'esprits qu'elle ne l'a jamais été. Ce phénomène n'est pas quantifiable et ne peut être réduit au nombre d'exemplaires des ''Analectes de rien'' ou de ''Poésie par le fait/faire'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt;. Même si cette présence est très probablement évanescente, dorénavant elle peut fournir du contenu à un univers onirique. Avec autant de flou que peut l'être un rêve. Avec autant de possibilités qu'offrent ce phénomène. Pour qui rêve, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de matière pour alimenter les détails d'un scénario. Que les personnages présents soient de simples PNJ &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie Wikipedia, &amp;quot;''un personnage non-jouable, également appelé personnage non joueur, désigne tout personnage de jeu de rôle ou de jeu vidéo qui n'est pas contrôlé par les joueurs.''&amp;quot;&amp;lt;/ref&amp;gt; ou le cœur du songe. Rien n'oblige à ce que cela corresponde à la réalité des hominines. Ainsi, Albertine Hottin peut être vue habillée en jeans-tee shirt-basket, faisant du ski dans les Alpes ou lisant ''Sur les cimes du désespoir'' d'Emil Cioran. Elle peut apparaître grande et rousse, ou petite et ronde, alors même que rien n'est su sur sa morphologie. Et même avoir le physique d'une autre personne clairement identifiable. Est-elle déjà montée sur le dos d'une licorne ou est-elle capable de voler dans les airs ? Connaît-elle personnellement Bilbo le hobbit ? Dans le multivers onarien de telles possibilités sont infinies. Albertine Hottin peut parler diverses langues, écouter de la musique classique ou du hardcore-métal, rire bruyamment ou n'être qu'une ombre. Il est possible de discuter avec elle ou de se contenter de sa discrète présence. De s'en faire une amie ou de l'ignorer. Et cetera, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté avec le multivers onarien n'est pas sa conceptualisation mais le recueil des différentes expériences auprès des hominines qui l'ont partiellement exploré. Partant de rien, la méthode est encore à définir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== P’têt ben qu’oui ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est à ce jour impossible d'affirmer l'unicité des deux Albertine Hottin car, pour l'instant, aucun document ou archive ne permet de certifier un lien entre les deux : L'une rue de La Vrillière en 1872 et l'autre boulevard Haussmann en 1876. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ces deux Albertine ne font qu'une, cela signifie qu'elle rencontre Sergueï Netchaïev vers l'âge de 19 ans. Lui en a 23. Lieu de leur rencontre, la rue du Jardinet est détruite en 1875&amp;lt;ref&amp;gt;La rue du Jardinet actuelle est l'ancienne Cour de Rohan qui prolongeait l'ancienne rue du Jardinet.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P’têt ben qu’non ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment expliquer qu'une jeune domestique rencontre un hominine &amp;quot;serbe&amp;quot; dans un quartier d'imprimeurs, de relieurs et de libraires ? Le billet de bal conservé par Sergueï Netchaïev et imprimé dans la rue du Jardinet fait-il le lien ? Est-ce qu'Albertine côtoie les hominines de sa famille qui sont dans les métiers du livre ? L'imprimerie Quantin a-t-elle participé à des projets de journaux ou de livres politiques ? Est-ce la Commune de Paris qui fait le lien entre les cercles familiaux Hottin/Cherfix et Sergueï Netchaïev ? Est-ce le travail de ce dernier ou ses activités politiques ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse la plus [[Protivophilie|protivophile]] est sans doute celle d'Edouard Hottin, cousin du père d'Albertine. Pour le plaisir des mots, il est facile d'imaginer que tout se joue autour de ce chimiste né à Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot; /&amp;gt;. Mais cela ne repose pour l'instant sur rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pour rien ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la postface de ''Analectes de rien'' de [[F. Merdjanov]], publié en 2017, les éditions Gemidžii précisent qu’elles auraient pu prendre le nom de Éditions Albertine Hottin, &amp;quot;''comme une dédicace […] un clin d’œil, une tentative de démythification''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt;, si elles avaient été adeptes d’un tel procédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le très merdjanovien ''Poésie par le fait/faire''&amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot;&amp;gt;''Poésie par le fait/faire'', 2021 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Poezi.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, publié en 2021 par Z-ditions de l’Amphigouri, est dédicacé à Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Galerie ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
PlanJardinet.jpg|Rue du Jardinet vers 1870&lt;br /&gt;
Genindus.jpg|Procédé chimique de la Hottine&amp;lt;ref&amp;gt;''Le Génie Industriel'', 1&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; janvier 1865 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6546728v/f56.item En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Extrad.jpg|Affiche de ''L'Extradition''&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin&amp;diff=21491</id>
		<title>Albertine Hottin</title>
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		<updated>2026-05-01T17:01:56Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Environnement familial */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|'''Albertine Hottin''' (Албертине Оттин en [[macédonien]] - Albertina Hottin en [[nissard]]). Compagne de Sergueï Netchaïev entre 1870 et 1872 après JC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;ref&amp;gt;Un excès de romantisme pourrait laisser penser que ces initiales ne se rapportent pas au messie des christiens mais à Juliette Capulet, l'héroïne de ''Roméo et Juliette'', le drame shakespearien. Mais il n'en est rien, &amp;quot;''toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite''&amp;quot;. Voir l'adaptation de Phil Nibbelink en 2006 ''Romeo and Juliet: Sealed with a Kiss'' où Juliette et Roméo sont des otaries - [https://www.youtube.com/watch?v=NsK9xWjAYCE En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Biographie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le révolutionnaire russe [[Hache#Société_de_la_Hache|Sergueï Netchaïev]] voyage avec un faux passeport serbe au nom de Stepan Grazdanov &amp;lt;ref&amp;gt;Mêmes initiales que Netchaïev dont le nom complet est Sergueï Guennadievitch (Netchaïev)&amp;lt;/ref&amp;gt; obtenu grâce à des révolutionnaires macédo-bulgariens &amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Stonoff, ''Un centenaire bulgare parle'', Notre Route, 1963 - [https://libcom.org/files/Un_centenaire_bulgare_parle_-_Nicolas_Stonoff.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il se déplace entre Paris et la Suisse de 1870 à 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Nechaevshchina: An Unknown Chapter&amp;quot;, ''Slavic Review'',‎ Vol.32, N° 3, 1973 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/woodnetch.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'année de son arrestation en Suisse puis de son extradition vers la Russie &amp;lt;ref&amp;gt;Voir le chapitre &amp;quot;Société de la Hache&amp;quot; dans l'article sur la [[hache#Société de la Hache|hache]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives de Zurich détiennent des lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev – qu'elle connaît sous le pseudonyme de Stephan – dans lesquelles ce dernier fait part de ses sentiments, bien loin des considérations politiques qu'il développe dans ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'' en 1869 &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'', 1869 - [http://durru.chez.com/netchaev/lecat.htm En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et des tristes caricatures qu'ont fait de lui des littérateurs &amp;lt;ref&amp;gt;Ivan Tourgueniev, ''Père et Fils'', 1862. Fiodor Dostoïevski, ''Les Démons'', 1871&amp;lt;/ref&amp;gt;, &amp;quot;''mélange de père-fouettard et de froideur militante''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot;&amp;gt;F. Merdjanov, &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; (Postface), ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017 - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Prenant à contre-pied les classiques lectures dépréciatives de la pensée politique de Sergueï Netchaïev, Erwan Sommerer rappelle que &amp;quot;''Netchaïev, prenant acte du fait que toute révolution partielle est une révolution manquée, assume donc la table rase. C’est ce qu’il nomme la pandestruction — la destruction totale de l’ordre existant —, seule voie vers une situation d’amorphisme, c’est-à-dire l’état de disparition absolue de toutes les formes sociales et institutionnelles.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot;&amp;gt;Erwan Sommerer, &amp;quot;La férocité du peuple. Netchaïev avait un plan&amp;quot; dans ''Lundi Matin'', n°504, 14 janvier 2026 - [https://lundi.am/La-ferocite-du-peuple En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour lui, &amp;quot;''Netchaïev est cohérent : si les révolutions échouent à briser la continuité de l’oppression, c’est parce que les révolutionnaires se réservent par avance les meilleurs places dans les institutions à venir. Alors ne s’arroge-t-il pour lui-même et ses alliés aucun privilège de ce type. Le but n’est pas la conquête du pouvoir, mais la destruction des conditions de possibilité même du pouvoir.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot; /&amp;gt; Son plan est simple et son analyse limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La génération actuelle doit commencer la véritable révolution, commencer à bouleverser totalement toutes les conditions de la vie sociale ; elle doit détruire tout ce qui existe, sans réflexion, sans distinction, avec pour unique considération que ce soit le plus vite possible et à la plus grande échelle possible. Mais puisque cette génération a subi l’influence des conditions de vie répugnantes contre lesquelles elle s’insurge, l’œuvre de création ne peut lui incomber. Cette œuvre incombe aux forces pures qui se révèlent dans les jours de rénovation. Nous disons : les atrocités de la civilisation moderne dans laquelle nous avons grandi nous ont privés de la capacité de bâtir le paradis de la vie future dont nous ne pouvons rien savoir de précis, seulement qu’il sera l’exact contraire des horreurs présentes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Les principes de la révolution'', 1869. Cité dans ''La férocité du peuple''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Charles_Marville,_Rue_du_Jardinet,_ca._1853–70.jpg|200px|thumb|right|Rue du Jardinet (Paris - VI&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;) en août 1866]]Lors de ses différents séjours de plusieurs mois à Paris entre 1870 et 1872, Sergueï Netchaïev loge au 5 de la rue du Jardinet &amp;lt;ref&amp;gt;Dans le cadre d'un réaménagement urbain, la plus grande partie de la rue du Jardinet est détruite en novembre 1875 pour faire place au boulevard Saint-Germain. Voir [http://vergue.com/post/701/Rue-du-Jardinet en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une chambre meublée qu'il loue sous sa fausse identité serbe. En provenance de Londres, il arrive à Paris à la fin de 1870, alors que l'armée prussienne est aux portes de la ville. Il s'installe au 56 de la rue Saint-André-des-Arts &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'annuaire de 1871, cette adresse correspond à celle de l'hôtel New York, tenu par la veuve Canonne&amp;lt;/ref&amp;gt;, avant de déménager rapidement à quelques mètres de là, rue du Jardinet. Cette rue abrite alors de nombreux artisans du livre, graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, etc. Albertine Hottin vit dans la capitale française lors de la Commune de Paris entre le 18 mars et le 28 mai 1871 mais nous n’avons aucune information sur sa participation à ces évènements. Sergueï Netchaïev quitte la capitale française en février 1871 pour y revenir en novembre, puis s'absente de nouveau de Paris entre février et avril 1872. Dans sa correspondance sentimentale, il prétexte des affaires à régler avec ses parents pour expliquer ses absences. Lors de ses séjours parisiens, il exerce le métier de peintre d'enseignes pour gagner sa vie. Ses activités politiques restent mystérieuses. Dans des circonstances que nous ignorons, Albertine Hottin et Sergueï Netchaïev se rencontrent rue du Jardinet (6&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt; arr.) entre la fin 1870 et février 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''C'est là que j'ai eu le bonheur de vous parler pour la première fois [...]'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot;&amp;gt;Trois lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev, Été (?) 1871 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/albertine.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Suisse, Sergueï Netchaïev lui envoie ses lettres au 10 rue de La Vrillière dans le premier arrondissement parisien. En Suisse, les archives de Zurich conservent des brouillons de lettres de Sergueï Netchaïev et trois courtes lettres envoyées par Albertine Hottin. Elles ne sont pas datées mais selon les informations qu'elles contiennent elles sont probablement écrites à l'été 1871. L'adresse qu'elle fournit pour correspondre avec son &amp;quot;amoureux&amp;quot; est-elle la sienne propre ou celle de son lieu de travail ? Dans les affaires saisies lors de l'arrestation de Sergueï Netchaïev, outre cette correspondance, figurent des carnets dans lesquels sont notés des adresses parisiennes pour travailler, des listes de journaux militants et de lieux de discussions, des notes diverses, qui donnent des indications sur ses activités parisiennes et sur les périodes où il y séjourne &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot;&amp;gt;Jeanne-Marie Gaffiot, ''Netchaïeff'', L’âge d’Homme, 1989&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il garde aussi les billets d'entrée pour deux personnes au théâtre du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot;&amp;gt;''Les mousquetaires'' du 16 au 23 septembre 1871 au théâtre du Châtelet - [[Média:chatelet.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; et à celui de Cluny&amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot;&amp;gt;Billet de faveur au théâtre de Cluny - [[Média:cluny.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les deux billets sont des &amp;quot;billets de faveur&amp;quot;, accordés gratuitement pour une seule représentation. Les dates de représentation des ''Mousquetaires'' au théâtre du Châtelet, entre le 16 et le 23 septembre 1871, indiquent qu'il n'a pu s'y rendre, étant alors absent de Paris. Sont-ce des souvenirs liés à sa liaison avec Albertine Hottin, elle qui sous-entend aller parfois au théâtre ? Les archives zurichoises détiennent aussi un &amp;quot;''billet de faveur pour un cavalier''&amp;quot; valable en janvier 1872 pour un bal de nuit, &amp;quot;''paré, masqué et travesti''&amp;quot;, du vendredi soir à la salle du Pré-aux-Clercs&amp;lt;ref&amp;gt;Billet de faveur pour un cavalier valable en janvier 1872 pour un bal de nuit à la salle du Pré-aux-Clercs - [[Média:bal.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est imprimé 1 rue du Jardinet, à quelques pas de la résidence parisienne de Sergueï Netchaïev. À cette date, il est encore à Paris mais rien n'indique qu'il y soit allé se dégourdir les gambettes et se remuer le popotin en compagnie d'Albertine Hottin. Le ton des lettres reste &amp;quot;courtois&amp;quot; et nous ignorons si cette rencontre a débouché sur une progéniture&amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov (attribué à), ''L’énigme Floresco'', date inconnue, inédit&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'invisibilité sociale faite aux femmes dans l'écriture de l'Histoire occulte le plus souvent leur présence, schéma auquel n'échappent pas les mouvements révolutionnaires. Leur engagement est minimisé, empreint de romantisme, dévalorisé et expliqué par l’influence unilatérale d’un homme proche (père, frère, oncle, mari ou compagnon) dans des discours sexistes afin de correspondre à la prétendue &amp;quot;nature féminine&amp;quot; qui serait faîte de fraîcheur et de naïveté, de discrétion et de dévouement. Comme Albertine Hottin, disparue derrière la figure de Sergueï Netchaïev malgré son rôle dans la vie de ce dernier. D'elle, nous ne savons — pour l'instant — quasiment rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Nous savons peu de choses sur elle ; elle était alphabétisée mais pas très intelligente, politiquement naïve, et dévouée [à Netchaïev]'' &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Sergei Nechaev in the Period of the Paris Commune&amp;quot;, ''Bulletin. Classe des Sciences Sociales'', LIII,‎ 1974 [https://books.google.fr/books?id=a4DwCAAAQBAJ&amp;amp;lpg=PA145&amp;amp;ots=wI7jPV81Sn&amp;amp;dq=albertine%20hottin&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en nous gratifiant de quelques poncifs sexistes, ces mots de Woodford Mc Clellan confirment qu'il n'en sait pas plus. Peut-il se fier à trois courtes lettres pour être aussi affirmatif ? Les fautes d'orthographe et de syntaxe ne sont pas des marqueurs d'imbécilité mais indiquent peut-être une classe sociale n'ayant pas accès à l'éducation. Et d'autant plus pour une &amp;quot;jeune fille&amp;quot; dans les années 1870. Quand à la candeur, elle n'est peut-être que le reflet du caractère mièvre qui transpire très souvent des correspondances amoureuses, et la naïveté, une qualité/pathologie révolutionnaire...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mauvaise réputation de Sergueï Netchaïev, jugé calculateur et froid par ses détracteurs, permet d'émettre de multiples hypothèses sur la nature exacte de ses liens avec Albertine Hottin. Faut-il voir dans les correspondances disponibles une idylle naissante ou ne sont-elles que manipulation de l'un pour profiter des sentiments de l'autre ? Le jeune homme qu'est alors Sergueï Netchaïev succombe-t-il en [[amour]] ou cherche-t-il à impliquer, malgré elle, Albertine Hottin dans des projets clandestins ? Obtient-il des informations ou a-t-il accès à de potentielles cibles via Albertine Hottin ? Les quelques lettres échangées dans le courant du premier semestre 1870 entre Sergueï Netchaïev et Nathalie Herzen, alors qu'il est en Suisse, montrent qu'il est capable de jouer sur les sentiments amoureux dans un but politique, et inversement ! &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Catteau, Tatiana Bakounine, &amp;quot;Contribution à la biographie de Serge Nečaev : Correspondance avec Nathalie Herzen&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', vol. 7, n°2, avril-juin 1966 - [https://doi.org/10.3406/cmr.1966.1666 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans deux de ses lettres, semblant répondre aux inquiétudes de son Stephan, Albertine Hottin lui précise qu'elle prend bien garde de ne parler à personne de leur relation. L'insistance de Sergueï Netchaïev pour que leur correspondance reste secrète laisse à penser que, pour des raisons de sécurité, il préfère utiliser une adresse intermédiaire. Dans ce cas, le 10 rue de La Vrillière ne serait qu'une boîte aux lettres et non le lieu d'habitation d'Albertine Hottin. Selon l'annuaire de 1871, à cette adresse se trouve le coiffeur Eusèbe Alexandre Balesdan, les tailleurs Huiart et Neumann, la draperie en gros Boerne et Fabre, le crémier F. Lagache et un changeur. Les informations disponibles ne suffisent pas à déterminer les plans envisagés par Sergueï Netchaïev... Quoiqu'il en soit, les mots employés dans les lettres d'Albertine laisse entendre qu'elle n'est pas une militante révolutionnaire et n'est pas du tout au fait de la politique. Le &amp;quot;machiavélisme&amp;quot; politique assumé de Netchaïev incite à se questionner sur l'intérêt pour lui et ses projets révolutionnaires d'une telle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les affaires personnelles de Sergueï Netchaïev détruites par les matons de la forteresse Pierre et Paul figuraient des traductions et des commentaires de poèmes, ainsi que des récits et des fragments de plusieurs romans. Un volumineux roman, intitulé ''Georgette'', se déroule à Paris en 1870 et plusieurs récits sont compilés dans des &amp;quot;souvenirs de Paris&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Michael Confino, ''Violence dans la violence. Le débat Bakounine-Necaev'', Maspero, 1973&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'un d'eux, ''L'entresol et la mansarde'', était-il une référence à Tchernychevski &amp;lt;ref&amp;gt;Nikolaï Tchernychevski, ''Que faire ? Les Hommes nouveaux'', 1862-1863&amp;lt;/ref&amp;gt; ou une allusion romantique à Albertine ? Impossible d'en savoir plus car de ces écrits de Sergueï Netchaïev, il ne reste rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ses mémoires, Michael Sagine (aka Armand Ross) raconte&amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt; comment il récupère les papiers de Sergueï Netchaïev restés cachés à Paris mais ne précise pas s'il était aussi chargé d'avertir Albertine Hottin. Ni même s'il connaît son existence. Les éléments biographiques et historiques disponibles sur Sergueï Netchaïev ne sont pas en mesure d'en éclaircir les parts d'ombre. En adoptant la mythomanie pour stratégie, il brouille les cartes &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Vera Figner, &amp;quot;dans l'histoire du mouvement révolutionnaire en Russie, Netchaïev a été une figure tout à fait exceptionnelle, un personnage singulier dont nous n'avons jamais rencontré l'équivalent. Malgré tout ce qu'a de choquant pour nous la tactique cynique mise en pratique au cours de sa vie et fondée sur la maxime &amp;quot;La fin justifie les moyens&amp;quot; on ne peut cependant s'empêcher d'admirer sa volonté de fer et son caractère inébranlable, et de reconnaître le désintéressement qui a guidé toutes ses actions&amp;quot;.  Véra Figner, ''Mémoires d’une révolutionnaire'', Mercure de France, 2017 &amp;lt;/ref&amp;gt;, tout autant pour ses proches que pour ses détracteurs. Ces derniers lui reprochent de ne pas avoir d'autre projet que la destruction de tout et de n'avoir fait que du néant. Sans doute ses plus belles réussites... En optant pour le pragmatisme, les témoignages et les correspondances laissent transparaître de lui une approche politique qui mêle conspiration secrète de quelques uns et soulèvement généralisé dans des imaginaires, des alliances et des soutiens qui laissent septiques ses proches ou ses détracteurs &amp;lt;ref&amp;gt;Selon le bakouniniste Ralli, opposé à Sergueï Netchaïev, ce dernier est &amp;quot;un simple républicain qui admirait Robespierre tel qu'il se le représentait après quelques lectures. Netchaïev n'était pas socialiste ; il ne connaissait ni Marx ni le mouvement ouvrier international ; il avait très peu lu et même n'arrivait pas à comprendre la Commune de Paris ; il faisait partie des adeptes de Félix Pyat et des compagnons de ce dernier&amp;quot;. Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Le lecteur comprendra pourquoi on qualifie ce courant d'idée de nihilisme. On voulait dire par là que les partisans de cette idéologie n'admettaient rien (en latin : nihil) de ce qui était naturel et sacré pour les autres : famille, société, religion, traditions, etc. À la question qu'on posait à un tel homme : &amp;quot;''Qu'admettez-vous, qu'approuvez-vous de tout ce qui vous entoure et du milieu qui prétend avoir le droit et même le devoir d'exercer sur vous telle ou telle emprise ?''&amp;quot; L'homme répondait : &amp;quot;''Rien !''&amp;quot; (nihil). Il était donc &amp;quot;nihiliste&amp;quot;.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Voline, ''La révolution inconnue''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après les historiens netchaïevistes, Albertine Hottin est la seule compagne connue dans la vie amoureuse de Netchaiev &amp;lt;ref&amp;gt;En 1869 Vera Ivanovna Zassoulitch éconduit Sergueï Netchaïev, et rien n'est su d'une hypothétique relation entre lui et Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, avec qui il arrive en Suisse à la fin de la même année. Nathalie Herzen repousse aussi les avances d'un Netchaïev qu'elle déteste. La première se réfugie de nouveau en Suisse après la tentative d'assassinat au pistolet contre le général Trepov – seulement blessé – en 1878 et son acquittement surprise. Elle est membre de ''Terre et Liberté'', puis lors des scissions internes de ce groupe se tournera vers le marxisme – elle traduit Karl Marx en 1881 et correspond avec lui – avant d'être l'une des fondatrices d'un groupe marxiste en Russie ''Émancipation du travail'', en 1883. La seconde, Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, est une ex-étudiante en médecine, donc cantonnée à la profession de sage-femme par la loi russe, qui manifeste déjà en 1862 dans les contestations étudiantes. Elle accompagne Netchaïev auprès des révolutionnaires macédo-bulgariens, puis part avec lui vers la Suisse. Elle est chargée d'y collecter du matériel de propagande à ramener en Russie. Elle est arrêtée par la police russe. Dans une lettre du 30 mars 1870 au ministre de la Justice, envoyée de prison, elle dénonce Netchaïev et propose sa collaboration pour lui tendre un guet-apens. Proposition fictive ou réelle ? Elle est condamnée en août à la privation de tout ses droits et à l'exil définitif en Sibérie pour ses contacts avec Netchaïev. La troisième, Nathalie Herzen est la fille aînée (née en 1845) d'Alexandre Herzen le théoricien du populisme révolutionnaire en Russie. Elle assiste aux disputes politiques et divergences tactiques entre Bakounine et Netchaïev en Suisse. Michaël Confino, &amp;quot;Un document inédit : le Journal de Natalie Herzen, 1869-1870&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', 1969, Vol 10, N° 1 - [http://www.persee.fr/doc/cmr_0008-0160_1969_num_10_1_1770#cmr_0008-0160_1969_num_10_1_T1_0055_0000 En ligne]. Christine Fauré et Hélène Châtelain, ''Quatre femmes terroristes contre le tsar, Vera Zassoulitch, Olga Loubatovitch, Élisabeth Kovalskaïa, Vera Figner'', Maspero, Paris, 1978&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblant tout ignorer des activités illégales de celui qu'elle croit être Stephan, Albertine Hottin doit perdre brutalement tout contact avec lui après son arrestation en 1872 puis son extradition vers la Russie. Probablement ne sut-elle jamais rien de la mort de Sergueï Netchaïev en 1882 dans un cachot de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Le film helvétique ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot;&amp;gt;''L'extradition'' de Peter von Gunten, 1974.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, réalisé en 1974, retrace cette expulsion et dénonce l'hypocrisie d'une soit-disant neutralité de la Suisse. Parmi les personnages figure une Albertine, éphémère amante de Sergueï Netchaïev à Zurich — interprétée par l'actrice Silvia Jost — qui est probablement inspirée d'Albertine Hottin. Difficile d'être dans la certitude. Librement adaptée de l'affaire Netchaïev, cette fiction met en scène une Albertine auprès de laquelle les proches de Netchaïev viennent récupérer à Zurich une valise de papiers après son arrestation afin de s'en débarrasser. Cela rappelle l'épisode du passage de Michael Sagine à Paris pour le même motif. Dans ''L'extradition'', Albertine ne semble pas totalement ignorer qui se cache derrière le pseudonyme de Stepan Grazdanov.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Hypothèse protivophile ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives municipales de Paris ne mentionnent qu'une seule Albertine Hottin morte entre 1870 et 1920 dans la ville. Pour autant, la probabilité qu'elle soit celle recherchée n'est pas une preuve, seulement une piste... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son nom complet — cette Albertine Aimée Hottin décède à 54 ans le 19 mars 1906 à 19h30 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot;&amp;gt;Actes de décès daté du 20 mars 1906 - [[Média:albertinemort.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; à l'hôpital Beaujon dans le huitième arrondissement, près de son domicile situé au 6 rue de Surène. Selon les registres hospitaliers, elle meurt de la tuberculose le lendemain de son entrée à l'hôpital. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Ouen le 23 mars 1906&amp;lt;ref&amp;gt;Numéro 4038 du registre d'inhumations, division 27, ligne 17 - [[Média:registhin.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans la tranchée gratuite, l'autre nom de la fosse commune&amp;lt;ref&amp;gt;Registre journalier d'inhumation du cimetière de Saint-Ouen - [[Média:tranchee.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de décès précise qu'elle est célibataire et qu'elle exerce la profession de cuisinière. Albertine Aimée Hottin est née le 20 juillet 1851 à Ernemont-sur-Buchy, un petit village d'une centaine d'hominines en Seine Maritime &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance daté du 20 juillet 1851 - [[Média:albertinenaiss.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout comme ses deux sœurs aînées, l'acte de naissance est enregistré au nom de la mère, Cherfix. La plus âgée des trois sœurs naît de père inconnu alors que les autres sont reconnues à la naissance par Anselme Hottin. Le mariage en 1858 entre Marie Thérèse &amp;quot;dite Léonie&amp;quot; Cherfix et Anselme Charlemagne Hottin acte une reconnaissance légale de paternité pour les trois, qui se nomment dorénavant Hottin. Avant leur mariage, selon le recensement de 1841, Marie Cherfix et Anselme Hottin habitent à Bosc-Roger-sur-Buchy. Les parents de la première sont mareyeurs — synonyme de poissonnier — et elle y travaille avec eux et sa sœur Celina &amp;lt;ref&amp;gt;Surnom de Nina Louise ?&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Après la mort de ses deux parents, le futur père d'Albertine habite au même domicile que sa tante maternelle et son époux, propriétaire &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bosc-Roger-sur-Buchy, 1841 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/ddef48daf8ca236f0d6d8e61de3d4c50/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Âgé alors de 30 ans, il est indiqué qu'il est rentier &amp;lt;ref&amp;gt;Origine rente ? Bâtis ou terres ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dix ans plus tard, en 1851, les futurs parents d'Albertine Hottin apparaissent ensemble dans le recensement d'Ernemont-sur-Buchy. Lui est déclaré propriétaire cultivateur et elle servante, avec à charge sa fille Léonie Bathilde, née en 1845 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement d'Ernemont-sur-Buchy, 1851 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e9c9c209c8d5367692beceba3422f024/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La consultation de la &amp;quot;''liste nominative des habitants''&amp;quot; de 1846 — accessible aux archives départementales — pourrait permettre d'affiner la datation de leur déménagement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives des délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy indique que Anselme Hottin est membre du conseil municipal entre 1851 et 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy,  1838-1862 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta7e317b2b8c101caa/dao/0/3 En ligne] et 1863-1878 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vtaddaa78baa6e25244/dao/0/1 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À cette époque où la blague démocratique se met en place, les maires sont nommés par le préfet de région. Durant la période où Anselme Hottin est au conseil, les maires sont successivement Étienne Grenier d'Ernemont et Jean-Baptiste Malmaison. L'un est un ancien militaire et appartient à une famille d'aristocrates, héritière d'un titre seigneurial sur la région d'Ernemont, et le second est un notable local, propriétaire et cultivateur. En plus de sa fonction de maire, Étienne Grenier d'Ernemont est l'administrateur de l'hospice du village. Lui et sa famille sont les propriétaires du château et y habitent avec leurs domestiques. Les membres du conseil sont désignés par le maire parmi les hominines mâles appartenant à la notabilité locale : petit propriétaire, commerçant, instituteur ou artisan, par exemple. Ernemont-sur-Buchy ne fait pas exception. De part sa participation au conseil municipal, Anselme Hottin connaît la famille du comte Tanneguy De Clinchamp et du baron Adolphe D'André, membres du conseil qui ont reçu le château en héritage après le décès d'Étienne Grenier d'Ernemont. Le tissu social villageois est une [[macédoine]] complexe entre les hiérarchies sociales et les catégories professionnelles, entre les liens familiaux et les relations amicales, au sein d'un même village et entre eux. Les familles sont évidemment présentes sur plusieurs villages. Au mariage entre Anselme Hottin et Thérèse Cherfix, les témoins sont commis de commerce et ouvrier maréchal, cousin et ami, du côté du mâle et dans la cordonnerie du côté de la femelle. L'acte de naissance d'Albertine Hottin stipule qu'il est rédigé en présence de Louis Crosnier l'instituteur et de Louis Duboc, domestique de maison auprès du châtelain Étienne Grenier d'Ernemont. Les deux mêmes que pour Irma en 1850 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Irma Hottin, 13 avril 1850 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/dcace402d7b350d6ed313126e0ab6296/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le village d'Ernemont-sur-Buchy a la particularité d'abriter la congrégation religieuse christienne des Sœurs du Sacré-Coeur d'Ernemont, surnommée &amp;quot;Maîtresses des écoles gratuites, charitables et hospitalières du Sacré-Cœur d'Ernemont&amp;quot;. Fondée en 1690 par Barthélémy de Saint-Ouen, seigneur d'Ernemont et conseiller au parlement de Rouen, et son épouse Dorothée de Vandime, elle vise à l'enseignement scolaire des enfants et le service aux malades et vieillards. Se répandant à travers la Normandie, la congrégation assure l'enseignement et le soin dans de nombreuses villes et villages &amp;lt;ref&amp;gt; - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le but &amp;quot;''d’inculquer aux élèves la doctrine chrétienne, de leur apprendre à lire, à écrire, à calculer. La congrégation a pour but de former les femmes. La mixité est interdite même dans les écoles enfantines.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;D'après Catriona Seth, &amp;quot;Marie Leprince de Beaumont, une écrivaine normande&amp;quot;, ''Études Normandes'', 65e année, n°1, 2016 - [https://doi.org/10.3406/etnor.2016.3794 En ligne]. Originaire de Normandie, l'autrice Marie Leprince de Beaumont est célèbre pour ''La belle et la bête'', écrit vers 1750. Plusieurs de ses ouvrages mentionnent la congrégation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des cours gratuits pour les femelles adultes sont parfois organisés. Jusqu'au début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, il existe à Ernemont-sur-Buchy une &amp;quot;école pour filles&amp;quot;. L'église est attenante à l'hospice-école. Quatre religieuses se chargent de quelques pensionnaires, pour cause de maladie ou de vieillesse. Il est fort probable qu'Albertine Hottin et ses sœurs aient bénéficié de cet enseignement scolaire primaire. Ce qu'indique déjà les lettres d'Albertine à Sergueï Netchaïev.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Arrivée parigote ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le registre de la population de 1866 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de population d'Ernemont-sur-Buchy, 1866 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/1503e2c65ded1bb55a045b9234756a48/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine habite encore avec ses parents, agriculteurs, et sa sœur aînée Léonie Bathilde. L'autre sœur, Irma Léonie, à peine âgée de 16 ans, n'apparaît pas dans ce recensement comme si elle n'habitait déjà plus au domicile familial d'Ernemont-sur-Buchy. Pour des raisons qu'il reste encore à déterminer, le couple marital Anselme Hottin et Thérèse Cherfix déménagent à Bois-Guilbert entre 1867 et 1871. Sans que l'on sache si elles déménagent avec elleux, leurs trois filles partent pour la capitale dans cette même temporalité. Albertine Hottin arrive donc à Paris entre 1867 et 1870. Impossible de dire pour l'instant où elle s'installe et dans quelles conditions. Comment Albertine Hottin et ses deux sœurs trouvent-elles leurs emplois de domesticité ? Bénéficient-elles des réseaux de connaissance entre des familles de l'aristocratie de Normandie et de Paris ? Des liens entre une aristocratie et une bourgeoisie politique ? Parfois, ce sont des congrégations religieuses qui servent d'intermédiaires pour placer des domestiques dans des familles riches qui en réclament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La bourgeoisie se reconnaît à ce qu'elle pratique une morale étroitement liée à son essence. Ce qu'elle exige avant tout, c'est qu'on ait une occupation sérieuse, une profession honorable, une conduite morale. Le chevalier d'industrie, la fille de joie, le voleur, le brigand et l'assassin, le joueur, le bohème sont immoraux, et le brave bourgeois éprouve à l'égard de ces &amp;quot;gens sans mœurs&amp;quot; la plus vive répulsion. Ce qui leur manque que donnent un commerce solide, des moyens d'existence assurés, des revenus stables, etc. ! comme leur vie ne repose pas sur une base sûre, ils appartiennent au clan des &amp;quot;individus&amp;quot; dangereux, au dangereux prolétariat : ce sont des &amp;quot;particuliers&amp;quot; qui n'offrent aucune &amp;quot;garantie&amp;quot; et n'ont &amp;quot;rien à perdre&amp;quot; et rien à risquer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uni&amp;quot;&amp;gt;Max Stirner, ''L'Unique et sa propriété'', 1844 (traduction française de Robert L. Reclaire, 1899) - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Unique_et_sa_propri%C3%A9t%C3%A9_(traduction_Reclaire) En ligne]. ''Œuvres complètes. L'Unique et sa propriété et autres essais'', Éditions L'Âge d'Homme, 2012&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Menuparis.jpg|200px|vignette|droite|Gastronomie de guerre &amp;lt;ref&amp;gt;Menu du 25 décembre 1870. Café Voisin, 261 rue Saint-Honoré&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Après avoir été élu par les hominines mâles premier président de la Deuxième République française en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte proclame l'Empire de France en 1852 après son coup d’État de décembre 1851. Il prend alors le nom de Napoléon III, troisième fils de Louis Bonaparte dit Napoléon I&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et d'Hortense de Beauharnais. Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse et ses alliés. Les armées françaises ne parviennent pas à résister aux assauts prussiens et le Second Empire capitule en septembre 1870. L'empereur est fait prisonnier et l'impératrice doit fuir à l'étranger. En réponse à cette situation, les députés républicains modérés proclament la Troisième République depuis le parlement à Paris. Un Gouvernement de la Défense nationale est mis en place et la guerre continue. Avançant sur le territoire français, les armées prussiennes s'approchent de Paris mais ne parviennent pas à y entrer. Le siège de la capitale débute le 20 septembre 1870. Pendant un peu plus de quatre mois, les hominines de la ville subissent les restrictions qu'engendrent l'isolement de Paris. Les denrées se raréfient et les prix augmentent. D'évidence, les plus riches s'en sortent bien mieux que la grande majorité des hominines. Quelques accommodements gastronomiques s'imposent. Une bonne occasion de goûter de l'éléphant, du kangourou ou du chat. Les plus pauvres expérimentent le choléra et la malnutrition. Le rat n'a pas la même saveur que les animaux du zoo et le jeun prolongé n'est pas encore une médecine alternative populaire. &amp;quot;''Il y a, sur la place même de l'Hôtel de Ville, un marché de rats; et les rats se vendent 30 ou 40 centimes quand ils sont ordinaires, 60 centimes quand ils sont gras et bien en chair.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Edmond Deschaumes, ''Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris (1870-1871)'', 1890 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413390 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Même le privilégié Victor Hugo pleurniche sur son sort : &amp;quot;''Ce n’est même plus du cheval que nous mangeons. C’est peut-être du chien ? C’est peut-être du rat ? Je commence à avoir des maux d’estomac. Nous mangeons de l’inconnu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Victor Hugo, ''Choses vues 1849-1885'' - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141436z En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Le 31 octobre des républicains radicaux tentent un coup de force contre le  gouvernement de la Défense nationale et réclament la proclamation d'une Commune. Plutôt qu'une république à la démocratie représentative, la Commune est un principe politique qui prône la démocratie directe dans chaque villes et villages, puis leur fédération pour constituer une entité politique nationale. La tentative est un échec. C'est dans cette période troublée que Sergueï Netchaïev arrive à Paris, traversant les lignes prussiennes. Fin janvier 1871 le gouvernement signe un armistice franco-prussien. Le révolutionnaire russe quitte la capitale française en février. Dans cet intervalle de quelques mois, il fait la rencontre d'Albertine Hottin. Rue du Jardinet où il loge. Une dépêche télégraphique datée du 31 janvier &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot;&amp;gt;''Recueil des dépêches télégraphiques reproduites par la photographie et adressées à Paris au moyen de pigeons voyageurs pendant l'investissement de la capitale'', tome 1, 1870-1871 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5499951n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, via pigeon voyageur &amp;lt;ref&amp;gt;Victor La Perre de Roo, ''Le pigeon messager, ou Guide pour l'élève du pigeon voyageur et son application à l'art militaire'', Paris, E. Deyrolle fils, 1877 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5435176t En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, est envoyée de la ville de Bordeaux par Irma Hottin. Elle s'adresse à &amp;quot;''Melle Hottin, rue st-petersbourg, 2''&amp;quot; —  sans préciser s'il s'agit d'Albertine ou de Léonie. Elle dit qu'elle va bien, qu'elle est sans nouvelles de Bois-Guilbert — où habitent les parents — et donne son adresse bordelaise &amp;lt;ref&amp;gt;13 rue Bardineau. Pour information, l'annuaire de Bordeaux daté de 1866 indique que Paul de Lentz, le consul de Russie, habite au 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette présence à Bordeaux s'explique peut-être par le fait qu'elle travaille pour des hominines membres du &amp;quot;Gouvernement de Défense nationale&amp;quot;, des politiciens ou des militaires qui ont fui Paris devant l'avancée prussienne et trouvé refuge à Tours dans un premier temps, puis dans la ville de Bordeaux.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce choix politique de l'armistice ne passe pas auprès de républicains radicaux et d'une partie de la population. La colère gronde dans plusieurs villes françaises. L'ambiance est insurrectionnelle. À Paris, le gouvernement tente de désarmer la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot;&amp;gt;La garde nationale est l'ensemble des milices citoyennes formées dans chaque commune au moment de la Révolution française. Ses officiers sont élus et ne peuvent effectuer plus de deux mandats successifs. Elle est chargée du maintien de l'ordre en temps de paix et de force d'appoint en cas de guerre.&amp;lt;/ref&amp;gt; et provoque, en réaction, un soulèvement populaire dans plusieurs quartiers de la ville. La Commune est proclamée le 18 mars 1871 et le gouvernement est chassé à Versailles. Pendant 72 jours, la Commune de Paris est un laboratoire à ciel ouvert pour les aspirations révolutionnaires les plus diverses. La démocratie directe, l'égalité sociale, l'auto-gouvernement ou le partage s'expérimentent en direct. La place des hominines femelles est questionnée par les premières concernées &amp;lt;ref&amp;gt;Dans la continuité de leur lutte pour l'égalité et l'émancipation, de nombreuses hominines femelles prennent part à la Commune. Dont Louise Michel, Paule Minck ou Sophie Poirier, ou les russes Anna Jaclard et Élisabeth Dmitrieff, pour ne citer que les plus connues. Ou encore [[Louise Modestin]] pour les illustres inconnues. Elles participent à de nombreuses initiatives et, par exemple, une ''Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés'' est créée en avril 1871. Elles sont actives autant dans les cercles politiques, les associations d'entraide que sur les barricades. &amp;lt;/ref&amp;gt; et leurs alliés mâles. Le monde du travail, la culture ou la scolarité ne sont pas épargnés par les remises en cause proposées. Les opinions des hominines qui font vivre cette Commune ne sont pas un bloc monolithique. Les tendances et les approches sont multiples. S'affrontent parfois. Le contexte est celui d'une volonté permanente des forces versaillaises de mettre fin à cette expérimentation sociale et politique dissidente. Informé par des collègues à Paris et par la lecture de ce qu'il se dit dans la presse communaliste ou non, le correspondant de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) à Londres, Karl Marx, n'hésite pas à titrer : ''La guerre civile en France'' &amp;lt;ref&amp;gt;Karl Marx, ''La guerre civile en France'', 1871 - [https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/karl-marx-la-guerre-civile-en-france-1871/ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour les Versaillais il s'agit de la &amp;quot;Campagne de 1871 à l'intérieur&amp;quot;, le nom officiel des opérations anti-communalistes. Entre le 21 et le 28 mai 1871, les armées versaillaises répriment violemment la Commune de Paris. Les barricades ne sont pas suffisantes à défendre la ville insurgée. Cette &amp;quot;Semaine Sanglante&amp;quot; fait plusieurs milliers de morts lors des combats du côté communaliste et autant se font fusiller après leur capture. Les chiffres sont incertains. Près de 45000 hominines se font arrêter. Les archives de cette époque sont encore à explorer pour découvrir si Albertine Hottin est mentionnée. Les domestiques, cuisinières, valets et autres personnels de service ne sont pas les professions les plus impliquées dans le soulèvement communaliste &amp;lt;ref&amp;gt;''La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880)'' - [https://communards-1871.fr/index.php En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie dans les quartiers bourgeois de l'ouest de Paris n'est pas la même que celle des quartiers populaires. Moins de combats et de barricades. L'urbanisme est plus récent. Les familles bourgeoises qui investissent les VIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissements habitent des immeubles où leur domesticité a des espaces ségrégués pour y vivre. De part sa proximité géographique et l’enchevêtrement avec la réalité de ses maîtres, la domesticité bénéficient plus des avantages de sa condition sociale que les autres prolétaires. Si Albertine Hottin travaille pour une famille bourgeoise, elle a peut-être moins souffert de la faim lors du siège de Paris. Sergueï Netchaïev revient dans la capitale française en novembre 1871. Les trois lettres &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot; /&amp;gt; d'Albertine Hottin datent de cette période d'absence de Sergueï Netchaïev. Des lettres qu'il a envoyé, il ne reste que quelques brouillons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''maintenant je me dépêche pour jeter aujourd ma lettre a la post. Je vous demande très pardon que je vous ai laissé sans nouvelle et vous en demande. [...] Je vous aime encore pluq qu'auparavant, et je compte les heurs que devront crouler avant notre rencontre. je vous embrasse. tout à vous. Stéphan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#zur&amp;quot;&amp;gt;Enregistrés sous la classification Auslieferung des Sergius Netschajeff (Extradition de Sergueï Netchaïev) aux Archives de Zurich&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux sœurs d'Albertine, Léonie et Irma, se marient respectivement en 1874 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Léonie Bathilde Hottin et Louis Joseph &amp;quot;Édouard&amp;quot; Duval, 22 décembre 1874, Paris, 8e. Veuf depuis 1870 d'un premier mariage dans la Somme, il a une fille née en 1866. Celle-ci vit chez ses grands-parents maternels à Warlus dans la Somme (Recensement de 1872). Elle se marie à Paris en 1895.&amp;lt;/ref&amp;gt; et 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Irma Léonie Hottin et Amable Levadoux, 22 avril 1875, Paris, 8e. Né en 1844 et originaire de Marsat, dans le Puy-de-Dôme. Il décède à Paris en 1892 au 52 rue de Varenne dans le 7e. Peut-être arrive-t-il sur Paris via l'armée lors de la guerre contre la Prusse - [https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/ark:/72847/vtaf43f074402956764/daogrp/0/25 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le huitième arrondissement de Paris. L'une est cuisinière et se marie avec un cocher, et l'autre est femme de chambre et se choisit un maître d'hôtel pour conjoint. Les deux couples résident sans doute dans les chambres réservées au personnel. Irma et son époux habitent au 23 rue de Berri &amp;lt;ref&amp;gt;23 rue de Berri en 1875. 17 ferme des Mathurins en 1877&amp;lt;/ref&amp;gt;, une perpendiculaire à l'avenue des Champs-Élysées. Léonie et son époux ont pour adresse le 2 rue de Saint-Pétersbourg &amp;lt;ref&amp;gt;2 rue de Saint-Pétersbourg en 1874. 6 rue du Colisée en 1876. 126 rue Saint-Lazare en 1886&amp;lt;/ref&amp;gt;. Selon l'acte de naissance du 11 septembre 1873 établit au nom de son fils &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d’Édouard Léon Anselme Hottin, 11 septembre 1873, Paris, 8e&amp;lt;/ref&amp;gt;, né de père inconnu, Léonie habite à cette adresse. Si le message du pigeon voyageur du 31 janvier 1871 lui est bien adressé, cela laisse à penser qu'elle habite déjà à cette adresse début 1871 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot; /&amp;gt;. L'annuaire daté de 1872 qui liste les adresses pour l'année 1871 n'a pas été imprimé pour cause de guerre. Celui de l'année précédente indique que le député des Vosges Louis Buffet ainsi que &amp;quot;''Villeneuve, rentier''&amp;quot; habitent à cette adresse. Léonie est-elle employée par Villeneuve ou Buffet ? Sa jeune sœur Albertine est-elle avec elle ? Louis Buffet achète cet hôtel particulier en 1872 et s'y installe avec son épouse, leurs sept enfants et leurs domestiques. Le peintre Édouard Manet a son atelier au 4 de la rue entre 1872 et 1878 — l'immeuble apparaît en haut à gauche de son tableau ''Le chemin de fer'' et plus clairement dans les croquis qui lui servent de base &amp;lt;ref&amp;gt;Édouard Manet, ''Le chemin de fer'', 1873 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg En ligne]. Les croquis réalisés entre 1872 et 1873 - [https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/le-pont-de-leurope-etude-pour-le-chemin-de-fer-204821 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'atelier de Manet attire une foule d'artistes et de mondanités qui animent le quartier. &amp;quot;''Le chemin de fer passe tout près, agitant ses panaches de fumée blanche, qui tourbillonnent en l'air. Le sol, constamment agité, tressaille sous les pieds et frémit comme le tillac d'un navire en marche. Au loin, la vue s'étend sur la rue de Rome, avec ses jolis rez-de-chaussée à jardin et ses maisons majestueuses. Puis, sur la montagne du boulevard des Batignolles, un enfoncement sombre et noir : c est le tunnel, qui, bouche obscure et mystérieuse, dévore les trains s'engageant sous ses voûtes arrondies avec un sifflement aigu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Étienne Moreau-Nélaton, ''Manet raconté par lui-même'', tome 2, 1926 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9760965m/f30.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'adresse d'avant-guerre des Buffet se situe à quelques centaine de mètres de là, au 10 de la rue de Berlin (actuelle rue de Liège) dans le neuvième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Les actes de naissance de deux de leurs enfants en 1865 et 1870 confirment cette adresse. &amp;lt;/ref&amp;gt;. La famille Buffet sont des christiens&amp;lt;ref name=&amp;quot;#chr&amp;quot;&amp;gt;''Christien'' désigne les adeptes de Jésus ''aka'' Christ&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;, les chrétiens, comme le terme de ''mahométien'' désigne celles et ceux qui croient que Mahomet est un prophète — les musulmans —  ou celui de ''moïsien'' pour parler des adeptes de Moïse, les juifs.&amp;lt;/ref&amp;gt; de la branche catholique &amp;lt;ref&amp;gt;Pour une courte biographie de Louis Buffet - [https://books.openedition.org/igpde/1258 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Louis Buffet est nommé ministre de l'économie à deux reprises entre 1870 et 1871. Il reste en poste trois mois sous Napoléon III et, après être élu à la députation des Vosges sous la Troisième République, il est désigné de nouveau à ce poste mais n'y reste que 6 jours &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de l'Agriculture et du Commerce à deux reprises entre 1848 et 1851, il est élu président de l'Assemblée nationale en 1873 puis sénateur en 1876. Chef du gouvernement et ministre de l'intérieur de 1875 à 1876&amp;lt;/ref&amp;gt;. Son épouse, Marie Pauline Louise Target, est petite-fille de député, fille d'un ancien préfet du Calvados et sœur d'un député. Selon ses biographes, Louis Buffet et sa famille ne sont pas à Paris pendant la période de guerre. Illes sont au domaine de Ravenel &amp;lt;ref&amp;gt;''Ravenel, de l’origine à l’ouverture de l’hôpital psychiatrique'' - [http://www.ch-ravenel.fr/pdf/presentation/historique-ravenel.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; à Mericourt dans les Vosges. En zone occupée par la Prusse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le 23 de la rue de Berri, l'Annuaire daté de 1876 indique que &amp;quot;''Cheronnet, propriétaire''&amp;quot; est domicilié à cette adresse. Les voisins du 22 et du 24 sont respectivement Henri Louis Espérance des Acres, comte de l'Aigle et député de l'Oise, et le général et ancien sénateur Édouard Waldner. Lorsqu'Albertine Hottin dit dans sa troisième lettre &amp;quot;''nous sommes aller à la campagne cette semaine''&amp;quot;, en parlant de Neuilly-sur-Seine, fait-elle référence à des déplacements avec une famille bourgeoise qu'elle accompagne ? Elle mentionne aussi la fête de Neuilly (dite Fête à Neu Neu), probablement celle de l'été 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rue de La Vrillière où Sergueï Netchaïev envoie ses lettres est celle de la Banque de France. Membre de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1871 à 1876, Louis Buffet et sa famille ont-illes été logé temporairement dans un immeuble de la rue, un &amp;quot;logement de fonction&amp;quot; en attendant de trouver mieux ? Comme cela fut le cas de janvier à avril 1870, lorsque Louis Buffet est logé rue de Rivoli dans l'hôtel des finances du Mont-Thabor, l'ancien ministère des finances détruit lors de la Commune. Ce qui, dans le cas où Albertine Hottin travaille comme domestique pour la famille, pourrait expliquer son adresse postale au 10 de la rue de La Vrillière. Les études [[Protivophilie|protivophiles]] autour de la biographie du politicien et financier, ainsi que celles des sœurs d'Albertine Hottin, n'ont pas permis pour l'instant de valider cette hypothèse. Les annuaires de l'année 1872 n'ont pas été publiés pour cause de guerre et de Commune de Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Progéniture ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première adresse parisienne connue d'Albertine Hottin date de la naissance de sa fille Lucie Blanche, le 2 juin 1876 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance de Lucie Blanche, 2 juin 1876, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:naissluci.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle naît au 32 rue du faubourg Montmartre, chez la sage femme Isabelle Ardis. L'acte de naissance indique que la mère est &amp;quot;''sans profession''&amp;quot; et que son domicile est au 180 boulevard Haussman &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire daté de 1877 recense l'architecte Belle, Lady Gray, le sénateur Louis Martel, le colonel G. Merlin — président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune — et enfin le carrossier Fabien Pradeu - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9677392n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune mention du père biologique. À une date indéterminée — car les registres des abandons ne la mentionnent pas — la jeune Lucie Blanche est mise en nourrice &amp;lt;ref&amp;gt;Catherine Rollet, &amp;quot;Nourrices et nourrissons dans le département de la Seine et en France de 1880 à 1940&amp;quot;, ''Population'', n°3, 1982 - [https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1982_num_37_3_17360 En ligne]. Emmanuelle Romanet, &amp;quot;La mise en nourrice, une pratique répandue en France au XIXe siècle&amp;quot;, ''Transtext(e)s Transcultures'', n°8, 2013 - [https://doi.org/10.4000/transtexts.497 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une famille de la Somme, en région picarde. Elle apparaît dans le recensement de 1881 de la commune de Morlancourt avec la cellule familiale d'Henri Cailleux et Albertine Vicongne avec leurs six enfants &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de la commune de Morlancourt, Somme, 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/recens1881.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle y est baptisée en 1883 &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des baptêmes, Morlancourt, 1883 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/djzg5v1b78xh/787e5478-61f3-4575-8078-13246a82c885 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le prénom Marie est ajouté à Lucie et Blanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ernest naît le 10 janvier 1879&amp;lt;ref&amp;gt;Ernest le 10 janvier 1879, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:ernest.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de naissance ne nomme pas le géniteur et stipule qu'Albertine Hottin, la mère, est sans profession et habite alors au 62 de l'avenue des Ternes dans le VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire 1880 recense l'architecte M. Guillot, le grossiste en vins Girault et les merceries de Larible - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96773984 En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ernest est abandonné à sa naissance. Selon le Registre d'admission des enfants assistés, &amp;quot;''sa mère allègue sa misère et la charge d'un premier enfant pour abandonner le nouveau-né.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:regenfass.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; Il est déposé dans le quartier du Roule (8e) par &amp;quot;''M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Metton, domestique''&amp;quot;, puis est envoyé le 13 janvier à Montfort en Ille-et-Vilaine pour être placé. Il est accueilli dans le village de Quédillac par la cellule familiale de Jean Gendrot et Marguerite Ferrier &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement à Quédillac en 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/quedillac1881.pdf En ligne] et en 1886 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/quedillac1886.jpg En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. En contradiction avec l'acte de naissance, l'un des documents des registres d'abandon &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:registenfaban.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; mentionne qu'Albertine Hottin est domestique et habite au 181 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Il semble qu'il y ait confusion entre l'adresse de naissance d'Ernest et le domicile de sa mère. En effet, cette adresse est celle de M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Léocadie Planchet, la sage-femme qui fait l'accouchement &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'Annuaire daté de 1879 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9762929c En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 12 janvier 1882, Albertine Hottin entre à l'hôpital Lariboisière dans le X&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien. Elle est transférée au pavillon Marthe le 16 et sort de l'hôpital le 19 janvier. Le dossier stipule &amp;quot;''suivi de couche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Albertine Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalb.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'hominine en devenir qui sort d'elle &amp;lt;ref&amp;gt;Alida Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalid.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; quitte officiellement l'hôpital le lendemain de sa naissance &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées et des sorties, Lariboisière, 1882 - [https://aphp-diffusion-prod.ligeo-archives.com/ark:/23259/780644.1240379/daogrp/0/13 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un acte de naissance est établi à la mairie de l'arrondissement au nom d'Alida Yvonne Hottin, née d'Albertine et d'un père inconnu &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Alida Yvonne Hottin, 13 janvier 1882 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/alida.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Albertine Hottin habite alors au 95 de la rue du Rocher (8&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;) &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire de 1883 recense le peintre-décorateur Jules Mariotte, la sage-femme Mme Pécheux et P. Ginier, propriétaire - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96762957 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; et exerce le métier de couturière. Il y a peut-être une erreur dans son adresse car elle est aussi celle d'une sage-femme, Mme Pécheux. Pour l'instant, les archives n'ont pas fourni d'autres informations à propos de ce troisième enfant d'Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Melocoton, où elle est maman?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens, donne-moi la main''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pour aller où ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens'' &amp;lt;ref&amp;gt;Colette Magny, ''Melocoton'', 1963 - [https://www.youtube.com/watch?v=OPVtricblNM En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tind.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
La question de l'enfantement est multiple. À une époque où il n'existe pas encore de moyens alternatifs pour être enceinte, les hominines femelles doivent encore s'accoupler avec un mâle pour cela. Quelles sont les circonstances de cet acte ? Est-il réciproquement consenti ? De toute évidence, Albertine Hottin ne souhaite pas avoir d'enfants au regard de sa condition sociale, de &amp;quot;''sa misère''&amp;quot;. Sur les trois dont elle accouche, deux sont abandonnés selon les archives consultées. En cette fin de XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les méthodes contraceptives sont limitées. Lorsqu'il y a pénétration vaginale dans l'acte sexuel, la méthode la plus ancienne est le retrait au moment de l'éjaculation masculine afin de minimiser les risques de fécondation que les spermatozoïdes font alors encourir. Le timing de ce ''coitus interruptus'' est serré et son efficacité est loin des 100%. Il existe aussi des méthodes mécaniques tel que l'éponge vaginale ou les préservatifs. Les technologies de fabrication d'alors font que le préservatif est un objet fragile et inconfortable. Il est plus utilisé en tant que protection contre les maladies plutôt qu'à visée contraceptive directe. Pour l'influenceuse Madame de Sévigné, il est &amp;quot;''Bouclier contre le plaisir et toile d'araignée contre le danger''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Albert Netter, ''Histoire illustrée de la contraception, de l'Antiquité à nos jours'', Roger Dacosta, 1985&amp;lt;/ref&amp;gt;. Spécialité liée à la triperie, la fabrication de préservatif à base de membrane animale — souvent les intestins — fait progressivement place au caoutchouc à partir de la seconde moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Plus confortable et plus efficace. Cette technique de recouvrir le pénis d'un étui en caoutchouc fin et fermé à l'extrémité n'est financièrement pas encore accessible aux hominines les plus pauvres. Conformément aux habitudes et préconisations de son époque &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste de Sénancour, ''De l’amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes'', 4e éd., tome 1, Paris, 1834&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine Hottin doit utiliser la méthode dite du retrait. Si elle ne désirait pas d'enfant, il semble que cette méthode contraceptive se soit avérée inefficace à trois reprises. Au moins — par manque de données à ce sujet, il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a eu recourt à des avortements clandestins pour mettre fin à des grossesses non-désirées. Si elle a une sexualité régulière, trois cas de grossesse en 6 ans est peu en comparaison du pourcentage de risque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les actes de naissance précisent &amp;quot;''Père inconnu''&amp;quot;. Est-elle dans la situation de tant d'hominines femelles abandonnées socialement par des hominines mâles après une fécondation non-désirée ? Les travaux de la paléontologue Juliette &amp;quot;Juliette&amp;quot; Noureddine, publiés en 1998 sous le titre ''Lucy'', montrent que cette pratique est très ancienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Son père, son père, n'en parlons plus,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y a longtemps qu'j'ai fait une croix dessus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y m'avait dit &amp;quot;Bouge pas, attends.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je n'en n'ai pas pour bien longtemps,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'vais au mammouth et je reviens.&amp;quot;''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et depuis ce jour là, plus rien''&amp;lt;ref&amp;gt;Juliette, &amp;quot;Lucy&amp;quot; sur l'album ''Assassins sans couteaux'', 1998 - [https://www.youtube.com/watch?v=wjJWOuODm4U En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cas où Albertine Hottin désirait une progéniture, elle a changé d'avis entre le moment où elle se sait enceinte et les abandons. Soit, pour ne citer que deux raisons, à cause de l'attitude du procréateur qui refuse d'assumer à deux les conséquences, soit des circonstances particulières dans lesquelles ont lieu les fécondations. Étaient-elles vraiment consenties ? Dans des sociétés d'hominines où la binarité de genre est aussi une hiérarchie entre les genres, les hominines femelles subissent des violences et des agressions — sans commune mesure avec celles exercées sur les mâles. Le viol en est une. &amp;quot;Ce jargon du viol&amp;quot; n'est pas seulement l'anagramme de &amp;quot;devoir conjugal&amp;quot; car, en plus du viol conjugal &amp;quot;ordinaire&amp;quot;, le personnel féminin de la domesticité est particulièrement exposé à ce risque d'agression. De la part des maîtres ou des collègues. L'habitat de la domesticité, exigu et souvent isolé sous les toits, est un lieu propice aux violences sexuelles. Se plaindre ou faire scandale c'est prendre le risque de perdre son travail. L'imaginaire érotique bourgeois s'alimente de cet espace d'habitat en marge. La promiscuité des hominines agite la fantasmagorie. Illes s'entendent baiser et leurs corps sont si proches ! La présence de jeunes hominines femelles isolées fait virevolter les imaginaires mâles. Pour autant, toutes les hominines femelles, même dans la domesticité, ne subissent pas les mêmes violences. Qu'une situation soit systémique ne fait pas qu'elle soit systématique. Albertine Hottin n'a donc pas obligatoirement subi de ces violences. Sa sexualité était peut-être plaisante, riche, multiple et consentie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A-t-elle retourné le déséquilibre social de genre en se servant de la sexualité et de l'enfantement pour trouver une meilleure situation sociale ? La bourgeoisie s'affole les sens en imaginant le personnage érotique de la jeune domestique femelle lubrique et soumise, ou déterminée et vénale. Juste 100 ans après la naissance du premier enfant d'Albertine Hottin, le mythomane Émile Ajar publie son roman ''Pseudo''. Les histoires et les mensonges qui entourent la personnalité d’Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, empêchent de déterminer s'il est vraiment utile de chercher un quelconque lien, même symbolique, entre Albertine Hottin et son personnage de Nihilette pour simplement en citer l'extrait suivant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Nini, comme son nom l'indique, ne peut pas souffrir qu'il y ait une œuvre littéraire dans laquelle elle ne se serait pas glissé. L'espoir, ça la rend malade ! Nini essaye depuis toujours et de plus en plus de se taper chaque auteur, chaque créateur, pour marquer son œuvre de néant, d'échec, de désespoir. Elle se fait appeler Nihilette chez les gens bien élevés, du tchèque ''nihil'', ''nihilisme'', mais nous l'appelons Nini, avec majuscule parce qu'elle a horreur d'être minimisée. En ce moment, sur le tapis, elle essayait de se faire ensemencer par Ajar, pour lui faire ensuite des enfants du néant. Ajar se défendait comme un lion. Mais il y a toujours avec Nini la tentation de se laisser faire, pour accéder enfin au fond du néant, là où se trouve la paix sans âme ni conscience. La seule chance qu'avait Ajar de s'en tirer était de bien prouver son inexistence, son état bidon pseudo-pseudo, son absence absolue d'état humain digne d'être infecté par Nini, car le néant ne baise jamais le néant, pour des raisons techniques.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Ajar, ''Pseudo'', 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En plus de ces considérations pratiques liées à la progéniture d'Albertine Hottin, sa domesticité implique d'autres contraintes sociales. Dans ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Anne Martin-Fugier rappelle qu'une &amp;quot;''servante enceinte, même mariée''&amp;quot; peut perdre son travail pour cela. Elle cite un arrêt de 1896 d'un tribunal qui stipule que &amp;quot;''à aucun point de vue on ne saurait considérer un maître comme tenu de garder à son service une fille enceinte, soit que l'on envisage l'immoralité de sa conduite, le mauvais exemple dans la maison ou les graves inconvénients de l'accouchement.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot;&amp;gt;Anne Martin-Fugier, ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Perrin, 2004&amp;lt;/ref&amp;gt; Il existe bien évidemment différentes techniques anticonceptionnelles, dont les injections d'eau froide dans le vagin, mais elles sont légalement interdites car assimilées à des avortements. De plus, à la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les domestiques sont souvent accusées d'être responsables de la dépopulation en France &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Environnement familial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivant de Normandie, des Cherfix apparaissent dans l'état civil de la capitale pendant la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'orthographe varie parfois entre Cherfix, Cherfis ou Cherfils. Quelques membres de la famille maternelle d'Albertine Hottin vivent dans l'ouest de Paris, au croisement de plusieurs arrondissements. Pour ne donner que quelques exemples, sa tante Nina Louise habite dans le XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissement, Léon Sainte Croix, un cousin de sa mère, loge boulevard Pereire dans le XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Un autre cousin, Louis Timoléon Eugène réside 41 rue Pierre Demours, une parallèle à Pereire qui débouche sur l'avenue des Ternes. Cousin maternel plus éloigné, Ernest Pierre est domicilié au 4 de la rue des Vignes dans le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Tout deux avec épouse et progéniture. La première est &amp;quot;''marchande des quatre-saisons''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Avec son second mari Armand Stanislas Lemoine&amp;lt;/ref&amp;gt; — vendeuse ambulante de fruits et légumes —, le deuxième est charpentier et le dernier est sellier. Plusieurs cellules familiales Cherfix sont voisines les unes des autres. L'adresse d'Albertine Hottin en 1879 sur l'avenue des Ternes est aussi celle d'Adolphe Hippolyte Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Adresse attestée en 1865 par l'acte de mariage entre son frère Léon Sainte Croix Cherfix et Clémentine Désirée Magnan, 14 novembre 1865, Paris, XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; - [En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt;, un autre cousin de la mère d'Albertine, frère de Léon Sainte Croix et Louis Timoléon Eugène. Vit-elle avec le couple et leurs enfants ou seulement dans le même immeuble ? Quand Albertine Hottin déménage-t-elle rue de Surène ? Elle connaît probablement Edmond Eugène Cherfix dit &amp;quot;Bonnard&amp;quot;, jeune fils de Louis Timoléon Eugène et d'Adrienne Émilie Bonnard. Il est imprimeur. Veuf en 1868, Louis Timoléon Eugène se remarie en 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Louis Timoléon Eugène Cherfix et Julie Bêche, 8 juin 1875, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le nouveau couple habite rue Demours. Lorsqu'il meurt en 1888, quelques semaines après son mariage, Edmond Eugène habite avec son épouse Marie Louise Forestier au 34 rue Dauphine dans le sixième arrondissement. À la mort de son fils, Louis Timoléon Eugène est domicilié au 11 de la rue Guersant, à quelques pas de l'avenue des Ternes. Après son mariage en 1887 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Eugénie Adolphine Cherfix et Émile Cateloux, 15 janvier 1887, Paris, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;, sa fille Eugénie Adolphine Cherfix habite avec son époux au 27 de la rue Bayen, une proche parallèle à Guersant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres cellules familiales sont présentes dans des arrondissements du centre de Paris. Pierre Maximilien Cherfix, son épouse Louise Eugénie Baronnet et leur fille Héloïse vivent au 6 de la rue Mongolfier dans le troisième arrondissement. Il est papetier. Selon l'acte de mariage entre Gustave Quantin, papetier et fils de papetier, et Héloïse Cherfix, celle-ci est aussi papetière. L'Annuaire-Almanach de 1870 mentionne l'existence d'une fabrique de feuillages ''Quantin'', située au 8 de la rue de Mulhouse dans le deuxième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Annuaire-Almanach, 1870 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96727875 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une imprimerie au nom de Gustave Quantin ouvre en 1872 au 63 avenue des Ternes. La faillite est officielle en 1874. Une autre ouvre au 18 de la rue Bonaparte à partir de 1878 &amp;lt;ref&amp;gt;À ne pas confondre avec la luxueuse ''Quantin NC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;T&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et C&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ie&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;'', &amp;quot;''imprimeurs-typographes et libraires''&amp;quot;, au 7/9 rue Saint-Benoît-Saint-Germain dans le sixième arrondissement. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Peu de choses réalisées par cette imprimerie sont disponibles via internet. À noter l'édition en 1873 et en 1874 de ''Extraits des historiens du Japon'', publiés par la Société des études japonaises &amp;lt;ref&amp;gt;''Extraits des historiens du Japon'', partie I et II, 1873-1874 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65796644/f282.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Gustave Quantin en est officiellement l'imprimeur. Il est aussi membre de la société savante nippophile et de la Société d’Ethnographie orientale et américaine dont il est le trésorier. S'il n'est pas possible d'affirmer que Gustave Quantin, de par ses activités dans le japonisme français &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie participative ''Wikipedia'', &amp;quot;''le japonisme est l'influence de la civilisation et de l'art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux, entre les années 1860 et 1890.''&amp;quot;. Le Japon est représenté pour la première fois à l'Exposition Universelle de 1867 par des objets exposés et la présence d'une délégation venue du Japon. Dont le jeune prince Tokugawa Akitake.&amp;lt;/ref&amp;gt;, connaisse le peintre et collectionneur d'estampes japonaises Édouard Manet, cela n'est pas à exclure totalement. Le monde bourgeois de la culture n'est pas si vaste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Signalb.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le patronyme Hottin est présent dans les registres d'état civil de la région normande depuis plusieurs siècles, &amp;quot;''entre pays de Bray et de Caux''&amp;quot;. Dans la grande banlieue du village de Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot;&amp;gt;''bosc'' signifie &amp;quot;espace boisé&amp;quot; et ''bordel'' désigne les hominines qui habitent une ''borde'', c'est-à-dire une &amp;quot;cabane&amp;quot;, une &amp;quot;petite maison&amp;quot;, ou directement le lieu. Ces sens sont attestés dès le début du XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Frédéric Godefroy, ''Lexique de l'ancien français'', 1890 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Lexique_de_l%E2%80%99ancien_fran%C3%A7ais/5 En ligne]. La plus ancienne mention est ''bodel'', &amp;quot;maison&amp;quot; ou &amp;quot;cabane&amp;quot;, en judéo-français ou sarphatique, la langue d'oïl judéo-romane parlée par les communautés moïsiennes de la moitié nord de la France actuelle et écrite en caractères hébraïques. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces familles sont agricultrices pendant plusieurs générations. Les premières migrations vers Paris datent de la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'exode rural des populations d'hominines vers les centres urbains est enclenché. Le village de naissance d'Albertine Hottin passe d'une population d'hominines de 224 en 1831 à moins de 140 en cinquante ans. À la période où Albertine arrive à Paris, Édouard Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des électeurs de Paris (1860 - 1870) - [https://www.geneanet.org/registres/view/307309/41 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — cousin de son père et témoin à son mariage &amp;lt;ref&amp;gt;Anselme Charlemagne Hottin est aussi l'un des témoins au mariage d'Edouard Hottin le 12 septembre 1867 à Bosc-Roger-sur-Buchy - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4ee0ef380cdcc49412c2a1426f032fa4/dao/0/16 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — vit déjà dans la capitale française. Chimiste &amp;lt;ref&amp;gt;Il dépose entre autre un brevet de chimie en janvier 1856 pour un &amp;quot;''système de préparation de thé permettant 1° d'en concentrer l’arôme et les parties constitutives, et 2° de livrer au commerce des extraits de thé tout préparés.''&amp;quot; d'après le ''Catalogue des brevets d'invention'', 1855 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63669617 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, il met au point un procédé pour rendre ininflammable les tissus et dépose en août 1864 le brevet de la ''Hottine''&amp;lt;ref&amp;gt;''Catalogue des brevets d'invention'', n° 8 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6357402p/f4.item.r=hottin En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour sa commercialisation, la ''Hottin &amp;amp; Cie'' est créée en 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette nationale ou le Moniteur universel'', 26 décembre 1865 - [https://www.retronews.fr/journal/gazette-nationale-ou-le-moniteur-universel/26-decembre-1865/149/2621181/6 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;''Certes, si les hommes étaient sages, ce n’est pas aux inventeurs de moyens de destruction perfectionnés qu’ils élèveraient des statues. Celui-là a mieux mérité de l’humanité, qui, comme M. Hottin, nous débarrasse d’un fléau dévorant.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Sport : journal des gens du monde'', 16 septembre 1866 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32768849/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Malgré la promotion publicitaire dans des journaux, le produit ne se vend pas et l'entreprise Hottin &amp;amp; Cie est déclarée en faillite en juillet 1867 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires'', 19 juillet 1867 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6822699h/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelques-unes de ses adresses sont connues jusqu'en 1870, mais rien n'indique qu'Albertine Hottin vive avec lui. Les recensements n'existent pas pour le Paris de cette époque, et les archives antérieures à 1870 sont partiellement détruites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cellules familiales des deux sœurs d'Albertine Hottin n'ont pas les même parcours. Tout semble indiquer que Irma Hottin, son époux et leur enfant vivent à Paris sans interruption. Léonie et sa famille nucléaire quittent provisoirement la capitale pour s'installer dans la Somme, dans le village de Frohen-le-Grand. Quelques années avant leur mariage, Louis Joseph Édouard Duval y avait exercé son métier de cocher pour la famille d'aristocrate qui vit dans le château local &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Frohen-le-Grand, 1871 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/w5jp0l9c6q2g/2ba86a2f-0d2c-418e-b5c8-b4aa5abf6c5b En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Deux de leurs enfants y naissent en 1878 et 1879. Une femelle et un mâle. L'aînée et la nouvelle venue sont envoyées à Bois-Guilbert pour vivre avec leurs grands-parents maternels Anselme Hottin et Thérèse Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bois-Guilbet en 1881 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4a4091827ebf19e313342dd2df9a415b/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pendant ce séjour chez elleux, Louise, l'aînée, décède en 1883 à l'âge de 7 ans &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès de Louise Duval à Bois-Guilbert le 30 janvier 1883 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/706cb9a0077461881ec5eff632720743/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les sources consultées ne permettent pas de préciser la date de retour sur Paris de la cellule familiale de Léonie. Le couple engendre d'un petit mâle qui naît en novembre 1886 dans cette ville. À cette date, elle habite dans le huitième arrondissement au 126 de la rue Saint-Lazare, à quelques centaines de mètres de chez sa sœur Albertine rue du Rocher. Selon l'acte de mariage de la fille de Louis Duval, née de son premier mariage, il n'habite pas à Paris en 1895 mais à Fresnières dans l'Oise. Ce qui signifie que Léonie Hottin-Duval vit donc sans lui. À partir d'une date indéterminée, elle vit avec son fils cadet au 107 rue du Lauriston dans le seizième arrondissement. Demeurant aussi dans cet arrondissement, 5 cité Greuze, la tante Nina meurt en 1887 et son — second — mari en 1890. Daté de juillet 1888, le commentaire qui accompagne une gravure de ce quartier par le dessinateur Jules-Adolphe Chauvet parle de lui-même : &amp;quot;''Il est impossible de se figurer cette cité encore éclairée à l'huile et habitée par une population des plus déshéritées, où la misère et le vice s'étalent dans leur plus hideuse laideur ; cela au milieu du Passy aristocratique et bourgeois [...]''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jules-Adolphe Chauvet, &amp;quot;Cité Greuze dite le Palais royal de Passy, rue Greuze n° 24&amp;quot; sur le site de la BNF - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8456859p En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thérèse Cherfix-Hottin, la mère d'Albertine, décède le 24 août 1901 à Bosc-Roger-sur-Buchy &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès du 25 août 1901 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e71cb3dc937ddf2501f76761f51393c0/dao/0/12 En ligne]. Table des successions et absences de Buchy, 1886-1905 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e047091b58efe957732be9bfb2b398ced21c546127869b312ee37ee914ac80b9/dao/0/34 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Anselme Hottin, le père, meurt le 23 février 1906 dans le même village &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot;&amp;gt;D'après la Table des successions et absences de Buchy, 1906-1924 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta8336b8f866ec948e/dao/0/73 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Moins d'un mois avant Albertine Hottin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adresses postales mentionnées dans les archives officielles ne sont pas une donnée infaillible. Elles ne concordent pas toujours entre elles ou à la réalité car l'administration se trompe parfois. L'acte de naissance d'Alida Yvonne, la fille d'Albertine Hottin, est un exemple de possibles erreurs administratives. Dans un scénario d'une arrivée urgente à Lariboisière, à l'initiative de la sage-femme qui gère la grossesse d'Albertine Hottin, il se peut qu'il y ait aussi une erreur d'adresse dans les registres de l'hôpital. En effet, le 95 de la rue du Rocher est aussi l'adresse d'une sage-femme, M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Pécheux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cause de présence de fibres d'amiante dans les archives de la ville de Paris, il est actuellement impossible de consulter les ''Calepins des propriétés bâties'' pour les adresses où Albertine Hottin a habité. Ces calepins détaillent les occupants (particuliers et/ou sociétés, locataires et propriétaires) et donnent une rapide description de l'aménagement des immeubles parisiens. Seul le calepin de la rue de Surène est consultable à partir de l'année 1901 &amp;lt;ref&amp;gt;''Calepins des propriétés bâties'', 1901-1981, côte D1P4 2697 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les liens qu'entretient Albertine Hottin avec sa famille restée en Normandie sont conditionnés à plusieurs facteurs. Pour parcourir la distance entre Paris et le village parental elle doit prendre le train à partir de la gare Saint-Lazare. Ou y aller à pied ! L'estimation est de 136000 pas d'hominines, soit entre 2,5 et 3,5 jours selon le rythme &amp;lt;ref&amp;gt;Christophe Studeny, &amp;quot;La révolution des transports et l’accélération de la France (1770-1870)&amp;quot;, ''De l’histoire des transports à l’histoire de la mobilité ?'', Presses universitaires de Rennes, 2009 - [https://doi.org/10.4000/books.pur.102180 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Lorsque ces pas sont ceux de chevaux de diligence, le trajet Paris-Rouen est couvert en une demie journée. Le trot est la seule cadence légalement autorisée sur les routes de France pour le transport d'hominines: Le galop est le monopole du transport postal. Le développement du réseau ferroviaire au cours du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle fait chuter le temps de transport. Selon l’''Indicateur Chaix'' de 1870, la ligne de chemin de fer relie Paris à Rouen en 2 heures et quarante minutes. Pour Albertine Hottin, il faut encore parcourir la vingtaine de kilomètres entre Rouen et les alentours d'Ernemont-sur-Buchy.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Allures et air de rien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La [[protivophilie]] ne dispose d'aucune description physique d'Albertine Hottin. Rien dans les registres hospitaliers ou d'état civil consultés à ce jour dans les archives. La couleur de ses yeux ou de ses cheveux demeurent inconnues. Idem pour sa taille et tout autre détail anatomique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Cuiz.jpeg|200px|vignette|droite|Cuisinière anonyme en 1894 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Les différents actes officiels connus concernant Albertine Hottin mentionnent les métiers de cuisinière et de couturière. Elle fait partie de la domesticité, les ''gens de maison'' comme les nomment celleux qui les emploient. Est-elle appelée par son propre prénom ou par celui attribué par ses maîtres ? — il est tellement plus pratique de toutes les appeler ''Murielle''. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Épisode 1/2 : La servitude&amp;quot; dans l'émission ''Les pieds sur terre'', mai 2023 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/butler-majordome-servante-des-domestiques-au-service-des-ultra-riches-5785280 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ouvrage ''La femme à Paris, nos contemporaines'', daté de 1894, Octave Uzanne consacre un chapitre aux hominines femelles utilisées comme domestiques. En ayant lui-même à son service, il dresse des tableaux caricaturaux des différents métiers de la domesticité et de leur place dans le quotidien de la bourgeoisie. Pour lui, &amp;quot;''c’est une caste [...] qui a sa hiérarchie très tranchée : au sommet, la femme de chambre en conflit avec la cuisinière cordon-bleu; plus bas, la bonne d'enfant, puis après la bonne à tout faire, et enfin la femme de ménage. À côté figure une privilégiée, à la fois méprisée et enviée, celle qui vend le lait de son enfant au gosse malingre du bourgeois : la nourrice.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot;&amp;gt;Octave Uzanne, ''La femme à Paris, nos contemporaines'', 1894 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15257516/f99.image En ligne]. Voir Bertrand Hugonnard-Roche, ''Octave Uzanne et les femmes dans la domesticité parisienne (1894-1910)'', 2013 - [http://www.octaveuzanne.com/2013/09/octave-uzanne-et-les-femmes-dans-la.html En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Avec beaucoup plus d'empathie, Octave Mirbeau décrit des vies de domestiques dans plusieurs de ses romans dont le célèbre ''Journal d'une femme de chambre'' en 1900. Son analyse anarchiste inclue de fait la prostitution dans la liste des métiers liés à la domesticité bourgeoise. Il décrit sa vision de la sexualité tarifée dans son essai ''L'Amour de la femme vénale'' dont le titre français est traduit du bulgare, ''Любовта на продажната жена''. Publié à Plovdiv en 1922, probablement à partir d'une version en russe et dont l'original en français n'a pas été retrouvé &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Isabelle Saulquin, ''À propos de L'Amour de la femme vénale'' - [https://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/Saulquin-femmevenale.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Lui-même ancien de la domesticité bourgeoise, Octave Mirbeau fait dire à l'un des personnages de son roman ''Dans le ciel'', Georges, peu suspect d'optimisme rayonnant et ahuri, les mots suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n’existe ni en moi, ni dans les autres, ni dans le rythme le plus infime de l’universelle harmonie. Je suis cette chose inconcevable et peut-être unique : rien. J’ai des bras, l’apparence d’un cerveau, les insignes d’un sexe ; et rien n’est sorti de cela, rien, pas même la mort.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Octave Mirbeau, ''Dans le ciel'' dans ''Œuvre romanesque'', vol. 2 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dans_le_ciel En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le métier exercé par Albertine Hottin conditionne sa tenue vestimentaire. Cuisinière ou couturière ne sont pas des fonctions normées esthétiquement de façon identique et n'ayant pas les mêmes contraintes professionnelles. Quelques illustrations sont fournies dans l'ouvrage d'Octave Uzanne. En dehors de ce contexte professionnel et le port d'une sorte d'uniforme, la tenue vestimentaire d'Albertine Hottin est contrainte par les circonstances &amp;quot;normales&amp;quot; de la vie quotidienne et les aléas climatiques. Elle ne s'habille probablement pas de la même façon les jours où elle ne travaille pas. Ou lorsqu'elle rend visite à des proches. Les jours de pluie ou de soleil, d'hiver ou d'été, imposent de s'adapter dans la mesure du possible. En l'absence de toute indication corporelle, l'habillement facilite l'imagination d'une représentation mentale de sa personne. Son entrée à l'hôpital en mars 1906 et son décès le lendemain se font dans un contexte climatique de grand froid sur l'ensemble de la France. Sa rencontre avec Sergueï Netchaïev entre la fin de 1870 et 1871 est marquée par un épisode de froid. La neige est abondante. L'hiver est très rigoureux à cause d'une &amp;quot;''très puissante descente froide venue de Russie [qui] déferle sur la France''&amp;quot; d'après les chroniques météorologiques de cette époque &amp;lt;ref&amp;gt;Chroniques météo de 1870 - [https://www.meteo-paris.com/chronique/annee/1870 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Trois autres dates sont confirmées par les recherches dans les registres. Celles de la naissance de ses trois enfants: 2 juin 1876, 10 janvier 1879 et 12 janvier 1882. Après un mois de mai froid où les températures tombent parfois sous les 5°, le début d'été 1876 est particulièrement chaud avec des températures dépassante les 30° pendant plusieurs semaines. Un pic de 35° est atteint vers la fin du mois de juin. L'hiver 1876 est froid. La seconde moitié de janvier 1876 est marquée par des épisodes de pluies verglaçantes en région parisienne, alors qu'à contrario l'hiver 1882 est jugé très doux. Comme la plupart des autres hominines, Albertine Hottin tente au mieux de prendre en compte les variations climatiques dans ses choix de se vêtir comme ceci ou comme cela avant de sortir de chez elle. Comment s'habille-t-elle lorsqu'elle se rend au théâtre ou dans un parc ? Les périodes de sa vie où elle exerce le métier de cuisinière et celui de couturière font qu'elle est plus souvent amenée à sortir de chez elle si elle est couturière dans un petit atelier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La froideur de l'hiver 1870-1871 laisse à penser que, même habillée comme il convient, la rencontre entre Albertine et Sergueï a pu se faire à l'intérieur d'un bâtiment plutôt que dans la rue ! Une approche qui confirme l'hypothèse protivophile matérialiste des ''Albertine's Studies'' pour qui il existe nécessairement un facteur inconnu qui provoque la rencontre, un tiers invisible dont il est peut-être impossible de prouver l'existence. Cela permet de minimiser les hypothèses qui imaginent les pires schémas des rencontres dites amoureuses. Premiers regards et mouchoir qui tombe ? Glissade romantique et burlesque pour cause de neige ? Des scénarios dignes de la première intelligence artificielle venue. Rien de tout cela n'a de sens pour la protivophilie. Rien à voir. Le froid de cet hiver incite les hominines à sortir en se couvrant convenablement. Du point de vue comportementaliste, le froid ressenti pousse les hominines à chercher à se réchauffer ou à plus traîner lorsqu'illes sont au chaud. Une configuration incitative à la rencontre dans un lieu fermé en période hivernale. Rien n'indique qu'il existe un lieu autre que les imprimeries et les libraires pour que les deux puissent s'y croiser. Il y a un moment précis de l'histoire où on enlève ce qui nous protège la tête du froid en entrant dans un espace fermé et plus chaud. Albertine n'a sans doute pas échappé à cet instant historique individuelle commun. Sergueï Netchaïev non plus. Cela fait office d'amorce dans un processus de rencontre entre deux hominines ! Plus l'espace où se passe la dite rencontre est grand ou fragmenté, et plus le temps peut être long entre le moment d'entrée de l'hominine dans l'espace fermé et sa rencontre avec l'autre hominine.&lt;br /&gt;
La quête des premiers mots échangés est une illusion et les tentatives de déterminer une mécanique de la rencontre sont des pertes de temps. En suivant une logique linguistique, il est seulement possible d'affirmer que le premier son est précédé d'un silence. D'un rien sonore. Peut-être accentué par l'effet sonore feutré que fait la neige ? (Si la météo le permet !) Comme pour toute chose, l'existence d'une sonorité est précédée par son absence. Ça crée des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Imaginaires amouriens ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre regroupe ensemble des événements dans le but de créer les ingrédients d'une illusion, d'un lien imaginaire entre deux hominines dans ce qu'il est communément appelé &amp;quot;''[[Amour|histoire d'amour]]''&amp;quot; : &amp;quot;''L'amour est éternel''&amp;quot; et le verbiage qui va avec. L'artificialité est donc à la base de la démarche. Cela a la même pertinence que l'astrologie ou la numérologie. Une forme de roman-photo protivophile pour aveugles. Par exemple, il est incontestable qu'en 1882 Albertine Hottin donne naissance à un enfant, la même année que celle de la mort de Sergueï Netchaïev. De là à en tirer des conclusions, il y a un fossé à franchir ! Mais l'amour n'est que magie. En l'année 1873, Édouard Manet ne trouve pas mieux à faire que de peindre la façade de l'immeuble parisien où habite Albertine Hottin au 2 rue de Saint-Pétersbourg alors même que Sergueï Netchaïev est incarcéré à la forteresse Pierre et Paul située dans la ville russe de Saint-Pétersbourg. Faut-il y voir un signe ? Rien n'est moins sûr. Une demande directe d'Albertine Hottin à son ami et voisin ? Si, selon l'imaginaire amourien, l'amour transcende les frontières, pourquoi ne pas mettre en lien la force de la joie ressentie par Sergueï Netchaïev à l'annonce de l'assassinat du tsar en 1881 et celle de l'arrivée de Lucie Blanche dans sa nouvelle famille d'accueil.  Première enfant d'Albertine, elle est née en 1876 de géniteur mâle inconnu et abandonnée l'année même où tous les écrits de Sergueï Netchaïev sont détruits par la matonnerie. Ses écrits sur Paris disparaissent à jamais. Son roman ''Georgette'' est toujours inédit. Il est enchaîné aux mains et aux pieds pendant une année entière, dans l'impossibilité de revoir Albertine Hottin sans que cela ne soit trop compliqué à mettre en œuvre. Il en prend conscience dans sa chair. Fort heureusement, Albertine Hottin n'a pas eu à subir les conséquences directes des conditions d'incarcération dégradantes de son &amp;quot;amour&amp;quot; russe. Pas de longues heures d'attente pour un parloir. Mais, comble de la tristesse de cette année 1876, son ami poète et combattant bulgare Kristo Botev est tué lors d'un affrontement armé. Albertine Hottin, tout comme Sergueï Netchaïev, n'apprennent probablement la nouvelle que très tardivement. Voire pas du tout. La mort de Sergueï Netchaïev fin 1882 est une nouvelle épreuve insurmontable dans leur relation — déjà fort distendue. Leur amour est vraiment impossible. Sergueï Netchaïev ne se remit jamais de cela. Des recherches protivophiles menées autour de la réédition récente de la biographie de Yégor Martinof, alias Monsieur Rien &amp;lt;ref&amp;gt;''Monsieur Rien !'' de Louis Boussenard, octobre 1907 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/MRienWeb.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, ont permis de déceler la présence d'un graffiti de type naïf amourien sur les murs de la forteresse Pierre et Paul. Réalisé dans un style classique, il représente un cœur stylisé et l'inscription S+A qui ressemble beaucoup aux initiales de Sergueï et Albertine. Des recherches complémentaires doivent encore être menées pour confirmer la véracité de ces documents d'archives datant de 1907 et émanant d'une source peu fiable : les Éditions de la Rue du Jardinet sont une maisonnette d'édition qui n'est recommandée par personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Rien culturel ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est connu sur le degré d'instruction d'Albertine Hottin, mais il est à noté que, bien que l'instruction obligatoire ne soit instaurée qu'en 1882, dans ses lettres d'[[amour]] de 1871 elle semble maîtriser les rudiments écrits de la langue française. Les fautes d'orthographes et de grammaire n'entament pas la compréhension. Dans la région de Seine-Maritime d'où elle est originaire, l'environnement linguistique est une marche entre les parlers normands et picards. Une zone d'interpénétration. Contrairement à aujourd'hui, l'usage des variétés normandes et picardes des langues d'oïl est alors très présent &amp;lt;ref&amp;gt;Francis Yard, ''La parler normand entre Caux, Bray et Vexin'', 1998&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le rouennais &amp;lt;ref&amp;gt;Le rouennais ou purin de Rouen, ou encore purinique, est la variante rouennaise des parlers d'oïl de Normandie. Elle est mélée de français parisien. Quelques textes publiés de la première moitié du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; jusqu'au  XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle le sont en purinique. Voir par exemple David Ferrand, ''Inventaire général de la Muse Normande'', 1655 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8612065s En ligne]. Au cours du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, l'usage du purinique fait place au français régional de Rouen. Gérard Larchevêque, ''Le parler rouennais des années 1950 à nos jours'', éd. Le Pucheux, Rouen, 2007 &amp;lt;/ref&amp;gt;, le cauchois &amp;lt;ref&amp;gt;Le cauchois est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Caux, la partie occidentale du département de la Seine-Maritime. A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]. ''Études Normandes'', 31e année, n°3, 1982. &amp;quot;Du Cauchois au normand&amp;quot; - [https://www.persee.fr/issue/etnor_0014-2158_1982_num_31_3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le brayon &amp;lt;ref&amp;gt;Le brayon est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Bray, à cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l'Oise. J.-E. Decorde, ''Dictionnaire du patois du pays de Bray'', 1852 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6354795f En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; sont une réalité normande, tout autant que le beauvaisin picard &amp;lt;ref&amp;gt;Le beauvaisin est la variante des parlers d'oïl de Picardie utilisée dans la région de Beauvais, dans l'Oise. François Beauvy, ''Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis'', Éklitra, 1990&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques. La région d'Ernemont-sur-Buchy est à la rencontre de ces pratiques linguistiques normando-picardes. Elles se différencient des pratiques linguistiques de la région parisienne et du français standardisé appris au cours de la scolarité. Il est fort probable qu'Albertine Hottin avait un accent, typique de sa région d'origine et de sa condition sociale : Un accent de la ruralité normande. Bien souvent, hors de leur région d'origine, les hominines s'exposent aux moqueries. La glottophobie &amp;lt;ref&amp;gt;La glottophobie est un ensemble de procédés discriminatoires basés sur un usage attendu d'une langue. Par exemple, même pour une personne maîtrisant très bien une langue, avoir un accent peut-être source de moqueries ou un obstacle à l’ascension sociale. Voire créer un manque de crédibilité. Comme pour celleux qui ne maîtrisent pas bien une langue et dont les réflexions sont mésestimées.&amp;lt;/ref&amp;gt; est chose courante. L'accent et le vocabulaire sont stigmatisants. La plupart du temps, ils n'empêchent pas l'intercompréhension. Il n'est pas sûr que Sergueï Netchaïev, dont le français est sans doute basique, soit empêché de comprendre ce que dit Albertine Hottin. Leur rencontre plaide en ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les caractéristiques linguistiques probablement connues, voire utilisées par Albertine Hottin, deux intéressent particulièrement la [[protivophilie]] qui cherche tout sur rien : Le sens du mot ''[[rien]]'' et les dérivés du terme ''niant''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La région normande conserve l'ancien sens de rien qui vient du latin ''rem'', accusatif de ''res'' &amp;quot;chose&amp;quot;. L'usage de ''rien'' en ce sens est confirmé par le ''Glossaire de la langue d'oïl'' qui recense le vocabulaire entre les XI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XIV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècles &amp;lt;ref&amp;gt;''Glossaire de la langue d'oïl'', 1891 - [https://archive.org/details/glossairedelala01bosgoog/page/410/mode/2up?view=theater En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou par le ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Eugène Godefroy, ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle'', tome VII, 1892 - [https://archive.org/details/GodefroyDictionnaire7/page/n199/mode/2up En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Jusque dans le courant du XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ''rien'' est un mot du genre féminin. Tout en précisant que cet usage est &amp;quot;''vieilli ou littéraire''&amp;quot;, le ''Trésor de la langue française'' indique qu'il s'emploie encore au XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle avec un sens voisin de &amp;quot;quelque chose&amp;quot; dans les contextes à orientation négative &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Rien&amp;quot; sur le ''Trésor de la langue française'' - [http://www.cnrtl.fr/lexicographie/rien En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et cite, parmi d'autres, l'exemple suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n'ai nullement l'intention, l'illusion, de fixer rien d'éternel''&amp;lt;ref&amp;gt;André Gide, ''Geneviève'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:bal.jpg|300px|vignette|droite|&amp;quot;''Alors on danse ?''&amp;quot; dit Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev&amp;lt;ref&amp;gt;Propos hypothétiques d'Albertine Hottin rapportés par l'historien Paul &amp;quot;Stromae&amp;quot; Van Haver dans son ouvrage éponyme - [https://www.youtube.com/watch?v=VHoT4N43jK8 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Avec un sens dérivé, dans les époques contemporaines, rien est un nom de genre masculin qui exprime une petite quantité de quelque chose. Dans ce cas il n'est pas invariable : Des riens ne sont pas rien, même lorsqu'ils en sont une. Comme cela est encore aujourd'hui en usage en Normandie — et ailleurs — le mot ''rien'' est employé en antiphrase pour exprimer une grande quantité. Il est synonyme de ''beaucoup'', ''très'', ''énormément'', etc. Albertine Hottin doit connaître cette manière d'employer rien. Même l'écrivain Émile Zola l'utilise pour ses personnages &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Zola, ''La terre'', 1887 - [https://fr.wikisource.org/wiki/La_Terre_(%C3%89mile_Zola) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet usage n'est pas seulement un &amp;quot;régionalisme&amp;quot; mais aussi d'un emploi populaire. Se basant sur une recension de mots de la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et le début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le ''Dictionnaire de l'argot du milieu'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dictionnaire de l'argot du milieu'', 1928 - [https://www.languefrancaise.net/dev6/uploads/Argot/L/Lacassagne1928/l-argot-du-milieu-lacassagne-1948.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ne s'y trompe pas. ''Rien'' a de nombreux synonymes pour exprimer la petite quantité de quelque chose, voir son absence, alors qu'aux entrées &amp;quot;Très&amp;quot; et &amp;quot;Beaucoup&amp;quot;, &amp;quot;Rien&amp;quot; est donné en synonyme. Les mots de l'infantophile poétesse Frédérique &amp;quot;Dorothée&amp;quot; Hoschedé semblent sortis de la bouche même d'une Albertine Hottin un rien agacée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Arrête de m'embêter !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu fais rien qu'à m'énerver !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu profites que je ne suis''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Qu'une pauvre petit' fille !'' &amp;lt;ref&amp;gt;Dorothée, ''Bien fait pour toi'', 1986 - [https://www.youtube.com/watch?v=9XVetuMeYQs En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lexiques des parlers normands du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle listent les mots ''niant'', ''niantise'' et ''nianterie'' &amp;lt;ref&amp;gt;Par exemple, A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le premier qualifie une personne jugée niaise, et est probablement à l'origine de l'expression ''être gnan-gnan''. La niant-nianterie est une expression normande attestée. Féminins, les deux autres désignent une niaiserie, une bêtise. Leur étymon est ''niant'', avec le sens de ''néant''. Issues du latin, des formes proches sont mentionnées par les lexicographes du français ancien. Selon le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', ''nient'' ou ''niente'' signifient &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;nullement&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Nient&amp;quot; sur le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', tome VIII - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50687j/f33.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. ''Néanmoins'' se dit alors ''nientmoins''. D'évidence, une ''nianterie'' est une ''nienterie''. Le ''Glossaire de la langue romane'' liste aussi ''niens'' et ''noiant'' avec le sens de &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;aucune chose&amp;quot;. Le verbe ''anienter'' et ''anientir'' signifient &amp;quot;réduire à rien&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort, ''Glossaire de la langue romane'', 1808. Tome I - [https://archive.org/details/glossairedelala05roqugoog En ligne]. Tome II - [https://archive.org/details/glossairedelala04roqugoog En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signification &amp;quot;aucune chose&amp;quot; pour ''niente'' est encore attestée dans le français moderne dit argotique. Les ''noiantels'' — les &amp;quot;''gens qui ne sont rien''&amp;quot; selon le philosophe Emmanuel Macron — ne sont que ''nientailles''. Comme Albertine Hottin. Les trois lettres de la jeune Albertine à son &amp;quot;''ami''&amp;quot; qu'elle déclare aimer ne semblent pas contenir de &amp;quot;normandismes&amp;quot;. Ou alors ils ne se distinguent en rien du français parisien standard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile de déterminer quelles sont les occupations culturelles d'Albertine Hottin. Selon ses propres mots, elle fréquente parfois le théâtre. Dans la troisième lettre, elle dit à ce sujet : &amp;quot;''je nè pas voulu allez aucun thatre je netais pas assez gaei.''&amp;quot; Les deux billets de faveur pour les théâtres du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot; /&amp;gt; et de Cluny &amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot; /&amp;gt;, conservés par les archives de Zurich, laissent imaginer que les deux ont eu pour projet d'assister ensemble à des représentations. Ce ne sont pas des entrées gratuites, mais des réductions. Un franc par place, plutôt que trois, au Châtelet et en demi-tarif pour celui de Cluny. Pour avoir un ordre de grandeur, l'Annuaire statistique de 1878 indique que le salaire annuel d'une domestique à Paris se situe entre 300 et 500 francs, soit environ 25 à 40 francs par mois &amp;lt;ref&amp;gt;''Annuaire statistique de la France'', 1878 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505170r/f274.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Convictions ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des recherches sont encore à entreprendre pour croquer la vie d'Albertine Hottin lors de la Commune de Paris. La rencontre avec Sergueï Netchaïev a lieu juste avant. Parmi son cercle familial, la répression contre les hominines ayant participé à ce soulèvement n'est pas une inconnue. Léon Sainte Croix et Ernest Pierre Cherfix sont emprisonnés brièvement à la suite du soulèvement de la Commune de Paris de 1871. Le premier est jugé par le vingt-troisième conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 551, dossier n°235 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; qui siège à Versailles du 15 février au 30 juillet 1872. Ernest est inquiété pour son appartenance au 120&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; bataillon de la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot; /&amp;gt;. Il est transféré vers Lorient où il est placé en détention à la citadelle de Port-Louis puis sur le ponton ''La Vengeance'' avec plus de 600 autres hominines &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Les pontons&amp;quot; dans le journal ''Radical'', 17 octobre 1871 - [https://www.retronews.fr/journal/le-radical-1871-1872/17-octobre-1871/2835/4446427/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un non-lieu est prononcé en sa faveur le 17 février 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 478, dossier n°15974 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres d'Albertine Hottin ne permettent pas de déterminer son rapport à la politique. Est-elle attentive à son environnement social et politique ? Y est-elle active ? En réponse à une question de Sergueï Netchaïev, la seule nouvelle politique qu'elle donne est dans le domaine de l'économie, à propos d'un emprunt français, et rapporte les inquiétudes du journal ''Le Figaro'' et les commentaires de politiciens à ce sujet. Rien de très fouillé. Si Albertine Hottin est employée par des membres de la classe politique et/ou économique, elle peut avoir accès plus facilement à des informations diverses et avoir vent de ce qu'il se dit sur tel ou tel sujet. Travaille-t-elle pour le député Louis Martel ou pour François Xavier Merlin qui habitent tout deux au 180 boulevard Haussman ? L'un, député du Pas-de-Calais, est vice-président du conseil supérieur de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie, président de la commission des grâces après la Commune. Élu sénateur en 1875. L'autre est un colonel de l'armée française, président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Peut-on rien comprendre à la vie humaine, si l'on ne commence pas par comprendre que toujours c'est la pauvreté qui surabonde en grandeur ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Maritain, ''Humanisme intégral'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Fin ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort par tuberculose le 19 mars 1906 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot; /&amp;gt; est un indicateur des conditions sociales d'Albertine Hottin. À la charnière des XIX et XX&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; siècles, la tuberculose se propage en France. Même si le chiffre de 150000 décès par an est infondé&amp;lt;ref&amp;gt;Arlette Mouret, &amp;quot;La légende des 150 000 décès tuberculeux par an&amp;quot;, ''Annales de démographie historique'', 1996 - [https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1996_num_1996_1_1910 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le nombre de mort inquiète les autorités politiques. Après un dizaine d'années d'études des conditions d'hygiène dans plusieurs quartiers de Paris, treize îlots urbains sont identifiés dans la ville pour être des lieux propices à l'émergence ou la diffusion de la tuberculose. Sombres pour l'étroitesse de leurs rues et pathogènes pour les conditions de vie. La maladie et son mode de contagion ne sont pas encore totalement compris&amp;lt;ref&amp;gt;Stéphane Henry, &amp;quot;De la phtisie, «maladie romantique», à la tuberculose, «maladie sociale»&amp;quot;, ''Vaincre la tuberculose (1879-1939) : La Normandie en proie à la peste blanche'', Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013 - [https://doi.org/10.4000/books.purh.5523 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les premiers essais en vue d'un traitement progressent. Les causes d'apparition de la tuberculose sont le manque de lumière et d'aération dans les logements ou le surpeuplement colocatif. La pauvreté et la malnutrition sont évidemment des facteurs aggravants. Pour l'année 1906, le rapport rendu au préfet après l'étude de 425 maisons, représentant 20500 logements pour 47000 hominines, préconise des travaux dans plusieurs milliers de chambres et d'appartements jugés trop sombres et mal aérés&amp;lt;ref&amp;gt;''Rapport à M. le préfet sur les enquêtes effectuées dans les maisons signalées comme foyers de tuberculose'', 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56808027 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'interdiction à la location pour certains logements. Les 13 îlots urbains considérés insalubres seront détruits dans les décennies suivantes. Albertine Hottin ne vit pas dans l'un de ces îlots. Cuisinière, elle habite peut-être dans un logement mal aéré ou mal éclairé, celui réservé aux domestiques sous les toits ? Les quartiers parisiens en sont pleins pour &amp;quot;''faire danser la bourgeoisie''&amp;quot; comme le note le sociologue de la danse Mounir &amp;quot;Hornet La Frappe&amp;quot; Ben Chettouh&amp;lt;ref&amp;gt;Hornet La Frappe, &amp;quot;Bourgeoisie&amp;quot; sur l'album éponyme, 2018 - [https://www.youtube.com/watch?v=DQl_Xcg_QJQ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quoiqu'il en soit, la tuberculose a su trouver son chemin jusqu'à elle. Jean Cocteau, qui habite au 6 de la rue de Surène vingt ans plus tard, ne semble plus incommodé par la présence tuberculeuse. Il y installe même sa petite fumerie d'opium personnelle. Au bas de l'immeuble, le boucher et le restaurant de 1906 sont aujourd'hui devenus deux petits restaurants et le 6 de la rue est aussi l'adresse de l'hôtel deux étoiles &amp;quot;La Sanguine&amp;quot;. Lorsqu'elle meurt en 1906, le 6 est l'adresse de l'hôtel de la Madeleine. Albertine Hottin est-elle logée dans une des chambres ? Exerce-t-elle le métier de cuisinière tout simplement dans le restaurant au pied de l'immeuble ? Ironie de l'histoire, le lendemain de son décès, le quotidien ''Le Petit Journal'' publie en première page un article sur le sort qui est fait aux domestiques, particulièrement les femelles. Sobrement intitulé &amp;quot;La question des domestiques&amp;quot;, il rappelle qu'il est &amp;quot;''de notoriété [...] qu'à Paris c'est au dernier étage où les jeunes filles se couchent, qu'elles contractent la tuberculose, et parfois de pires maladies.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Petit Journal'', 20 mars 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k617472s En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Parmi les maîtres, il existe une &amp;quot;''fâcheuse habitude parisienne qui relègue les domestiques au sixième étage des maisons, dans des mansardes mal cloisonnées, loin de toute surveillance.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Surene1910.jpg|200px|vignette|droite|Dernière adresse d'Albertine Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Photographie datée de 1910, quatre ans après la mort d'Albertine Hottin&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
La mise à la fosse commune de sa dépouille en 1906 est sans doute aussi le reflet de sa condition sociale. D'après les archives, ses deux sœurs sont toujours domiciliées à Paris. Veuve depuis 1892, Irma est couturière à Neuilly-sur-Seine en 1904. Elle meurt trente ans plus tard à Paris. Après avoir vécu quelques années dans la Somme, Léonie, son époux et leur progéniture, retournent à Paris. Leur dernier enfant, un hominine mâle, naît en 1886 dans cette ville. En 1900, Léonie est encore à Paris selon l'acte de mariage de sa fille. Elle y meurt en 1918. Abandonné à sa naissance, Ernest Hottin n'a probablement aucun lien avec sa mère biologique. Il vit en Normandie. Lucie, la fille d'Albertine, vit en Picardie. Elle s'y marie en 1899. Aucune indication sur les liens qu'Albertine Hottin entretient avec sa parentèle. [[Rien]]. Impossible de déterminer ses relations sociales. Évidemment, il est fort probable qu'elle dise parfois &amp;quot;''Bonjour !''&amp;quot; à Monsieur Frenea, le boucher du bas de l'immeuble de la rue de Surène, ou qu'elle regarde avec indifférence les hominines qui sortent du numéro 7, le siège de la société coloniale commerciale des Sultanats du Haut-Oubangi&amp;lt;ref&amp;gt;Le Haut-Oubangi est un territoire colonial français d'Afrique centrale entre 1894 et 1904. Il est réuni en 1904 avec le Haut-Chari pour former l'Oubangui-Chari qui dévient la République centrafricaine (RCA) en 1960.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle est déjà passée devant le café du Siècle, au numéro 9, a déjà ralenti devant les curiosités de la boutique de Madame Daubernay au 3, croisé des livreurs de vins ou entendu les compositions de Charles Lecocq, le musicien du 28. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De partout on y vient''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On salue, on cause''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De tout et puis de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On cause de tout, on cause de rien, de rien, de tout, de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose'' &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de l'opéra-comique en trois actes ''Ninette'' de Charles Clairville, musique de Charles Lecocq, 1896 - [https://vmirror.imslp.org/files/imglnks/usimg/f/ff/IMSLP222532-SIBLEY1802.21030.63c2-39087011139500score.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une archéologie du paysage sonore &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Mylène Pardoën, &amp;quot;''l’archéologie est une science auxiliaire de l’histoire (en tant que celle-ci est la science du passé) à partir des périodes où monuments et documents écrits coexistent. (dictionnaire de l’Académie française). Ce terme me semble approprié car l’archéologie du paysage sonore s’appuie sur des témoignages textuels ou visuels afin de reconstituer les ambiances.''&amp;quot; À écouter &amp;quot;Archéologie sonore, écouter les sons du passé&amp;quot; dans ''Le cours de l'histoire'', novembre 2021 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/archeologie-sonore-ecouter-les-sons-du-passe-3462720 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; est encore à faire. Elle sait discerner qui, dans son voisinage, est le médecin ou l'avocat de l'hominine qui travaille pour la teinturerie ou dans les cafés et restaurants. La boutique de lingerie du 7 et le crémier du 5 n'ont pas la même clientèle que la vitrerie et les tapissiers. Se relationne-t-elle avec ses collègues hors du cadre de son travail ? Comme pour les recherches protivophiles autour de [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si Albertine Hottin a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ? Qui sont ces personnes ?''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt; Dans les deux cas, cette question reste sans réponse. Les uniques êtres vivants à pouvoir vivre aussi longtemps pour être contemporains d'Albertine Hottin sont les arbres et donc à en avoir une hypothétique forme de souvenir. Mais les remaniements urbanistiques ont eu raison d'eux. Une photographie des alentours du 62 avenue des Ternes montre que les arbres ont été remplacés par d'autres. Les hypothèses les plus sérieuses sur les raisons de la mise à la fosse commune sont celles liées à l'impossibilité pour Albertine Hottin de se payer une sépulture, une ignorance de sa mort par sa proche parentèle avant la date maximale fixée par les réglementations, une absence de volonté ou une difficulté à prendre en charge les frais pour les proches — les liens familiaux sont des processus complexes.  Le registre des transports de corps payants &amp;lt;ref&amp;gt;Transports de corps payants, 23 mars 1906 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/pomp.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; indique que les frais de pompes funèbres s'élèvent à 49 francs et que sur les neuf classes d'enterrement — la première étant la plus luxueuse — Albertine Hottin bénéficie de la huitième &amp;lt;ref&amp;gt;Sur les classes d'enterrement, voir ''Ordonnateurs de convois funéraires'' sur Geneawiki - [https://fr.geneawiki.com/wiki/Ordonnateurs_de_convois_fun%C3%A9raires_-_Paris En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Morte un peu moins d'un mois après son père, elle n'a pas le temps de profiter de l'héritage familial &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Albertine Hottin décède dans un contexte social particulier. Quelques jours après la mort de plus d'un milliers de mineurs de charbon dans le nord de la France le 10 mars et quelques mois avant l'instauration en France d'une journée de repos obligatoire le dimanche pour les hominines dont elle ne profitera donc jamais. Elle meurt un lundi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Dans nos familles, on boit dans des verres à moutarde. Nous ne sommes pas des aristocrates. Nous manquons d’élégance ; et notre race est incertaine. Mais nous n’oublions rien.''&amp;lt;ref&amp;gt;[[Alain Chany]], ''L'ordre de dispersion'', Gallimard, 1972. Cité à l'entrée &amp;quot;Un plat qui se mange froid&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Multivers onarien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme ''onirique'', le néologisme ''onarien'' est basé sur l'étymon ''ὄναρ'', prononcé &amp;quot;ónar&amp;quot; en grec ancien, qui signifie ''rêve'' et au sens figuré ''rêverie''. Il est généralement employé dans le cadre très spécifique des ''Albertine's Studies''. L'expression ''multivers onarien'' désigne l'ensemble des vies d'Albertine Hottin dans les imaginaires d'autres hominines. Non pas celles, hypothétiques, qu'elle aurait pu avoir mais celles, réelles, qu'elle n'a pas eu. Malgré sa mort en 1906, elle continue à exister pour d'autres hominines grâce à de multiples mécanismes qui structurent le multivers. Les quelques décennies qui séparent sa mort de sa première mention post-mortem restent mystérieuses. L'absence de traces écrites empêche une véritable archéologie de son souvenir. Combien d'hominines se souviennent encore d'elle en 1973, date de la parution en anglais d'un article d'historien qui la mentionne. Y a-t-il réellement une continuité mémorielle entre 1906 et 1973 ? Impossible d'affirmer quoi que ce soit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'espace francophone, la première mention explicite d'Albertine Hottin date de 1989 dans une biographie de Sergueï Netchaïev &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot; /&amp;gt;. Le film ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot; /&amp;gt; de 1974 met en scène un personnage d'Albertine, sans que cela soit explicitement précisé qu'il s'agisse d'elle. Le scénario se passe à Zurich. Il faut attendre 2017 et la parution des ''Analectes de rien'' &amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017&amp;lt;/ref&amp;gt; de [[F. Merdjanov]] pour que le nom d'Albertine Hottin réapparaisse publiquement. Une courte allusion lui est faite. C'est au cours de ces décennies de maturation que sont nées les ''Albertine's Studies'' dont les (premiers) travaux sont publiés dans un article biographique entamé en 2018 &amp;lt;ref&amp;gt;Véritable article de référence, il est le plus complet travail réalisé à ce jour sur Albertine Hottin - [https://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. La même année, elle est ajoutée sur la page de l'encyclopédie ''wikipédia'' consacrée à Sergueï Netchaïev. Puis, elle est brièvement évoquée en 2021 dans l'ouvrage [[Protivophilie|protivophile]] ''Poésie par le fait/faire. Géographie po(l)étique des avant-gardes de Russie'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt; qui lui est dédié. Rien de plus. Ce retour, même discret, se matérialise dorénavant par une existence sur le réseau internet à travers la présente page. Via des moteurs de recherche ou des intelligences artificielles. Pour qui cela amuse, il est maintenant techniquement concevable de faire des hypertrucages avec Albertine Hottin discutant avec qui elle veut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Onarien.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- T’as dis quelque chose ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Non, rien...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Ah, j’avais cru.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- C’est rien !'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Éloge de rien'', 2014 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/ElogeDeRien.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les recherches autour du multivers onarien ne sont pas une simple énumération ou une chronologie des mentions d'Albertine Hottin sur les supports modernes. Elles explorent les chemins sinueux que prennent les pensées des hominines. De par la diffusion des quelques écrits la mentionnant, Albertine Hottin est entrée dans des imaginaires du présent qui ne sont pas les siens ou ceux d'hominines la connaissant. De la simple découverte de son existence au détour d'une lecture à son évocation dans cette biographie ou au détour d'une discussion, elle est unr réalité dans plus d'esprits qu'elle ne l'a jamais été. Ce phénomène n'est pas quantifiable et ne peut être réduit au nombre d'exemplaires des ''Analectes de rien'' ou de ''Poésie par le fait/faire'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt;. Même si cette présence est très probablement évanescente, dorénavant elle peut fournir du contenu à un univers onirique. Avec autant de flou que peut l'être un rêve. Avec autant de possibilités qu'offrent ce phénomène. Pour qui rêve, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de matière pour alimenter les détails d'un scénario. Que les personnages présents soient de simples PNJ &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie Wikipedia, &amp;quot;''un personnage non-jouable, également appelé personnage non joueur, désigne tout personnage de jeu de rôle ou de jeu vidéo qui n'est pas contrôlé par les joueurs.''&amp;quot;&amp;lt;/ref&amp;gt; ou le cœur du songe. Rien n'oblige à ce que cela corresponde à la réalité des hominines. Ainsi, Albertine Hottin peut être vue habillée en jeans-tee shirt-basket, faisant du ski dans les Alpes ou lisant ''Sur les cimes du désespoir'' d'Emil Cioran. Elle peut apparaître grande et rousse, ou petite et ronde, alors même que rien n'est su sur sa morphologie. Et même avoir le physique d'une autre personne clairement identifiable. Est-elle déjà montée sur le dos d'une licorne ou est-elle capable de voler dans les airs ? Connaît-elle personnellement Bilbo le hobbit ? Dans le multivers onarien de telles possibilités sont infinies. Albertine Hottin peut parler diverses langues, écouter de la musique classique ou du hardcore-métal, rire bruyamment ou n'être qu'une ombre. Il est possible de discuter avec elle ou de se contenter de sa discrète présence. De s'en faire une amie ou de l'ignorer. Et cetera, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté avec le multivers onarien n'est pas sa conceptualisation mais le recueil des différentes expériences auprès des hominines qui l'ont partiellement exploré. Partant de rien, la méthode est encore à définir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== P’têt ben qu’oui ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est à ce jour impossible d'affirmer l'unicité des deux Albertine Hottin car, pour l'instant, aucun document ou archive ne permet de certifier un lien entre les deux : L'une rue de La Vrillière en 1872 et l'autre boulevard Haussmann en 1876. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ces deux Albertine ne font qu'une, cela signifie qu'elle rencontre Sergueï Netchaïev vers l'âge de 19 ans. Lui en a 23. Lieu de leur rencontre, la rue du Jardinet est détruite en 1875&amp;lt;ref&amp;gt;La rue du Jardinet actuelle est l'ancienne Cour de Rohan qui prolongeait l'ancienne rue du Jardinet.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P’têt ben qu’non ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment expliquer qu'une jeune domestique rencontre un hominine &amp;quot;serbe&amp;quot; dans un quartier d'imprimeurs, de relieurs et de libraires ? Le billet de bal conservé par Sergueï Netchaïev et imprimé dans la rue du Jardinet fait-il le lien ? Est-ce qu'Albertine côtoie les hominines de sa famille qui sont dans les métiers du livre ? L'imprimerie Quantin a-t-elle participé à des projets de journaux ou de livres politiques ? Est-ce la Commune de Paris qui fait le lien entre les cercles familiaux Hottin/Cherfix et Sergueï Netchaïev ? Est-ce le travail de ce dernier ou ses activités politiques ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse la plus [[Protivophilie|protivophile]] est sans doute celle d'Edouard Hottin, cousin du père d'Albertine. Pour le plaisir des mots, il est facile d'imaginer que tout se joue autour de ce chimiste né à Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot; /&amp;gt;. Mais cela ne repose pour l'instant sur rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pour rien ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la postface de ''Analectes de rien'' de [[F. Merdjanov]], publié en 2017, les éditions Gemidžii précisent qu’elles auraient pu prendre le nom de Éditions Albertine Hottin, &amp;quot;''comme une dédicace […] un clin d’œil, une tentative de démythification''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt;, si elles avaient été adeptes d’un tel procédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le très merdjanovien ''Poésie par le fait/faire''&amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot;&amp;gt;''Poésie par le fait/faire'', 2021 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Poezi.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, publié en 2021 par Z-ditions de l’Amphigouri, est dédicacé à Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Galerie ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
PlanJardinet.jpg|Rue du Jardinet vers 1870&lt;br /&gt;
Genindus.jpg|Procédé chimique de la Hottine&amp;lt;ref&amp;gt;''Le Génie Industriel'', 1&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; janvier 1865 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6546728v/f56.item En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Extrad.jpg|Affiche de ''L'Extradition''&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin&amp;diff=21490</id>
		<title>Albertine Hottin</title>
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		<updated>2026-05-01T16:23:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Environnement familial */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|'''Albertine Hottin''' (Албертине Оттин en [[macédonien]] - Albertina Hottin en [[nissard]]). Compagne de Sergueï Netchaïev entre 1870 et 1872 après JC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;ref&amp;gt;Un excès de romantisme pourrait laisser penser que ces initiales ne se rapportent pas au messie des christiens mais à Juliette Capulet, l'héroïne de ''Roméo et Juliette'', le drame shakespearien. Mais il n'en est rien, &amp;quot;''toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite''&amp;quot;. Voir l'adaptation de Phil Nibbelink en 2006 ''Romeo and Juliet: Sealed with a Kiss'' où Juliette et Roméo sont des otaries - [https://www.youtube.com/watch?v=NsK9xWjAYCE En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Biographie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le révolutionnaire russe [[Hache#Société_de_la_Hache|Sergueï Netchaïev]] voyage avec un faux passeport serbe au nom de Stepan Grazdanov &amp;lt;ref&amp;gt;Mêmes initiales que Netchaïev dont le nom complet est Sergueï Guennadievitch (Netchaïev)&amp;lt;/ref&amp;gt; obtenu grâce à des révolutionnaires macédo-bulgariens &amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Stonoff, ''Un centenaire bulgare parle'', Notre Route, 1963 - [https://libcom.org/files/Un_centenaire_bulgare_parle_-_Nicolas_Stonoff.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il se déplace entre Paris et la Suisse de 1870 à 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Nechaevshchina: An Unknown Chapter&amp;quot;, ''Slavic Review'',‎ Vol.32, N° 3, 1973 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/woodnetch.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'année de son arrestation en Suisse puis de son extradition vers la Russie &amp;lt;ref&amp;gt;Voir le chapitre &amp;quot;Société de la Hache&amp;quot; dans l'article sur la [[hache#Société de la Hache|hache]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives de Zurich détiennent des lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev – qu'elle connaît sous le pseudonyme de Stephan – dans lesquelles ce dernier fait part de ses sentiments, bien loin des considérations politiques qu'il développe dans ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'' en 1869 &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'', 1869 - [http://durru.chez.com/netchaev/lecat.htm En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et des tristes caricatures qu'ont fait de lui des littérateurs &amp;lt;ref&amp;gt;Ivan Tourgueniev, ''Père et Fils'', 1862. Fiodor Dostoïevski, ''Les Démons'', 1871&amp;lt;/ref&amp;gt;, &amp;quot;''mélange de père-fouettard et de froideur militante''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot;&amp;gt;F. Merdjanov, &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; (Postface), ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017 - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Prenant à contre-pied les classiques lectures dépréciatives de la pensée politique de Sergueï Netchaïev, Erwan Sommerer rappelle que &amp;quot;''Netchaïev, prenant acte du fait que toute révolution partielle est une révolution manquée, assume donc la table rase. C’est ce qu’il nomme la pandestruction — la destruction totale de l’ordre existant —, seule voie vers une situation d’amorphisme, c’est-à-dire l’état de disparition absolue de toutes les formes sociales et institutionnelles.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot;&amp;gt;Erwan Sommerer, &amp;quot;La férocité du peuple. Netchaïev avait un plan&amp;quot; dans ''Lundi Matin'', n°504, 14 janvier 2026 - [https://lundi.am/La-ferocite-du-peuple En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour lui, &amp;quot;''Netchaïev est cohérent : si les révolutions échouent à briser la continuité de l’oppression, c’est parce que les révolutionnaires se réservent par avance les meilleurs places dans les institutions à venir. Alors ne s’arroge-t-il pour lui-même et ses alliés aucun privilège de ce type. Le but n’est pas la conquête du pouvoir, mais la destruction des conditions de possibilité même du pouvoir.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot; /&amp;gt; Son plan est simple et son analyse limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La génération actuelle doit commencer la véritable révolution, commencer à bouleverser totalement toutes les conditions de la vie sociale ; elle doit détruire tout ce qui existe, sans réflexion, sans distinction, avec pour unique considération que ce soit le plus vite possible et à la plus grande échelle possible. Mais puisque cette génération a subi l’influence des conditions de vie répugnantes contre lesquelles elle s’insurge, l’œuvre de création ne peut lui incomber. Cette œuvre incombe aux forces pures qui se révèlent dans les jours de rénovation. Nous disons : les atrocités de la civilisation moderne dans laquelle nous avons grandi nous ont privés de la capacité de bâtir le paradis de la vie future dont nous ne pouvons rien savoir de précis, seulement qu’il sera l’exact contraire des horreurs présentes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Les principes de la révolution'', 1869. Cité dans ''La férocité du peuple''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Charles_Marville,_Rue_du_Jardinet,_ca._1853–70.jpg|200px|thumb|right|Rue du Jardinet (Paris - VI&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;) en août 1866]]Lors de ses différents séjours de plusieurs mois à Paris entre 1870 et 1872, Sergueï Netchaïev loge au 5 de la rue du Jardinet &amp;lt;ref&amp;gt;Dans le cadre d'un réaménagement urbain, la plus grande partie de la rue du Jardinet est détruite en novembre 1875 pour faire place au boulevard Saint-Germain. Voir [http://vergue.com/post/701/Rue-du-Jardinet en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une chambre meublée qu'il loue sous sa fausse identité serbe. En provenance de Londres, il arrive à Paris à la fin de 1870, alors que l'armée prussienne est aux portes de la ville. Il s'installe au 56 de la rue Saint-André-des-Arts &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'annuaire de 1871, cette adresse correspond à celle de l'hôtel New York, tenu par la veuve Canonne&amp;lt;/ref&amp;gt;, avant de déménager rapidement à quelques mètres de là, rue du Jardinet. Cette rue abrite alors de nombreux artisans du livre, graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, etc. Albertine Hottin vit dans la capitale française lors de la Commune de Paris entre le 18 mars et le 28 mai 1871 mais nous n’avons aucune information sur sa participation à ces évènements. Sergueï Netchaïev quitte la capitale française en février 1871 pour y revenir en novembre, puis s'absente de nouveau de Paris entre février et avril 1872. Dans sa correspondance sentimentale, il prétexte des affaires à régler avec ses parents pour expliquer ses absences. Lors de ses séjours parisiens, il exerce le métier de peintre d'enseignes pour gagner sa vie. Ses activités politiques restent mystérieuses. Dans des circonstances que nous ignorons, Albertine Hottin et Sergueï Netchaïev se rencontrent rue du Jardinet (6&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt; arr.) entre la fin 1870 et février 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''C'est là que j'ai eu le bonheur de vous parler pour la première fois [...]'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot;&amp;gt;Trois lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev, Été (?) 1871 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/albertine.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Suisse, Sergueï Netchaïev lui envoie ses lettres au 10 rue de La Vrillière dans le premier arrondissement parisien. En Suisse, les archives de Zurich conservent des brouillons de lettres de Sergueï Netchaïev et trois courtes lettres envoyées par Albertine Hottin. Elles ne sont pas datées mais selon les informations qu'elles contiennent elles sont probablement écrites à l'été 1871. L'adresse qu'elle fournit pour correspondre avec son &amp;quot;amoureux&amp;quot; est-elle la sienne propre ou celle de son lieu de travail ? Dans les affaires saisies lors de l'arrestation de Sergueï Netchaïev, outre cette correspondance, figurent des carnets dans lesquels sont notés des adresses parisiennes pour travailler, des listes de journaux militants et de lieux de discussions, des notes diverses, qui donnent des indications sur ses activités parisiennes et sur les périodes où il y séjourne &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot;&amp;gt;Jeanne-Marie Gaffiot, ''Netchaïeff'', L’âge d’Homme, 1989&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il garde aussi les billets d'entrée pour deux personnes au théâtre du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot;&amp;gt;''Les mousquetaires'' du 16 au 23 septembre 1871 au théâtre du Châtelet - [[Média:chatelet.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; et à celui de Cluny&amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot;&amp;gt;Billet de faveur au théâtre de Cluny - [[Média:cluny.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les deux billets sont des &amp;quot;billets de faveur&amp;quot;, accordés gratuitement pour une seule représentation. Les dates de représentation des ''Mousquetaires'' au théâtre du Châtelet, entre le 16 et le 23 septembre 1871, indiquent qu'il n'a pu s'y rendre, étant alors absent de Paris. Sont-ce des souvenirs liés à sa liaison avec Albertine Hottin, elle qui sous-entend aller parfois au théâtre ? Les archives zurichoises détiennent aussi un &amp;quot;''billet de faveur pour un cavalier''&amp;quot; valable en janvier 1872 pour un bal de nuit, &amp;quot;''paré, masqué et travesti''&amp;quot;, du vendredi soir à la salle du Pré-aux-Clercs&amp;lt;ref&amp;gt;Billet de faveur pour un cavalier valable en janvier 1872 pour un bal de nuit à la salle du Pré-aux-Clercs - [[Média:bal.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est imprimé 1 rue du Jardinet, à quelques pas de la résidence parisienne de Sergueï Netchaïev. À cette date, il est encore à Paris mais rien n'indique qu'il y soit allé se dégourdir les gambettes et se remuer le popotin en compagnie d'Albertine Hottin. Le ton des lettres reste &amp;quot;courtois&amp;quot; et nous ignorons si cette rencontre a débouché sur une progéniture&amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov (attribué à), ''L’énigme Floresco'', date inconnue, inédit&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'invisibilité sociale faite aux femmes dans l'écriture de l'Histoire occulte le plus souvent leur présence, schéma auquel n'échappent pas les mouvements révolutionnaires. Leur engagement est minimisé, empreint de romantisme, dévalorisé et expliqué par l’influence unilatérale d’un homme proche (père, frère, oncle, mari ou compagnon) dans des discours sexistes afin de correspondre à la prétendue &amp;quot;nature féminine&amp;quot; qui serait faîte de fraîcheur et de naïveté, de discrétion et de dévouement. Comme Albertine Hottin, disparue derrière la figure de Sergueï Netchaïev malgré son rôle dans la vie de ce dernier. D'elle, nous ne savons — pour l'instant — quasiment rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Nous savons peu de choses sur elle ; elle était alphabétisée mais pas très intelligente, politiquement naïve, et dévouée [à Netchaïev]'' &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Sergei Nechaev in the Period of the Paris Commune&amp;quot;, ''Bulletin. Classe des Sciences Sociales'', LIII,‎ 1974 [https://books.google.fr/books?id=a4DwCAAAQBAJ&amp;amp;lpg=PA145&amp;amp;ots=wI7jPV81Sn&amp;amp;dq=albertine%20hottin&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en nous gratifiant de quelques poncifs sexistes, ces mots de Woodford Mc Clellan confirment qu'il n'en sait pas plus. Peut-il se fier à trois courtes lettres pour être aussi affirmatif ? Les fautes d'orthographe et de syntaxe ne sont pas des marqueurs d'imbécilité mais indiquent peut-être une classe sociale n'ayant pas accès à l'éducation. Et d'autant plus pour une &amp;quot;jeune fille&amp;quot; dans les années 1870. Quand à la candeur, elle n'est peut-être que le reflet du caractère mièvre qui transpire très souvent des correspondances amoureuses, et la naïveté, une qualité/pathologie révolutionnaire...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mauvaise réputation de Sergueï Netchaïev, jugé calculateur et froid par ses détracteurs, permet d'émettre de multiples hypothèses sur la nature exacte de ses liens avec Albertine Hottin. Faut-il voir dans les correspondances disponibles une idylle naissante ou ne sont-elles que manipulation de l'un pour profiter des sentiments de l'autre ? Le jeune homme qu'est alors Sergueï Netchaïev succombe-t-il en [[amour]] ou cherche-t-il à impliquer, malgré elle, Albertine Hottin dans des projets clandestins ? Obtient-il des informations ou a-t-il accès à de potentielles cibles via Albertine Hottin ? Les quelques lettres échangées dans le courant du premier semestre 1870 entre Sergueï Netchaïev et Nathalie Herzen, alors qu'il est en Suisse, montrent qu'il est capable de jouer sur les sentiments amoureux dans un but politique, et inversement ! &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Catteau, Tatiana Bakounine, &amp;quot;Contribution à la biographie de Serge Nečaev : Correspondance avec Nathalie Herzen&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', vol. 7, n°2, avril-juin 1966 - [https://doi.org/10.3406/cmr.1966.1666 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans deux de ses lettres, semblant répondre aux inquiétudes de son Stephan, Albertine Hottin lui précise qu'elle prend bien garde de ne parler à personne de leur relation. L'insistance de Sergueï Netchaïev pour que leur correspondance reste secrète laisse à penser que, pour des raisons de sécurité, il préfère utiliser une adresse intermédiaire. Dans ce cas, le 10 rue de La Vrillière ne serait qu'une boîte aux lettres et non le lieu d'habitation d'Albertine Hottin. Selon l'annuaire de 1871, à cette adresse se trouve le coiffeur Eusèbe Alexandre Balesdan, les tailleurs Huiart et Neumann, la draperie en gros Boerne et Fabre, le crémier F. Lagache et un changeur. Les informations disponibles ne suffisent pas à déterminer les plans envisagés par Sergueï Netchaïev... Quoiqu'il en soit, les mots employés dans les lettres d'Albertine laisse entendre qu'elle n'est pas une militante révolutionnaire et n'est pas du tout au fait de la politique. Le &amp;quot;machiavélisme&amp;quot; politique assumé de Netchaïev incite à se questionner sur l'intérêt pour lui et ses projets révolutionnaires d'une telle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les affaires personnelles de Sergueï Netchaïev détruites par les matons de la forteresse Pierre et Paul figuraient des traductions et des commentaires de poèmes, ainsi que des récits et des fragments de plusieurs romans. Un volumineux roman, intitulé ''Georgette'', se déroule à Paris en 1870 et plusieurs récits sont compilés dans des &amp;quot;souvenirs de Paris&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Michael Confino, ''Violence dans la violence. Le débat Bakounine-Necaev'', Maspero, 1973&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'un d'eux, ''L'entresol et la mansarde'', était-il une référence à Tchernychevski &amp;lt;ref&amp;gt;Nikolaï Tchernychevski, ''Que faire ? Les Hommes nouveaux'', 1862-1863&amp;lt;/ref&amp;gt; ou une allusion romantique à Albertine ? Impossible d'en savoir plus car de ces écrits de Sergueï Netchaïev, il ne reste rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ses mémoires, Michael Sagine (aka Armand Ross) raconte&amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt; comment il récupère les papiers de Sergueï Netchaïev restés cachés à Paris mais ne précise pas s'il était aussi chargé d'avertir Albertine Hottin. Ni même s'il connaît son existence. Les éléments biographiques et historiques disponibles sur Sergueï Netchaïev ne sont pas en mesure d'en éclaircir les parts d'ombre. En adoptant la mythomanie pour stratégie, il brouille les cartes &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Vera Figner, &amp;quot;dans l'histoire du mouvement révolutionnaire en Russie, Netchaïev a été une figure tout à fait exceptionnelle, un personnage singulier dont nous n'avons jamais rencontré l'équivalent. Malgré tout ce qu'a de choquant pour nous la tactique cynique mise en pratique au cours de sa vie et fondée sur la maxime &amp;quot;La fin justifie les moyens&amp;quot; on ne peut cependant s'empêcher d'admirer sa volonté de fer et son caractère inébranlable, et de reconnaître le désintéressement qui a guidé toutes ses actions&amp;quot;.  Véra Figner, ''Mémoires d’une révolutionnaire'', Mercure de France, 2017 &amp;lt;/ref&amp;gt;, tout autant pour ses proches que pour ses détracteurs. Ces derniers lui reprochent de ne pas avoir d'autre projet que la destruction de tout et de n'avoir fait que du néant. Sans doute ses plus belles réussites... En optant pour le pragmatisme, les témoignages et les correspondances laissent transparaître de lui une approche politique qui mêle conspiration secrète de quelques uns et soulèvement généralisé dans des imaginaires, des alliances et des soutiens qui laissent septiques ses proches ou ses détracteurs &amp;lt;ref&amp;gt;Selon le bakouniniste Ralli, opposé à Sergueï Netchaïev, ce dernier est &amp;quot;un simple républicain qui admirait Robespierre tel qu'il se le représentait après quelques lectures. Netchaïev n'était pas socialiste ; il ne connaissait ni Marx ni le mouvement ouvrier international ; il avait très peu lu et même n'arrivait pas à comprendre la Commune de Paris ; il faisait partie des adeptes de Félix Pyat et des compagnons de ce dernier&amp;quot;. Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Le lecteur comprendra pourquoi on qualifie ce courant d'idée de nihilisme. On voulait dire par là que les partisans de cette idéologie n'admettaient rien (en latin : nihil) de ce qui était naturel et sacré pour les autres : famille, société, religion, traditions, etc. À la question qu'on posait à un tel homme : &amp;quot;''Qu'admettez-vous, qu'approuvez-vous de tout ce qui vous entoure et du milieu qui prétend avoir le droit et même le devoir d'exercer sur vous telle ou telle emprise ?''&amp;quot; L'homme répondait : &amp;quot;''Rien !''&amp;quot; (nihil). Il était donc &amp;quot;nihiliste&amp;quot;.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Voline, ''La révolution inconnue''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après les historiens netchaïevistes, Albertine Hottin est la seule compagne connue dans la vie amoureuse de Netchaiev &amp;lt;ref&amp;gt;En 1869 Vera Ivanovna Zassoulitch éconduit Sergueï Netchaïev, et rien n'est su d'une hypothétique relation entre lui et Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, avec qui il arrive en Suisse à la fin de la même année. Nathalie Herzen repousse aussi les avances d'un Netchaïev qu'elle déteste. La première se réfugie de nouveau en Suisse après la tentative d'assassinat au pistolet contre le général Trepov – seulement blessé – en 1878 et son acquittement surprise. Elle est membre de ''Terre et Liberté'', puis lors des scissions internes de ce groupe se tournera vers le marxisme – elle traduit Karl Marx en 1881 et correspond avec lui – avant d'être l'une des fondatrices d'un groupe marxiste en Russie ''Émancipation du travail'', en 1883. La seconde, Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, est une ex-étudiante en médecine, donc cantonnée à la profession de sage-femme par la loi russe, qui manifeste déjà en 1862 dans les contestations étudiantes. Elle accompagne Netchaïev auprès des révolutionnaires macédo-bulgariens, puis part avec lui vers la Suisse. Elle est chargée d'y collecter du matériel de propagande à ramener en Russie. Elle est arrêtée par la police russe. Dans une lettre du 30 mars 1870 au ministre de la Justice, envoyée de prison, elle dénonce Netchaïev et propose sa collaboration pour lui tendre un guet-apens. Proposition fictive ou réelle ? Elle est condamnée en août à la privation de tout ses droits et à l'exil définitif en Sibérie pour ses contacts avec Netchaïev. La troisième, Nathalie Herzen est la fille aînée (née en 1845) d'Alexandre Herzen le théoricien du populisme révolutionnaire en Russie. Elle assiste aux disputes politiques et divergences tactiques entre Bakounine et Netchaïev en Suisse. Michaël Confino, &amp;quot;Un document inédit : le Journal de Natalie Herzen, 1869-1870&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', 1969, Vol 10, N° 1 - [http://www.persee.fr/doc/cmr_0008-0160_1969_num_10_1_1770#cmr_0008-0160_1969_num_10_1_T1_0055_0000 En ligne]. Christine Fauré et Hélène Châtelain, ''Quatre femmes terroristes contre le tsar, Vera Zassoulitch, Olga Loubatovitch, Élisabeth Kovalskaïa, Vera Figner'', Maspero, Paris, 1978&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblant tout ignorer des activités illégales de celui qu'elle croit être Stephan, Albertine Hottin doit perdre brutalement tout contact avec lui après son arrestation en 1872 puis son extradition vers la Russie. Probablement ne sut-elle jamais rien de la mort de Sergueï Netchaïev en 1882 dans un cachot de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Le film helvétique ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot;&amp;gt;''L'extradition'' de Peter von Gunten, 1974.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, réalisé en 1974, retrace cette expulsion et dénonce l'hypocrisie d'une soit-disant neutralité de la Suisse. Parmi les personnages figure une Albertine, éphémère amante de Sergueï Netchaïev à Zurich — interprétée par l'actrice Silvia Jost — qui est probablement inspirée d'Albertine Hottin. Difficile d'être dans la certitude. Librement adaptée de l'affaire Netchaïev, cette fiction met en scène une Albertine auprès de laquelle les proches de Netchaïev viennent récupérer à Zurich une valise de papiers après son arrestation afin de s'en débarrasser. Cela rappelle l'épisode du passage de Michael Sagine à Paris pour le même motif. Dans ''L'extradition'', Albertine ne semble pas totalement ignorer qui se cache derrière le pseudonyme de Stepan Grazdanov.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Hypothèse protivophile ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives municipales de Paris ne mentionnent qu'une seule Albertine Hottin morte entre 1870 et 1920 dans la ville. Pour autant, la probabilité qu'elle soit celle recherchée n'est pas une preuve, seulement une piste... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son nom complet — cette Albertine Aimée Hottin décède à 54 ans le 19 mars 1906 à 19h30 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot;&amp;gt;Actes de décès daté du 20 mars 1906 - [[Média:albertinemort.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; à l'hôpital Beaujon dans le huitième arrondissement, près de son domicile situé au 6 rue de Surène. Selon les registres hospitaliers, elle meurt de la tuberculose le lendemain de son entrée à l'hôpital. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Ouen le 23 mars 1906&amp;lt;ref&amp;gt;Numéro 4038 du registre d'inhumations, division 27, ligne 17 - [[Média:registhin.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans la tranchée gratuite, l'autre nom de la fosse commune&amp;lt;ref&amp;gt;Registre journalier d'inhumation du cimetière de Saint-Ouen - [[Média:tranchee.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de décès précise qu'elle est célibataire et qu'elle exerce la profession de cuisinière. Albertine Aimée Hottin est née le 20 juillet 1851 à Ernemont-sur-Buchy, un petit village d'une centaine d'hominines en Seine Maritime &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance daté du 20 juillet 1851 - [[Média:albertinenaiss.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout comme ses deux sœurs aînées, l'acte de naissance est enregistré au nom de la mère, Cherfix. La plus âgée des trois sœurs naît de père inconnu alors que les autres sont reconnues à la naissance par Anselme Hottin. Le mariage en 1858 entre Marie Thérèse &amp;quot;dite Léonie&amp;quot; Cherfix et Anselme Charlemagne Hottin acte une reconnaissance légale de paternité pour les trois, qui se nomment dorénavant Hottin. Avant leur mariage, selon le recensement de 1841, Marie Cherfix et Anselme Hottin habitent à Bosc-Roger-sur-Buchy. Les parents de la première sont mareyeurs — synonyme de poissonnier — et elle y travaille avec eux et sa sœur Celina &amp;lt;ref&amp;gt;Surnom de Nina Louise ?&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Après la mort de ses deux parents, le futur père d'Albertine habite au même domicile que sa tante maternelle et son époux, propriétaire &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bosc-Roger-sur-Buchy, 1841 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/ddef48daf8ca236f0d6d8e61de3d4c50/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Âgé alors de 30 ans, il est indiqué qu'il est rentier &amp;lt;ref&amp;gt;Origine rente ? Bâtis ou terres ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dix ans plus tard, en 1851, les futurs parents d'Albertine Hottin apparaissent ensemble dans le recensement d'Ernemont-sur-Buchy. Lui est déclaré propriétaire cultivateur et elle servante, avec à charge sa fille Léonie Bathilde, née en 1845 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement d'Ernemont-sur-Buchy, 1851 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e9c9c209c8d5367692beceba3422f024/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La consultation de la &amp;quot;''liste nominative des habitants''&amp;quot; de 1846 — accessible aux archives départementales — pourrait permettre d'affiner la datation de leur déménagement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives des délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy indique que Anselme Hottin est membre du conseil municipal entre 1851 et 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy,  1838-1862 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta7e317b2b8c101caa/dao/0/3 En ligne] et 1863-1878 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vtaddaa78baa6e25244/dao/0/1 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À cette époque où la blague démocratique se met en place, les maires sont nommés par le préfet de région. Durant la période où Anselme Hottin est au conseil, les maires sont successivement Étienne Grenier d'Ernemont et Jean-Baptiste Malmaison. L'un est un ancien militaire et appartient à une famille d'aristocrates, héritière d'un titre seigneurial sur la région d'Ernemont, et le second est un notable local, propriétaire et cultivateur. En plus de sa fonction de maire, Étienne Grenier d'Ernemont est l'administrateur de l'hospice du village. Lui et sa famille sont les propriétaires du château et y habitent avec leurs domestiques. Les membres du conseil sont désignés par le maire parmi les hominines mâles appartenant à la notabilité locale : petit propriétaire, commerçant, instituteur ou artisan, par exemple. Ernemont-sur-Buchy ne fait pas exception. De part sa participation au conseil municipal, Anselme Hottin connaît la famille du comte Tanneguy De Clinchamp et du baron Adolphe D'André, membres du conseil qui ont reçu le château en héritage après le décès d'Étienne Grenier d'Ernemont. Le tissu social villageois est une [[macédoine]] complexe entre les hiérarchies sociales et les catégories professionnelles, entre les liens familiaux et les relations amicales, au sein d'un même village et entre eux. Les familles sont évidemment présentes sur plusieurs villages. Au mariage entre Anselme Hottin et Thérèse Cherfix, les témoins sont commis de commerce et ouvrier maréchal, cousin et ami, du côté du mâle et dans la cordonnerie du côté de la femelle. L'acte de naissance d'Albertine Hottin stipule qu'il est rédigé en présence de Louis Crosnier l'instituteur et de Louis Duboc, domestique de maison auprès du châtelain Étienne Grenier d'Ernemont. Les deux mêmes que pour Irma en 1850 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Irma Hottin, 13 avril 1850 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/dcace402d7b350d6ed313126e0ab6296/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le village d'Ernemont-sur-Buchy a la particularité d'abriter la congrégation religieuse christienne des Sœurs du Sacré-Coeur d'Ernemont, surnommée &amp;quot;Maîtresses des écoles gratuites, charitables et hospitalières du Sacré-Cœur d'Ernemont&amp;quot;. Fondée en 1690 par Barthélémy de Saint-Ouen, seigneur d'Ernemont et conseiller au parlement de Rouen, et son épouse Dorothée de Vandime, elle vise à l'enseignement scolaire des enfants et le service aux malades et vieillards. Se répandant à travers la Normandie, la congrégation assure l'enseignement et le soin dans de nombreuses villes et villages &amp;lt;ref&amp;gt; - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le but &amp;quot;''d’inculquer aux élèves la doctrine chrétienne, de leur apprendre à lire, à écrire, à calculer. La congrégation a pour but de former les femmes. La mixité est interdite même dans les écoles enfantines.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;D'après Catriona Seth, &amp;quot;Marie Leprince de Beaumont, une écrivaine normande&amp;quot;, ''Études Normandes'', 65e année, n°1, 2016 - [https://doi.org/10.3406/etnor.2016.3794 En ligne]. Originaire de Normandie, l'autrice Marie Leprince de Beaumont est célèbre pour ''La belle et la bête'', écrit vers 1750. Plusieurs de ses ouvrages mentionnent la congrégation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des cours gratuits pour les femelles adultes sont parfois organisés. Jusqu'au début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, il existe à Ernemont-sur-Buchy une &amp;quot;école pour filles&amp;quot;. L'église est attenante à l'hospice-école. Quatre religieuses se chargent de quelques pensionnaires, pour cause de maladie ou de vieillesse. Il est fort probable qu'Albertine Hottin et ses sœurs aient bénéficié de cet enseignement scolaire primaire. Ce qu'indique déjà les lettres d'Albertine à Sergueï Netchaïev.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Arrivée parigote ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le registre de la population de 1866 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de population d'Ernemont-sur-Buchy, 1866 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/1503e2c65ded1bb55a045b9234756a48/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine habite encore avec ses parents, agriculteurs, et sa sœur aînée Léonie Bathilde. L'autre sœur, Irma Léonie, à peine âgée de 16 ans, n'apparaît pas dans ce recensement comme si elle n'habitait déjà plus au domicile familial d'Ernemont-sur-Buchy. Pour des raisons qu'il reste encore à déterminer, le couple marital Anselme Hottin et Thérèse Cherfix déménagent à Bois-Guilbert entre 1867 et 1871. Sans que l'on sache si elles déménagent avec elleux, leurs trois filles partent pour la capitale dans cette même temporalité. Albertine Hottin arrive donc à Paris entre 1867 et 1870. Impossible de dire pour l'instant où elle s'installe et dans quelles conditions. Comment Albertine Hottin et ses deux sœurs trouvent-elles leurs emplois de domesticité ? Bénéficient-elles des réseaux de connaissance entre des familles de l'aristocratie de Normandie et de Paris ? Des liens entre une aristocratie et une bourgeoisie politique ? Parfois, ce sont des congrégations religieuses qui servent d'intermédiaires pour placer des domestiques dans des familles riches qui en réclament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La bourgeoisie se reconnaît à ce qu'elle pratique une morale étroitement liée à son essence. Ce qu'elle exige avant tout, c'est qu'on ait une occupation sérieuse, une profession honorable, une conduite morale. Le chevalier d'industrie, la fille de joie, le voleur, le brigand et l'assassin, le joueur, le bohème sont immoraux, et le brave bourgeois éprouve à l'égard de ces &amp;quot;gens sans mœurs&amp;quot; la plus vive répulsion. Ce qui leur manque que donnent un commerce solide, des moyens d'existence assurés, des revenus stables, etc. ! comme leur vie ne repose pas sur une base sûre, ils appartiennent au clan des &amp;quot;individus&amp;quot; dangereux, au dangereux prolétariat : ce sont des &amp;quot;particuliers&amp;quot; qui n'offrent aucune &amp;quot;garantie&amp;quot; et n'ont &amp;quot;rien à perdre&amp;quot; et rien à risquer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uni&amp;quot;&amp;gt;Max Stirner, ''L'Unique et sa propriété'', 1844 (traduction française de Robert L. Reclaire, 1899) - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Unique_et_sa_propri%C3%A9t%C3%A9_(traduction_Reclaire) En ligne]. ''Œuvres complètes. L'Unique et sa propriété et autres essais'', Éditions L'Âge d'Homme, 2012&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Menuparis.jpg|200px|vignette|droite|Gastronomie de guerre &amp;lt;ref&amp;gt;Menu du 25 décembre 1870. Café Voisin, 261 rue Saint-Honoré&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Après avoir été élu par les hominines mâles premier président de la Deuxième République française en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte proclame l'Empire de France en 1852 après son coup d’État de décembre 1851. Il prend alors le nom de Napoléon III, troisième fils de Louis Bonaparte dit Napoléon I&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et d'Hortense de Beauharnais. Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse et ses alliés. Les armées françaises ne parviennent pas à résister aux assauts prussiens et le Second Empire capitule en septembre 1870. L'empereur est fait prisonnier et l'impératrice doit fuir à l'étranger. En réponse à cette situation, les députés républicains modérés proclament la Troisième République depuis le parlement à Paris. Un Gouvernement de la Défense nationale est mis en place et la guerre continue. Avançant sur le territoire français, les armées prussiennes s'approchent de Paris mais ne parviennent pas à y entrer. Le siège de la capitale débute le 20 septembre 1870. Pendant un peu plus de quatre mois, les hominines de la ville subissent les restrictions qu'engendrent l'isolement de Paris. Les denrées se raréfient et les prix augmentent. D'évidence, les plus riches s'en sortent bien mieux que la grande majorité des hominines. Quelques accommodements gastronomiques s'imposent. Une bonne occasion de goûter de l'éléphant, du kangourou ou du chat. Les plus pauvres expérimentent le choléra et la malnutrition. Le rat n'a pas la même saveur que les animaux du zoo et le jeun prolongé n'est pas encore une médecine alternative populaire. &amp;quot;''Il y a, sur la place même de l'Hôtel de Ville, un marché de rats; et les rats se vendent 30 ou 40 centimes quand ils sont ordinaires, 60 centimes quand ils sont gras et bien en chair.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Edmond Deschaumes, ''Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris (1870-1871)'', 1890 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413390 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Même le privilégié Victor Hugo pleurniche sur son sort : &amp;quot;''Ce n’est même plus du cheval que nous mangeons. C’est peut-être du chien ? C’est peut-être du rat ? Je commence à avoir des maux d’estomac. Nous mangeons de l’inconnu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Victor Hugo, ''Choses vues 1849-1885'' - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141436z En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Le 31 octobre des républicains radicaux tentent un coup de force contre le  gouvernement de la Défense nationale et réclament la proclamation d'une Commune. Plutôt qu'une république à la démocratie représentative, la Commune est un principe politique qui prône la démocratie directe dans chaque villes et villages, puis leur fédération pour constituer une entité politique nationale. La tentative est un échec. C'est dans cette période troublée que Sergueï Netchaïev arrive à Paris, traversant les lignes prussiennes. Fin janvier 1871 le gouvernement signe un armistice franco-prussien. Le révolutionnaire russe quitte la capitale française en février. Dans cet intervalle de quelques mois, il fait la rencontre d'Albertine Hottin. Rue du Jardinet où il loge. Une dépêche télégraphique datée du 31 janvier &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot;&amp;gt;''Recueil des dépêches télégraphiques reproduites par la photographie et adressées à Paris au moyen de pigeons voyageurs pendant l'investissement de la capitale'', tome 1, 1870-1871 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5499951n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, via pigeon voyageur &amp;lt;ref&amp;gt;Victor La Perre de Roo, ''Le pigeon messager, ou Guide pour l'élève du pigeon voyageur et son application à l'art militaire'', Paris, E. Deyrolle fils, 1877 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5435176t En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, est envoyée de la ville de Bordeaux par Irma Hottin. Elle s'adresse à &amp;quot;''Melle Hottin, rue st-petersbourg, 2''&amp;quot; —  sans préciser s'il s'agit d'Albertine ou de Léonie. Elle dit qu'elle va bien, qu'elle est sans nouvelles de Bois-Guilbert — où habitent les parents — et donne son adresse bordelaise &amp;lt;ref&amp;gt;13 rue Bardineau. Pour information, l'annuaire de Bordeaux daté de 1866 indique que Paul de Lentz, le consul de Russie, habite au 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette présence à Bordeaux s'explique peut-être par le fait qu'elle travaille pour des hominines membres du &amp;quot;Gouvernement de Défense nationale&amp;quot;, des politiciens ou des militaires qui ont fui Paris devant l'avancée prussienne et trouvé refuge à Tours dans un premier temps, puis dans la ville de Bordeaux.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce choix politique de l'armistice ne passe pas auprès de républicains radicaux et d'une partie de la population. La colère gronde dans plusieurs villes françaises. L'ambiance est insurrectionnelle. À Paris, le gouvernement tente de désarmer la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot;&amp;gt;La garde nationale est l'ensemble des milices citoyennes formées dans chaque commune au moment de la Révolution française. Ses officiers sont élus et ne peuvent effectuer plus de deux mandats successifs. Elle est chargée du maintien de l'ordre en temps de paix et de force d'appoint en cas de guerre.&amp;lt;/ref&amp;gt; et provoque, en réaction, un soulèvement populaire dans plusieurs quartiers de la ville. La Commune est proclamée le 18 mars 1871 et le gouvernement est chassé à Versailles. Pendant 72 jours, la Commune de Paris est un laboratoire à ciel ouvert pour les aspirations révolutionnaires les plus diverses. La démocratie directe, l'égalité sociale, l'auto-gouvernement ou le partage s'expérimentent en direct. La place des hominines femelles est questionnée par les premières concernées &amp;lt;ref&amp;gt;Dans la continuité de leur lutte pour l'égalité et l'émancipation, de nombreuses hominines femelles prennent part à la Commune. Dont Louise Michel, Paule Minck ou Sophie Poirier, ou les russes Anna Jaclard et Élisabeth Dmitrieff, pour ne citer que les plus connues. Ou encore [[Louise Modestin]] pour les illustres inconnues. Elles participent à de nombreuses initiatives et, par exemple, une ''Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés'' est créée en avril 1871. Elles sont actives autant dans les cercles politiques, les associations d'entraide que sur les barricades. &amp;lt;/ref&amp;gt; et leurs alliés mâles. Le monde du travail, la culture ou la scolarité ne sont pas épargnés par les remises en cause proposées. Les opinions des hominines qui font vivre cette Commune ne sont pas un bloc monolithique. Les tendances et les approches sont multiples. S'affrontent parfois. Le contexte est celui d'une volonté permanente des forces versaillaises de mettre fin à cette expérimentation sociale et politique dissidente. Informé par des collègues à Paris et par la lecture de ce qu'il se dit dans la presse communaliste ou non, le correspondant de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) à Londres, Karl Marx, n'hésite pas à titrer : ''La guerre civile en France'' &amp;lt;ref&amp;gt;Karl Marx, ''La guerre civile en France'', 1871 - [https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/karl-marx-la-guerre-civile-en-france-1871/ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour les Versaillais il s'agit de la &amp;quot;Campagne de 1871 à l'intérieur&amp;quot;, le nom officiel des opérations anti-communalistes. Entre le 21 et le 28 mai 1871, les armées versaillaises répriment violemment la Commune de Paris. Les barricades ne sont pas suffisantes à défendre la ville insurgée. Cette &amp;quot;Semaine Sanglante&amp;quot; fait plusieurs milliers de morts lors des combats du côté communaliste et autant se font fusiller après leur capture. Les chiffres sont incertains. Près de 45000 hominines se font arrêter. Les archives de cette époque sont encore à explorer pour découvrir si Albertine Hottin est mentionnée. Les domestiques, cuisinières, valets et autres personnels de service ne sont pas les professions les plus impliquées dans le soulèvement communaliste &amp;lt;ref&amp;gt;''La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880)'' - [https://communards-1871.fr/index.php En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie dans les quartiers bourgeois de l'ouest de Paris n'est pas la même que celle des quartiers populaires. Moins de combats et de barricades. L'urbanisme est plus récent. Les familles bourgeoises qui investissent les VIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissements habitent des immeubles où leur domesticité a des espaces ségrégués pour y vivre. De part sa proximité géographique et l’enchevêtrement avec la réalité de ses maîtres, la domesticité bénéficient plus des avantages de sa condition sociale que les autres prolétaires. Si Albertine Hottin travaille pour une famille bourgeoise, elle a peut-être moins souffert de la faim lors du siège de Paris. Sergueï Netchaïev revient dans la capitale française en novembre 1871. Les trois lettres &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot; /&amp;gt; d'Albertine Hottin datent de cette période d'absence de Sergueï Netchaïev. Des lettres qu'il a envoyé, il ne reste que quelques brouillons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''maintenant je me dépêche pour jeter aujourd ma lettre a la post. Je vous demande très pardon que je vous ai laissé sans nouvelle et vous en demande. [...] Je vous aime encore pluq qu'auparavant, et je compte les heurs que devront crouler avant notre rencontre. je vous embrasse. tout à vous. Stéphan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#zur&amp;quot;&amp;gt;Enregistrés sous la classification Auslieferung des Sergius Netschajeff (Extradition de Sergueï Netchaïev) aux Archives de Zurich&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux sœurs d'Albertine, Léonie et Irma, se marient respectivement en 1874 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Léonie Bathilde Hottin et Louis Joseph &amp;quot;Édouard&amp;quot; Duval, 22 décembre 1874, Paris, 8e. Veuf depuis 1870 d'un premier mariage dans la Somme, il a une fille née en 1866. Celle-ci vit chez ses grands-parents maternels à Warlus dans la Somme (Recensement de 1872). Elle se marie à Paris en 1895.&amp;lt;/ref&amp;gt; et 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Irma Léonie Hottin et Amable Levadoux, 22 avril 1875, Paris, 8e. Né en 1844 et originaire de Marsat, dans le Puy-de-Dôme. Il décède à Paris en 1892 au 52 rue de Varenne dans le 7e. Peut-être arrive-t-il sur Paris via l'armée lors de la guerre contre la Prusse - [https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/ark:/72847/vtaf43f074402956764/daogrp/0/25 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le huitième arrondissement de Paris. L'une est cuisinière et se marie avec un cocher, et l'autre est femme de chambre et se choisit un maître d'hôtel pour conjoint. Les deux couples résident sans doute dans les chambres réservées au personnel. Irma et son époux habitent au 23 rue de Berri &amp;lt;ref&amp;gt;23 rue de Berri en 1875. 17 ferme des Mathurins en 1877&amp;lt;/ref&amp;gt;, une perpendiculaire à l'avenue des Champs-Élysées. Léonie et son époux ont pour adresse le 2 rue de Saint-Pétersbourg &amp;lt;ref&amp;gt;2 rue de Saint-Pétersbourg en 1874. 6 rue du Colisée en 1876. 126 rue Saint-Lazare en 1886&amp;lt;/ref&amp;gt;. Selon l'acte de naissance du 11 septembre 1873 établit au nom de son fils &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d’Édouard Léon Anselme Hottin, 11 septembre 1873, Paris, 8e&amp;lt;/ref&amp;gt;, né de père inconnu, Léonie habite à cette adresse. Si le message du pigeon voyageur du 31 janvier 1871 lui est bien adressé, cela laisse à penser qu'elle habite déjà à cette adresse début 1871 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot; /&amp;gt;. L'annuaire daté de 1872 qui liste les adresses pour l'année 1871 n'a pas été imprimé pour cause de guerre. Celui de l'année précédente indique que le député des Vosges Louis Buffet ainsi que &amp;quot;''Villeneuve, rentier''&amp;quot; habitent à cette adresse. Léonie est-elle employée par Villeneuve ou Buffet ? Sa jeune sœur Albertine est-elle avec elle ? Louis Buffet achète cet hôtel particulier en 1872 et s'y installe avec son épouse, leurs sept enfants et leurs domestiques. Le peintre Édouard Manet a son atelier au 4 de la rue entre 1872 et 1878 — l'immeuble apparaît en haut à gauche de son tableau ''Le chemin de fer'' et plus clairement dans les croquis qui lui servent de base &amp;lt;ref&amp;gt;Édouard Manet, ''Le chemin de fer'', 1873 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg En ligne]. Les croquis réalisés entre 1872 et 1873 - [https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/le-pont-de-leurope-etude-pour-le-chemin-de-fer-204821 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'atelier de Manet attire une foule d'artistes et de mondanités qui animent le quartier. &amp;quot;''Le chemin de fer passe tout près, agitant ses panaches de fumée blanche, qui tourbillonnent en l'air. Le sol, constamment agité, tressaille sous les pieds et frémit comme le tillac d'un navire en marche. Au loin, la vue s'étend sur la rue de Rome, avec ses jolis rez-de-chaussée à jardin et ses maisons majestueuses. Puis, sur la montagne du boulevard des Batignolles, un enfoncement sombre et noir : c est le tunnel, qui, bouche obscure et mystérieuse, dévore les trains s'engageant sous ses voûtes arrondies avec un sifflement aigu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Étienne Moreau-Nélaton, ''Manet raconté par lui-même'', tome 2, 1926 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9760965m/f30.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'adresse d'avant-guerre des Buffet se situe à quelques centaine de mètres de là, au 10 de la rue de Berlin (actuelle rue de Liège) dans le neuvième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Les actes de naissance de deux de leurs enfants en 1865 et 1870 confirment cette adresse. &amp;lt;/ref&amp;gt;. La famille Buffet sont des christiens&amp;lt;ref name=&amp;quot;#chr&amp;quot;&amp;gt;''Christien'' désigne les adeptes de Jésus ''aka'' Christ&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;, les chrétiens, comme le terme de ''mahométien'' désigne celles et ceux qui croient que Mahomet est un prophète — les musulmans —  ou celui de ''moïsien'' pour parler des adeptes de Moïse, les juifs.&amp;lt;/ref&amp;gt; de la branche catholique &amp;lt;ref&amp;gt;Pour une courte biographie de Louis Buffet - [https://books.openedition.org/igpde/1258 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Louis Buffet est nommé ministre de l'économie à deux reprises entre 1870 et 1871. Il reste en poste trois mois sous Napoléon III et, après être élu à la députation des Vosges sous la Troisième République, il est désigné de nouveau à ce poste mais n'y reste que 6 jours &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de l'Agriculture et du Commerce à deux reprises entre 1848 et 1851, il est élu président de l'Assemblée nationale en 1873 puis sénateur en 1876. Chef du gouvernement et ministre de l'intérieur de 1875 à 1876&amp;lt;/ref&amp;gt;. Son épouse, Marie Pauline Louise Target, est petite-fille de député, fille d'un ancien préfet du Calvados et sœur d'un député. Selon ses biographes, Louis Buffet et sa famille ne sont pas à Paris pendant la période de guerre. Illes sont au domaine de Ravenel &amp;lt;ref&amp;gt;''Ravenel, de l’origine à l’ouverture de l’hôpital psychiatrique'' - [http://www.ch-ravenel.fr/pdf/presentation/historique-ravenel.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; à Mericourt dans les Vosges. En zone occupée par la Prusse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le 23 de la rue de Berri, l'Annuaire daté de 1876 indique que &amp;quot;''Cheronnet, propriétaire''&amp;quot; est domicilié à cette adresse. Les voisins du 22 et du 24 sont respectivement Henri Louis Espérance des Acres, comte de l'Aigle et député de l'Oise, et le général et ancien sénateur Édouard Waldner. Lorsqu'Albertine Hottin dit dans sa troisième lettre &amp;quot;''nous sommes aller à la campagne cette semaine''&amp;quot;, en parlant de Neuilly-sur-Seine, fait-elle référence à des déplacements avec une famille bourgeoise qu'elle accompagne ? Elle mentionne aussi la fête de Neuilly (dite Fête à Neu Neu), probablement celle de l'été 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rue de La Vrillière où Sergueï Netchaïev envoie ses lettres est celle de la Banque de France. Membre de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1871 à 1876, Louis Buffet et sa famille ont-illes été logé temporairement dans un immeuble de la rue, un &amp;quot;logement de fonction&amp;quot; en attendant de trouver mieux ? Comme cela fut le cas de janvier à avril 1870, lorsque Louis Buffet est logé rue de Rivoli dans l'hôtel des finances du Mont-Thabor, l'ancien ministère des finances détruit lors de la Commune. Ce qui, dans le cas où Albertine Hottin travaille comme domestique pour la famille, pourrait expliquer son adresse postale au 10 de la rue de La Vrillière. Les études [[Protivophilie|protivophiles]] autour de la biographie du politicien et financier, ainsi que celles des sœurs d'Albertine Hottin, n'ont pas permis pour l'instant de valider cette hypothèse. Les annuaires de l'année 1872 n'ont pas été publiés pour cause de guerre et de Commune de Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Progéniture ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première adresse parisienne connue d'Albertine Hottin date de la naissance de sa fille Lucie Blanche, le 2 juin 1876 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance de Lucie Blanche, 2 juin 1876, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:naissluci.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle naît au 32 rue du faubourg Montmartre, chez la sage femme Isabelle Ardis. L'acte de naissance indique que la mère est &amp;quot;''sans profession''&amp;quot; et que son domicile est au 180 boulevard Haussman &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire daté de 1877 recense l'architecte Belle, Lady Gray, le sénateur Louis Martel, le colonel G. Merlin — président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune — et enfin le carrossier Fabien Pradeu - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9677392n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune mention du père biologique. À une date indéterminée — car les registres des abandons ne la mentionnent pas — la jeune Lucie Blanche est mise en nourrice &amp;lt;ref&amp;gt;Catherine Rollet, &amp;quot;Nourrices et nourrissons dans le département de la Seine et en France de 1880 à 1940&amp;quot;, ''Population'', n°3, 1982 - [https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1982_num_37_3_17360 En ligne]. Emmanuelle Romanet, &amp;quot;La mise en nourrice, une pratique répandue en France au XIXe siècle&amp;quot;, ''Transtext(e)s Transcultures'', n°8, 2013 - [https://doi.org/10.4000/transtexts.497 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une famille de la Somme, en région picarde. Elle apparaît dans le recensement de 1881 de la commune de Morlancourt avec la cellule familiale d'Henri Cailleux et Albertine Vicongne avec leurs six enfants &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de la commune de Morlancourt, Somme, 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/recens1881.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle y est baptisée en 1883 &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des baptêmes, Morlancourt, 1883 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/djzg5v1b78xh/787e5478-61f3-4575-8078-13246a82c885 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le prénom Marie est ajouté à Lucie et Blanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ernest naît le 10 janvier 1879&amp;lt;ref&amp;gt;Ernest le 10 janvier 1879, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:ernest.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de naissance ne nomme pas le géniteur et stipule qu'Albertine Hottin, la mère, est sans profession et habite alors au 62 de l'avenue des Ternes dans le VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire 1880 recense l'architecte M. Guillot, le grossiste en vins Girault et les merceries de Larible - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96773984 En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ernest est abandonné à sa naissance. Selon le Registre d'admission des enfants assistés, &amp;quot;''sa mère allègue sa misère et la charge d'un premier enfant pour abandonner le nouveau-né.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:regenfass.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; Il est déposé dans le quartier du Roule (8e) par &amp;quot;''M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Metton, domestique''&amp;quot;, puis est envoyé le 13 janvier à Montfort en Ille-et-Vilaine pour être placé. Il est accueilli dans le village de Quédillac par la cellule familiale de Jean Gendrot et Marguerite Ferrier &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement à Quédillac en 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/quedillac1881.pdf En ligne] et en 1886 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/quedillac1886.jpg En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. En contradiction avec l'acte de naissance, l'un des documents des registres d'abandon &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:registenfaban.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; mentionne qu'Albertine Hottin est domestique et habite au 181 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Il semble qu'il y ait confusion entre l'adresse de naissance d'Ernest et le domicile de sa mère. En effet, cette adresse est celle de M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Léocadie Planchet, la sage-femme qui fait l'accouchement &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'Annuaire daté de 1879 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9762929c En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 12 janvier 1882, Albertine Hottin entre à l'hôpital Lariboisière dans le X&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien. Elle est transférée au pavillon Marthe le 16 et sort de l'hôpital le 19 janvier. Le dossier stipule &amp;quot;''suivi de couche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Albertine Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalb.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'hominine en devenir qui sort d'elle &amp;lt;ref&amp;gt;Alida Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalid.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; quitte officiellement l'hôpital le lendemain de sa naissance &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées et des sorties, Lariboisière, 1882 - [https://aphp-diffusion-prod.ligeo-archives.com/ark:/23259/780644.1240379/daogrp/0/13 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un acte de naissance est établi à la mairie de l'arrondissement au nom d'Alida Yvonne Hottin, née d'Albertine et d'un père inconnu &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Alida Yvonne Hottin, 13 janvier 1882 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/alida.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Albertine Hottin habite alors au 95 de la rue du Rocher (8&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;) &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire de 1883 recense le peintre-décorateur Jules Mariotte, la sage-femme Mme Pécheux et P. Ginier, propriétaire - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96762957 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; et exerce le métier de couturière. Il y a peut-être une erreur dans son adresse car elle est aussi celle d'une sage-femme, Mme Pécheux. Pour l'instant, les archives n'ont pas fourni d'autres informations à propos de ce troisième enfant d'Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Melocoton, où elle est maman?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens, donne-moi la main''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pour aller où ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens'' &amp;lt;ref&amp;gt;Colette Magny, ''Melocoton'', 1963 - [https://www.youtube.com/watch?v=OPVtricblNM En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tind.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
La question de l'enfantement est multiple. À une époque où il n'existe pas encore de moyens alternatifs pour être enceinte, les hominines femelles doivent encore s'accoupler avec un mâle pour cela. Quelles sont les circonstances de cet acte ? Est-il réciproquement consenti ? De toute évidence, Albertine Hottin ne souhaite pas avoir d'enfants au regard de sa condition sociale, de &amp;quot;''sa misère''&amp;quot;. Sur les trois dont elle accouche, deux sont abandonnés selon les archives consultées. En cette fin de XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les méthodes contraceptives sont limitées. Lorsqu'il y a pénétration vaginale dans l'acte sexuel, la méthode la plus ancienne est le retrait au moment de l'éjaculation masculine afin de minimiser les risques de fécondation que les spermatozoïdes font alors encourir. Le timing de ce ''coitus interruptus'' est serré et son efficacité est loin des 100%. Il existe aussi des méthodes mécaniques tel que l'éponge vaginale ou les préservatifs. Les technologies de fabrication d'alors font que le préservatif est un objet fragile et inconfortable. Il est plus utilisé en tant que protection contre les maladies plutôt qu'à visée contraceptive directe. Pour l'influenceuse Madame de Sévigné, il est &amp;quot;''Bouclier contre le plaisir et toile d'araignée contre le danger''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Albert Netter, ''Histoire illustrée de la contraception, de l'Antiquité à nos jours'', Roger Dacosta, 1985&amp;lt;/ref&amp;gt;. Spécialité liée à la triperie, la fabrication de préservatif à base de membrane animale — souvent les intestins — fait progressivement place au caoutchouc à partir de la seconde moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Plus confortable et plus efficace. Cette technique de recouvrir le pénis d'un étui en caoutchouc fin et fermé à l'extrémité n'est financièrement pas encore accessible aux hominines les plus pauvres. Conformément aux habitudes et préconisations de son époque &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste de Sénancour, ''De l’amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes'', 4e éd., tome 1, Paris, 1834&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine Hottin doit utiliser la méthode dite du retrait. Si elle ne désirait pas d'enfant, il semble que cette méthode contraceptive se soit avérée inefficace à trois reprises. Au moins — par manque de données à ce sujet, il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a eu recourt à des avortements clandestins pour mettre fin à des grossesses non-désirées. Si elle a une sexualité régulière, trois cas de grossesse en 6 ans est peu en comparaison du pourcentage de risque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les actes de naissance précisent &amp;quot;''Père inconnu''&amp;quot;. Est-elle dans la situation de tant d'hominines femelles abandonnées socialement par des hominines mâles après une fécondation non-désirée ? Les travaux de la paléontologue Juliette &amp;quot;Juliette&amp;quot; Noureddine, publiés en 1998 sous le titre ''Lucy'', montrent que cette pratique est très ancienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Son père, son père, n'en parlons plus,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y a longtemps qu'j'ai fait une croix dessus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y m'avait dit &amp;quot;Bouge pas, attends.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je n'en n'ai pas pour bien longtemps,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'vais au mammouth et je reviens.&amp;quot;''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et depuis ce jour là, plus rien''&amp;lt;ref&amp;gt;Juliette, &amp;quot;Lucy&amp;quot; sur l'album ''Assassins sans couteaux'', 1998 - [https://www.youtube.com/watch?v=wjJWOuODm4U En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cas où Albertine Hottin désirait une progéniture, elle a changé d'avis entre le moment où elle se sait enceinte et les abandons. Soit, pour ne citer que deux raisons, à cause de l'attitude du procréateur qui refuse d'assumer à deux les conséquences, soit des circonstances particulières dans lesquelles ont lieu les fécondations. Étaient-elles vraiment consenties ? Dans des sociétés d'hominines où la binarité de genre est aussi une hiérarchie entre les genres, les hominines femelles subissent des violences et des agressions — sans commune mesure avec celles exercées sur les mâles. Le viol en est une. &amp;quot;Ce jargon du viol&amp;quot; n'est pas seulement l'anagramme de &amp;quot;devoir conjugal&amp;quot; car, en plus du viol conjugal &amp;quot;ordinaire&amp;quot;, le personnel féminin de la domesticité est particulièrement exposé à ce risque d'agression. De la part des maîtres ou des collègues. L'habitat de la domesticité, exigu et souvent isolé sous les toits, est un lieu propice aux violences sexuelles. Se plaindre ou faire scandale c'est prendre le risque de perdre son travail. L'imaginaire érotique bourgeois s'alimente de cet espace d'habitat en marge. La promiscuité des hominines agite la fantasmagorie. Illes s'entendent baiser et leurs corps sont si proches ! La présence de jeunes hominines femelles isolées fait virevolter les imaginaires mâles. Pour autant, toutes les hominines femelles, même dans la domesticité, ne subissent pas les mêmes violences. Qu'une situation soit systémique ne fait pas qu'elle soit systématique. Albertine Hottin n'a donc pas obligatoirement subi de ces violences. Sa sexualité était peut-être plaisante, riche, multiple et consentie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A-t-elle retourné le déséquilibre social de genre en se servant de la sexualité et de l'enfantement pour trouver une meilleure situation sociale ? La bourgeoisie s'affole les sens en imaginant le personnage érotique de la jeune domestique femelle lubrique et soumise, ou déterminée et vénale. Juste 100 ans après la naissance du premier enfant d'Albertine Hottin, le mythomane Émile Ajar publie son roman ''Pseudo''. Les histoires et les mensonges qui entourent la personnalité d’Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, empêchent de déterminer s'il est vraiment utile de chercher un quelconque lien, même symbolique, entre Albertine Hottin et son personnage de Nihilette pour simplement en citer l'extrait suivant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Nini, comme son nom l'indique, ne peut pas souffrir qu'il y ait une œuvre littéraire dans laquelle elle ne se serait pas glissé. L'espoir, ça la rend malade ! Nini essaye depuis toujours et de plus en plus de se taper chaque auteur, chaque créateur, pour marquer son œuvre de néant, d'échec, de désespoir. Elle se fait appeler Nihilette chez les gens bien élevés, du tchèque ''nihil'', ''nihilisme'', mais nous l'appelons Nini, avec majuscule parce qu'elle a horreur d'être minimisée. En ce moment, sur le tapis, elle essayait de se faire ensemencer par Ajar, pour lui faire ensuite des enfants du néant. Ajar se défendait comme un lion. Mais il y a toujours avec Nini la tentation de se laisser faire, pour accéder enfin au fond du néant, là où se trouve la paix sans âme ni conscience. La seule chance qu'avait Ajar de s'en tirer était de bien prouver son inexistence, son état bidon pseudo-pseudo, son absence absolue d'état humain digne d'être infecté par Nini, car le néant ne baise jamais le néant, pour des raisons techniques.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Ajar, ''Pseudo'', 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En plus de ces considérations pratiques liées à la progéniture d'Albertine Hottin, sa domesticité implique d'autres contraintes sociales. Dans ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Anne Martin-Fugier rappelle qu'une &amp;quot;''servante enceinte, même mariée''&amp;quot; peut perdre son travail pour cela. Elle cite un arrêt de 1896 d'un tribunal qui stipule que &amp;quot;''à aucun point de vue on ne saurait considérer un maître comme tenu de garder à son service une fille enceinte, soit que l'on envisage l'immoralité de sa conduite, le mauvais exemple dans la maison ou les graves inconvénients de l'accouchement.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot;&amp;gt;Anne Martin-Fugier, ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Perrin, 2004&amp;lt;/ref&amp;gt; Il existe bien évidemment différentes techniques anticonceptionnelles, dont les injections d'eau froide dans le vagin, mais elles sont légalement interdites car assimilées à des avortements. De plus, à la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les domestiques sont souvent accusées d'être responsables de la dépopulation en France &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Environnement familial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivant de Normandie, des Cherfix apparaissent dans l'état civil de la capitale pendant la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'orthographe varie parfois entre Cherfix, Cherfis ou Cherfils. Quelques membres de la famille maternelle d'Albertine Hottin vivent dans l'ouest de Paris, au croisement de plusieurs arrondissements. Pour ne donner que quelques exemples, sa tante Nina Louise habite dans le XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissement, Léon Sainte Croix, un cousin de sa mère, loge boulevard Pereire dans le XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Un autre cousin, Louis Timoléon Eugène réside 41 rue Pierre Demours, une parallèle à Pereire qui débouche sur l'avenue des Ternes. Cousin maternel plus éloigné, Ernest Pierre est domicilié au 4 de la rue des Vignes dans le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Tout deux avec épouse et progéniture. La première est &amp;quot;''marchande des quatre-saisons''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Avec son second mari Armand Stanislas Lemoine&amp;lt;/ref&amp;gt; — vendeuse ambulante de fruits et légumes —, le deuxième est charpentier et le dernier est sellier. Plusieurs cellules familiales Cherfix sont voisines les unes des autres. L'adresse d'Albertine Hottin en 1879 sur l'avenue des Ternes est aussi celle d'Adolphe Hippolyte Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Adresse attestée en 1865 par l'acte de mariage entre son frère Léon Sainte Croix Cherfix et Clémentine Désirée Magnan, 14 novembre 1865, Paris, XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; - [En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt;, un autre cousin de la mère d'Albertine, frère de Léon Sainte Croix et Louis Timoléon Eugène. Vit-elle avec le couple et leurs enfants ou seulement dans le même immeuble ? Quand Albertine Hottin déménage-t-elle rue de Surène ? Elle connaît probablement Edmond Eugène Cherfix dit &amp;quot;Bonnard&amp;quot;, jeune fils de Louis Timoléon Eugène et d'Adrienne Émilie Bonnard. Il est imprimeur. Veuf en 1868, Louis Timoléon Eugène se remarie en 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Louis Timoléon Eugène Cherfix et Julie Bêche, 8 juin 1875, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le nouveau couple habite rue Demours. Lorsqu'il meurt en 1888, quelques semaines après son mariage, Edmond Eugène habite avec son épouse Marie Louise Forestier au 34 rue Dauphine dans le sixième arrondissement. À la mort de son fils, Louis Timoléon Eugène est domicilié au 11 de la rue Guersant, à quelques pas de l'avenue des Ternes. Après son mariage en 1887 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Eugénie Adolphine Cherfix et Émile Cateloux, 15 janvier 1887, Paris, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;, sa fille Eugénie Adolphine Cherfix habite avec son époux au 27 de la rue Bayen, une proche parallèle à Guersant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres cellules familiales sont présentes dans des arrondissements du centre de Paris. Pierre Maximilien Cherfix, son épouse Louise Eugénie Baronnet et leur fille Héloïse vivent au 6 de la rue Mongolfier dans le troisième arrondissement. Il est papetier. Selon l'acte de mariage entre Gustave Quantin, papetier et fils de papetier, et Héloïse Cherfix, celle-ci est aussi papetière. L'Annuaire-Almanach de 1870 mentionne l'existence d'une fabrique de feuillages ''Quantin'', située au 8 de la rue de Mulhouse dans le deuxième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Annuaire-Almanach, 1870 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96727875 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une imprimerie au nom de Gustave Quantin ouvre en 1872 au 63 avenue des Ternes. La faillite est officielle en 1874. Une autre ouvre au 18 de la rue Bonaparte à partir de 1878 &amp;lt;ref&amp;gt;À ne pas confondre avec la luxueuse ''Quantin NC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;T&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et C&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ie&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;'', &amp;quot;''imprimeurs-typographes et libraires''&amp;quot;, au 7/9 rue Saint-Benoît-Saint-Germain dans le sixième arrondissement. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Peu de choses réalisées par cette imprimerie sont disponibles via internet. À noter l'édition en 1873 et en 1874 de ''Extraits des historiens du Japon'', publiés par la Société des études japonaises &amp;lt;ref&amp;gt;''Extraits des historiens du Japon'', partie I et II, 1873-1874 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65796644/f282.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Gustave Quantin en est officiellement l'imprimeur. Il est aussi membre de la société savante nippophile et de la Société d’Ethnographie orientale et américaine dont il est le trésorier. S'il n'est pas possible d'affirmer que Gustave Quantin, de par ses activités dans le japonisme français &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie participative ''Wikipedia'', &amp;quot;''le japonisme est l'influence de la civilisation et de l'art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux, entre les années 1860 et 1890.''&amp;quot;. Le Japon est représenté pour la première fois à l'Exposition Universelle de 1867 par des objets exposés et la présence d'une délégation venue du Japon. Dont le jeune prince Tokugawa Akitake.&amp;lt;/ref&amp;gt;, connaisse le peintre et collectionneur d'estampes japonaises Édouard Manet, cela n'est pas à exclure totalement. Le monde bourgeois de la culture n'est pas si vaste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Signalb.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le patronyme Hottin est présent dans les registres d'état civil de la région normande depuis plusieurs siècles, &amp;quot;''entre pays de Bray et de Caux''&amp;quot;. Dans la grande banlieue du village de Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot;&amp;gt;''bosc'' signifie &amp;quot;espace boisé&amp;quot; et ''bordel'' désigne les hominines qui habitent une ''borde'', c'est-à-dire une &amp;quot;cabane&amp;quot;, une &amp;quot;petite maison&amp;quot;, ou directement le lieu. Ces sens sont attestés dès le début du XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Frédéric Godefroy, ''Lexique de l'ancien français'', 1890 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Lexique_de_l%E2%80%99ancien_fran%C3%A7ais/5 En ligne]. La plus ancienne mention est ''bodel'', &amp;quot;maison&amp;quot; ou &amp;quot;cabane&amp;quot;, en judéo-français ou sarphatique, la langue d'oïl judéo-romane parlée par les communautés moïsiennes de la moitié nord de la France actuelle et écrite en caractères hébraïques. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces familles sont agricultrices pendant plusieurs générations. Les premières migrations vers Paris datent de la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'exode rural des populations d'hominines vers les centres urbains est enclenché. Le village de naissance d'Albertine Hottin passe d'une population d'hominines de 224 en 1831 à moins de 140 en cinquante ans. À la période où Albertine arrive à Paris, Édouard Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des électeurs de Paris (1860 - 1870) - [https://www.geneanet.org/registres/view/307309/41 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — cousin de son père et témoin à son mariage &amp;lt;ref&amp;gt;Anselme Charlemagne Hottin est aussi l'un des témoins au mariage d'Edouard Hottin le 12 septembre 1867 à Bosc-Roger-sur-Buchy - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4ee0ef380cdcc49412c2a1426f032fa4/dao/0/16 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — vit déjà dans la capitale française. Chimiste &amp;lt;ref&amp;gt;Il dépose entre autre un brevet de chimie en janvier 1856 pour un &amp;quot;''système de préparation de thé permettant 1° d'en concentrer l’arôme et les parties constitutives, et 2° de livrer au commerce des extraits de thé tout préparés.''&amp;quot; d'après le ''Catalogue des brevets d'invention'', 1855 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63669617 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, il met au point un procédé pour rendre ininflammable les tissus et dépose en août 1864 le brevet de la ''Hottine''&amp;lt;ref&amp;gt;''Catalogue des brevets d'invention'', n° 8 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6357402p/f4.item.r=hottin En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour sa commercialisation, la ''Hottin &amp;amp; Cie'' est créée en 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette nationale ou le Moniteur universel'', 26 décembre 1865 - [https://www.retronews.fr/journal/gazette-nationale-ou-le-moniteur-universel/26-decembre-1865/149/2621181/6 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;''Certes, si les hommes étaient sages, ce n’est pas aux inventeurs de moyens de destruction perfectionnés qu’ils élèveraient des statues. Celui-là a mieux mérité de l’humanité, qui, comme M. Hottin, nous débarrasse d’un fléau dévorant.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Sport : journal des gens du monde'', 16 septembre 1866 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32768849/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Malgré la promotion publicitaire dans des journaux, le produit ne se vend pas et l'entreprise Hottin &amp;amp; Cie est déclarée en faillite en juillet 1867 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires'', 19 juillet 1867 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6822699h/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelques-unes de ses adresses sont connues jusqu'en 1870, mais rien n'indique qu'Albertine Hottin vive avec lui. Les recensements n'existent pas pour le Paris de cette époque, et les archives antérieures à 1870 sont partiellement détruites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cellules familiales des deux sœurs d'Albertine Hottin n'ont pas les même parcours. Tout semble indiquer que Irma Hottin, son époux et leur enfant vivent à Paris sans interruption. Léonie et sa famille nucléaire quittent provisoirement la capitale pour s'installer dans la Somme, dans le village de Frohen-le-Grand. Quelques années avant leur mariage, Louis Joseph Édouard Duval y avait exercé son métier de cocher pour la famille d'aristocrate qui vit dans le château local &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Frohen-le-Grand, 1871 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/w5jp0l9c6q2g/2ba86a2f-0d2c-418e-b5c8-b4aa5abf6c5b En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Deux de leurs enfants y naissent en 1878 et 1879. Une femelle et un mâle. L'aînée et la nouvelle venue sont envoyées à Bois-Guilbert pour vivre avec leurs grands-parents maternels Anselme Hottin et Thérèse Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bois-Guilbet en 1881 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4a4091827ebf19e313342dd2df9a415b/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pendant ce séjour chez elleux, Louise, l'aînée, décède en 1883 à l'âge de 7 ans &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès de Louise Duval à Bois-Guilbert le 30 janvier 1883 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/706cb9a0077461881ec5eff632720743/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les sources consultées ne permettent pas de préciser la date de retour sur Paris de la cellule familiale de Léonie. Le couple engendre d'un petit mâle qui naît en novembre 1886 dans cette ville. À cette date, elle habite dans le huitième arrondissement au 126 de la rue Saint-Lazare, à quelques centaines de mètres de chez sa sœur Albertine rue du Rocher. Selon l'acte de mariage de la fille de Louis Duval, née de son premier mariage, il n'habite pas à Paris en 1895 mais à Fresnières dans l'Oise. Ce qui signifie que Léonie Hottin-Duval vit donc sans lui. À partir d'une date indéterminée, elle vit avec son fils cadet au 107 rue du Lauriston dans le seizième arrondissement. Demeurant aussi dans cet arrondissement, 5 cité Greuze, la tante Nina meurt en 1887 et son — second — mari en 1890. Daté de juillet 1888, le commentaire qui accompagne une gravure de ce quartier par le dessinateur Jules-Adolphe Chauvet parle de lui-même : &amp;quot;''Il est impossible de se figurer cette cité encore éclairée à l'huile et habitée par une population des plus déshéritées, où la misère et le vice s'étalent dans leur plus hideuse laideur ; cela au milieu du Passy aristocratique et bourgeois [...]''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jules-Adolphe Chauvet, &amp;quot;Cité Greuze dite le Palais royal de Passy, rue Greuze n° 24&amp;quot; sur le site de la BNF - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8456859p En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thérèse Cherfix-Hottin, la mère d'Albertine, décède le 24 août 1901 à Bosc-Roger-sur-Buchy &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès du 25 août 1901 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e71cb3dc937ddf2501f76761f51393c0/dao/0/12 En ligne]. Table des successions et absences de Buchy, 1886-1905 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e047091b58efe957732be9bfb2b398ced21c546127869b312ee37ee914ac80b9/dao/0/34 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Anselme Hottin, le père, meurt le 23 février 1906 dans le même village &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot;&amp;gt;D'après la Table des successions et absences de Buchy, 1906-1924 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta8336b8f866ec948e/dao/0/73 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Moins d'un mois avant Albertine Hottin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adresses postales mentionnées dans les archives officielles ne sont pas une donnée infaillible. Elles ne concordent pas toujours entre elles ou à la réalité car l'administration se trompe parfois. L'acte de naissance d'Alida Yvonne, la fille d'Albertine Hottin, est un exemple de possibles erreurs administratives. Dans un scénario d'une arrivée urgente à Lariboisière, à l'initiative de la sage-femme qui gère la grossesse d'Albertine Hottin, il se peut qu'il y ait aussi une erreur d'adresse dans les registres de l'hôpital. En effet, le 95 de la rue du Rocher est aussi l'adresse d'une sage-femme, M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Pécheux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cause de présence de fibres d'amiante dans les archives de la ville de Paris, il est actuellement impossible de consulter les ''Calepins des propriétés bâties'' pour les adresses où Albertine Hottin a habité. Ces calepins détaillent les occupants (particuliers et/ou sociétés, locataires et propriétaires) et donnent une rapide description de l'aménagement des immeubles parisiens. Seul le calepin de la rue de Surène est consultable à partir de l'année 1901 &amp;lt;ref&amp;gt;''Calepins des propriétés bâties'', 1901-1981, côte D1P4 2697 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les liens qu'entretient Albertine Hottin avec sa famille restée en Normandie sont conditionnés à plusieurs facteurs. Pour parcourir la distance entre Paris et le village parental elle doit prendre le train à partir de la gare Saint-Lazare. Ou y aller à pied ! L'estimation est de 136000 pas d'hominines, soit entre 2,5 et 3,5 jours selon le rythme &amp;lt;ref&amp;gt;Christophe Studeny, &amp;quot;La révolution des transports et l’accélération de la France (1770-1870)&amp;quot;, ''De l’histoire des transports à l’histoire de la mobilité ?'', Presses universitaires de Rennes, 2009 - [https://doi.org/10.4000/books.pur.102180 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Lorsque ces pas sont ceux de chevaux de diligence, le trajet Paris-Rouen est couvert en une demie journée. Le trot est la seule cadence légalement autorisée sur les routes de France. Le développement du réseau ferroviaire au cours du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle fait chuter le temps de transport. Selon l’''Indicateur Chaix'' de 1870, la ligne de chemin de fer relie Paris à Rouen en 2 heures et quarante minutes. Pour Albertine Hottin, il faut encore parcourir la vingtaine de kilomètres entre Rouen et les alentours d'Ernemont-sur-Buchy.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Allures et air de rien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La [[protivophilie]] ne dispose d'aucune description physique d'Albertine Hottin. Rien dans les registres hospitaliers ou d'état civil consultés à ce jour dans les archives. La couleur de ses yeux ou de ses cheveux demeurent inconnues. Idem pour sa taille et tout autre détail anatomique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Cuiz.jpeg|200px|vignette|droite|Cuisinière anonyme en 1894 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Les différents actes officiels connus concernant Albertine Hottin mentionnent les métiers de cuisinière et de couturière. Elle fait partie de la domesticité, les ''gens de maison'' comme les nomment celleux qui les emploient. Est-elle appelée par son propre prénom ou par celui attribué par ses maîtres ? — il est tellement plus pratique de toutes les appeler ''Murielle''. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Épisode 1/2 : La servitude&amp;quot; dans l'émission ''Les pieds sur terre'', mai 2023 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/butler-majordome-servante-des-domestiques-au-service-des-ultra-riches-5785280 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ouvrage ''La femme à Paris, nos contemporaines'', daté de 1894, Octave Uzanne consacre un chapitre aux hominines femelles utilisées comme domestiques. En ayant lui-même à son service, il dresse des tableaux caricaturaux des différents métiers de la domesticité et de leur place dans le quotidien de la bourgeoisie. Pour lui, &amp;quot;''c’est une caste [...] qui a sa hiérarchie très tranchée : au sommet, la femme de chambre en conflit avec la cuisinière cordon-bleu; plus bas, la bonne d'enfant, puis après la bonne à tout faire, et enfin la femme de ménage. À côté figure une privilégiée, à la fois méprisée et enviée, celle qui vend le lait de son enfant au gosse malingre du bourgeois : la nourrice.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot;&amp;gt;Octave Uzanne, ''La femme à Paris, nos contemporaines'', 1894 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15257516/f99.image En ligne]. Voir Bertrand Hugonnard-Roche, ''Octave Uzanne et les femmes dans la domesticité parisienne (1894-1910)'', 2013 - [http://www.octaveuzanne.com/2013/09/octave-uzanne-et-les-femmes-dans-la.html En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Avec beaucoup plus d'empathie, Octave Mirbeau décrit des vies de domestiques dans plusieurs de ses romans dont le célèbre ''Journal d'une femme de chambre'' en 1900. Son analyse anarchiste inclue de fait la prostitution dans la liste des métiers liés à la domesticité bourgeoise. Il décrit sa vision de la sexualité tarifée dans son essai ''L'Amour de la femme vénale'' dont le titre français est traduit du bulgare, ''Любовта на продажната жена''. Publié à Plovdiv en 1922, probablement à partir d'une version en russe et dont l'original en français n'a pas été retrouvé &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Isabelle Saulquin, ''À propos de L'Amour de la femme vénale'' - [https://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/Saulquin-femmevenale.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Lui-même ancien de la domesticité bourgeoise, Octave Mirbeau fait dire à l'un des personnages de son roman ''Dans le ciel'', Georges, peu suspect d'optimisme rayonnant et ahuri, les mots suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n’existe ni en moi, ni dans les autres, ni dans le rythme le plus infime de l’universelle harmonie. Je suis cette chose inconcevable et peut-être unique : rien. J’ai des bras, l’apparence d’un cerveau, les insignes d’un sexe ; et rien n’est sorti de cela, rien, pas même la mort.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Octave Mirbeau, ''Dans le ciel'' dans ''Œuvre romanesque'', vol. 2 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dans_le_ciel En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le métier exercé par Albertine Hottin conditionne sa tenue vestimentaire. Cuisinière ou couturière ne sont pas des fonctions normées esthétiquement de façon identique et n'ayant pas les mêmes contraintes professionnelles. Quelques illustrations sont fournies dans l'ouvrage d'Octave Uzanne. En dehors de ce contexte professionnel et le port d'une sorte d'uniforme, la tenue vestimentaire d'Albertine Hottin est contrainte par les circonstances &amp;quot;normales&amp;quot; de la vie quotidienne et les aléas climatiques. Elle ne s'habille probablement pas de la même façon les jours où elle ne travaille pas. Ou lorsqu'elle rend visite à des proches. Les jours de pluie ou de soleil, d'hiver ou d'été, imposent de s'adapter dans la mesure du possible. En l'absence de toute indication corporelle, l'habillement facilite l'imagination d'une représentation mentale de sa personne. Son entrée à l'hôpital en mars 1906 et son décès le lendemain se font dans un contexte climatique de grand froid sur l'ensemble de la France. Sa rencontre avec Sergueï Netchaïev entre la fin de 1870 et 1871 est marquée par un épisode de froid. La neige est abondante. L'hiver est très rigoureux à cause d'une &amp;quot;''très puissante descente froide venue de Russie [qui] déferle sur la France''&amp;quot; d'après les chroniques météorologiques de cette époque &amp;lt;ref&amp;gt;Chroniques météo de 1870 - [https://www.meteo-paris.com/chronique/annee/1870 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Trois autres dates sont confirmées par les recherches dans les registres. Celles de la naissance de ses trois enfants: 2 juin 1876, 10 janvier 1879 et 12 janvier 1882. Après un mois de mai froid où les températures tombent parfois sous les 5°, le début d'été 1876 est particulièrement chaud avec des températures dépassante les 30° pendant plusieurs semaines. Un pic de 35° est atteint vers la fin du mois de juin. L'hiver 1876 est froid. La seconde moitié de janvier 1876 est marquée par des épisodes de pluies verglaçantes en région parisienne, alors qu'à contrario l'hiver 1882 est jugé très doux. Comme la plupart des autres hominines, Albertine Hottin tente au mieux de prendre en compte les variations climatiques dans ses choix de se vêtir comme ceci ou comme cela avant de sortir de chez elle. Comment s'habille-t-elle lorsqu'elle se rend au théâtre ou dans un parc ? Les périodes de sa vie où elle exerce le métier de cuisinière et celui de couturière font qu'elle est plus souvent amenée à sortir de chez elle si elle est couturière dans un petit atelier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La froideur de l'hiver 1870-1871 laisse à penser que, même habillée comme il convient, la rencontre entre Albertine et Sergueï a pu se faire à l'intérieur d'un bâtiment plutôt que dans la rue ! Une approche qui confirme l'hypothèse protivophile matérialiste des ''Albertine's Studies'' pour qui il existe nécessairement un facteur inconnu qui provoque la rencontre, un tiers invisible dont il est peut-être impossible de prouver l'existence. Cela permet de minimiser les hypothèses qui imaginent les pires schémas des rencontres dites amoureuses. Premiers regards et mouchoir qui tombe ? Glissade romantique et burlesque pour cause de neige ? Des scénarios dignes de la première intelligence artificielle venue. Rien de tout cela n'a de sens pour la protivophilie. Rien à voir. Le froid de cet hiver incite les hominines à sortir en se couvrant convenablement. Du point de vue comportementaliste, le froid ressenti pousse les hominines à chercher à se réchauffer ou à plus traîner lorsqu'illes sont au chaud. Une configuration incitative à la rencontre dans un lieu fermé en période hivernale. Rien n'indique qu'il existe un lieu autre que les imprimeries et les libraires pour que les deux puissent s'y croiser. Il y a un moment précis de l'histoire où on enlève ce qui nous protège la tête du froid en entrant dans un espace fermé et plus chaud. Albertine n'a sans doute pas échappé à cet instant historique individuelle commun. Sergueï Netchaïev non plus. Cela fait office d'amorce dans un processus de rencontre entre deux hominines ! Plus l'espace où se passe la dite rencontre est grand ou fragmenté, et plus le temps peut être long entre le moment d'entrée de l'hominine dans l'espace fermé et sa rencontre avec l'autre hominine.&lt;br /&gt;
La quête des premiers mots échangés est une illusion et les tentatives de déterminer une mécanique de la rencontre sont des pertes de temps. En suivant une logique linguistique, il est seulement possible d'affirmer que le premier son est précédé d'un silence. D'un rien sonore. Peut-être accentué par l'effet sonore feutré que fait la neige ? (Si la météo le permet !) Comme pour toute chose, l'existence d'une sonorité est précédée par son absence. Ça crée des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Imaginaires amouriens ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre regroupe ensemble des événements dans le but de créer les ingrédients d'une illusion, d'un lien imaginaire entre deux hominines dans ce qu'il est communément appelé &amp;quot;''[[Amour|histoire d'amour]]''&amp;quot; : &amp;quot;''L'amour est éternel''&amp;quot; et le verbiage qui va avec. L'artificialité est donc à la base de la démarche. Cela a la même pertinence que l'astrologie ou la numérologie. Une forme de roman-photo protivophile pour aveugles. Par exemple, il est incontestable qu'en 1882 Albertine Hottin donne naissance à un enfant, la même année que celle de la mort de Sergueï Netchaïev. De là à en tirer des conclusions, il y a un fossé à franchir ! Mais l'amour n'est que magie. En l'année 1873, Édouard Manet ne trouve pas mieux à faire que de peindre la façade de l'immeuble parisien où habite Albertine Hottin au 2 rue de Saint-Pétersbourg alors même que Sergueï Netchaïev est incarcéré à la forteresse Pierre et Paul située dans la ville russe de Saint-Pétersbourg. Faut-il y voir un signe ? Rien n'est moins sûr. Une demande directe d'Albertine Hottin à son ami et voisin ? Si, selon l'imaginaire amourien, l'amour transcende les frontières, pourquoi ne pas mettre en lien la force de la joie ressentie par Sergueï Netchaïev à l'annonce de l'assassinat du tsar en 1881 et celle de l'arrivée de Lucie Blanche dans sa nouvelle famille d'accueil.  Première enfant d'Albertine, elle est née en 1876 de géniteur mâle inconnu et abandonnée l'année même où tous les écrits de Sergueï Netchaïev sont détruits par la matonnerie. Ses écrits sur Paris disparaissent à jamais. Son roman ''Georgette'' est toujours inédit. Il est enchaîné aux mains et aux pieds pendant une année entière, dans l'impossibilité de revoir Albertine Hottin sans que cela ne soit trop compliqué à mettre en œuvre. Il en prend conscience dans sa chair. Fort heureusement, Albertine Hottin n'a pas eu à subir les conséquences directes des conditions d'incarcération dégradantes de son &amp;quot;amour&amp;quot; russe. Pas de longues heures d'attente pour un parloir. Mais, comble de la tristesse de cette année 1876, son ami poète et combattant bulgare Kristo Botev est tué lors d'un affrontement armé. Albertine Hottin, tout comme Sergueï Netchaïev, n'apprennent probablement la nouvelle que très tardivement. Voire pas du tout. La mort de Sergueï Netchaïev fin 1882 est une nouvelle épreuve insurmontable dans leur relation — déjà fort distendue. Leur amour est vraiment impossible. Sergueï Netchaïev ne se remit jamais de cela. Des recherches protivophiles menées autour de la réédition récente de la biographie de Yégor Martinof, alias Monsieur Rien &amp;lt;ref&amp;gt;''Monsieur Rien !'' de Louis Boussenard, octobre 1907 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/MRienWeb.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, ont permis de déceler la présence d'un graffiti de type naïf amourien sur les murs de la forteresse Pierre et Paul. Réalisé dans un style classique, il représente un cœur stylisé et l'inscription S+A qui ressemble beaucoup aux initiales de Sergueï et Albertine. Des recherches complémentaires doivent encore être menées pour confirmer la véracité de ces documents d'archives datant de 1907 et émanant d'une source peu fiable : les Éditions de la Rue du Jardinet sont une maisonnette d'édition qui n'est recommandée par personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Rien culturel ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est connu sur le degré d'instruction d'Albertine Hottin, mais il est à noté que, bien que l'instruction obligatoire ne soit instaurée qu'en 1882, dans ses lettres d'[[amour]] de 1871 elle semble maîtriser les rudiments écrits de la langue française. Les fautes d'orthographes et de grammaire n'entament pas la compréhension. Dans la région de Seine-Maritime d'où elle est originaire, l'environnement linguistique est une marche entre les parlers normands et picards. Une zone d'interpénétration. Contrairement à aujourd'hui, l'usage des variétés normandes et picardes des langues d'oïl est alors très présent &amp;lt;ref&amp;gt;Francis Yard, ''La parler normand entre Caux, Bray et Vexin'', 1998&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le rouennais &amp;lt;ref&amp;gt;Le rouennais ou purin de Rouen, ou encore purinique, est la variante rouennaise des parlers d'oïl de Normandie. Elle est mélée de français parisien. Quelques textes publiés de la première moitié du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; jusqu'au  XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle le sont en purinique. Voir par exemple David Ferrand, ''Inventaire général de la Muse Normande'', 1655 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8612065s En ligne]. Au cours du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, l'usage du purinique fait place au français régional de Rouen. Gérard Larchevêque, ''Le parler rouennais des années 1950 à nos jours'', éd. Le Pucheux, Rouen, 2007 &amp;lt;/ref&amp;gt;, le cauchois &amp;lt;ref&amp;gt;Le cauchois est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Caux, la partie occidentale du département de la Seine-Maritime. A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]. ''Études Normandes'', 31e année, n°3, 1982. &amp;quot;Du Cauchois au normand&amp;quot; - [https://www.persee.fr/issue/etnor_0014-2158_1982_num_31_3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le brayon &amp;lt;ref&amp;gt;Le brayon est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Bray, à cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l'Oise. J.-E. Decorde, ''Dictionnaire du patois du pays de Bray'', 1852 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6354795f En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; sont une réalité normande, tout autant que le beauvaisin picard &amp;lt;ref&amp;gt;Le beauvaisin est la variante des parlers d'oïl de Picardie utilisée dans la région de Beauvais, dans l'Oise. François Beauvy, ''Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis'', Éklitra, 1990&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques. La région d'Ernemont-sur-Buchy est à la rencontre de ces pratiques linguistiques normando-picardes. Elles se différencient des pratiques linguistiques de la région parisienne et du français standardisé appris au cours de la scolarité. Il est fort probable qu'Albertine Hottin avait un accent, typique de sa région d'origine et de sa condition sociale : Un accent de la ruralité normande. Bien souvent, hors de leur région d'origine, les hominines s'exposent aux moqueries. La glottophobie &amp;lt;ref&amp;gt;La glottophobie est un ensemble de procédés discriminatoires basés sur un usage attendu d'une langue. Par exemple, même pour une personne maîtrisant très bien une langue, avoir un accent peut-être source de moqueries ou un obstacle à l’ascension sociale. Voire créer un manque de crédibilité. Comme pour celleux qui ne maîtrisent pas bien une langue et dont les réflexions sont mésestimées.&amp;lt;/ref&amp;gt; est chose courante. L'accent et le vocabulaire sont stigmatisants. La plupart du temps, ils n'empêchent pas l'intercompréhension. Il n'est pas sûr que Sergueï Netchaïev, dont le français est sans doute basique, soit empêché de comprendre ce que dit Albertine Hottin. Leur rencontre plaide en ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les caractéristiques linguistiques probablement connues, voire utilisées par Albertine Hottin, deux intéressent particulièrement la [[protivophilie]] qui cherche tout sur rien : Le sens du mot ''[[rien]]'' et les dérivés du terme ''niant''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La région normande conserve l'ancien sens de rien qui vient du latin ''rem'', accusatif de ''res'' &amp;quot;chose&amp;quot;. L'usage de ''rien'' en ce sens est confirmé par le ''Glossaire de la langue d'oïl'' qui recense le vocabulaire entre les XI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XIV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècles &amp;lt;ref&amp;gt;''Glossaire de la langue d'oïl'', 1891 - [https://archive.org/details/glossairedelala01bosgoog/page/410/mode/2up?view=theater En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou par le ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Eugène Godefroy, ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle'', tome VII, 1892 - [https://archive.org/details/GodefroyDictionnaire7/page/n199/mode/2up En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Jusque dans le courant du XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ''rien'' est un mot du genre féminin. Tout en précisant que cet usage est &amp;quot;''vieilli ou littéraire''&amp;quot;, le ''Trésor de la langue française'' indique qu'il s'emploie encore au XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle avec un sens voisin de &amp;quot;quelque chose&amp;quot; dans les contextes à orientation négative &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Rien&amp;quot; sur le ''Trésor de la langue française'' - [http://www.cnrtl.fr/lexicographie/rien En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et cite, parmi d'autres, l'exemple suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n'ai nullement l'intention, l'illusion, de fixer rien d'éternel''&amp;lt;ref&amp;gt;André Gide, ''Geneviève'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:bal.jpg|300px|vignette|droite|&amp;quot;''Alors on danse ?''&amp;quot; dit Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev&amp;lt;ref&amp;gt;Propos hypothétiques d'Albertine Hottin rapportés par l'historien Paul &amp;quot;Stromae&amp;quot; Van Haver dans son ouvrage éponyme - [https://www.youtube.com/watch?v=VHoT4N43jK8 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Avec un sens dérivé, dans les époques contemporaines, rien est un nom de genre masculin qui exprime une petite quantité de quelque chose. Dans ce cas il n'est pas invariable : Des riens ne sont pas rien, même lorsqu'ils en sont une. Comme cela est encore aujourd'hui en usage en Normandie — et ailleurs — le mot ''rien'' est employé en antiphrase pour exprimer une grande quantité. Il est synonyme de ''beaucoup'', ''très'', ''énormément'', etc. Albertine Hottin doit connaître cette manière d'employer rien. Même l'écrivain Émile Zola l'utilise pour ses personnages &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Zola, ''La terre'', 1887 - [https://fr.wikisource.org/wiki/La_Terre_(%C3%89mile_Zola) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet usage n'est pas seulement un &amp;quot;régionalisme&amp;quot; mais aussi d'un emploi populaire. Se basant sur une recension de mots de la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et le début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le ''Dictionnaire de l'argot du milieu'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dictionnaire de l'argot du milieu'', 1928 - [https://www.languefrancaise.net/dev6/uploads/Argot/L/Lacassagne1928/l-argot-du-milieu-lacassagne-1948.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ne s'y trompe pas. ''Rien'' a de nombreux synonymes pour exprimer la petite quantité de quelque chose, voir son absence, alors qu'aux entrées &amp;quot;Très&amp;quot; et &amp;quot;Beaucoup&amp;quot;, &amp;quot;Rien&amp;quot; est donné en synonyme. Les mots de l'infantophile poétesse Frédérique &amp;quot;Dorothée&amp;quot; Hoschedé semblent sortis de la bouche même d'une Albertine Hottin un rien agacée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Arrête de m'embêter !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu fais rien qu'à m'énerver !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu profites que je ne suis''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Qu'une pauvre petit' fille !'' &amp;lt;ref&amp;gt;Dorothée, ''Bien fait pour toi'', 1986 - [https://www.youtube.com/watch?v=9XVetuMeYQs En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lexiques des parlers normands du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle listent les mots ''niant'', ''niantise'' et ''nianterie'' &amp;lt;ref&amp;gt;Par exemple, A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le premier qualifie une personne jugée niaise, et est probablement à l'origine de l'expression ''être gnan-gnan''. La niant-nianterie est une expression normande attestée. Féminins, les deux autres désignent une niaiserie, une bêtise. Leur étymon est ''niant'', avec le sens de ''néant''. Issues du latin, des formes proches sont mentionnées par les lexicographes du français ancien. Selon le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', ''nient'' ou ''niente'' signifient &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;nullement&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Nient&amp;quot; sur le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', tome VIII - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50687j/f33.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. ''Néanmoins'' se dit alors ''nientmoins''. D'évidence, une ''nianterie'' est une ''nienterie''. Le ''Glossaire de la langue romane'' liste aussi ''niens'' et ''noiant'' avec le sens de &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;aucune chose&amp;quot;. Le verbe ''anienter'' et ''anientir'' signifient &amp;quot;réduire à rien&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort, ''Glossaire de la langue romane'', 1808. Tome I - [https://archive.org/details/glossairedelala05roqugoog En ligne]. Tome II - [https://archive.org/details/glossairedelala04roqugoog En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signification &amp;quot;aucune chose&amp;quot; pour ''niente'' est encore attestée dans le français moderne dit argotique. Les ''noiantels'' — les &amp;quot;''gens qui ne sont rien''&amp;quot; selon le philosophe Emmanuel Macron — ne sont que ''nientailles''. Comme Albertine Hottin. Les trois lettres de la jeune Albertine à son &amp;quot;''ami''&amp;quot; qu'elle déclare aimer ne semblent pas contenir de &amp;quot;normandismes&amp;quot;. Ou alors ils ne se distinguent en rien du français parisien standard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile de déterminer quelles sont les occupations culturelles d'Albertine Hottin. Selon ses propres mots, elle fréquente parfois le théâtre. Dans la troisième lettre, elle dit à ce sujet : &amp;quot;''je nè pas voulu allez aucun thatre je netais pas assez gaei.''&amp;quot; Les deux billets de faveur pour les théâtres du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot; /&amp;gt; et de Cluny &amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot; /&amp;gt;, conservés par les archives de Zurich, laissent imaginer que les deux ont eu pour projet d'assister ensemble à des représentations. Ce ne sont pas des entrées gratuites, mais des réductions. Un franc par place, plutôt que trois, au Châtelet et en demi-tarif pour celui de Cluny. Pour avoir un ordre de grandeur, l'Annuaire statistique de 1878 indique que le salaire annuel d'une domestique à Paris se situe entre 300 et 500 francs, soit environ 25 à 40 francs par mois &amp;lt;ref&amp;gt;''Annuaire statistique de la France'', 1878 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505170r/f274.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Convictions ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des recherches sont encore à entreprendre pour croquer la vie d'Albertine Hottin lors de la Commune de Paris. La rencontre avec Sergueï Netchaïev a lieu juste avant. Parmi son cercle familial, la répression contre les hominines ayant participé à ce soulèvement n'est pas une inconnue. Léon Sainte Croix et Ernest Pierre Cherfix sont emprisonnés brièvement à la suite du soulèvement de la Commune de Paris de 1871. Le premier est jugé par le vingt-troisième conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 551, dossier n°235 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; qui siège à Versailles du 15 février au 30 juillet 1872. Ernest est inquiété pour son appartenance au 120&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; bataillon de la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot; /&amp;gt;. Il est transféré vers Lorient où il est placé en détention à la citadelle de Port-Louis puis sur le ponton ''La Vengeance'' avec plus de 600 autres hominines &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Les pontons&amp;quot; dans le journal ''Radical'', 17 octobre 1871 - [https://www.retronews.fr/journal/le-radical-1871-1872/17-octobre-1871/2835/4446427/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un non-lieu est prononcé en sa faveur le 17 février 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 478, dossier n°15974 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres d'Albertine Hottin ne permettent pas de déterminer son rapport à la politique. Est-elle attentive à son environnement social et politique ? Y est-elle active ? En réponse à une question de Sergueï Netchaïev, la seule nouvelle politique qu'elle donne est dans le domaine de l'économie, à propos d'un emprunt français, et rapporte les inquiétudes du journal ''Le Figaro'' et les commentaires de politiciens à ce sujet. Rien de très fouillé. Si Albertine Hottin est employée par des membres de la classe politique et/ou économique, elle peut avoir accès plus facilement à des informations diverses et avoir vent de ce qu'il se dit sur tel ou tel sujet. Travaille-t-elle pour le député Louis Martel ou pour François Xavier Merlin qui habitent tout deux au 180 boulevard Haussman ? L'un, député du Pas-de-Calais, est vice-président du conseil supérieur de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie, président de la commission des grâces après la Commune. Élu sénateur en 1875. L'autre est un colonel de l'armée française, président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Peut-on rien comprendre à la vie humaine, si l'on ne commence pas par comprendre que toujours c'est la pauvreté qui surabonde en grandeur ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Maritain, ''Humanisme intégral'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Fin ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort par tuberculose le 19 mars 1906 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot; /&amp;gt; est un indicateur des conditions sociales d'Albertine Hottin. À la charnière des XIX et XX&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; siècles, la tuberculose se propage en France. Même si le chiffre de 150000 décès par an est infondé&amp;lt;ref&amp;gt;Arlette Mouret, &amp;quot;La légende des 150 000 décès tuberculeux par an&amp;quot;, ''Annales de démographie historique'', 1996 - [https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1996_num_1996_1_1910 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le nombre de mort inquiète les autorités politiques. Après un dizaine d'années d'études des conditions d'hygiène dans plusieurs quartiers de Paris, treize îlots urbains sont identifiés dans la ville pour être des lieux propices à l'émergence ou la diffusion de la tuberculose. Sombres pour l'étroitesse de leurs rues et pathogènes pour les conditions de vie. La maladie et son mode de contagion ne sont pas encore totalement compris&amp;lt;ref&amp;gt;Stéphane Henry, &amp;quot;De la phtisie, «maladie romantique», à la tuberculose, «maladie sociale»&amp;quot;, ''Vaincre la tuberculose (1879-1939) : La Normandie en proie à la peste blanche'', Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013 - [https://doi.org/10.4000/books.purh.5523 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les premiers essais en vue d'un traitement progressent. Les causes d'apparition de la tuberculose sont le manque de lumière et d'aération dans les logements ou le surpeuplement colocatif. La pauvreté et la malnutrition sont évidemment des facteurs aggravants. Pour l'année 1906, le rapport rendu au préfet après l'étude de 425 maisons, représentant 20500 logements pour 47000 hominines, préconise des travaux dans plusieurs milliers de chambres et d'appartements jugés trop sombres et mal aérés&amp;lt;ref&amp;gt;''Rapport à M. le préfet sur les enquêtes effectuées dans les maisons signalées comme foyers de tuberculose'', 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56808027 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'interdiction à la location pour certains logements. Les 13 îlots urbains considérés insalubres seront détruits dans les décennies suivantes. Albertine Hottin ne vit pas dans l'un de ces îlots. Cuisinière, elle habite peut-être dans un logement mal aéré ou mal éclairé, celui réservé aux domestiques sous les toits ? Les quartiers parisiens en sont pleins pour &amp;quot;''faire danser la bourgeoisie''&amp;quot; comme le note le sociologue de la danse Mounir &amp;quot;Hornet La Frappe&amp;quot; Ben Chettouh&amp;lt;ref&amp;gt;Hornet La Frappe, &amp;quot;Bourgeoisie&amp;quot; sur l'album éponyme, 2018 - [https://www.youtube.com/watch?v=DQl_Xcg_QJQ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quoiqu'il en soit, la tuberculose a su trouver son chemin jusqu'à elle. Jean Cocteau, qui habite au 6 de la rue de Surène vingt ans plus tard, ne semble plus incommodé par la présence tuberculeuse. Il y installe même sa petite fumerie d'opium personnelle. Au bas de l'immeuble, le boucher et le restaurant de 1906 sont aujourd'hui devenus deux petits restaurants et le 6 de la rue est aussi l'adresse de l'hôtel deux étoiles &amp;quot;La Sanguine&amp;quot;. Lorsqu'elle meurt en 1906, le 6 est l'adresse de l'hôtel de la Madeleine. Albertine Hottin est-elle logée dans une des chambres ? Exerce-t-elle le métier de cuisinière tout simplement dans le restaurant au pied de l'immeuble ? Ironie de l'histoire, le lendemain de son décès, le quotidien ''Le Petit Journal'' publie en première page un article sur le sort qui est fait aux domestiques, particulièrement les femelles. Sobrement intitulé &amp;quot;La question des domestiques&amp;quot;, il rappelle qu'il est &amp;quot;''de notoriété [...] qu'à Paris c'est au dernier étage où les jeunes filles se couchent, qu'elles contractent la tuberculose, et parfois de pires maladies.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Petit Journal'', 20 mars 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k617472s En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Parmi les maîtres, il existe une &amp;quot;''fâcheuse habitude parisienne qui relègue les domestiques au sixième étage des maisons, dans des mansardes mal cloisonnées, loin de toute surveillance.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Surene1910.jpg|200px|vignette|droite|Dernière adresse d'Albertine Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Photographie datée de 1910, quatre ans après la mort d'Albertine Hottin&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
La mise à la fosse commune de sa dépouille en 1906 est sans doute aussi le reflet de sa condition sociale. D'après les archives, ses deux sœurs sont toujours domiciliées à Paris. Veuve depuis 1892, Irma est couturière à Neuilly-sur-Seine en 1904. Elle meurt trente ans plus tard à Paris. Après avoir vécu quelques années dans la Somme, Léonie, son époux et leur progéniture, retournent à Paris. Leur dernier enfant, un hominine mâle, naît en 1886 dans cette ville. En 1900, Léonie est encore à Paris selon l'acte de mariage de sa fille. Elle y meurt en 1918. Abandonné à sa naissance, Ernest Hottin n'a probablement aucun lien avec sa mère biologique. Il vit en Normandie. Lucie, la fille d'Albertine, vit en Picardie. Elle s'y marie en 1899. Aucune indication sur les liens qu'Albertine Hottin entretient avec sa parentèle. [[Rien]]. Impossible de déterminer ses relations sociales. Évidemment, il est fort probable qu'elle dise parfois &amp;quot;''Bonjour !''&amp;quot; à Monsieur Frenea, le boucher du bas de l'immeuble de la rue de Surène, ou qu'elle regarde avec indifférence les hominines qui sortent du numéro 7, le siège de la société coloniale commerciale des Sultanats du Haut-Oubangi&amp;lt;ref&amp;gt;Le Haut-Oubangi est un territoire colonial français d'Afrique centrale entre 1894 et 1904. Il est réuni en 1904 avec le Haut-Chari pour former l'Oubangui-Chari qui dévient la République centrafricaine (RCA) en 1960.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle est déjà passée devant le café du Siècle, au numéro 9, a déjà ralenti devant les curiosités de la boutique de Madame Daubernay au 3, croisé des livreurs de vins ou entendu les compositions de Charles Lecocq, le musicien du 28. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De partout on y vient''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On salue, on cause''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De tout et puis de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On cause de tout, on cause de rien, de rien, de tout, de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose'' &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de l'opéra-comique en trois actes ''Ninette'' de Charles Clairville, musique de Charles Lecocq, 1896 - [https://vmirror.imslp.org/files/imglnks/usimg/f/ff/IMSLP222532-SIBLEY1802.21030.63c2-39087011139500score.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une archéologie du paysage sonore &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Mylène Pardoën, &amp;quot;''l’archéologie est une science auxiliaire de l’histoire (en tant que celle-ci est la science du passé) à partir des périodes où monuments et documents écrits coexistent. (dictionnaire de l’Académie française). Ce terme me semble approprié car l’archéologie du paysage sonore s’appuie sur des témoignages textuels ou visuels afin de reconstituer les ambiances.''&amp;quot; À écouter &amp;quot;Archéologie sonore, écouter les sons du passé&amp;quot; dans ''Le cours de l'histoire'', novembre 2021 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/archeologie-sonore-ecouter-les-sons-du-passe-3462720 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; est encore à faire. Elle sait discerner qui, dans son voisinage, est le médecin ou l'avocat de l'hominine qui travaille pour la teinturerie ou dans les cafés et restaurants. La boutique de lingerie du 7 et le crémier du 5 n'ont pas la même clientèle que la vitrerie et les tapissiers. Se relationne-t-elle avec ses collègues hors du cadre de son travail ? Comme pour les recherches protivophiles autour de [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si Albertine Hottin a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ? Qui sont ces personnes ?''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt; Dans les deux cas, cette question reste sans réponse. Les uniques êtres vivants à pouvoir vivre aussi longtemps pour être contemporains d'Albertine Hottin sont les arbres et donc à en avoir une hypothétique forme de souvenir. Mais les remaniements urbanistiques ont eu raison d'eux. Une photographie des alentours du 62 avenue des Ternes montre que les arbres ont été remplacés par d'autres. Les hypothèses les plus sérieuses sur les raisons de la mise à la fosse commune sont celles liées à l'impossibilité pour Albertine Hottin de se payer une sépulture, une ignorance de sa mort par sa proche parentèle avant la date maximale fixée par les réglementations, une absence de volonté ou une difficulté à prendre en charge les frais pour les proches — les liens familiaux sont des processus complexes.  Le registre des transports de corps payants &amp;lt;ref&amp;gt;Transports de corps payants, 23 mars 1906 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/pomp.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; indique que les frais de pompes funèbres s'élèvent à 49 francs et que sur les neuf classes d'enterrement — la première étant la plus luxueuse — Albertine Hottin bénéficie de la huitième &amp;lt;ref&amp;gt;Sur les classes d'enterrement, voir ''Ordonnateurs de convois funéraires'' sur Geneawiki - [https://fr.geneawiki.com/wiki/Ordonnateurs_de_convois_fun%C3%A9raires_-_Paris En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Morte un peu moins d'un mois après son père, elle n'a pas le temps de profiter de l'héritage familial &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Albertine Hottin décède dans un contexte social particulier. Quelques jours après la mort de plus d'un milliers de mineurs de charbon dans le nord de la France le 10 mars et quelques mois avant l'instauration en France d'une journée de repos obligatoire le dimanche pour les hominines dont elle ne profitera donc jamais. Elle meurt un lundi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Dans nos familles, on boit dans des verres à moutarde. Nous ne sommes pas des aristocrates. Nous manquons d’élégance ; et notre race est incertaine. Mais nous n’oublions rien.''&amp;lt;ref&amp;gt;[[Alain Chany]], ''L'ordre de dispersion'', Gallimard, 1972. Cité à l'entrée &amp;quot;Un plat qui se mange froid&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Multivers onarien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme ''onirique'', le néologisme ''onarien'' est basé sur l'étymon ''ὄναρ'', prononcé &amp;quot;ónar&amp;quot; en grec ancien, qui signifie ''rêve'' et au sens figuré ''rêverie''. Il est généralement employé dans le cadre très spécifique des ''Albertine's Studies''. L'expression ''multivers onarien'' désigne l'ensemble des vies d'Albertine Hottin dans les imaginaires d'autres hominines. Non pas celles, hypothétiques, qu'elle aurait pu avoir mais celles, réelles, qu'elle n'a pas eu. Malgré sa mort en 1906, elle continue à exister pour d'autres hominines grâce à de multiples mécanismes qui structurent le multivers. Les quelques décennies qui séparent sa mort de sa première mention post-mortem restent mystérieuses. L'absence de traces écrites empêche une véritable archéologie de son souvenir. Combien d'hominines se souviennent encore d'elle en 1973, date de la parution en anglais d'un article d'historien qui la mentionne. Y a-t-il réellement une continuité mémorielle entre 1906 et 1973 ? Impossible d'affirmer quoi que ce soit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'espace francophone, la première mention explicite d'Albertine Hottin date de 1989 dans une biographie de Sergueï Netchaïev &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot; /&amp;gt;. Le film ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot; /&amp;gt; de 1974 met en scène un personnage d'Albertine, sans que cela soit explicitement précisé qu'il s'agisse d'elle. Le scénario se passe à Zurich. Il faut attendre 2017 et la parution des ''Analectes de rien'' &amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017&amp;lt;/ref&amp;gt; de [[F. Merdjanov]] pour que le nom d'Albertine Hottin réapparaisse publiquement. Une courte allusion lui est faite. C'est au cours de ces décennies de maturation que sont nées les ''Albertine's Studies'' dont les (premiers) travaux sont publiés dans un article biographique entamé en 2018 &amp;lt;ref&amp;gt;Véritable article de référence, il est le plus complet travail réalisé à ce jour sur Albertine Hottin - [https://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. La même année, elle est ajoutée sur la page de l'encyclopédie ''wikipédia'' consacrée à Sergueï Netchaïev. Puis, elle est brièvement évoquée en 2021 dans l'ouvrage [[Protivophilie|protivophile]] ''Poésie par le fait/faire. Géographie po(l)étique des avant-gardes de Russie'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt; qui lui est dédié. Rien de plus. Ce retour, même discret, se matérialise dorénavant par une existence sur le réseau internet à travers la présente page. Via des moteurs de recherche ou des intelligences artificielles. Pour qui cela amuse, il est maintenant techniquement concevable de faire des hypertrucages avec Albertine Hottin discutant avec qui elle veut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Onarien.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- T’as dis quelque chose ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Non, rien...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Ah, j’avais cru.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- C’est rien !'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Éloge de rien'', 2014 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/ElogeDeRien.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les recherches autour du multivers onarien ne sont pas une simple énumération ou une chronologie des mentions d'Albertine Hottin sur les supports modernes. Elles explorent les chemins sinueux que prennent les pensées des hominines. De par la diffusion des quelques écrits la mentionnant, Albertine Hottin est entrée dans des imaginaires du présent qui ne sont pas les siens ou ceux d'hominines la connaissant. De la simple découverte de son existence au détour d'une lecture à son évocation dans cette biographie ou au détour d'une discussion, elle est unr réalité dans plus d'esprits qu'elle ne l'a jamais été. Ce phénomène n'est pas quantifiable et ne peut être réduit au nombre d'exemplaires des ''Analectes de rien'' ou de ''Poésie par le fait/faire'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt;. Même si cette présence est très probablement évanescente, dorénavant elle peut fournir du contenu à un univers onirique. Avec autant de flou que peut l'être un rêve. Avec autant de possibilités qu'offrent ce phénomène. Pour qui rêve, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de matière pour alimenter les détails d'un scénario. Que les personnages présents soient de simples PNJ &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie Wikipedia, &amp;quot;''un personnage non-jouable, également appelé personnage non joueur, désigne tout personnage de jeu de rôle ou de jeu vidéo qui n'est pas contrôlé par les joueurs.''&amp;quot;&amp;lt;/ref&amp;gt; ou le cœur du songe. Rien n'oblige à ce que cela corresponde à la réalité des hominines. Ainsi, Albertine Hottin peut être vue habillée en jeans-tee shirt-basket, faisant du ski dans les Alpes ou lisant ''Sur les cimes du désespoir'' d'Emil Cioran. Elle peut apparaître grande et rousse, ou petite et ronde, alors même que rien n'est su sur sa morphologie. Et même avoir le physique d'une autre personne clairement identifiable. Est-elle déjà montée sur le dos d'une licorne ou est-elle capable de voler dans les airs ? Connaît-elle personnellement Bilbo le hobbit ? Dans le multivers onarien de telles possibilités sont infinies. Albertine Hottin peut parler diverses langues, écouter de la musique classique ou du hardcore-métal, rire bruyamment ou n'être qu'une ombre. Il est possible de discuter avec elle ou de se contenter de sa discrète présence. De s'en faire une amie ou de l'ignorer. Et cetera, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté avec le multivers onarien n'est pas sa conceptualisation mais le recueil des différentes expériences auprès des hominines qui l'ont partiellement exploré. Partant de rien, la méthode est encore à définir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== P’têt ben qu’oui ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est à ce jour impossible d'affirmer l'unicité des deux Albertine Hottin car, pour l'instant, aucun document ou archive ne permet de certifier un lien entre les deux : L'une rue de La Vrillière en 1872 et l'autre boulevard Haussmann en 1876. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ces deux Albertine ne font qu'une, cela signifie qu'elle rencontre Sergueï Netchaïev vers l'âge de 19 ans. Lui en a 23. Lieu de leur rencontre, la rue du Jardinet est détruite en 1875&amp;lt;ref&amp;gt;La rue du Jardinet actuelle est l'ancienne Cour de Rohan qui prolongeait l'ancienne rue du Jardinet.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P’têt ben qu’non ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment expliquer qu'une jeune domestique rencontre un hominine &amp;quot;serbe&amp;quot; dans un quartier d'imprimeurs, de relieurs et de libraires ? Le billet de bal conservé par Sergueï Netchaïev et imprimé dans la rue du Jardinet fait-il le lien ? Est-ce qu'Albertine côtoie les hominines de sa famille qui sont dans les métiers du livre ? L'imprimerie Quantin a-t-elle participé à des projets de journaux ou de livres politiques ? Est-ce la Commune de Paris qui fait le lien entre les cercles familiaux Hottin/Cherfix et Sergueï Netchaïev ? Est-ce le travail de ce dernier ou ses activités politiques ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse la plus [[Protivophilie|protivophile]] est sans doute celle d'Edouard Hottin, cousin du père d'Albertine. Pour le plaisir des mots, il est facile d'imaginer que tout se joue autour de ce chimiste né à Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot; /&amp;gt;. Mais cela ne repose pour l'instant sur rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pour rien ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la postface de ''Analectes de rien'' de [[F. Merdjanov]], publié en 2017, les éditions Gemidžii précisent qu’elles auraient pu prendre le nom de Éditions Albertine Hottin, &amp;quot;''comme une dédicace […] un clin d’œil, une tentative de démythification''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt;, si elles avaient été adeptes d’un tel procédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le très merdjanovien ''Poésie par le fait/faire''&amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot;&amp;gt;''Poésie par le fait/faire'', 2021 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Poezi.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, publié en 2021 par Z-ditions de l’Amphigouri, est dédicacé à Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Galerie ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
PlanJardinet.jpg|Rue du Jardinet vers 1870&lt;br /&gt;
Genindus.jpg|Procédé chimique de la Hottine&amp;lt;ref&amp;gt;''Le Génie Industriel'', 1&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; janvier 1865 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6546728v/f56.item En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Extrad.jpg|Affiche de ''L'Extradition''&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin&amp;diff=21489</id>
		<title>Albertine Hottin</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin&amp;diff=21489"/>
		<updated>2026-05-01T13:35:35Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Progéniture */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|'''Albertine Hottin''' (Албертине Оттин en [[macédonien]] - Albertina Hottin en [[nissard]]). Compagne de Sergueï Netchaïev entre 1870 et 1872 après JC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;ref&amp;gt;Un excès de romantisme pourrait laisser penser que ces initiales ne se rapportent pas au messie des christiens mais à Juliette Capulet, l'héroïne de ''Roméo et Juliette'', le drame shakespearien. Mais il n'en est rien, &amp;quot;''toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite''&amp;quot;. Voir l'adaptation de Phil Nibbelink en 2006 ''Romeo and Juliet: Sealed with a Kiss'' où Juliette et Roméo sont des otaries - [https://www.youtube.com/watch?v=NsK9xWjAYCE En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Biographie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le révolutionnaire russe [[Hache#Société_de_la_Hache|Sergueï Netchaïev]] voyage avec un faux passeport serbe au nom de Stepan Grazdanov &amp;lt;ref&amp;gt;Mêmes initiales que Netchaïev dont le nom complet est Sergueï Guennadievitch (Netchaïev)&amp;lt;/ref&amp;gt; obtenu grâce à des révolutionnaires macédo-bulgariens &amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Stonoff, ''Un centenaire bulgare parle'', Notre Route, 1963 - [https://libcom.org/files/Un_centenaire_bulgare_parle_-_Nicolas_Stonoff.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il se déplace entre Paris et la Suisse de 1870 à 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Nechaevshchina: An Unknown Chapter&amp;quot;, ''Slavic Review'',‎ Vol.32, N° 3, 1973 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/woodnetch.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'année de son arrestation en Suisse puis de son extradition vers la Russie &amp;lt;ref&amp;gt;Voir le chapitre &amp;quot;Société de la Hache&amp;quot; dans l'article sur la [[hache#Société de la Hache|hache]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives de Zurich détiennent des lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev – qu'elle connaît sous le pseudonyme de Stephan – dans lesquelles ce dernier fait part de ses sentiments, bien loin des considérations politiques qu'il développe dans ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'' en 1869 &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'', 1869 - [http://durru.chez.com/netchaev/lecat.htm En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et des tristes caricatures qu'ont fait de lui des littérateurs &amp;lt;ref&amp;gt;Ivan Tourgueniev, ''Père et Fils'', 1862. Fiodor Dostoïevski, ''Les Démons'', 1871&amp;lt;/ref&amp;gt;, &amp;quot;''mélange de père-fouettard et de froideur militante''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot;&amp;gt;F. Merdjanov, &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; (Postface), ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017 - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Prenant à contre-pied les classiques lectures dépréciatives de la pensée politique de Sergueï Netchaïev, Erwan Sommerer rappelle que &amp;quot;''Netchaïev, prenant acte du fait que toute révolution partielle est une révolution manquée, assume donc la table rase. C’est ce qu’il nomme la pandestruction — la destruction totale de l’ordre existant —, seule voie vers une situation d’amorphisme, c’est-à-dire l’état de disparition absolue de toutes les formes sociales et institutionnelles.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot;&amp;gt;Erwan Sommerer, &amp;quot;La férocité du peuple. Netchaïev avait un plan&amp;quot; dans ''Lundi Matin'', n°504, 14 janvier 2026 - [https://lundi.am/La-ferocite-du-peuple En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour lui, &amp;quot;''Netchaïev est cohérent : si les révolutions échouent à briser la continuité de l’oppression, c’est parce que les révolutionnaires se réservent par avance les meilleurs places dans les institutions à venir. Alors ne s’arroge-t-il pour lui-même et ses alliés aucun privilège de ce type. Le but n’est pas la conquête du pouvoir, mais la destruction des conditions de possibilité même du pouvoir.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot; /&amp;gt; Son plan est simple et son analyse limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La génération actuelle doit commencer la véritable révolution, commencer à bouleverser totalement toutes les conditions de la vie sociale ; elle doit détruire tout ce qui existe, sans réflexion, sans distinction, avec pour unique considération que ce soit le plus vite possible et à la plus grande échelle possible. Mais puisque cette génération a subi l’influence des conditions de vie répugnantes contre lesquelles elle s’insurge, l’œuvre de création ne peut lui incomber. Cette œuvre incombe aux forces pures qui se révèlent dans les jours de rénovation. Nous disons : les atrocités de la civilisation moderne dans laquelle nous avons grandi nous ont privés de la capacité de bâtir le paradis de la vie future dont nous ne pouvons rien savoir de précis, seulement qu’il sera l’exact contraire des horreurs présentes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Les principes de la révolution'', 1869. Cité dans ''La férocité du peuple''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Charles_Marville,_Rue_du_Jardinet,_ca._1853–70.jpg|200px|thumb|right|Rue du Jardinet (Paris - VI&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;) en août 1866]]Lors de ses différents séjours de plusieurs mois à Paris entre 1870 et 1872, Sergueï Netchaïev loge au 5 de la rue du Jardinet &amp;lt;ref&amp;gt;Dans le cadre d'un réaménagement urbain, la plus grande partie de la rue du Jardinet est détruite en novembre 1875 pour faire place au boulevard Saint-Germain. Voir [http://vergue.com/post/701/Rue-du-Jardinet en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une chambre meublée qu'il loue sous sa fausse identité serbe. En provenance de Londres, il arrive à Paris à la fin de 1870, alors que l'armée prussienne est aux portes de la ville. Il s'installe au 56 de la rue Saint-André-des-Arts &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'annuaire de 1871, cette adresse correspond à celle de l'hôtel New York, tenu par la veuve Canonne&amp;lt;/ref&amp;gt;, avant de déménager rapidement à quelques mètres de là, rue du Jardinet. Cette rue abrite alors de nombreux artisans du livre, graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, etc. Albertine Hottin vit dans la capitale française lors de la Commune de Paris entre le 18 mars et le 28 mai 1871 mais nous n’avons aucune information sur sa participation à ces évènements. Sergueï Netchaïev quitte la capitale française en février 1871 pour y revenir en novembre, puis s'absente de nouveau de Paris entre février et avril 1872. Dans sa correspondance sentimentale, il prétexte des affaires à régler avec ses parents pour expliquer ses absences. Lors de ses séjours parisiens, il exerce le métier de peintre d'enseignes pour gagner sa vie. Ses activités politiques restent mystérieuses. Dans des circonstances que nous ignorons, Albertine Hottin et Sergueï Netchaïev se rencontrent rue du Jardinet (6&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt; arr.) entre la fin 1870 et février 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''C'est là que j'ai eu le bonheur de vous parler pour la première fois [...]'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot;&amp;gt;Trois lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev, Été (?) 1871 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/albertine.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Suisse, Sergueï Netchaïev lui envoie ses lettres au 10 rue de La Vrillière dans le premier arrondissement parisien. En Suisse, les archives de Zurich conservent des brouillons de lettres de Sergueï Netchaïev et trois courtes lettres envoyées par Albertine Hottin. Elles ne sont pas datées mais selon les informations qu'elles contiennent elles sont probablement écrites à l'été 1871. L'adresse qu'elle fournit pour correspondre avec son &amp;quot;amoureux&amp;quot; est-elle la sienne propre ou celle de son lieu de travail ? Dans les affaires saisies lors de l'arrestation de Sergueï Netchaïev, outre cette correspondance, figurent des carnets dans lesquels sont notés des adresses parisiennes pour travailler, des listes de journaux militants et de lieux de discussions, des notes diverses, qui donnent des indications sur ses activités parisiennes et sur les périodes où il y séjourne &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot;&amp;gt;Jeanne-Marie Gaffiot, ''Netchaïeff'', L’âge d’Homme, 1989&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il garde aussi les billets d'entrée pour deux personnes au théâtre du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot;&amp;gt;''Les mousquetaires'' du 16 au 23 septembre 1871 au théâtre du Châtelet - [[Média:chatelet.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; et à celui de Cluny&amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot;&amp;gt;Billet de faveur au théâtre de Cluny - [[Média:cluny.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les deux billets sont des &amp;quot;billets de faveur&amp;quot;, accordés gratuitement pour une seule représentation. Les dates de représentation des ''Mousquetaires'' au théâtre du Châtelet, entre le 16 et le 23 septembre 1871, indiquent qu'il n'a pu s'y rendre, étant alors absent de Paris. Sont-ce des souvenirs liés à sa liaison avec Albertine Hottin, elle qui sous-entend aller parfois au théâtre ? Les archives zurichoises détiennent aussi un &amp;quot;''billet de faveur pour un cavalier''&amp;quot; valable en janvier 1872 pour un bal de nuit, &amp;quot;''paré, masqué et travesti''&amp;quot;, du vendredi soir à la salle du Pré-aux-Clercs&amp;lt;ref&amp;gt;Billet de faveur pour un cavalier valable en janvier 1872 pour un bal de nuit à la salle du Pré-aux-Clercs - [[Média:bal.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est imprimé 1 rue du Jardinet, à quelques pas de la résidence parisienne de Sergueï Netchaïev. À cette date, il est encore à Paris mais rien n'indique qu'il y soit allé se dégourdir les gambettes et se remuer le popotin en compagnie d'Albertine Hottin. Le ton des lettres reste &amp;quot;courtois&amp;quot; et nous ignorons si cette rencontre a débouché sur une progéniture&amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov (attribué à), ''L’énigme Floresco'', date inconnue, inédit&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'invisibilité sociale faite aux femmes dans l'écriture de l'Histoire occulte le plus souvent leur présence, schéma auquel n'échappent pas les mouvements révolutionnaires. Leur engagement est minimisé, empreint de romantisme, dévalorisé et expliqué par l’influence unilatérale d’un homme proche (père, frère, oncle, mari ou compagnon) dans des discours sexistes afin de correspondre à la prétendue &amp;quot;nature féminine&amp;quot; qui serait faîte de fraîcheur et de naïveté, de discrétion et de dévouement. Comme Albertine Hottin, disparue derrière la figure de Sergueï Netchaïev malgré son rôle dans la vie de ce dernier. D'elle, nous ne savons — pour l'instant — quasiment rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Nous savons peu de choses sur elle ; elle était alphabétisée mais pas très intelligente, politiquement naïve, et dévouée [à Netchaïev]'' &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Sergei Nechaev in the Period of the Paris Commune&amp;quot;, ''Bulletin. Classe des Sciences Sociales'', LIII,‎ 1974 [https://books.google.fr/books?id=a4DwCAAAQBAJ&amp;amp;lpg=PA145&amp;amp;ots=wI7jPV81Sn&amp;amp;dq=albertine%20hottin&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en nous gratifiant de quelques poncifs sexistes, ces mots de Woodford Mc Clellan confirment qu'il n'en sait pas plus. Peut-il se fier à trois courtes lettres pour être aussi affirmatif ? Les fautes d'orthographe et de syntaxe ne sont pas des marqueurs d'imbécilité mais indiquent peut-être une classe sociale n'ayant pas accès à l'éducation. Et d'autant plus pour une &amp;quot;jeune fille&amp;quot; dans les années 1870. Quand à la candeur, elle n'est peut-être que le reflet du caractère mièvre qui transpire très souvent des correspondances amoureuses, et la naïveté, une qualité/pathologie révolutionnaire...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mauvaise réputation de Sergueï Netchaïev, jugé calculateur et froid par ses détracteurs, permet d'émettre de multiples hypothèses sur la nature exacte de ses liens avec Albertine Hottin. Faut-il voir dans les correspondances disponibles une idylle naissante ou ne sont-elles que manipulation de l'un pour profiter des sentiments de l'autre ? Le jeune homme qu'est alors Sergueï Netchaïev succombe-t-il en [[amour]] ou cherche-t-il à impliquer, malgré elle, Albertine Hottin dans des projets clandestins ? Obtient-il des informations ou a-t-il accès à de potentielles cibles via Albertine Hottin ? Les quelques lettres échangées dans le courant du premier semestre 1870 entre Sergueï Netchaïev et Nathalie Herzen, alors qu'il est en Suisse, montrent qu'il est capable de jouer sur les sentiments amoureux dans un but politique, et inversement ! &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Catteau, Tatiana Bakounine, &amp;quot;Contribution à la biographie de Serge Nečaev : Correspondance avec Nathalie Herzen&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', vol. 7, n°2, avril-juin 1966 - [https://doi.org/10.3406/cmr.1966.1666 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans deux de ses lettres, semblant répondre aux inquiétudes de son Stephan, Albertine Hottin lui précise qu'elle prend bien garde de ne parler à personne de leur relation. L'insistance de Sergueï Netchaïev pour que leur correspondance reste secrète laisse à penser que, pour des raisons de sécurité, il préfère utiliser une adresse intermédiaire. Dans ce cas, le 10 rue de La Vrillière ne serait qu'une boîte aux lettres et non le lieu d'habitation d'Albertine Hottin. Selon l'annuaire de 1871, à cette adresse se trouve le coiffeur Eusèbe Alexandre Balesdan, les tailleurs Huiart et Neumann, la draperie en gros Boerne et Fabre, le crémier F. Lagache et un changeur. Les informations disponibles ne suffisent pas à déterminer les plans envisagés par Sergueï Netchaïev... Quoiqu'il en soit, les mots employés dans les lettres d'Albertine laisse entendre qu'elle n'est pas une militante révolutionnaire et n'est pas du tout au fait de la politique. Le &amp;quot;machiavélisme&amp;quot; politique assumé de Netchaïev incite à se questionner sur l'intérêt pour lui et ses projets révolutionnaires d'une telle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les affaires personnelles de Sergueï Netchaïev détruites par les matons de la forteresse Pierre et Paul figuraient des traductions et des commentaires de poèmes, ainsi que des récits et des fragments de plusieurs romans. Un volumineux roman, intitulé ''Georgette'', se déroule à Paris en 1870 et plusieurs récits sont compilés dans des &amp;quot;souvenirs de Paris&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Michael Confino, ''Violence dans la violence. Le débat Bakounine-Necaev'', Maspero, 1973&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'un d'eux, ''L'entresol et la mansarde'', était-il une référence à Tchernychevski &amp;lt;ref&amp;gt;Nikolaï Tchernychevski, ''Que faire ? Les Hommes nouveaux'', 1862-1863&amp;lt;/ref&amp;gt; ou une allusion romantique à Albertine ? Impossible d'en savoir plus car de ces écrits de Sergueï Netchaïev, il ne reste rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ses mémoires, Michael Sagine (aka Armand Ross) raconte&amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt; comment il récupère les papiers de Sergueï Netchaïev restés cachés à Paris mais ne précise pas s'il était aussi chargé d'avertir Albertine Hottin. Ni même s'il connaît son existence. Les éléments biographiques et historiques disponibles sur Sergueï Netchaïev ne sont pas en mesure d'en éclaircir les parts d'ombre. En adoptant la mythomanie pour stratégie, il brouille les cartes &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Vera Figner, &amp;quot;dans l'histoire du mouvement révolutionnaire en Russie, Netchaïev a été une figure tout à fait exceptionnelle, un personnage singulier dont nous n'avons jamais rencontré l'équivalent. Malgré tout ce qu'a de choquant pour nous la tactique cynique mise en pratique au cours de sa vie et fondée sur la maxime &amp;quot;La fin justifie les moyens&amp;quot; on ne peut cependant s'empêcher d'admirer sa volonté de fer et son caractère inébranlable, et de reconnaître le désintéressement qui a guidé toutes ses actions&amp;quot;.  Véra Figner, ''Mémoires d’une révolutionnaire'', Mercure de France, 2017 &amp;lt;/ref&amp;gt;, tout autant pour ses proches que pour ses détracteurs. Ces derniers lui reprochent de ne pas avoir d'autre projet que la destruction de tout et de n'avoir fait que du néant. Sans doute ses plus belles réussites... En optant pour le pragmatisme, les témoignages et les correspondances laissent transparaître de lui une approche politique qui mêle conspiration secrète de quelques uns et soulèvement généralisé dans des imaginaires, des alliances et des soutiens qui laissent septiques ses proches ou ses détracteurs &amp;lt;ref&amp;gt;Selon le bakouniniste Ralli, opposé à Sergueï Netchaïev, ce dernier est &amp;quot;un simple républicain qui admirait Robespierre tel qu'il se le représentait après quelques lectures. Netchaïev n'était pas socialiste ; il ne connaissait ni Marx ni le mouvement ouvrier international ; il avait très peu lu et même n'arrivait pas à comprendre la Commune de Paris ; il faisait partie des adeptes de Félix Pyat et des compagnons de ce dernier&amp;quot;. Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Le lecteur comprendra pourquoi on qualifie ce courant d'idée de nihilisme. On voulait dire par là que les partisans de cette idéologie n'admettaient rien (en latin : nihil) de ce qui était naturel et sacré pour les autres : famille, société, religion, traditions, etc. À la question qu'on posait à un tel homme : &amp;quot;''Qu'admettez-vous, qu'approuvez-vous de tout ce qui vous entoure et du milieu qui prétend avoir le droit et même le devoir d'exercer sur vous telle ou telle emprise ?''&amp;quot; L'homme répondait : &amp;quot;''Rien !''&amp;quot; (nihil). Il était donc &amp;quot;nihiliste&amp;quot;.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Voline, ''La révolution inconnue''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après les historiens netchaïevistes, Albertine Hottin est la seule compagne connue dans la vie amoureuse de Netchaiev &amp;lt;ref&amp;gt;En 1869 Vera Ivanovna Zassoulitch éconduit Sergueï Netchaïev, et rien n'est su d'une hypothétique relation entre lui et Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, avec qui il arrive en Suisse à la fin de la même année. Nathalie Herzen repousse aussi les avances d'un Netchaïev qu'elle déteste. La première se réfugie de nouveau en Suisse après la tentative d'assassinat au pistolet contre le général Trepov – seulement blessé – en 1878 et son acquittement surprise. Elle est membre de ''Terre et Liberté'', puis lors des scissions internes de ce groupe se tournera vers le marxisme – elle traduit Karl Marx en 1881 et correspond avec lui – avant d'être l'une des fondatrices d'un groupe marxiste en Russie ''Émancipation du travail'', en 1883. La seconde, Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, est une ex-étudiante en médecine, donc cantonnée à la profession de sage-femme par la loi russe, qui manifeste déjà en 1862 dans les contestations étudiantes. Elle accompagne Netchaïev auprès des révolutionnaires macédo-bulgariens, puis part avec lui vers la Suisse. Elle est chargée d'y collecter du matériel de propagande à ramener en Russie. Elle est arrêtée par la police russe. Dans une lettre du 30 mars 1870 au ministre de la Justice, envoyée de prison, elle dénonce Netchaïev et propose sa collaboration pour lui tendre un guet-apens. Proposition fictive ou réelle ? Elle est condamnée en août à la privation de tout ses droits et à l'exil définitif en Sibérie pour ses contacts avec Netchaïev. La troisième, Nathalie Herzen est la fille aînée (née en 1845) d'Alexandre Herzen le théoricien du populisme révolutionnaire en Russie. Elle assiste aux disputes politiques et divergences tactiques entre Bakounine et Netchaïev en Suisse. Michaël Confino, &amp;quot;Un document inédit : le Journal de Natalie Herzen, 1869-1870&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', 1969, Vol 10, N° 1 - [http://www.persee.fr/doc/cmr_0008-0160_1969_num_10_1_1770#cmr_0008-0160_1969_num_10_1_T1_0055_0000 En ligne]. Christine Fauré et Hélène Châtelain, ''Quatre femmes terroristes contre le tsar, Vera Zassoulitch, Olga Loubatovitch, Élisabeth Kovalskaïa, Vera Figner'', Maspero, Paris, 1978&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblant tout ignorer des activités illégales de celui qu'elle croit être Stephan, Albertine Hottin doit perdre brutalement tout contact avec lui après son arrestation en 1872 puis son extradition vers la Russie. Probablement ne sut-elle jamais rien de la mort de Sergueï Netchaïev en 1882 dans un cachot de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Le film helvétique ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot;&amp;gt;''L'extradition'' de Peter von Gunten, 1974.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, réalisé en 1974, retrace cette expulsion et dénonce l'hypocrisie d'une soit-disant neutralité de la Suisse. Parmi les personnages figure une Albertine, éphémère amante de Sergueï Netchaïev à Zurich — interprétée par l'actrice Silvia Jost — qui est probablement inspirée d'Albertine Hottin. Difficile d'être dans la certitude. Librement adaptée de l'affaire Netchaïev, cette fiction met en scène une Albertine auprès de laquelle les proches de Netchaïev viennent récupérer à Zurich une valise de papiers après son arrestation afin de s'en débarrasser. Cela rappelle l'épisode du passage de Michael Sagine à Paris pour le même motif. Dans ''L'extradition'', Albertine ne semble pas totalement ignorer qui se cache derrière le pseudonyme de Stepan Grazdanov.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Hypothèse protivophile ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives municipales de Paris ne mentionnent qu'une seule Albertine Hottin morte entre 1870 et 1920 dans la ville. Pour autant, la probabilité qu'elle soit celle recherchée n'est pas une preuve, seulement une piste... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son nom complet — cette Albertine Aimée Hottin décède à 54 ans le 19 mars 1906 à 19h30 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot;&amp;gt;Actes de décès daté du 20 mars 1906 - [[Média:albertinemort.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; à l'hôpital Beaujon dans le huitième arrondissement, près de son domicile situé au 6 rue de Surène. Selon les registres hospitaliers, elle meurt de la tuberculose le lendemain de son entrée à l'hôpital. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Ouen le 23 mars 1906&amp;lt;ref&amp;gt;Numéro 4038 du registre d'inhumations, division 27, ligne 17 - [[Média:registhin.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans la tranchée gratuite, l'autre nom de la fosse commune&amp;lt;ref&amp;gt;Registre journalier d'inhumation du cimetière de Saint-Ouen - [[Média:tranchee.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de décès précise qu'elle est célibataire et qu'elle exerce la profession de cuisinière. Albertine Aimée Hottin est née le 20 juillet 1851 à Ernemont-sur-Buchy, un petit village d'une centaine d'hominines en Seine Maritime &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance daté du 20 juillet 1851 - [[Média:albertinenaiss.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout comme ses deux sœurs aînées, l'acte de naissance est enregistré au nom de la mère, Cherfix. La plus âgée des trois sœurs naît de père inconnu alors que les autres sont reconnues à la naissance par Anselme Hottin. Le mariage en 1858 entre Marie Thérèse &amp;quot;dite Léonie&amp;quot; Cherfix et Anselme Charlemagne Hottin acte une reconnaissance légale de paternité pour les trois, qui se nomment dorénavant Hottin. Avant leur mariage, selon le recensement de 1841, Marie Cherfix et Anselme Hottin habitent à Bosc-Roger-sur-Buchy. Les parents de la première sont mareyeurs — synonyme de poissonnier — et elle y travaille avec eux et sa sœur Celina &amp;lt;ref&amp;gt;Surnom de Nina Louise ?&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Après la mort de ses deux parents, le futur père d'Albertine habite au même domicile que sa tante maternelle et son époux, propriétaire &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bosc-Roger-sur-Buchy, 1841 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/ddef48daf8ca236f0d6d8e61de3d4c50/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Âgé alors de 30 ans, il est indiqué qu'il est rentier &amp;lt;ref&amp;gt;Origine rente ? Bâtis ou terres ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dix ans plus tard, en 1851, les futurs parents d'Albertine Hottin apparaissent ensemble dans le recensement d'Ernemont-sur-Buchy. Lui est déclaré propriétaire cultivateur et elle servante, avec à charge sa fille Léonie Bathilde, née en 1845 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement d'Ernemont-sur-Buchy, 1851 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e9c9c209c8d5367692beceba3422f024/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La consultation de la &amp;quot;''liste nominative des habitants''&amp;quot; de 1846 — accessible aux archives départementales — pourrait permettre d'affiner la datation de leur déménagement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives des délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy indique que Anselme Hottin est membre du conseil municipal entre 1851 et 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy,  1838-1862 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta7e317b2b8c101caa/dao/0/3 En ligne] et 1863-1878 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vtaddaa78baa6e25244/dao/0/1 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À cette époque où la blague démocratique se met en place, les maires sont nommés par le préfet de région. Durant la période où Anselme Hottin est au conseil, les maires sont successivement Étienne Grenier d'Ernemont et Jean-Baptiste Malmaison. L'un est un ancien militaire et appartient à une famille d'aristocrates, héritière d'un titre seigneurial sur la région d'Ernemont, et le second est un notable local, propriétaire et cultivateur. En plus de sa fonction de maire, Étienne Grenier d'Ernemont est l'administrateur de l'hospice du village. Lui et sa famille sont les propriétaires du château et y habitent avec leurs domestiques. Les membres du conseil sont désignés par le maire parmi les hominines mâles appartenant à la notabilité locale : petit propriétaire, commerçant, instituteur ou artisan, par exemple. Ernemont-sur-Buchy ne fait pas exception. De part sa participation au conseil municipal, Anselme Hottin connaît la famille du comte Tanneguy De Clinchamp et du baron Adolphe D'André, membres du conseil qui ont reçu le château en héritage après le décès d'Étienne Grenier d'Ernemont. Le tissu social villageois est une [[macédoine]] complexe entre les hiérarchies sociales et les catégories professionnelles, entre les liens familiaux et les relations amicales, au sein d'un même village et entre eux. Les familles sont évidemment présentes sur plusieurs villages. Au mariage entre Anselme Hottin et Thérèse Cherfix, les témoins sont commis de commerce et ouvrier maréchal, cousin et ami, du côté du mâle et dans la cordonnerie du côté de la femelle. L'acte de naissance d'Albertine Hottin stipule qu'il est rédigé en présence de Louis Crosnier l'instituteur et de Louis Duboc, domestique de maison auprès du châtelain Étienne Grenier d'Ernemont. Les deux mêmes que pour Irma en 1850 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Irma Hottin, 13 avril 1850 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/dcace402d7b350d6ed313126e0ab6296/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le village d'Ernemont-sur-Buchy a la particularité d'abriter la congrégation religieuse christienne des Sœurs du Sacré-Coeur d'Ernemont, surnommée &amp;quot;Maîtresses des écoles gratuites, charitables et hospitalières du Sacré-Cœur d'Ernemont&amp;quot;. Fondée en 1690 par Barthélémy de Saint-Ouen, seigneur d'Ernemont et conseiller au parlement de Rouen, et son épouse Dorothée de Vandime, elle vise à l'enseignement scolaire des enfants et le service aux malades et vieillards. Se répandant à travers la Normandie, la congrégation assure l'enseignement et le soin dans de nombreuses villes et villages &amp;lt;ref&amp;gt; - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le but &amp;quot;''d’inculquer aux élèves la doctrine chrétienne, de leur apprendre à lire, à écrire, à calculer. La congrégation a pour but de former les femmes. La mixité est interdite même dans les écoles enfantines.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;D'après Catriona Seth, &amp;quot;Marie Leprince de Beaumont, une écrivaine normande&amp;quot;, ''Études Normandes'', 65e année, n°1, 2016 - [https://doi.org/10.3406/etnor.2016.3794 En ligne]. Originaire de Normandie, l'autrice Marie Leprince de Beaumont est célèbre pour ''La belle et la bête'', écrit vers 1750. Plusieurs de ses ouvrages mentionnent la congrégation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des cours gratuits pour les femelles adultes sont parfois organisés. Jusqu'au début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, il existe à Ernemont-sur-Buchy une &amp;quot;école pour filles&amp;quot;. L'église est attenante à l'hospice-école. Quatre religieuses se chargent de quelques pensionnaires, pour cause de maladie ou de vieillesse. Il est fort probable qu'Albertine Hottin et ses sœurs aient bénéficié de cet enseignement scolaire primaire. Ce qu'indique déjà les lettres d'Albertine à Sergueï Netchaïev.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Arrivée parigote ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le registre de la population de 1866 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de population d'Ernemont-sur-Buchy, 1866 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/1503e2c65ded1bb55a045b9234756a48/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine habite encore avec ses parents, agriculteurs, et sa sœur aînée Léonie Bathilde. L'autre sœur, Irma Léonie, à peine âgée de 16 ans, n'apparaît pas dans ce recensement comme si elle n'habitait déjà plus au domicile familial d'Ernemont-sur-Buchy. Pour des raisons qu'il reste encore à déterminer, le couple marital Anselme Hottin et Thérèse Cherfix déménagent à Bois-Guilbert entre 1867 et 1871. Sans que l'on sache si elles déménagent avec elleux, leurs trois filles partent pour la capitale dans cette même temporalité. Albertine Hottin arrive donc à Paris entre 1867 et 1870. Impossible de dire pour l'instant où elle s'installe et dans quelles conditions. Comment Albertine Hottin et ses deux sœurs trouvent-elles leurs emplois de domesticité ? Bénéficient-elles des réseaux de connaissance entre des familles de l'aristocratie de Normandie et de Paris ? Des liens entre une aristocratie et une bourgeoisie politique ? Parfois, ce sont des congrégations religieuses qui servent d'intermédiaires pour placer des domestiques dans des familles riches qui en réclament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La bourgeoisie se reconnaît à ce qu'elle pratique une morale étroitement liée à son essence. Ce qu'elle exige avant tout, c'est qu'on ait une occupation sérieuse, une profession honorable, une conduite morale. Le chevalier d'industrie, la fille de joie, le voleur, le brigand et l'assassin, le joueur, le bohème sont immoraux, et le brave bourgeois éprouve à l'égard de ces &amp;quot;gens sans mœurs&amp;quot; la plus vive répulsion. Ce qui leur manque que donnent un commerce solide, des moyens d'existence assurés, des revenus stables, etc. ! comme leur vie ne repose pas sur une base sûre, ils appartiennent au clan des &amp;quot;individus&amp;quot; dangereux, au dangereux prolétariat : ce sont des &amp;quot;particuliers&amp;quot; qui n'offrent aucune &amp;quot;garantie&amp;quot; et n'ont &amp;quot;rien à perdre&amp;quot; et rien à risquer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uni&amp;quot;&amp;gt;Max Stirner, ''L'Unique et sa propriété'', 1844 (traduction française de Robert L. Reclaire, 1899) - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Unique_et_sa_propri%C3%A9t%C3%A9_(traduction_Reclaire) En ligne]. ''Œuvres complètes. L'Unique et sa propriété et autres essais'', Éditions L'Âge d'Homme, 2012&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Menuparis.jpg|200px|vignette|droite|Gastronomie de guerre &amp;lt;ref&amp;gt;Menu du 25 décembre 1870. Café Voisin, 261 rue Saint-Honoré&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Après avoir été élu par les hominines mâles premier président de la Deuxième République française en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte proclame l'Empire de France en 1852 après son coup d’État de décembre 1851. Il prend alors le nom de Napoléon III, troisième fils de Louis Bonaparte dit Napoléon I&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et d'Hortense de Beauharnais. Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse et ses alliés. Les armées françaises ne parviennent pas à résister aux assauts prussiens et le Second Empire capitule en septembre 1870. L'empereur est fait prisonnier et l'impératrice doit fuir à l'étranger. En réponse à cette situation, les députés républicains modérés proclament la Troisième République depuis le parlement à Paris. Un Gouvernement de la Défense nationale est mis en place et la guerre continue. Avançant sur le territoire français, les armées prussiennes s'approchent de Paris mais ne parviennent pas à y entrer. Le siège de la capitale débute le 20 septembre 1870. Pendant un peu plus de quatre mois, les hominines de la ville subissent les restrictions qu'engendrent l'isolement de Paris. Les denrées se raréfient et les prix augmentent. D'évidence, les plus riches s'en sortent bien mieux que la grande majorité des hominines. Quelques accommodements gastronomiques s'imposent. Une bonne occasion de goûter de l'éléphant, du kangourou ou du chat. Les plus pauvres expérimentent le choléra et la malnutrition. Le rat n'a pas la même saveur que les animaux du zoo et le jeun prolongé n'est pas encore une médecine alternative populaire. &amp;quot;''Il y a, sur la place même de l'Hôtel de Ville, un marché de rats; et les rats se vendent 30 ou 40 centimes quand ils sont ordinaires, 60 centimes quand ils sont gras et bien en chair.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Edmond Deschaumes, ''Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris (1870-1871)'', 1890 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413390 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Même le privilégié Victor Hugo pleurniche sur son sort : &amp;quot;''Ce n’est même plus du cheval que nous mangeons. C’est peut-être du chien ? C’est peut-être du rat ? Je commence à avoir des maux d’estomac. Nous mangeons de l’inconnu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Victor Hugo, ''Choses vues 1849-1885'' - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141436z En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Le 31 octobre des républicains radicaux tentent un coup de force contre le  gouvernement de la Défense nationale et réclament la proclamation d'une Commune. Plutôt qu'une république à la démocratie représentative, la Commune est un principe politique qui prône la démocratie directe dans chaque villes et villages, puis leur fédération pour constituer une entité politique nationale. La tentative est un échec. C'est dans cette période troublée que Sergueï Netchaïev arrive à Paris, traversant les lignes prussiennes. Fin janvier 1871 le gouvernement signe un armistice franco-prussien. Le révolutionnaire russe quitte la capitale française en février. Dans cet intervalle de quelques mois, il fait la rencontre d'Albertine Hottin. Rue du Jardinet où il loge. Une dépêche télégraphique datée du 31 janvier &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot;&amp;gt;''Recueil des dépêches télégraphiques reproduites par la photographie et adressées à Paris au moyen de pigeons voyageurs pendant l'investissement de la capitale'', tome 1, 1870-1871 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5499951n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, via pigeon voyageur &amp;lt;ref&amp;gt;Victor La Perre de Roo, ''Le pigeon messager, ou Guide pour l'élève du pigeon voyageur et son application à l'art militaire'', Paris, E. Deyrolle fils, 1877 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5435176t En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, est envoyée de la ville de Bordeaux par Irma Hottin. Elle s'adresse à &amp;quot;''Melle Hottin, rue st-petersbourg, 2''&amp;quot; —  sans préciser s'il s'agit d'Albertine ou de Léonie. Elle dit qu'elle va bien, qu'elle est sans nouvelles de Bois-Guilbert — où habitent les parents — et donne son adresse bordelaise &amp;lt;ref&amp;gt;13 rue Bardineau. Pour information, l'annuaire de Bordeaux daté de 1866 indique que Paul de Lentz, le consul de Russie, habite au 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette présence à Bordeaux s'explique peut-être par le fait qu'elle travaille pour des hominines membres du &amp;quot;Gouvernement de Défense nationale&amp;quot;, des politiciens ou des militaires qui ont fui Paris devant l'avancée prussienne et trouvé refuge à Tours dans un premier temps, puis dans la ville de Bordeaux.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce choix politique de l'armistice ne passe pas auprès de républicains radicaux et d'une partie de la population. La colère gronde dans plusieurs villes françaises. L'ambiance est insurrectionnelle. À Paris, le gouvernement tente de désarmer la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot;&amp;gt;La garde nationale est l'ensemble des milices citoyennes formées dans chaque commune au moment de la Révolution française. Ses officiers sont élus et ne peuvent effectuer plus de deux mandats successifs. Elle est chargée du maintien de l'ordre en temps de paix et de force d'appoint en cas de guerre.&amp;lt;/ref&amp;gt; et provoque, en réaction, un soulèvement populaire dans plusieurs quartiers de la ville. La Commune est proclamée le 18 mars 1871 et le gouvernement est chassé à Versailles. Pendant 72 jours, la Commune de Paris est un laboratoire à ciel ouvert pour les aspirations révolutionnaires les plus diverses. La démocratie directe, l'égalité sociale, l'auto-gouvernement ou le partage s'expérimentent en direct. La place des hominines femelles est questionnée par les premières concernées &amp;lt;ref&amp;gt;Dans la continuité de leur lutte pour l'égalité et l'émancipation, de nombreuses hominines femelles prennent part à la Commune. Dont Louise Michel, Paule Minck ou Sophie Poirier, ou les russes Anna Jaclard et Élisabeth Dmitrieff, pour ne citer que les plus connues. Ou encore [[Louise Modestin]] pour les illustres inconnues. Elles participent à de nombreuses initiatives et, par exemple, une ''Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés'' est créée en avril 1871. Elles sont actives autant dans les cercles politiques, les associations d'entraide que sur les barricades. &amp;lt;/ref&amp;gt; et leurs alliés mâles. Le monde du travail, la culture ou la scolarité ne sont pas épargnés par les remises en cause proposées. Les opinions des hominines qui font vivre cette Commune ne sont pas un bloc monolithique. Les tendances et les approches sont multiples. S'affrontent parfois. Le contexte est celui d'une volonté permanente des forces versaillaises de mettre fin à cette expérimentation sociale et politique dissidente. Informé par des collègues à Paris et par la lecture de ce qu'il se dit dans la presse communaliste ou non, le correspondant de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) à Londres, Karl Marx, n'hésite pas à titrer : ''La guerre civile en France'' &amp;lt;ref&amp;gt;Karl Marx, ''La guerre civile en France'', 1871 - [https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/karl-marx-la-guerre-civile-en-france-1871/ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour les Versaillais il s'agit de la &amp;quot;Campagne de 1871 à l'intérieur&amp;quot;, le nom officiel des opérations anti-communalistes. Entre le 21 et le 28 mai 1871, les armées versaillaises répriment violemment la Commune de Paris. Les barricades ne sont pas suffisantes à défendre la ville insurgée. Cette &amp;quot;Semaine Sanglante&amp;quot; fait plusieurs milliers de morts lors des combats du côté communaliste et autant se font fusiller après leur capture. Les chiffres sont incertains. Près de 45000 hominines se font arrêter. Les archives de cette époque sont encore à explorer pour découvrir si Albertine Hottin est mentionnée. Les domestiques, cuisinières, valets et autres personnels de service ne sont pas les professions les plus impliquées dans le soulèvement communaliste &amp;lt;ref&amp;gt;''La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880)'' - [https://communards-1871.fr/index.php En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie dans les quartiers bourgeois de l'ouest de Paris n'est pas la même que celle des quartiers populaires. Moins de combats et de barricades. L'urbanisme est plus récent. Les familles bourgeoises qui investissent les VIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissements habitent des immeubles où leur domesticité a des espaces ségrégués pour y vivre. De part sa proximité géographique et l’enchevêtrement avec la réalité de ses maîtres, la domesticité bénéficient plus des avantages de sa condition sociale que les autres prolétaires. Si Albertine Hottin travaille pour une famille bourgeoise, elle a peut-être moins souffert de la faim lors du siège de Paris. Sergueï Netchaïev revient dans la capitale française en novembre 1871. Les trois lettres &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot; /&amp;gt; d'Albertine Hottin datent de cette période d'absence de Sergueï Netchaïev. Des lettres qu'il a envoyé, il ne reste que quelques brouillons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''maintenant je me dépêche pour jeter aujourd ma lettre a la post. Je vous demande très pardon que je vous ai laissé sans nouvelle et vous en demande. [...] Je vous aime encore pluq qu'auparavant, et je compte les heurs que devront crouler avant notre rencontre. je vous embrasse. tout à vous. Stéphan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#zur&amp;quot;&amp;gt;Enregistrés sous la classification Auslieferung des Sergius Netschajeff (Extradition de Sergueï Netchaïev) aux Archives de Zurich&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux sœurs d'Albertine, Léonie et Irma, se marient respectivement en 1874 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Léonie Bathilde Hottin et Louis Joseph &amp;quot;Édouard&amp;quot; Duval, 22 décembre 1874, Paris, 8e. Veuf depuis 1870 d'un premier mariage dans la Somme, il a une fille née en 1866. Celle-ci vit chez ses grands-parents maternels à Warlus dans la Somme (Recensement de 1872). Elle se marie à Paris en 1895.&amp;lt;/ref&amp;gt; et 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Irma Léonie Hottin et Amable Levadoux, 22 avril 1875, Paris, 8e. Né en 1844 et originaire de Marsat, dans le Puy-de-Dôme. Il décède à Paris en 1892 au 52 rue de Varenne dans le 7e. Peut-être arrive-t-il sur Paris via l'armée lors de la guerre contre la Prusse - [https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/ark:/72847/vtaf43f074402956764/daogrp/0/25 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le huitième arrondissement de Paris. L'une est cuisinière et se marie avec un cocher, et l'autre est femme de chambre et se choisit un maître d'hôtel pour conjoint. Les deux couples résident sans doute dans les chambres réservées au personnel. Irma et son époux habitent au 23 rue de Berri &amp;lt;ref&amp;gt;23 rue de Berri en 1875. 17 ferme des Mathurins en 1877&amp;lt;/ref&amp;gt;, une perpendiculaire à l'avenue des Champs-Élysées. Léonie et son époux ont pour adresse le 2 rue de Saint-Pétersbourg &amp;lt;ref&amp;gt;2 rue de Saint-Pétersbourg en 1874. 6 rue du Colisée en 1876. 126 rue Saint-Lazare en 1886&amp;lt;/ref&amp;gt;. Selon l'acte de naissance du 11 septembre 1873 établit au nom de son fils &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d’Édouard Léon Anselme Hottin, 11 septembre 1873, Paris, 8e&amp;lt;/ref&amp;gt;, né de père inconnu, Léonie habite à cette adresse. Si le message du pigeon voyageur du 31 janvier 1871 lui est bien adressé, cela laisse à penser qu'elle habite déjà à cette adresse début 1871 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot; /&amp;gt;. L'annuaire daté de 1872 qui liste les adresses pour l'année 1871 n'a pas été imprimé pour cause de guerre. Celui de l'année précédente indique que le député des Vosges Louis Buffet ainsi que &amp;quot;''Villeneuve, rentier''&amp;quot; habitent à cette adresse. Léonie est-elle employée par Villeneuve ou Buffet ? Sa jeune sœur Albertine est-elle avec elle ? Louis Buffet achète cet hôtel particulier en 1872 et s'y installe avec son épouse, leurs sept enfants et leurs domestiques. Le peintre Édouard Manet a son atelier au 4 de la rue entre 1872 et 1878 — l'immeuble apparaît en haut à gauche de son tableau ''Le chemin de fer'' et plus clairement dans les croquis qui lui servent de base &amp;lt;ref&amp;gt;Édouard Manet, ''Le chemin de fer'', 1873 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg En ligne]. Les croquis réalisés entre 1872 et 1873 - [https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/le-pont-de-leurope-etude-pour-le-chemin-de-fer-204821 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'atelier de Manet attire une foule d'artistes et de mondanités qui animent le quartier. &amp;quot;''Le chemin de fer passe tout près, agitant ses panaches de fumée blanche, qui tourbillonnent en l'air. Le sol, constamment agité, tressaille sous les pieds et frémit comme le tillac d'un navire en marche. Au loin, la vue s'étend sur la rue de Rome, avec ses jolis rez-de-chaussée à jardin et ses maisons majestueuses. Puis, sur la montagne du boulevard des Batignolles, un enfoncement sombre et noir : c est le tunnel, qui, bouche obscure et mystérieuse, dévore les trains s'engageant sous ses voûtes arrondies avec un sifflement aigu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Étienne Moreau-Nélaton, ''Manet raconté par lui-même'', tome 2, 1926 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9760965m/f30.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'adresse d'avant-guerre des Buffet se situe à quelques centaine de mètres de là, au 10 de la rue de Berlin (actuelle rue de Liège) dans le neuvième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Les actes de naissance de deux de leurs enfants en 1865 et 1870 confirment cette adresse. &amp;lt;/ref&amp;gt;. La famille Buffet sont des christiens&amp;lt;ref name=&amp;quot;#chr&amp;quot;&amp;gt;''Christien'' désigne les adeptes de Jésus ''aka'' Christ&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;, les chrétiens, comme le terme de ''mahométien'' désigne celles et ceux qui croient que Mahomet est un prophète — les musulmans —  ou celui de ''moïsien'' pour parler des adeptes de Moïse, les juifs.&amp;lt;/ref&amp;gt; de la branche catholique &amp;lt;ref&amp;gt;Pour une courte biographie de Louis Buffet - [https://books.openedition.org/igpde/1258 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Louis Buffet est nommé ministre de l'économie à deux reprises entre 1870 et 1871. Il reste en poste trois mois sous Napoléon III et, après être élu à la députation des Vosges sous la Troisième République, il est désigné de nouveau à ce poste mais n'y reste que 6 jours &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de l'Agriculture et du Commerce à deux reprises entre 1848 et 1851, il est élu président de l'Assemblée nationale en 1873 puis sénateur en 1876. Chef du gouvernement et ministre de l'intérieur de 1875 à 1876&amp;lt;/ref&amp;gt;. Son épouse, Marie Pauline Louise Target, est petite-fille de député, fille d'un ancien préfet du Calvados et sœur d'un député. Selon ses biographes, Louis Buffet et sa famille ne sont pas à Paris pendant la période de guerre. Illes sont au domaine de Ravenel &amp;lt;ref&amp;gt;''Ravenel, de l’origine à l’ouverture de l’hôpital psychiatrique'' - [http://www.ch-ravenel.fr/pdf/presentation/historique-ravenel.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; à Mericourt dans les Vosges. En zone occupée par la Prusse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le 23 de la rue de Berri, l'Annuaire daté de 1876 indique que &amp;quot;''Cheronnet, propriétaire''&amp;quot; est domicilié à cette adresse. Les voisins du 22 et du 24 sont respectivement Henri Louis Espérance des Acres, comte de l'Aigle et député de l'Oise, et le général et ancien sénateur Édouard Waldner. Lorsqu'Albertine Hottin dit dans sa troisième lettre &amp;quot;''nous sommes aller à la campagne cette semaine''&amp;quot;, en parlant de Neuilly-sur-Seine, fait-elle référence à des déplacements avec une famille bourgeoise qu'elle accompagne ? Elle mentionne aussi la fête de Neuilly (dite Fête à Neu Neu), probablement celle de l'été 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rue de La Vrillière où Sergueï Netchaïev envoie ses lettres est celle de la Banque de France. Membre de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1871 à 1876, Louis Buffet et sa famille ont-illes été logé temporairement dans un immeuble de la rue, un &amp;quot;logement de fonction&amp;quot; en attendant de trouver mieux ? Comme cela fut le cas de janvier à avril 1870, lorsque Louis Buffet est logé rue de Rivoli dans l'hôtel des finances du Mont-Thabor, l'ancien ministère des finances détruit lors de la Commune. Ce qui, dans le cas où Albertine Hottin travaille comme domestique pour la famille, pourrait expliquer son adresse postale au 10 de la rue de La Vrillière. Les études [[Protivophilie|protivophiles]] autour de la biographie du politicien et financier, ainsi que celles des sœurs d'Albertine Hottin, n'ont pas permis pour l'instant de valider cette hypothèse. Les annuaires de l'année 1872 n'ont pas été publiés pour cause de guerre et de Commune de Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Progéniture ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première adresse parisienne connue d'Albertine Hottin date de la naissance de sa fille Lucie Blanche, le 2 juin 1876 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance de Lucie Blanche, 2 juin 1876, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:naissluci.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle naît au 32 rue du faubourg Montmartre, chez la sage femme Isabelle Ardis. L'acte de naissance indique que la mère est &amp;quot;''sans profession''&amp;quot; et que son domicile est au 180 boulevard Haussman &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire daté de 1877 recense l'architecte Belle, Lady Gray, le sénateur Louis Martel, le colonel G. Merlin — président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune — et enfin le carrossier Fabien Pradeu - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9677392n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune mention du père biologique. À une date indéterminée — car les registres des abandons ne la mentionnent pas — la jeune Lucie Blanche est mise en nourrice &amp;lt;ref&amp;gt;Catherine Rollet, &amp;quot;Nourrices et nourrissons dans le département de la Seine et en France de 1880 à 1940&amp;quot;, ''Population'', n°3, 1982 - [https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1982_num_37_3_17360 En ligne]. Emmanuelle Romanet, &amp;quot;La mise en nourrice, une pratique répandue en France au XIXe siècle&amp;quot;, ''Transtext(e)s Transcultures'', n°8, 2013 - [https://doi.org/10.4000/transtexts.497 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une famille de la Somme, en région picarde. Elle apparaît dans le recensement de 1881 de la commune de Morlancourt avec la cellule familiale d'Henri Cailleux et Albertine Vicongne avec leurs six enfants &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de la commune de Morlancourt, Somme, 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/recens1881.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle y est baptisée en 1883 &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des baptêmes, Morlancourt, 1883 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/djzg5v1b78xh/787e5478-61f3-4575-8078-13246a82c885 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le prénom Marie est ajouté à Lucie et Blanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ernest naît le 10 janvier 1879&amp;lt;ref&amp;gt;Ernest le 10 janvier 1879, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:ernest.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de naissance ne nomme pas le géniteur et stipule qu'Albertine Hottin, la mère, est sans profession et habite alors au 62 de l'avenue des Ternes dans le VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire 1880 recense l'architecte M. Guillot, le grossiste en vins Girault et les merceries de Larible - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96773984 En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ernest est abandonné à sa naissance. Selon le Registre d'admission des enfants assistés, &amp;quot;''sa mère allègue sa misère et la charge d'un premier enfant pour abandonner le nouveau-né.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:regenfass.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; Il est déposé dans le quartier du Roule (8e) par &amp;quot;''M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Metton, domestique''&amp;quot;, puis est envoyé le 13 janvier à Montfort en Ille-et-Vilaine pour être placé. Il est accueilli dans le village de Quédillac par la cellule familiale de Jean Gendrot et Marguerite Ferrier &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement à Quédillac en 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/quedillac1881.pdf En ligne] et en 1886 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/quedillac1886.jpg En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. En contradiction avec l'acte de naissance, l'un des documents des registres d'abandon &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:registenfaban.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; mentionne qu'Albertine Hottin est domestique et habite au 181 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Il semble qu'il y ait confusion entre l'adresse de naissance d'Ernest et le domicile de sa mère. En effet, cette adresse est celle de M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Léocadie Planchet, la sage-femme qui fait l'accouchement &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'Annuaire daté de 1879 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9762929c En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 12 janvier 1882, Albertine Hottin entre à l'hôpital Lariboisière dans le X&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien. Elle est transférée au pavillon Marthe le 16 et sort de l'hôpital le 19 janvier. Le dossier stipule &amp;quot;''suivi de couche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Albertine Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalb.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'hominine en devenir qui sort d'elle &amp;lt;ref&amp;gt;Alida Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalid.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; quitte officiellement l'hôpital le lendemain de sa naissance &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées et des sorties, Lariboisière, 1882 - [https://aphp-diffusion-prod.ligeo-archives.com/ark:/23259/780644.1240379/daogrp/0/13 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un acte de naissance est établi à la mairie de l'arrondissement au nom d'Alida Yvonne Hottin, née d'Albertine et d'un père inconnu &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Alida Yvonne Hottin, 13 janvier 1882 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/alida.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Albertine Hottin habite alors au 95 de la rue du Rocher (8&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;) &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire de 1883 recense le peintre-décorateur Jules Mariotte, la sage-femme Mme Pécheux et P. Ginier, propriétaire - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96762957 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; et exerce le métier de couturière. Il y a peut-être une erreur dans son adresse car elle est aussi celle d'une sage-femme, Mme Pécheux. Pour l'instant, les archives n'ont pas fourni d'autres informations à propos de ce troisième enfant d'Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Melocoton, où elle est maman?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens, donne-moi la main''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pour aller où ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens'' &amp;lt;ref&amp;gt;Colette Magny, ''Melocoton'', 1963 - [https://www.youtube.com/watch?v=OPVtricblNM En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tind.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
La question de l'enfantement est multiple. À une époque où il n'existe pas encore de moyens alternatifs pour être enceinte, les hominines femelles doivent encore s'accoupler avec un mâle pour cela. Quelles sont les circonstances de cet acte ? Est-il réciproquement consenti ? De toute évidence, Albertine Hottin ne souhaite pas avoir d'enfants au regard de sa condition sociale, de &amp;quot;''sa misère''&amp;quot;. Sur les trois dont elle accouche, deux sont abandonnés selon les archives consultées. En cette fin de XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les méthodes contraceptives sont limitées. Lorsqu'il y a pénétration vaginale dans l'acte sexuel, la méthode la plus ancienne est le retrait au moment de l'éjaculation masculine afin de minimiser les risques de fécondation que les spermatozoïdes font alors encourir. Le timing de ce ''coitus interruptus'' est serré et son efficacité est loin des 100%. Il existe aussi des méthodes mécaniques tel que l'éponge vaginale ou les préservatifs. Les technologies de fabrication d'alors font que le préservatif est un objet fragile et inconfortable. Il est plus utilisé en tant que protection contre les maladies plutôt qu'à visée contraceptive directe. Pour l'influenceuse Madame de Sévigné, il est &amp;quot;''Bouclier contre le plaisir et toile d'araignée contre le danger''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Albert Netter, ''Histoire illustrée de la contraception, de l'Antiquité à nos jours'', Roger Dacosta, 1985&amp;lt;/ref&amp;gt;. Spécialité liée à la triperie, la fabrication de préservatif à base de membrane animale — souvent les intestins — fait progressivement place au caoutchouc à partir de la seconde moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Plus confortable et plus efficace. Cette technique de recouvrir le pénis d'un étui en caoutchouc fin et fermé à l'extrémité n'est financièrement pas encore accessible aux hominines les plus pauvres. Conformément aux habitudes et préconisations de son époque &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste de Sénancour, ''De l’amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes'', 4e éd., tome 1, Paris, 1834&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine Hottin doit utiliser la méthode dite du retrait. Si elle ne désirait pas d'enfant, il semble que cette méthode contraceptive se soit avérée inefficace à trois reprises. Au moins — par manque de données à ce sujet, il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a eu recourt à des avortements clandestins pour mettre fin à des grossesses non-désirées. Si elle a une sexualité régulière, trois cas de grossesse en 6 ans est peu en comparaison du pourcentage de risque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les actes de naissance précisent &amp;quot;''Père inconnu''&amp;quot;. Est-elle dans la situation de tant d'hominines femelles abandonnées socialement par des hominines mâles après une fécondation non-désirée ? Les travaux de la paléontologue Juliette &amp;quot;Juliette&amp;quot; Noureddine, publiés en 1998 sous le titre ''Lucy'', montrent que cette pratique est très ancienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Son père, son père, n'en parlons plus,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y a longtemps qu'j'ai fait une croix dessus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y m'avait dit &amp;quot;Bouge pas, attends.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je n'en n'ai pas pour bien longtemps,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'vais au mammouth et je reviens.&amp;quot;''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et depuis ce jour là, plus rien''&amp;lt;ref&amp;gt;Juliette, &amp;quot;Lucy&amp;quot; sur l'album ''Assassins sans couteaux'', 1998 - [https://www.youtube.com/watch?v=wjJWOuODm4U En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cas où Albertine Hottin désirait une progéniture, elle a changé d'avis entre le moment où elle se sait enceinte et les abandons. Soit, pour ne citer que deux raisons, à cause de l'attitude du procréateur qui refuse d'assumer à deux les conséquences, soit des circonstances particulières dans lesquelles ont lieu les fécondations. Étaient-elles vraiment consenties ? Dans des sociétés d'hominines où la binarité de genre est aussi une hiérarchie entre les genres, les hominines femelles subissent des violences et des agressions — sans commune mesure avec celles exercées sur les mâles. Le viol en est une. &amp;quot;Ce jargon du viol&amp;quot; n'est pas seulement l'anagramme de &amp;quot;devoir conjugal&amp;quot; car, en plus du viol conjugal &amp;quot;ordinaire&amp;quot;, le personnel féminin de la domesticité est particulièrement exposé à ce risque d'agression. De la part des maîtres ou des collègues. L'habitat de la domesticité, exigu et souvent isolé sous les toits, est un lieu propice aux violences sexuelles. Se plaindre ou faire scandale c'est prendre le risque de perdre son travail. L'imaginaire érotique bourgeois s'alimente de cet espace d'habitat en marge. La promiscuité des hominines agite la fantasmagorie. Illes s'entendent baiser et leurs corps sont si proches ! La présence de jeunes hominines femelles isolées fait virevolter les imaginaires mâles. Pour autant, toutes les hominines femelles, même dans la domesticité, ne subissent pas les mêmes violences. Qu'une situation soit systémique ne fait pas qu'elle soit systématique. Albertine Hottin n'a donc pas obligatoirement subi de ces violences. Sa sexualité était peut-être plaisante, riche, multiple et consentie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A-t-elle retourné le déséquilibre social de genre en se servant de la sexualité et de l'enfantement pour trouver une meilleure situation sociale ? La bourgeoisie s'affole les sens en imaginant le personnage érotique de la jeune domestique femelle lubrique et soumise, ou déterminée et vénale. Juste 100 ans après la naissance du premier enfant d'Albertine Hottin, le mythomane Émile Ajar publie son roman ''Pseudo''. Les histoires et les mensonges qui entourent la personnalité d’Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, empêchent de déterminer s'il est vraiment utile de chercher un quelconque lien, même symbolique, entre Albertine Hottin et son personnage de Nihilette pour simplement en citer l'extrait suivant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Nini, comme son nom l'indique, ne peut pas souffrir qu'il y ait une œuvre littéraire dans laquelle elle ne se serait pas glissé. L'espoir, ça la rend malade ! Nini essaye depuis toujours et de plus en plus de se taper chaque auteur, chaque créateur, pour marquer son œuvre de néant, d'échec, de désespoir. Elle se fait appeler Nihilette chez les gens bien élevés, du tchèque ''nihil'', ''nihilisme'', mais nous l'appelons Nini, avec majuscule parce qu'elle a horreur d'être minimisée. En ce moment, sur le tapis, elle essayait de se faire ensemencer par Ajar, pour lui faire ensuite des enfants du néant. Ajar se défendait comme un lion. Mais il y a toujours avec Nini la tentation de se laisser faire, pour accéder enfin au fond du néant, là où se trouve la paix sans âme ni conscience. La seule chance qu'avait Ajar de s'en tirer était de bien prouver son inexistence, son état bidon pseudo-pseudo, son absence absolue d'état humain digne d'être infecté par Nini, car le néant ne baise jamais le néant, pour des raisons techniques.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Ajar, ''Pseudo'', 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En plus de ces considérations pratiques liées à la progéniture d'Albertine Hottin, sa domesticité implique d'autres contraintes sociales. Dans ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Anne Martin-Fugier rappelle qu'une &amp;quot;''servante enceinte, même mariée''&amp;quot; peut perdre son travail pour cela. Elle cite un arrêt de 1896 d'un tribunal qui stipule que &amp;quot;''à aucun point de vue on ne saurait considérer un maître comme tenu de garder à son service une fille enceinte, soit que l'on envisage l'immoralité de sa conduite, le mauvais exemple dans la maison ou les graves inconvénients de l'accouchement.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot;&amp;gt;Anne Martin-Fugier, ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Perrin, 2004&amp;lt;/ref&amp;gt; Il existe bien évidemment différentes techniques anticonceptionnelles, dont les injections d'eau froide dans le vagin, mais elles sont légalement interdites car assimilées à des avortements. De plus, à la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les domestiques sont souvent accusées d'être responsables de la dépopulation en France &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Environnement familial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivant de Normandie, des Cherfix apparaissent dans l'état civil de la capitale pendant la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'orthographe varie parfois entre Cherfix, Cherfis ou Cherfils. Quelques membres de la famille maternelle d'Albertine Hottin vivent dans l'ouest de Paris, au croisement de plusieurs arrondissements. Pour ne donner que quelques exemples, sa tante Nina Louise habite dans le XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissement, Léon Sainte Croix, un cousin de sa mère, loge boulevard Pereire dans le XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Un autre cousin, Louis Timoléon Eugène réside 41 rue Pierre Demours, une parallèle à Pereire qui débouche sur l'avenue des Ternes. Cousin maternel plus éloigné, Ernest Pierre est domicilié au 4 de la rue des Vignes dans le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Tout deux avec épouse et progéniture. La première est &amp;quot;''marchande des quatre-saisons''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Avec son second mari Armand Stanislas Lemoine&amp;lt;/ref&amp;gt; — vendeuse ambulante de fruits et légumes —, le deuxième est charpentier et le dernier est sellier. Plusieurs cellules familiales Cherfix sont voisines les unes des autres. L'adresse d'Albertine Hottin en 1879 sur l'avenue des Ternes est aussi celle d'Adolphe Hippolyte Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Adresse attestée en 1865 par l'acte de mariage entre son frère Léon Sainte Croix Cherfix et Clémentine Désirée Magnan, 14 novembre 1865, Paris, XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; - [En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt;, un autre cousin de la mère d'Albertine, frère de Léon Sainte Croix et Louis Timoléon Eugène. Vit-elle avec le couple et leurs enfants ou seulement dans le même immeuble ? Quand Albertine Hottin déménage-t-elle rue de Surène ? Elle connaît probablement Edmond Eugène Cherfix dit &amp;quot;Bonnard&amp;quot;, jeune fils de Louis Timoléon Eugène et d'Adrienne Émilie Bonnard. Il est imprimeur. Veuf en 1868, Louis Timoléon Eugène se remarie en 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Louis Timoléon Eugène Cherfix et Julie Bêche, 8 juin 1875, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le nouveau couple habite rue Demours. Lorsqu'il meurt en 1888, quelques semaines après son mariage, Edmond Eugène habite avec son épouse Marie Louise Forestier au 34 rue Dauphine dans le sixième arrondissement. À la mort de son fils, Louis Timoléon Eugène est domicilié au 11 de la rue Guersant, à quelques pas de l'avenue des Ternes. Après son mariage en 1887 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Eugénie Adolphine Cherfix et Émile Cateloux, 15 janvier 1887, Paris, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;, sa fille Eugénie Adolphine Cherfix habite avec son époux au 27 de la rue Bayen, une proche parallèle à Guersant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres cellules familiales sont présentes dans des arrondissements du centre de Paris. Pierre Maximilien Cherfix, son épouse Louise Eugénie Baronnet et leur fille Héloïse vivent au 6 de la rue Mongolfier dans le troisième arrondissement. Il est papetier. Selon l'acte de mariage entre Gustave Quantin, papetier et fils de papetier, et Héloïse Cherfix, celle-ci est aussi papetière. L'Annuaire-Almanach de 1870 mentionne l'existence d'une fabrique de feuillages ''Quantin'', située au 8 de la rue de Mulhouse dans le deuxième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Annuaire-Almanach, 1870 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96727875 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une imprimerie au nom de Gustave Quantin ouvre en 1872 au 63 avenue des Ternes. La faillite est officielle en 1874. Une autre ouvre au 18 de la rue Bonaparte à partir de 1878 &amp;lt;ref&amp;gt;À ne pas confondre avec la luxueuse ''Quantin NC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;T&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et C&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ie&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;'', &amp;quot;''imprimeurs-typographes et libraires''&amp;quot;, au 7/9 rue Saint-Benoît-Saint-Germain dans le sixième arrondissement. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Peu de choses réalisées par cette imprimerie sont disponibles via internet. À noter l'édition en 1873 et en 1874 de ''Extraits des historiens du Japon'', publiés par la Société des études japonaises &amp;lt;ref&amp;gt;''Extraits des historiens du Japon'', partie I et II, 1873-1874 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65796644/f282.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Gustave Quantin en est officiellement l'imprimeur. Il est aussi membre de la société savante nippophile et de la Société d’Ethnographie orientale et américaine dont il est le trésorier. S'il n'est pas possible d'affirmer que Gustave Quantin, de par ses activités dans le japonisme français &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie participative ''Wikipedia'', &amp;quot;''le japonisme est l'influence de la civilisation et de l'art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux, entre les années 1860 et 1890.''&amp;quot;. Le Japon est représenté pour la première fois à l'Exposition Universelle de 1867 par des objets exposés et la présence d'une délégation venue du Japon. Dont le jeune prince Tokugawa Akitake.&amp;lt;/ref&amp;gt;, connaisse le peintre et collectionneur d'estampes japonaises Édouard Manet, cela n'est pas à exclure totalement. Le monde bourgeois de la culture n'est pas si vaste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Signalb.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le patronyme Hottin est présent dans les registres d'état civil de la région normande depuis plusieurs siècles, &amp;quot;''entre pays de Bray et de Caux''&amp;quot;. Dans la grande banlieue du village de Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot;&amp;gt;''bosc'' signifie &amp;quot;espace boisé&amp;quot; et ''bordel'' désigne les hominines qui habitent une ''borde'', c'est-à-dire une &amp;quot;cabane&amp;quot;, une &amp;quot;petite maison&amp;quot;, ou directement le lieu. Ces sens sont attestés dès le début du XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Frédéric Godefroy, ''Lexique de l'ancien français'', 1890 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Lexique_de_l%E2%80%99ancien_fran%C3%A7ais/5 En ligne]. La plus ancienne mention est ''bodel'', &amp;quot;maison&amp;quot; ou &amp;quot;cabane&amp;quot;, en judéo-français ou sarphatique, la langue d'oïl judéo-romane parlée par les communautés moïsiennes de la moitié nord de la France actuelle et écrite en caractères hébraïques. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces familles sont agricultrices pendant plusieurs générations. Les premières migrations vers Paris datent de la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'exode rural des populations d'hominines vers les centres urbains est enclenché. Le village de naissance d'Albertine Hottin passe d'une population d'hominines de 224 en 1831 à moins de 140 en cinquante ans. À la période où Albertine arrive à Paris, Édouard Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des électeurs de Paris (1860 - 1870) - [https://www.geneanet.org/registres/view/307309/41 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — cousin de son père et témoin à son mariage &amp;lt;ref&amp;gt;Anselme Charlemagne Hottin est aussi l'un des témoins au mariage d'Edouard Hottin le 12 septembre 1867 à Bosc-Roger-sur-Buchy - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4ee0ef380cdcc49412c2a1426f032fa4/dao/0/16 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — vit déjà dans la capitale française. Chimiste &amp;lt;ref&amp;gt;Il dépose entre autre un brevet de chimie en janvier 1856 pour un &amp;quot;''système de préparation de thé permettant 1° d'en concentrer l’arôme et les parties constitutives, et 2° de livrer au commerce des extraits de thé tout préparés.''&amp;quot; d'après le ''Catalogue des brevets d'invention'', 1855 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63669617 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, il met au point un procédé pour rendre ininflammable les tissus et dépose en août 1864 le brevet de la ''Hottine''&amp;lt;ref&amp;gt;''Catalogue des brevets d'invention'', n° 8 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6357402p/f4.item.r=hottin En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour sa commercialisation, la ''Hottin &amp;amp; Cie'' est créée en 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette nationale ou le Moniteur universel'', 26 décembre 1865 - [https://www.retronews.fr/journal/gazette-nationale-ou-le-moniteur-universel/26-decembre-1865/149/2621181/6 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;''Certes, si les hommes étaient sages, ce n’est pas aux inventeurs de moyens de destruction perfectionnés qu’ils élèveraient des statues. Celui-là a mieux mérité de l’humanité, qui, comme M. Hottin, nous débarrasse d’un fléau dévorant.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Sport : journal des gens du monde'', 16 septembre 1866 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32768849/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Malgré la promotion publicitaire dans des journaux, le produit ne se vend pas et l'entreprise Hottin &amp;amp; Cie est déclarée en faillite en juillet 1867 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires'', 19 juillet 1867 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6822699h/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelques-unes de ses adresses sont connues jusqu'en 1870, mais rien n'indique qu'Albertine Hottin vive avec lui. Les recensements n'existent pas pour le Paris de cette époque, et les archives antérieures à 1870 sont partiellement détruites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cellules familiales des deux sœurs d'Albertine Hottin n'ont pas les même parcours. Tout semble indiquer que Irma Hottin, son époux et leur enfant vivent à Paris sans interruption. Léonie et sa famille nucléaire quittent provisoirement la capitale pour s'installer dans la Somme, dans le village de Frohen-le-Grand. Quelques années avant leur mariage, Louis Joseph Édouard Duval y avait exercé son métier de cocher pour la famille d'aristocrate qui vit dans le château local &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Frohen-le-Grand, 1871 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/w5jp0l9c6q2g/2ba86a2f-0d2c-418e-b5c8-b4aa5abf6c5b En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Deux de leurs enfants y naissent en 1878 et 1879. Une femelle et un mâle. L'aînée et la nouvelle venue sont envoyées à Bois-Guilbert pour vivre avec leurs grands-parents maternels Anselme Hottin et Thérèse Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bois-Guilbet en 1881 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4a4091827ebf19e313342dd2df9a415b/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pendant ce séjour chez elleux, Louise, l'aînée, décède en 1883 à l'âge de 7 ans &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès de Louise Duval à Bois-Guilbert le 30 janvier 1883 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/706cb9a0077461881ec5eff632720743/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les sources consultées ne permettent pas de préciser la date de retour sur Paris de la cellule familiale de Léonie. Le couple engendre d'un petit mâle qui naît en novembre 1886 dans cette ville. À cette date, elle habite dans le huitième arrondissement au 126 de la rue Saint-Lazare, à quelques centaines de mètres de chez sa sœur Albertine rue du Rocher. Selon l'acte de mariage de la fille de Louis Duval, née de son premier mariage, il n'habite pas à Paris en 1895 mais à Fresnières dans l'Oise. Ce qui signifie que Léonie Hottin-Duval vit donc sans lui. À partir d'une date indéterminée, elle vit avec son fils cadet au 107 rue du Lauriston dans le seizième arrondissement. Demeurant aussi dans cet arrondissement, 5 cité Greuze, la tante Nina meurt en 1887 et son — second — mari en 1890. Daté de juillet 1888, le commentaire qui accompagne une gravure de ce quartier par le dessinateur Jules-Adolphe Chauvet parle de lui-même : &amp;quot;''Il est impossible de se figurer cette cité encore éclairée à l'huile et habitée par une population des plus déshéritées, où la misère et le vice s'étalent dans leur plus hideuse laideur ; cela au milieu du Passy aristocratique et bourgeois [...]''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jules-Adolphe Chauvet, &amp;quot;Cité Greuze dite le Palais royal de Passy, rue Greuze n° 24&amp;quot; sur le site de la BNF - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8456859p En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thérèse Cherfix-Hottin, la mère d'Albertine, décède le 24 août 1901 à Bosc-Roger-sur-Buchy &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès du 25 août 1901 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e71cb3dc937ddf2501f76761f51393c0/dao/0/12 En ligne]. Table des successions et absences de Buchy, 1886-1905 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e047091b58efe957732be9bfb2b398ced21c546127869b312ee37ee914ac80b9/dao/0/34 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Anselme Hottin, le père, meurt le 23 février 1906 dans le même village &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot;&amp;gt;D'après la Table des successions et absences de Buchy, 1906-1924 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta8336b8f866ec948e/dao/0/73 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Moins d'un mois avant Albertine Hottin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adresses postales mentionnées dans les archives officielles ne sont pas une donnée infaillible. Elles ne concordent pas toujours entre elles ou à la réalité car l'administration se trompe parfois. L'acte de naissance d'Alida Yvonne, la fille d'Albertine Hottin, est un exemple de possibles erreurs administratives. Dans un scénario d'une arrivée urgente à Lariboisière, à l'initiative de la sage-femme qui gère la grossesse d'Albertine Hottin, il se peut qu'il y ait aussi une erreur d'adresse dans les registres de l'hôpital. En effet, le 95 de la rue du Rocher est aussi l'adresse d'une sage-femme, M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Pécheux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cause de présence de fibres d'amiante dans les archives de la ville de Paris, il est actuellement impossible de consulter les ''Calepins des propriétés bâties'' pour les adresses où Albertine Hottin a habité. Ces calepins détaillent les occupants (particuliers et/ou sociétés, locataires et propriétaires) et donnent une rapide description de l'aménagement des immeubles parisiens. Seul le calepin de la rue de Surène est consultable à partir de l'année 1901 &amp;lt;ref&amp;gt;''Calepins des propriétés bâties'', 1901-1981, côte D1P4 2697 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Allures et air de rien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La [[protivophilie]] ne dispose d'aucune description physique d'Albertine Hottin. Rien dans les registres hospitaliers ou d'état civil consultés à ce jour dans les archives. La couleur de ses yeux ou de ses cheveux demeurent inconnues. Idem pour sa taille et tout autre détail anatomique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Cuiz.jpeg|200px|vignette|droite|Cuisinière anonyme en 1894 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Les différents actes officiels connus concernant Albertine Hottin mentionnent les métiers de cuisinière et de couturière. Elle fait partie de la domesticité, les ''gens de maison'' comme les nomment celleux qui les emploient. Est-elle appelée par son propre prénom ou par celui attribué par ses maîtres ? — il est tellement plus pratique de toutes les appeler ''Murielle''. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Épisode 1/2 : La servitude&amp;quot; dans l'émission ''Les pieds sur terre'', mai 2023 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/butler-majordome-servante-des-domestiques-au-service-des-ultra-riches-5785280 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ouvrage ''La femme à Paris, nos contemporaines'', daté de 1894, Octave Uzanne consacre un chapitre aux hominines femelles utilisées comme domestiques. En ayant lui-même à son service, il dresse des tableaux caricaturaux des différents métiers de la domesticité et de leur place dans le quotidien de la bourgeoisie. Pour lui, &amp;quot;''c’est une caste [...] qui a sa hiérarchie très tranchée : au sommet, la femme de chambre en conflit avec la cuisinière cordon-bleu; plus bas, la bonne d'enfant, puis après la bonne à tout faire, et enfin la femme de ménage. À côté figure une privilégiée, à la fois méprisée et enviée, celle qui vend le lait de son enfant au gosse malingre du bourgeois : la nourrice.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot;&amp;gt;Octave Uzanne, ''La femme à Paris, nos contemporaines'', 1894 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15257516/f99.image En ligne]. Voir Bertrand Hugonnard-Roche, ''Octave Uzanne et les femmes dans la domesticité parisienne (1894-1910)'', 2013 - [http://www.octaveuzanne.com/2013/09/octave-uzanne-et-les-femmes-dans-la.html En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Avec beaucoup plus d'empathie, Octave Mirbeau décrit des vies de domestiques dans plusieurs de ses romans dont le célèbre ''Journal d'une femme de chambre'' en 1900. Son analyse anarchiste inclue de fait la prostitution dans la liste des métiers liés à la domesticité bourgeoise. Il décrit sa vision de la sexualité tarifée dans son essai ''L'Amour de la femme vénale'' dont le titre français est traduit du bulgare, ''Любовта на продажната жена''. Publié à Plovdiv en 1922, probablement à partir d'une version en russe et dont l'original en français n'a pas été retrouvé &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Isabelle Saulquin, ''À propos de L'Amour de la femme vénale'' - [https://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/Saulquin-femmevenale.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Lui-même ancien de la domesticité bourgeoise, Octave Mirbeau fait dire à l'un des personnages de son roman ''Dans le ciel'', Georges, peu suspect d'optimisme rayonnant et ahuri, les mots suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n’existe ni en moi, ni dans les autres, ni dans le rythme le plus infime de l’universelle harmonie. Je suis cette chose inconcevable et peut-être unique : rien. J’ai des bras, l’apparence d’un cerveau, les insignes d’un sexe ; et rien n’est sorti de cela, rien, pas même la mort.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Octave Mirbeau, ''Dans le ciel'' dans ''Œuvre romanesque'', vol. 2 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dans_le_ciel En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le métier exercé par Albertine Hottin conditionne sa tenue vestimentaire. Cuisinière ou couturière ne sont pas des fonctions normées esthétiquement de façon identique et n'ayant pas les mêmes contraintes professionnelles. Quelques illustrations sont fournies dans l'ouvrage d'Octave Uzanne. En dehors de ce contexte professionnel et le port d'une sorte d'uniforme, la tenue vestimentaire d'Albertine Hottin est contrainte par les circonstances &amp;quot;normales&amp;quot; de la vie quotidienne et les aléas climatiques. Elle ne s'habille probablement pas de la même façon les jours où elle ne travaille pas. Ou lorsqu'elle rend visite à des proches. Les jours de pluie ou de soleil, d'hiver ou d'été, imposent de s'adapter dans la mesure du possible. En l'absence de toute indication corporelle, l'habillement facilite l'imagination d'une représentation mentale de sa personne. Son entrée à l'hôpital en mars 1906 et son décès le lendemain se font dans un contexte climatique de grand froid sur l'ensemble de la France. Sa rencontre avec Sergueï Netchaïev entre la fin de 1870 et 1871 est marquée par un épisode de froid. La neige est abondante. L'hiver est très rigoureux à cause d'une &amp;quot;''très puissante descente froide venue de Russie [qui] déferle sur la France''&amp;quot; d'après les chroniques météorologiques de cette époque &amp;lt;ref&amp;gt;Chroniques météo de 1870 - [https://www.meteo-paris.com/chronique/annee/1870 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Trois autres dates sont confirmées par les recherches dans les registres. Celles de la naissance de ses trois enfants: 2 juin 1876, 10 janvier 1879 et 12 janvier 1882. Après un mois de mai froid où les températures tombent parfois sous les 5°, le début d'été 1876 est particulièrement chaud avec des températures dépassante les 30° pendant plusieurs semaines. Un pic de 35° est atteint vers la fin du mois de juin. L'hiver 1876 est froid. La seconde moitié de janvier 1876 est marquée par des épisodes de pluies verglaçantes en région parisienne, alors qu'à contrario l'hiver 1882 est jugé très doux. Comme la plupart des autres hominines, Albertine Hottin tente au mieux de prendre en compte les variations climatiques dans ses choix de se vêtir comme ceci ou comme cela avant de sortir de chez elle. Comment s'habille-t-elle lorsqu'elle se rend au théâtre ou dans un parc ? Les périodes de sa vie où elle exerce le métier de cuisinière et celui de couturière font qu'elle est plus souvent amenée à sortir de chez elle si elle est couturière dans un petit atelier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La froideur de l'hiver 1870-1871 laisse à penser que, même habillée comme il convient, la rencontre entre Albertine et Sergueï a pu se faire à l'intérieur d'un bâtiment plutôt que dans la rue ! Une approche qui confirme l'hypothèse protivophile matérialiste des ''Albertine's Studies'' pour qui il existe nécessairement un facteur inconnu qui provoque la rencontre, un tiers invisible dont il est peut-être impossible de prouver l'existence. Cela permet de minimiser les hypothèses qui imaginent les pires schémas des rencontres dites amoureuses. Premiers regards et mouchoir qui tombe ? Glissade romantique et burlesque pour cause de neige ? Des scénarios dignes de la première intelligence artificielle venue. Rien de tout cela n'a de sens pour la protivophilie. Rien à voir. Le froid de cet hiver incite les hominines à sortir en se couvrant convenablement. Du point de vue comportementaliste, le froid ressenti pousse les hominines à chercher à se réchauffer ou à plus traîner lorsqu'illes sont au chaud. Une configuration incitative à la rencontre dans un lieu fermé en période hivernale. Rien n'indique qu'il existe un lieu autre que les imprimeries et les libraires pour que les deux puissent s'y croiser. Il y a un moment précis de l'histoire où on enlève ce qui nous protège la tête du froid en entrant dans un espace fermé et plus chaud. Albertine n'a sans doute pas échappé à cet instant historique individuelle commun. Sergueï Netchaïev non plus. Cela fait office d'amorce dans un processus de rencontre entre deux hominines ! Plus l'espace où se passe la dite rencontre est grand ou fragmenté, et plus le temps peut être long entre le moment d'entrée de l'hominine dans l'espace fermé et sa rencontre avec l'autre hominine.&lt;br /&gt;
La quête des premiers mots échangés est une illusion et les tentatives de déterminer une mécanique de la rencontre sont des pertes de temps. En suivant une logique linguistique, il est seulement possible d'affirmer que le premier son est précédé d'un silence. D'un rien sonore. Peut-être accentué par l'effet sonore feutré que fait la neige ? (Si la météo le permet !) Comme pour toute chose, l'existence d'une sonorité est précédée par son absence. Ça crée des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Imaginaires amouriens ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre regroupe ensemble des événements dans le but de créer les ingrédients d'une illusion, d'un lien imaginaire entre deux hominines dans ce qu'il est communément appelé &amp;quot;''[[Amour|histoire d'amour]]''&amp;quot; : &amp;quot;''L'amour est éternel''&amp;quot; et le verbiage qui va avec. L'artificialité est donc à la base de la démarche. Cela a la même pertinence que l'astrologie ou la numérologie. Une forme de roman-photo protivophile pour aveugles. Par exemple, il est incontestable qu'en 1882 Albertine Hottin donne naissance à un enfant, la même année que celle de la mort de Sergueï Netchaïev. De là à en tirer des conclusions, il y a un fossé à franchir ! Mais l'amour n'est que magie. En l'année 1873, Édouard Manet ne trouve pas mieux à faire que de peindre la façade de l'immeuble parisien où habite Albertine Hottin au 2 rue de Saint-Pétersbourg alors même que Sergueï Netchaïev est incarcéré à la forteresse Pierre et Paul située dans la ville russe de Saint-Pétersbourg. Faut-il y voir un signe ? Rien n'est moins sûr. Une demande directe d'Albertine Hottin à son ami et voisin ? Si, selon l'imaginaire amourien, l'amour transcende les frontières, pourquoi ne pas mettre en lien la force de la joie ressentie par Sergueï Netchaïev à l'annonce de l'assassinat du tsar en 1881 et celle de l'arrivée de Lucie Blanche dans sa nouvelle famille d'accueil.  Première enfant d'Albertine, elle est née en 1876 de géniteur mâle inconnu et abandonnée l'année même où tous les écrits de Sergueï Netchaïev sont détruits par la matonnerie. Ses écrits sur Paris disparaissent à jamais. Son roman ''Georgette'' est toujours inédit. Il est enchaîné aux mains et aux pieds pendant une année entière, dans l'impossibilité de revoir Albertine Hottin sans que cela ne soit trop compliqué à mettre en œuvre. Il en prend conscience dans sa chair. Fort heureusement, Albertine Hottin n'a pas eu à subir les conséquences directes des conditions d'incarcération dégradantes de son &amp;quot;amour&amp;quot; russe. Pas de longues heures d'attente pour un parloir. Mais, comble de la tristesse de cette année 1876, son ami poète et combattant bulgare Kristo Botev est tué lors d'un affrontement armé. Albertine Hottin, tout comme Sergueï Netchaïev, n'apprennent probablement la nouvelle que très tardivement. Voire pas du tout. La mort de Sergueï Netchaïev fin 1882 est une nouvelle épreuve insurmontable dans leur relation — déjà fort distendue. Leur amour est vraiment impossible. Sergueï Netchaïev ne se remit jamais de cela. Des recherches protivophiles menées autour de la réédition récente de la biographie de Yégor Martinof, alias Monsieur Rien &amp;lt;ref&amp;gt;''Monsieur Rien !'' de Louis Boussenard, octobre 1907 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/MRienWeb.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, ont permis de déceler la présence d'un graffiti de type naïf amourien sur les murs de la forteresse Pierre et Paul. Réalisé dans un style classique, il représente un cœur stylisé et l'inscription S+A qui ressemble beaucoup aux initiales de Sergueï et Albertine. Des recherches complémentaires doivent encore être menées pour confirmer la véracité de ces documents d'archives datant de 1907 et émanant d'une source peu fiable : les Éditions de la Rue du Jardinet sont une maisonnette d'édition qui n'est recommandée par personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Rien culturel ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est connu sur le degré d'instruction d'Albertine Hottin, mais il est à noté que, bien que l'instruction obligatoire ne soit instaurée qu'en 1882, dans ses lettres d'[[amour]] de 1871 elle semble maîtriser les rudiments écrits de la langue française. Les fautes d'orthographes et de grammaire n'entament pas la compréhension. Dans la région de Seine-Maritime d'où elle est originaire, l'environnement linguistique est une marche entre les parlers normands et picards. Une zone d'interpénétration. Contrairement à aujourd'hui, l'usage des variétés normandes et picardes des langues d'oïl est alors très présent &amp;lt;ref&amp;gt;Francis Yard, ''La parler normand entre Caux, Bray et Vexin'', 1998&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le rouennais &amp;lt;ref&amp;gt;Le rouennais ou purin de Rouen, ou encore purinique, est la variante rouennaise des parlers d'oïl de Normandie. Elle est mélée de français parisien. Quelques textes publiés de la première moitié du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; jusqu'au  XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle le sont en purinique. Voir par exemple David Ferrand, ''Inventaire général de la Muse Normande'', 1655 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8612065s En ligne]. Au cours du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, l'usage du purinique fait place au français régional de Rouen. Gérard Larchevêque, ''Le parler rouennais des années 1950 à nos jours'', éd. Le Pucheux, Rouen, 2007 &amp;lt;/ref&amp;gt;, le cauchois &amp;lt;ref&amp;gt;Le cauchois est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Caux, la partie occidentale du département de la Seine-Maritime. A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]. ''Études Normandes'', 31e année, n°3, 1982. &amp;quot;Du Cauchois au normand&amp;quot; - [https://www.persee.fr/issue/etnor_0014-2158_1982_num_31_3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le brayon &amp;lt;ref&amp;gt;Le brayon est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Bray, à cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l'Oise. J.-E. Decorde, ''Dictionnaire du patois du pays de Bray'', 1852 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6354795f En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; sont une réalité normande, tout autant que le beauvaisin picard &amp;lt;ref&amp;gt;Le beauvaisin est la variante des parlers d'oïl de Picardie utilisée dans la région de Beauvais, dans l'Oise. François Beauvy, ''Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis'', Éklitra, 1990&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques. La région d'Ernemont-sur-Buchy est à la rencontre de ces pratiques linguistiques normando-picardes. Elles se différencient des pratiques linguistiques de la région parisienne et du français standardisé appris au cours de la scolarité. Il est fort probable qu'Albertine Hottin avait un accent, typique de sa région d'origine et de sa condition sociale : Un accent de la ruralité normande. Bien souvent, hors de leur région d'origine, les hominines s'exposent aux moqueries. La glottophobie &amp;lt;ref&amp;gt;La glottophobie est un ensemble de procédés discriminatoires basés sur un usage attendu d'une langue. Par exemple, même pour une personne maîtrisant très bien une langue, avoir un accent peut-être source de moqueries ou un obstacle à l’ascension sociale. Voire créer un manque de crédibilité. Comme pour celleux qui ne maîtrisent pas bien une langue et dont les réflexions sont mésestimées.&amp;lt;/ref&amp;gt; est chose courante. L'accent et le vocabulaire sont stigmatisants. La plupart du temps, ils n'empêchent pas l'intercompréhension. Il n'est pas sûr que Sergueï Netchaïev, dont le français est sans doute basique, soit empêché de comprendre ce que dit Albertine Hottin. Leur rencontre plaide en ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les caractéristiques linguistiques probablement connues, voire utilisées par Albertine Hottin, deux intéressent particulièrement la [[protivophilie]] qui cherche tout sur rien : Le sens du mot ''[[rien]]'' et les dérivés du terme ''niant''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La région normande conserve l'ancien sens de rien qui vient du latin ''rem'', accusatif de ''res'' &amp;quot;chose&amp;quot;. L'usage de ''rien'' en ce sens est confirmé par le ''Glossaire de la langue d'oïl'' qui recense le vocabulaire entre les XI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XIV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècles &amp;lt;ref&amp;gt;''Glossaire de la langue d'oïl'', 1891 - [https://archive.org/details/glossairedelala01bosgoog/page/410/mode/2up?view=theater En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou par le ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Eugène Godefroy, ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle'', tome VII, 1892 - [https://archive.org/details/GodefroyDictionnaire7/page/n199/mode/2up En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Jusque dans le courant du XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ''rien'' est un mot du genre féminin. Tout en précisant que cet usage est &amp;quot;''vieilli ou littéraire''&amp;quot;, le ''Trésor de la langue française'' indique qu'il s'emploie encore au XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle avec un sens voisin de &amp;quot;quelque chose&amp;quot; dans les contextes à orientation négative &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Rien&amp;quot; sur le ''Trésor de la langue française'' - [http://www.cnrtl.fr/lexicographie/rien En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et cite, parmi d'autres, l'exemple suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n'ai nullement l'intention, l'illusion, de fixer rien d'éternel''&amp;lt;ref&amp;gt;André Gide, ''Geneviève'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:bal.jpg|300px|vignette|droite|&amp;quot;''Alors on danse ?''&amp;quot; dit Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev&amp;lt;ref&amp;gt;Propos hypothétiques d'Albertine Hottin rapportés par l'historien Paul &amp;quot;Stromae&amp;quot; Van Haver dans son ouvrage éponyme - [https://www.youtube.com/watch?v=VHoT4N43jK8 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Avec un sens dérivé, dans les époques contemporaines, rien est un nom de genre masculin qui exprime une petite quantité de quelque chose. Dans ce cas il n'est pas invariable : Des riens ne sont pas rien, même lorsqu'ils en sont une. Comme cela est encore aujourd'hui en usage en Normandie — et ailleurs — le mot ''rien'' est employé en antiphrase pour exprimer une grande quantité. Il est synonyme de ''beaucoup'', ''très'', ''énormément'', etc. Albertine Hottin doit connaître cette manière d'employer rien. Même l'écrivain Émile Zola l'utilise pour ses personnages &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Zola, ''La terre'', 1887 - [https://fr.wikisource.org/wiki/La_Terre_(%C3%89mile_Zola) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet usage n'est pas seulement un &amp;quot;régionalisme&amp;quot; mais aussi d'un emploi populaire. Se basant sur une recension de mots de la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et le début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le ''Dictionnaire de l'argot du milieu'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dictionnaire de l'argot du milieu'', 1928 - [https://www.languefrancaise.net/dev6/uploads/Argot/L/Lacassagne1928/l-argot-du-milieu-lacassagne-1948.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ne s'y trompe pas. ''Rien'' a de nombreux synonymes pour exprimer la petite quantité de quelque chose, voir son absence, alors qu'aux entrées &amp;quot;Très&amp;quot; et &amp;quot;Beaucoup&amp;quot;, &amp;quot;Rien&amp;quot; est donné en synonyme. Les mots de l'infantophile poétesse Frédérique &amp;quot;Dorothée&amp;quot; Hoschedé semblent sortis de la bouche même d'une Albertine Hottin un rien agacée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Arrête de m'embêter !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu fais rien qu'à m'énerver !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu profites que je ne suis''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Qu'une pauvre petit' fille !'' &amp;lt;ref&amp;gt;Dorothée, ''Bien fait pour toi'', 1986 - [https://www.youtube.com/watch?v=9XVetuMeYQs En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lexiques des parlers normands du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle listent les mots ''niant'', ''niantise'' et ''nianterie'' &amp;lt;ref&amp;gt;Par exemple, A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le premier qualifie une personne jugée niaise, et est probablement à l'origine de l'expression ''être gnan-gnan''. La niant-nianterie est une expression normande attestée. Féminins, les deux autres désignent une niaiserie, une bêtise. Leur étymon est ''niant'', avec le sens de ''néant''. Issues du latin, des formes proches sont mentionnées par les lexicographes du français ancien. Selon le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', ''nient'' ou ''niente'' signifient &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;nullement&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Nient&amp;quot; sur le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', tome VIII - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50687j/f33.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. ''Néanmoins'' se dit alors ''nientmoins''. D'évidence, une ''nianterie'' est une ''nienterie''. Le ''Glossaire de la langue romane'' liste aussi ''niens'' et ''noiant'' avec le sens de &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;aucune chose&amp;quot;. Le verbe ''anienter'' et ''anientir'' signifient &amp;quot;réduire à rien&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort, ''Glossaire de la langue romane'', 1808. Tome I - [https://archive.org/details/glossairedelala05roqugoog En ligne]. Tome II - [https://archive.org/details/glossairedelala04roqugoog En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signification &amp;quot;aucune chose&amp;quot; pour ''niente'' est encore attestée dans le français moderne dit argotique. Les ''noiantels'' — les &amp;quot;''gens qui ne sont rien''&amp;quot; selon le philosophe Emmanuel Macron — ne sont que ''nientailles''. Comme Albertine Hottin. Les trois lettres de la jeune Albertine à son &amp;quot;''ami''&amp;quot; qu'elle déclare aimer ne semblent pas contenir de &amp;quot;normandismes&amp;quot;. Ou alors ils ne se distinguent en rien du français parisien standard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile de déterminer quelles sont les occupations culturelles d'Albertine Hottin. Selon ses propres mots, elle fréquente parfois le théâtre. Dans la troisième lettre, elle dit à ce sujet : &amp;quot;''je nè pas voulu allez aucun thatre je netais pas assez gaei.''&amp;quot; Les deux billets de faveur pour les théâtres du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot; /&amp;gt; et de Cluny &amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot; /&amp;gt;, conservés par les archives de Zurich, laissent imaginer que les deux ont eu pour projet d'assister ensemble à des représentations. Ce ne sont pas des entrées gratuites, mais des réductions. Un franc par place, plutôt que trois, au Châtelet et en demi-tarif pour celui de Cluny. Pour avoir un ordre de grandeur, l'Annuaire statistique de 1878 indique que le salaire annuel d'une domestique à Paris se situe entre 300 et 500 francs, soit environ 25 à 40 francs par mois &amp;lt;ref&amp;gt;''Annuaire statistique de la France'', 1878 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505170r/f274.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Convictions ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des recherches sont encore à entreprendre pour croquer la vie d'Albertine Hottin lors de la Commune de Paris. La rencontre avec Sergueï Netchaïev a lieu juste avant. Parmi son cercle familial, la répression contre les hominines ayant participé à ce soulèvement n'est pas une inconnue. Léon Sainte Croix et Ernest Pierre Cherfix sont emprisonnés brièvement à la suite du soulèvement de la Commune de Paris de 1871. Le premier est jugé par le vingt-troisième conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 551, dossier n°235 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; qui siège à Versailles du 15 février au 30 juillet 1872. Ernest est inquiété pour son appartenance au 120&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; bataillon de la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot; /&amp;gt;. Il est transféré vers Lorient où il est placé en détention à la citadelle de Port-Louis puis sur le ponton ''La Vengeance'' avec plus de 600 autres hominines &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Les pontons&amp;quot; dans le journal ''Radical'', 17 octobre 1871 - [https://www.retronews.fr/journal/le-radical-1871-1872/17-octobre-1871/2835/4446427/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un non-lieu est prononcé en sa faveur le 17 février 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 478, dossier n°15974 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres d'Albertine Hottin ne permettent pas de déterminer son rapport à la politique. Est-elle attentive à son environnement social et politique ? Y est-elle active ? En réponse à une question de Sergueï Netchaïev, la seule nouvelle politique qu'elle donne est dans le domaine de l'économie, à propos d'un emprunt français, et rapporte les inquiétudes du journal ''Le Figaro'' et les commentaires de politiciens à ce sujet. Rien de très fouillé. Si Albertine Hottin est employée par des membres de la classe politique et/ou économique, elle peut avoir accès plus facilement à des informations diverses et avoir vent de ce qu'il se dit sur tel ou tel sujet. Travaille-t-elle pour le député Louis Martel ou pour François Xavier Merlin qui habitent tout deux au 180 boulevard Haussman ? L'un, député du Pas-de-Calais, est vice-président du conseil supérieur de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie, président de la commission des grâces après la Commune. Élu sénateur en 1875. L'autre est un colonel de l'armée française, président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Peut-on rien comprendre à la vie humaine, si l'on ne commence pas par comprendre que toujours c'est la pauvreté qui surabonde en grandeur ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Maritain, ''Humanisme intégral'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Fin ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort par tuberculose le 19 mars 1906 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot; /&amp;gt; est un indicateur des conditions sociales d'Albertine Hottin. À la charnière des XIX et XX&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; siècles, la tuberculose se propage en France. Même si le chiffre de 150000 décès par an est infondé&amp;lt;ref&amp;gt;Arlette Mouret, &amp;quot;La légende des 150 000 décès tuberculeux par an&amp;quot;, ''Annales de démographie historique'', 1996 - [https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1996_num_1996_1_1910 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le nombre de mort inquiète les autorités politiques. Après un dizaine d'années d'études des conditions d'hygiène dans plusieurs quartiers de Paris, treize îlots urbains sont identifiés dans la ville pour être des lieux propices à l'émergence ou la diffusion de la tuberculose. Sombres pour l'étroitesse de leurs rues et pathogènes pour les conditions de vie. La maladie et son mode de contagion ne sont pas encore totalement compris&amp;lt;ref&amp;gt;Stéphane Henry, &amp;quot;De la phtisie, «maladie romantique», à la tuberculose, «maladie sociale»&amp;quot;, ''Vaincre la tuberculose (1879-1939) : La Normandie en proie à la peste blanche'', Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013 - [https://doi.org/10.4000/books.purh.5523 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les premiers essais en vue d'un traitement progressent. Les causes d'apparition de la tuberculose sont le manque de lumière et d'aération dans les logements ou le surpeuplement colocatif. La pauvreté et la malnutrition sont évidemment des facteurs aggravants. Pour l'année 1906, le rapport rendu au préfet après l'étude de 425 maisons, représentant 20500 logements pour 47000 hominines, préconise des travaux dans plusieurs milliers de chambres et d'appartements jugés trop sombres et mal aérés&amp;lt;ref&amp;gt;''Rapport à M. le préfet sur les enquêtes effectuées dans les maisons signalées comme foyers de tuberculose'', 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56808027 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'interdiction à la location pour certains logements. Les 13 îlots urbains considérés insalubres seront détruits dans les décennies suivantes. Albertine Hottin ne vit pas dans l'un de ces îlots. Cuisinière, elle habite peut-être dans un logement mal aéré ou mal éclairé, celui réservé aux domestiques sous les toits ? Les quartiers parisiens en sont pleins pour &amp;quot;''faire danser la bourgeoisie''&amp;quot; comme le note le sociologue de la danse Mounir &amp;quot;Hornet La Frappe&amp;quot; Ben Chettouh&amp;lt;ref&amp;gt;Hornet La Frappe, &amp;quot;Bourgeoisie&amp;quot; sur l'album éponyme, 2018 - [https://www.youtube.com/watch?v=DQl_Xcg_QJQ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quoiqu'il en soit, la tuberculose a su trouver son chemin jusqu'à elle. Jean Cocteau, qui habite au 6 de la rue de Surène vingt ans plus tard, ne semble plus incommodé par la présence tuberculeuse. Il y installe même sa petite fumerie d'opium personnelle. Au bas de l'immeuble, le boucher et le restaurant de 1906 sont aujourd'hui devenus deux petits restaurants et le 6 de la rue est aussi l'adresse de l'hôtel deux étoiles &amp;quot;La Sanguine&amp;quot;. Lorsqu'elle meurt en 1906, le 6 est l'adresse de l'hôtel de la Madeleine. Albertine Hottin est-elle logée dans une des chambres ? Exerce-t-elle le métier de cuisinière tout simplement dans le restaurant au pied de l'immeuble ? Ironie de l'histoire, le lendemain de son décès, le quotidien ''Le Petit Journal'' publie en première page un article sur le sort qui est fait aux domestiques, particulièrement les femelles. Sobrement intitulé &amp;quot;La question des domestiques&amp;quot;, il rappelle qu'il est &amp;quot;''de notoriété [...] qu'à Paris c'est au dernier étage où les jeunes filles se couchent, qu'elles contractent la tuberculose, et parfois de pires maladies.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Petit Journal'', 20 mars 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k617472s En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Parmi les maîtres, il existe une &amp;quot;''fâcheuse habitude parisienne qui relègue les domestiques au sixième étage des maisons, dans des mansardes mal cloisonnées, loin de toute surveillance.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Surene1910.jpg|200px|vignette|droite|Dernière adresse d'Albertine Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Photographie datée de 1910, quatre ans après la mort d'Albertine Hottin&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
La mise à la fosse commune de sa dépouille en 1906 est sans doute aussi le reflet de sa condition sociale. D'après les archives, ses deux sœurs sont toujours domiciliées à Paris. Veuve depuis 1892, Irma est couturière à Neuilly-sur-Seine en 1904. Elle meurt trente ans plus tard à Paris. Après avoir vécu quelques années dans la Somme, Léonie, son époux et leur progéniture, retournent à Paris. Leur dernier enfant, un hominine mâle, naît en 1886 dans cette ville. En 1900, Léonie est encore à Paris selon l'acte de mariage de sa fille. Elle y meurt en 1918. Abandonné à sa naissance, Ernest Hottin n'a probablement aucun lien avec sa mère biologique. Il vit en Normandie. Lucie, la fille d'Albertine, vit en Picardie. Elle s'y marie en 1899. Aucune indication sur les liens qu'Albertine Hottin entretient avec sa parentèle. [[Rien]]. Impossible de déterminer ses relations sociales. Évidemment, il est fort probable qu'elle dise parfois &amp;quot;''Bonjour !''&amp;quot; à Monsieur Frenea, le boucher du bas de l'immeuble de la rue de Surène, ou qu'elle regarde avec indifférence les hominines qui sortent du numéro 7, le siège de la société coloniale commerciale des Sultanats du Haut-Oubangi&amp;lt;ref&amp;gt;Le Haut-Oubangi est un territoire colonial français d'Afrique centrale entre 1894 et 1904. Il est réuni en 1904 avec le Haut-Chari pour former l'Oubangui-Chari qui dévient la République centrafricaine (RCA) en 1960.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle est déjà passée devant le café du Siècle, au numéro 9, a déjà ralenti devant les curiosités de la boutique de Madame Daubernay au 3, croisé des livreurs de vins ou entendu les compositions de Charles Lecocq, le musicien du 28. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De partout on y vient''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On salue, on cause''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De tout et puis de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On cause de tout, on cause de rien, de rien, de tout, de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose'' &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de l'opéra-comique en trois actes ''Ninette'' de Charles Clairville, musique de Charles Lecocq, 1896 - [https://vmirror.imslp.org/files/imglnks/usimg/f/ff/IMSLP222532-SIBLEY1802.21030.63c2-39087011139500score.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une archéologie du paysage sonore &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Mylène Pardoën, &amp;quot;''l’archéologie est une science auxiliaire de l’histoire (en tant que celle-ci est la science du passé) à partir des périodes où monuments et documents écrits coexistent. (dictionnaire de l’Académie française). Ce terme me semble approprié car l’archéologie du paysage sonore s’appuie sur des témoignages textuels ou visuels afin de reconstituer les ambiances.''&amp;quot; À écouter &amp;quot;Archéologie sonore, écouter les sons du passé&amp;quot; dans ''Le cours de l'histoire'', novembre 2021 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/archeologie-sonore-ecouter-les-sons-du-passe-3462720 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; est encore à faire. Elle sait discerner qui, dans son voisinage, est le médecin ou l'avocat de l'hominine qui travaille pour la teinturerie ou dans les cafés et restaurants. La boutique de lingerie du 7 et le crémier du 5 n'ont pas la même clientèle que la vitrerie et les tapissiers. Se relationne-t-elle avec ses collègues hors du cadre de son travail ? Comme pour les recherches protivophiles autour de [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si Albertine Hottin a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ? Qui sont ces personnes ?''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt; Dans les deux cas, cette question reste sans réponse. Les uniques êtres vivants à pouvoir vivre aussi longtemps pour être contemporains d'Albertine Hottin sont les arbres et donc à en avoir une hypothétique forme de souvenir. Mais les remaniements urbanistiques ont eu raison d'eux. Une photographie des alentours du 62 avenue des Ternes montre que les arbres ont été remplacés par d'autres. Les hypothèses les plus sérieuses sur les raisons de la mise à la fosse commune sont celles liées à l'impossibilité pour Albertine Hottin de se payer une sépulture, une ignorance de sa mort par sa proche parentèle avant la date maximale fixée par les réglementations, une absence de volonté ou une difficulté à prendre en charge les frais pour les proches — les liens familiaux sont des processus complexes.  Le registre des transports de corps payants &amp;lt;ref&amp;gt;Transports de corps payants, 23 mars 1906 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/pomp.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; indique que les frais de pompes funèbres s'élèvent à 49 francs et que sur les neuf classes d'enterrement — la première étant la plus luxueuse — Albertine Hottin bénéficie de la huitième &amp;lt;ref&amp;gt;Sur les classes d'enterrement, voir ''Ordonnateurs de convois funéraires'' sur Geneawiki - [https://fr.geneawiki.com/wiki/Ordonnateurs_de_convois_fun%C3%A9raires_-_Paris En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Morte un peu moins d'un mois après son père, elle n'a pas le temps de profiter de l'héritage familial &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Albertine Hottin décède dans un contexte social particulier. Quelques jours après la mort de plus d'un milliers de mineurs de charbon dans le nord de la France le 10 mars et quelques mois avant l'instauration en France d'une journée de repos obligatoire le dimanche pour les hominines dont elle ne profitera donc jamais. Elle meurt un lundi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Dans nos familles, on boit dans des verres à moutarde. Nous ne sommes pas des aristocrates. Nous manquons d’élégance ; et notre race est incertaine. Mais nous n’oublions rien.''&amp;lt;ref&amp;gt;[[Alain Chany]], ''L'ordre de dispersion'', Gallimard, 1972. Cité à l'entrée &amp;quot;Un plat qui se mange froid&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Multivers onarien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme ''onirique'', le néologisme ''onarien'' est basé sur l'étymon ''ὄναρ'', prononcé &amp;quot;ónar&amp;quot; en grec ancien, qui signifie ''rêve'' et au sens figuré ''rêverie''. Il est généralement employé dans le cadre très spécifique des ''Albertine's Studies''. L'expression ''multivers onarien'' désigne l'ensemble des vies d'Albertine Hottin dans les imaginaires d'autres hominines. Non pas celles, hypothétiques, qu'elle aurait pu avoir mais celles, réelles, qu'elle n'a pas eu. Malgré sa mort en 1906, elle continue à exister pour d'autres hominines grâce à de multiples mécanismes qui structurent le multivers. Les quelques décennies qui séparent sa mort de sa première mention post-mortem restent mystérieuses. L'absence de traces écrites empêche une véritable archéologie de son souvenir. Combien d'hominines se souviennent encore d'elle en 1973, date de la parution en anglais d'un article d'historien qui la mentionne. Y a-t-il réellement une continuité mémorielle entre 1906 et 1973 ? Impossible d'affirmer quoi que ce soit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'espace francophone, la première mention explicite d'Albertine Hottin date de 1989 dans une biographie de Sergueï Netchaïev &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot; /&amp;gt;. Le film ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot; /&amp;gt; de 1974 met en scène un personnage d'Albertine, sans que cela soit explicitement précisé qu'il s'agisse d'elle. Le scénario se passe à Zurich. Il faut attendre 2017 et la parution des ''Analectes de rien'' &amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017&amp;lt;/ref&amp;gt; de [[F. Merdjanov]] pour que le nom d'Albertine Hottin réapparaisse publiquement. Une courte allusion lui est faite. C'est au cours de ces décennies de maturation que sont nées les ''Albertine's Studies'' dont les (premiers) travaux sont publiés dans un article biographique entamé en 2018 &amp;lt;ref&amp;gt;Véritable article de référence, il est le plus complet travail réalisé à ce jour sur Albertine Hottin - [https://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. La même année, elle est ajoutée sur la page de l'encyclopédie ''wikipédia'' consacrée à Sergueï Netchaïev. Puis, elle est brièvement évoquée en 2021 dans l'ouvrage [[Protivophilie|protivophile]] ''Poésie par le fait/faire. Géographie po(l)étique des avant-gardes de Russie'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt; qui lui est dédié. Rien de plus. Ce retour, même discret, se matérialise dorénavant par une existence sur le réseau internet à travers la présente page. Via des moteurs de recherche ou des intelligences artificielles. Pour qui cela amuse, il est maintenant techniquement concevable de faire des hypertrucages avec Albertine Hottin discutant avec qui elle veut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Onarien.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- T’as dis quelque chose ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Non, rien...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Ah, j’avais cru.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- C’est rien !'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Éloge de rien'', 2014 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/ElogeDeRien.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les recherches autour du multivers onarien ne sont pas une simple énumération ou une chronologie des mentions d'Albertine Hottin sur les supports modernes. Elles explorent les chemins sinueux que prennent les pensées des hominines. De par la diffusion des quelques écrits la mentionnant, Albertine Hottin est entrée dans des imaginaires du présent qui ne sont pas les siens ou ceux d'hominines la connaissant. De la simple découverte de son existence au détour d'une lecture à son évocation dans cette biographie ou au détour d'une discussion, elle est unr réalité dans plus d'esprits qu'elle ne l'a jamais été. Ce phénomène n'est pas quantifiable et ne peut être réduit au nombre d'exemplaires des ''Analectes de rien'' ou de ''Poésie par le fait/faire'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt;. Même si cette présence est très probablement évanescente, dorénavant elle peut fournir du contenu à un univers onirique. Avec autant de flou que peut l'être un rêve. Avec autant de possibilités qu'offrent ce phénomène. Pour qui rêve, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de matière pour alimenter les détails d'un scénario. Que les personnages présents soient de simples PNJ &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie Wikipedia, &amp;quot;''un personnage non-jouable, également appelé personnage non joueur, désigne tout personnage de jeu de rôle ou de jeu vidéo qui n'est pas contrôlé par les joueurs.''&amp;quot;&amp;lt;/ref&amp;gt; ou le cœur du songe. Rien n'oblige à ce que cela corresponde à la réalité des hominines. Ainsi, Albertine Hottin peut être vue habillée en jeans-tee shirt-basket, faisant du ski dans les Alpes ou lisant ''Sur les cimes du désespoir'' d'Emil Cioran. Elle peut apparaître grande et rousse, ou petite et ronde, alors même que rien n'est su sur sa morphologie. Et même avoir le physique d'une autre personne clairement identifiable. Est-elle déjà montée sur le dos d'une licorne ou est-elle capable de voler dans les airs ? Connaît-elle personnellement Bilbo le hobbit ? Dans le multivers onarien de telles possibilités sont infinies. Albertine Hottin peut parler diverses langues, écouter de la musique classique ou du hardcore-métal, rire bruyamment ou n'être qu'une ombre. Il est possible de discuter avec elle ou de se contenter de sa discrète présence. De s'en faire une amie ou de l'ignorer. Et cetera, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté avec le multivers onarien n'est pas sa conceptualisation mais le recueil des différentes expériences auprès des hominines qui l'ont partiellement exploré. Partant de rien, la méthode est encore à définir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== P’têt ben qu’oui ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est à ce jour impossible d'affirmer l'unicité des deux Albertine Hottin car, pour l'instant, aucun document ou archive ne permet de certifier un lien entre les deux : L'une rue de La Vrillière en 1872 et l'autre boulevard Haussmann en 1876. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ces deux Albertine ne font qu'une, cela signifie qu'elle rencontre Sergueï Netchaïev vers l'âge de 19 ans. Lui en a 23. Lieu de leur rencontre, la rue du Jardinet est détruite en 1875&amp;lt;ref&amp;gt;La rue du Jardinet actuelle est l'ancienne Cour de Rohan qui prolongeait l'ancienne rue du Jardinet.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P’têt ben qu’non ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment expliquer qu'une jeune domestique rencontre un hominine &amp;quot;serbe&amp;quot; dans un quartier d'imprimeurs, de relieurs et de libraires ? Le billet de bal conservé par Sergueï Netchaïev et imprimé dans la rue du Jardinet fait-il le lien ? Est-ce qu'Albertine côtoie les hominines de sa famille qui sont dans les métiers du livre ? L'imprimerie Quantin a-t-elle participé à des projets de journaux ou de livres politiques ? Est-ce la Commune de Paris qui fait le lien entre les cercles familiaux Hottin/Cherfix et Sergueï Netchaïev ? Est-ce le travail de ce dernier ou ses activités politiques ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse la plus [[Protivophilie|protivophile]] est sans doute celle d'Edouard Hottin, cousin du père d'Albertine. Pour le plaisir des mots, il est facile d'imaginer que tout se joue autour de ce chimiste né à Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot; /&amp;gt;. Mais cela ne repose pour l'instant sur rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pour rien ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la postface de ''Analectes de rien'' de [[F. Merdjanov]], publié en 2017, les éditions Gemidžii précisent qu’elles auraient pu prendre le nom de Éditions Albertine Hottin, &amp;quot;''comme une dédicace […] un clin d’œil, une tentative de démythification''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt;, si elles avaient été adeptes d’un tel procédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le très merdjanovien ''Poésie par le fait/faire''&amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot;&amp;gt;''Poésie par le fait/faire'', 2021 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Poezi.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, publié en 2021 par Z-ditions de l’Amphigouri, est dédicacé à Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Galerie ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
PlanJardinet.jpg|Rue du Jardinet vers 1870&lt;br /&gt;
Genindus.jpg|Procédé chimique de la Hottine&amp;lt;ref&amp;gt;''Le Génie Industriel'', 1&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; janvier 1865 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6546728v/f56.item En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Extrad.jpg|Affiche de ''L'Extradition''&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin&amp;diff=21488</id>
		<title>Albertine Hottin</title>
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		<updated>2026-05-01T13:27:39Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Progéniture */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|'''Albertine Hottin''' (Албертине Оттин en [[macédonien]] - Albertina Hottin en [[nissard]]). Compagne de Sergueï Netchaïev entre 1870 et 1872 après JC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;ref&amp;gt;Un excès de romantisme pourrait laisser penser que ces initiales ne se rapportent pas au messie des christiens mais à Juliette Capulet, l'héroïne de ''Roméo et Juliette'', le drame shakespearien. Mais il n'en est rien, &amp;quot;''toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite''&amp;quot;. Voir l'adaptation de Phil Nibbelink en 2006 ''Romeo and Juliet: Sealed with a Kiss'' où Juliette et Roméo sont des otaries - [https://www.youtube.com/watch?v=NsK9xWjAYCE En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Biographie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le révolutionnaire russe [[Hache#Société_de_la_Hache|Sergueï Netchaïev]] voyage avec un faux passeport serbe au nom de Stepan Grazdanov &amp;lt;ref&amp;gt;Mêmes initiales que Netchaïev dont le nom complet est Sergueï Guennadievitch (Netchaïev)&amp;lt;/ref&amp;gt; obtenu grâce à des révolutionnaires macédo-bulgariens &amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Stonoff, ''Un centenaire bulgare parle'', Notre Route, 1963 - [https://libcom.org/files/Un_centenaire_bulgare_parle_-_Nicolas_Stonoff.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il se déplace entre Paris et la Suisse de 1870 à 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Nechaevshchina: An Unknown Chapter&amp;quot;, ''Slavic Review'',‎ Vol.32, N° 3, 1973 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/woodnetch.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'année de son arrestation en Suisse puis de son extradition vers la Russie &amp;lt;ref&amp;gt;Voir le chapitre &amp;quot;Société de la Hache&amp;quot; dans l'article sur la [[hache#Société de la Hache|hache]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives de Zurich détiennent des lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev – qu'elle connaît sous le pseudonyme de Stephan – dans lesquelles ce dernier fait part de ses sentiments, bien loin des considérations politiques qu'il développe dans ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'' en 1869 &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'', 1869 - [http://durru.chez.com/netchaev/lecat.htm En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et des tristes caricatures qu'ont fait de lui des littérateurs &amp;lt;ref&amp;gt;Ivan Tourgueniev, ''Père et Fils'', 1862. Fiodor Dostoïevski, ''Les Démons'', 1871&amp;lt;/ref&amp;gt;, &amp;quot;''mélange de père-fouettard et de froideur militante''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot;&amp;gt;F. Merdjanov, &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; (Postface), ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017 - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Prenant à contre-pied les classiques lectures dépréciatives de la pensée politique de Sergueï Netchaïev, Erwan Sommerer rappelle que &amp;quot;''Netchaïev, prenant acte du fait que toute révolution partielle est une révolution manquée, assume donc la table rase. C’est ce qu’il nomme la pandestruction — la destruction totale de l’ordre existant —, seule voie vers une situation d’amorphisme, c’est-à-dire l’état de disparition absolue de toutes les formes sociales et institutionnelles.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot;&amp;gt;Erwan Sommerer, &amp;quot;La férocité du peuple. Netchaïev avait un plan&amp;quot; dans ''Lundi Matin'', n°504, 14 janvier 2026 - [https://lundi.am/La-ferocite-du-peuple En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour lui, &amp;quot;''Netchaïev est cohérent : si les révolutions échouent à briser la continuité de l’oppression, c’est parce que les révolutionnaires se réservent par avance les meilleurs places dans les institutions à venir. Alors ne s’arroge-t-il pour lui-même et ses alliés aucun privilège de ce type. Le but n’est pas la conquête du pouvoir, mais la destruction des conditions de possibilité même du pouvoir.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot; /&amp;gt; Son plan est simple et son analyse limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La génération actuelle doit commencer la véritable révolution, commencer à bouleverser totalement toutes les conditions de la vie sociale ; elle doit détruire tout ce qui existe, sans réflexion, sans distinction, avec pour unique considération que ce soit le plus vite possible et à la plus grande échelle possible. Mais puisque cette génération a subi l’influence des conditions de vie répugnantes contre lesquelles elle s’insurge, l’œuvre de création ne peut lui incomber. Cette œuvre incombe aux forces pures qui se révèlent dans les jours de rénovation. Nous disons : les atrocités de la civilisation moderne dans laquelle nous avons grandi nous ont privés de la capacité de bâtir le paradis de la vie future dont nous ne pouvons rien savoir de précis, seulement qu’il sera l’exact contraire des horreurs présentes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Les principes de la révolution'', 1869. Cité dans ''La férocité du peuple''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Charles_Marville,_Rue_du_Jardinet,_ca._1853–70.jpg|200px|thumb|right|Rue du Jardinet (Paris - VI&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;) en août 1866]]Lors de ses différents séjours de plusieurs mois à Paris entre 1870 et 1872, Sergueï Netchaïev loge au 5 de la rue du Jardinet &amp;lt;ref&amp;gt;Dans le cadre d'un réaménagement urbain, la plus grande partie de la rue du Jardinet est détruite en novembre 1875 pour faire place au boulevard Saint-Germain. Voir [http://vergue.com/post/701/Rue-du-Jardinet en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une chambre meublée qu'il loue sous sa fausse identité serbe. En provenance de Londres, il arrive à Paris à la fin de 1870, alors que l'armée prussienne est aux portes de la ville. Il s'installe au 56 de la rue Saint-André-des-Arts &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'annuaire de 1871, cette adresse correspond à celle de l'hôtel New York, tenu par la veuve Canonne&amp;lt;/ref&amp;gt;, avant de déménager rapidement à quelques mètres de là, rue du Jardinet. Cette rue abrite alors de nombreux artisans du livre, graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, etc. Albertine Hottin vit dans la capitale française lors de la Commune de Paris entre le 18 mars et le 28 mai 1871 mais nous n’avons aucune information sur sa participation à ces évènements. Sergueï Netchaïev quitte la capitale française en février 1871 pour y revenir en novembre, puis s'absente de nouveau de Paris entre février et avril 1872. Dans sa correspondance sentimentale, il prétexte des affaires à régler avec ses parents pour expliquer ses absences. Lors de ses séjours parisiens, il exerce le métier de peintre d'enseignes pour gagner sa vie. Ses activités politiques restent mystérieuses. Dans des circonstances que nous ignorons, Albertine Hottin et Sergueï Netchaïev se rencontrent rue du Jardinet (6&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt; arr.) entre la fin 1870 et février 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''C'est là que j'ai eu le bonheur de vous parler pour la première fois [...]'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot;&amp;gt;Trois lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev, Été (?) 1871 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/albertine.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Suisse, Sergueï Netchaïev lui envoie ses lettres au 10 rue de La Vrillière dans le premier arrondissement parisien. En Suisse, les archives de Zurich conservent des brouillons de lettres de Sergueï Netchaïev et trois courtes lettres envoyées par Albertine Hottin. Elles ne sont pas datées mais selon les informations qu'elles contiennent elles sont probablement écrites à l'été 1871. L'adresse qu'elle fournit pour correspondre avec son &amp;quot;amoureux&amp;quot; est-elle la sienne propre ou celle de son lieu de travail ? Dans les affaires saisies lors de l'arrestation de Sergueï Netchaïev, outre cette correspondance, figurent des carnets dans lesquels sont notés des adresses parisiennes pour travailler, des listes de journaux militants et de lieux de discussions, des notes diverses, qui donnent des indications sur ses activités parisiennes et sur les périodes où il y séjourne &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot;&amp;gt;Jeanne-Marie Gaffiot, ''Netchaïeff'', L’âge d’Homme, 1989&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il garde aussi les billets d'entrée pour deux personnes au théâtre du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot;&amp;gt;''Les mousquetaires'' du 16 au 23 septembre 1871 au théâtre du Châtelet - [[Média:chatelet.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; et à celui de Cluny&amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot;&amp;gt;Billet de faveur au théâtre de Cluny - [[Média:cluny.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les deux billets sont des &amp;quot;billets de faveur&amp;quot;, accordés gratuitement pour une seule représentation. Les dates de représentation des ''Mousquetaires'' au théâtre du Châtelet, entre le 16 et le 23 septembre 1871, indiquent qu'il n'a pu s'y rendre, étant alors absent de Paris. Sont-ce des souvenirs liés à sa liaison avec Albertine Hottin, elle qui sous-entend aller parfois au théâtre ? Les archives zurichoises détiennent aussi un &amp;quot;''billet de faveur pour un cavalier''&amp;quot; valable en janvier 1872 pour un bal de nuit, &amp;quot;''paré, masqué et travesti''&amp;quot;, du vendredi soir à la salle du Pré-aux-Clercs&amp;lt;ref&amp;gt;Billet de faveur pour un cavalier valable en janvier 1872 pour un bal de nuit à la salle du Pré-aux-Clercs - [[Média:bal.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est imprimé 1 rue du Jardinet, à quelques pas de la résidence parisienne de Sergueï Netchaïev. À cette date, il est encore à Paris mais rien n'indique qu'il y soit allé se dégourdir les gambettes et se remuer le popotin en compagnie d'Albertine Hottin. Le ton des lettres reste &amp;quot;courtois&amp;quot; et nous ignorons si cette rencontre a débouché sur une progéniture&amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov (attribué à), ''L’énigme Floresco'', date inconnue, inédit&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'invisibilité sociale faite aux femmes dans l'écriture de l'Histoire occulte le plus souvent leur présence, schéma auquel n'échappent pas les mouvements révolutionnaires. Leur engagement est minimisé, empreint de romantisme, dévalorisé et expliqué par l’influence unilatérale d’un homme proche (père, frère, oncle, mari ou compagnon) dans des discours sexistes afin de correspondre à la prétendue &amp;quot;nature féminine&amp;quot; qui serait faîte de fraîcheur et de naïveté, de discrétion et de dévouement. Comme Albertine Hottin, disparue derrière la figure de Sergueï Netchaïev malgré son rôle dans la vie de ce dernier. D'elle, nous ne savons — pour l'instant — quasiment rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Nous savons peu de choses sur elle ; elle était alphabétisée mais pas très intelligente, politiquement naïve, et dévouée [à Netchaïev]'' &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Sergei Nechaev in the Period of the Paris Commune&amp;quot;, ''Bulletin. Classe des Sciences Sociales'', LIII,‎ 1974 [https://books.google.fr/books?id=a4DwCAAAQBAJ&amp;amp;lpg=PA145&amp;amp;ots=wI7jPV81Sn&amp;amp;dq=albertine%20hottin&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en nous gratifiant de quelques poncifs sexistes, ces mots de Woodford Mc Clellan confirment qu'il n'en sait pas plus. Peut-il se fier à trois courtes lettres pour être aussi affirmatif ? Les fautes d'orthographe et de syntaxe ne sont pas des marqueurs d'imbécilité mais indiquent peut-être une classe sociale n'ayant pas accès à l'éducation. Et d'autant plus pour une &amp;quot;jeune fille&amp;quot; dans les années 1870. Quand à la candeur, elle n'est peut-être que le reflet du caractère mièvre qui transpire très souvent des correspondances amoureuses, et la naïveté, une qualité/pathologie révolutionnaire...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mauvaise réputation de Sergueï Netchaïev, jugé calculateur et froid par ses détracteurs, permet d'émettre de multiples hypothèses sur la nature exacte de ses liens avec Albertine Hottin. Faut-il voir dans les correspondances disponibles une idylle naissante ou ne sont-elles que manipulation de l'un pour profiter des sentiments de l'autre ? Le jeune homme qu'est alors Sergueï Netchaïev succombe-t-il en [[amour]] ou cherche-t-il à impliquer, malgré elle, Albertine Hottin dans des projets clandestins ? Obtient-il des informations ou a-t-il accès à de potentielles cibles via Albertine Hottin ? Les quelques lettres échangées dans le courant du premier semestre 1870 entre Sergueï Netchaïev et Nathalie Herzen, alors qu'il est en Suisse, montrent qu'il est capable de jouer sur les sentiments amoureux dans un but politique, et inversement ! &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Catteau, Tatiana Bakounine, &amp;quot;Contribution à la biographie de Serge Nečaev : Correspondance avec Nathalie Herzen&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', vol. 7, n°2, avril-juin 1966 - [https://doi.org/10.3406/cmr.1966.1666 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans deux de ses lettres, semblant répondre aux inquiétudes de son Stephan, Albertine Hottin lui précise qu'elle prend bien garde de ne parler à personne de leur relation. L'insistance de Sergueï Netchaïev pour que leur correspondance reste secrète laisse à penser que, pour des raisons de sécurité, il préfère utiliser une adresse intermédiaire. Dans ce cas, le 10 rue de La Vrillière ne serait qu'une boîte aux lettres et non le lieu d'habitation d'Albertine Hottin. Selon l'annuaire de 1871, à cette adresse se trouve le coiffeur Eusèbe Alexandre Balesdan, les tailleurs Huiart et Neumann, la draperie en gros Boerne et Fabre, le crémier F. Lagache et un changeur. Les informations disponibles ne suffisent pas à déterminer les plans envisagés par Sergueï Netchaïev... Quoiqu'il en soit, les mots employés dans les lettres d'Albertine laisse entendre qu'elle n'est pas une militante révolutionnaire et n'est pas du tout au fait de la politique. Le &amp;quot;machiavélisme&amp;quot; politique assumé de Netchaïev incite à se questionner sur l'intérêt pour lui et ses projets révolutionnaires d'une telle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les affaires personnelles de Sergueï Netchaïev détruites par les matons de la forteresse Pierre et Paul figuraient des traductions et des commentaires de poèmes, ainsi que des récits et des fragments de plusieurs romans. Un volumineux roman, intitulé ''Georgette'', se déroule à Paris en 1870 et plusieurs récits sont compilés dans des &amp;quot;souvenirs de Paris&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Michael Confino, ''Violence dans la violence. Le débat Bakounine-Necaev'', Maspero, 1973&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'un d'eux, ''L'entresol et la mansarde'', était-il une référence à Tchernychevski &amp;lt;ref&amp;gt;Nikolaï Tchernychevski, ''Que faire ? Les Hommes nouveaux'', 1862-1863&amp;lt;/ref&amp;gt; ou une allusion romantique à Albertine ? Impossible d'en savoir plus car de ces écrits de Sergueï Netchaïev, il ne reste rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ses mémoires, Michael Sagine (aka Armand Ross) raconte&amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt; comment il récupère les papiers de Sergueï Netchaïev restés cachés à Paris mais ne précise pas s'il était aussi chargé d'avertir Albertine Hottin. Ni même s'il connaît son existence. Les éléments biographiques et historiques disponibles sur Sergueï Netchaïev ne sont pas en mesure d'en éclaircir les parts d'ombre. En adoptant la mythomanie pour stratégie, il brouille les cartes &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Vera Figner, &amp;quot;dans l'histoire du mouvement révolutionnaire en Russie, Netchaïev a été une figure tout à fait exceptionnelle, un personnage singulier dont nous n'avons jamais rencontré l'équivalent. Malgré tout ce qu'a de choquant pour nous la tactique cynique mise en pratique au cours de sa vie et fondée sur la maxime &amp;quot;La fin justifie les moyens&amp;quot; on ne peut cependant s'empêcher d'admirer sa volonté de fer et son caractère inébranlable, et de reconnaître le désintéressement qui a guidé toutes ses actions&amp;quot;.  Véra Figner, ''Mémoires d’une révolutionnaire'', Mercure de France, 2017 &amp;lt;/ref&amp;gt;, tout autant pour ses proches que pour ses détracteurs. Ces derniers lui reprochent de ne pas avoir d'autre projet que la destruction de tout et de n'avoir fait que du néant. Sans doute ses plus belles réussites... En optant pour le pragmatisme, les témoignages et les correspondances laissent transparaître de lui une approche politique qui mêle conspiration secrète de quelques uns et soulèvement généralisé dans des imaginaires, des alliances et des soutiens qui laissent septiques ses proches ou ses détracteurs &amp;lt;ref&amp;gt;Selon le bakouniniste Ralli, opposé à Sergueï Netchaïev, ce dernier est &amp;quot;un simple républicain qui admirait Robespierre tel qu'il se le représentait après quelques lectures. Netchaïev n'était pas socialiste ; il ne connaissait ni Marx ni le mouvement ouvrier international ; il avait très peu lu et même n'arrivait pas à comprendre la Commune de Paris ; il faisait partie des adeptes de Félix Pyat et des compagnons de ce dernier&amp;quot;. Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Le lecteur comprendra pourquoi on qualifie ce courant d'idée de nihilisme. On voulait dire par là que les partisans de cette idéologie n'admettaient rien (en latin : nihil) de ce qui était naturel et sacré pour les autres : famille, société, religion, traditions, etc. À la question qu'on posait à un tel homme : &amp;quot;''Qu'admettez-vous, qu'approuvez-vous de tout ce qui vous entoure et du milieu qui prétend avoir le droit et même le devoir d'exercer sur vous telle ou telle emprise ?''&amp;quot; L'homme répondait : &amp;quot;''Rien !''&amp;quot; (nihil). Il était donc &amp;quot;nihiliste&amp;quot;.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Voline, ''La révolution inconnue''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après les historiens netchaïevistes, Albertine Hottin est la seule compagne connue dans la vie amoureuse de Netchaiev &amp;lt;ref&amp;gt;En 1869 Vera Ivanovna Zassoulitch éconduit Sergueï Netchaïev, et rien n'est su d'une hypothétique relation entre lui et Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, avec qui il arrive en Suisse à la fin de la même année. Nathalie Herzen repousse aussi les avances d'un Netchaïev qu'elle déteste. La première se réfugie de nouveau en Suisse après la tentative d'assassinat au pistolet contre le général Trepov – seulement blessé – en 1878 et son acquittement surprise. Elle est membre de ''Terre et Liberté'', puis lors des scissions internes de ce groupe se tournera vers le marxisme – elle traduit Karl Marx en 1881 et correspond avec lui – avant d'être l'une des fondatrices d'un groupe marxiste en Russie ''Émancipation du travail'', en 1883. La seconde, Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, est une ex-étudiante en médecine, donc cantonnée à la profession de sage-femme par la loi russe, qui manifeste déjà en 1862 dans les contestations étudiantes. Elle accompagne Netchaïev auprès des révolutionnaires macédo-bulgariens, puis part avec lui vers la Suisse. Elle est chargée d'y collecter du matériel de propagande à ramener en Russie. Elle est arrêtée par la police russe. Dans une lettre du 30 mars 1870 au ministre de la Justice, envoyée de prison, elle dénonce Netchaïev et propose sa collaboration pour lui tendre un guet-apens. Proposition fictive ou réelle ? Elle est condamnée en août à la privation de tout ses droits et à l'exil définitif en Sibérie pour ses contacts avec Netchaïev. La troisième, Nathalie Herzen est la fille aînée (née en 1845) d'Alexandre Herzen le théoricien du populisme révolutionnaire en Russie. Elle assiste aux disputes politiques et divergences tactiques entre Bakounine et Netchaïev en Suisse. Michaël Confino, &amp;quot;Un document inédit : le Journal de Natalie Herzen, 1869-1870&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', 1969, Vol 10, N° 1 - [http://www.persee.fr/doc/cmr_0008-0160_1969_num_10_1_1770#cmr_0008-0160_1969_num_10_1_T1_0055_0000 En ligne]. Christine Fauré et Hélène Châtelain, ''Quatre femmes terroristes contre le tsar, Vera Zassoulitch, Olga Loubatovitch, Élisabeth Kovalskaïa, Vera Figner'', Maspero, Paris, 1978&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblant tout ignorer des activités illégales de celui qu'elle croit être Stephan, Albertine Hottin doit perdre brutalement tout contact avec lui après son arrestation en 1872 puis son extradition vers la Russie. Probablement ne sut-elle jamais rien de la mort de Sergueï Netchaïev en 1882 dans un cachot de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Le film helvétique ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot;&amp;gt;''L'extradition'' de Peter von Gunten, 1974.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, réalisé en 1974, retrace cette expulsion et dénonce l'hypocrisie d'une soit-disant neutralité de la Suisse. Parmi les personnages figure une Albertine, éphémère amante de Sergueï Netchaïev à Zurich — interprétée par l'actrice Silvia Jost — qui est probablement inspirée d'Albertine Hottin. Difficile d'être dans la certitude. Librement adaptée de l'affaire Netchaïev, cette fiction met en scène une Albertine auprès de laquelle les proches de Netchaïev viennent récupérer à Zurich une valise de papiers après son arrestation afin de s'en débarrasser. Cela rappelle l'épisode du passage de Michael Sagine à Paris pour le même motif. Dans ''L'extradition'', Albertine ne semble pas totalement ignorer qui se cache derrière le pseudonyme de Stepan Grazdanov.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Hypothèse protivophile ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives municipales de Paris ne mentionnent qu'une seule Albertine Hottin morte entre 1870 et 1920 dans la ville. Pour autant, la probabilité qu'elle soit celle recherchée n'est pas une preuve, seulement une piste... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son nom complet — cette Albertine Aimée Hottin décède à 54 ans le 19 mars 1906 à 19h30 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot;&amp;gt;Actes de décès daté du 20 mars 1906 - [[Média:albertinemort.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; à l'hôpital Beaujon dans le huitième arrondissement, près de son domicile situé au 6 rue de Surène. Selon les registres hospitaliers, elle meurt de la tuberculose le lendemain de son entrée à l'hôpital. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Ouen le 23 mars 1906&amp;lt;ref&amp;gt;Numéro 4038 du registre d'inhumations, division 27, ligne 17 - [[Média:registhin.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans la tranchée gratuite, l'autre nom de la fosse commune&amp;lt;ref&amp;gt;Registre journalier d'inhumation du cimetière de Saint-Ouen - [[Média:tranchee.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de décès précise qu'elle est célibataire et qu'elle exerce la profession de cuisinière. Albertine Aimée Hottin est née le 20 juillet 1851 à Ernemont-sur-Buchy, un petit village d'une centaine d'hominines en Seine Maritime &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance daté du 20 juillet 1851 - [[Média:albertinenaiss.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout comme ses deux sœurs aînées, l'acte de naissance est enregistré au nom de la mère, Cherfix. La plus âgée des trois sœurs naît de père inconnu alors que les autres sont reconnues à la naissance par Anselme Hottin. Le mariage en 1858 entre Marie Thérèse &amp;quot;dite Léonie&amp;quot; Cherfix et Anselme Charlemagne Hottin acte une reconnaissance légale de paternité pour les trois, qui se nomment dorénavant Hottin. Avant leur mariage, selon le recensement de 1841, Marie Cherfix et Anselme Hottin habitent à Bosc-Roger-sur-Buchy. Les parents de la première sont mareyeurs — synonyme de poissonnier — et elle y travaille avec eux et sa sœur Celina &amp;lt;ref&amp;gt;Surnom de Nina Louise ?&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Après la mort de ses deux parents, le futur père d'Albertine habite au même domicile que sa tante maternelle et son époux, propriétaire &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bosc-Roger-sur-Buchy, 1841 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/ddef48daf8ca236f0d6d8e61de3d4c50/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Âgé alors de 30 ans, il est indiqué qu'il est rentier &amp;lt;ref&amp;gt;Origine rente ? Bâtis ou terres ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dix ans plus tard, en 1851, les futurs parents d'Albertine Hottin apparaissent ensemble dans le recensement d'Ernemont-sur-Buchy. Lui est déclaré propriétaire cultivateur et elle servante, avec à charge sa fille Léonie Bathilde, née en 1845 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement d'Ernemont-sur-Buchy, 1851 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e9c9c209c8d5367692beceba3422f024/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La consultation de la &amp;quot;''liste nominative des habitants''&amp;quot; de 1846 — accessible aux archives départementales — pourrait permettre d'affiner la datation de leur déménagement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives des délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy indique que Anselme Hottin est membre du conseil municipal entre 1851 et 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy,  1838-1862 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta7e317b2b8c101caa/dao/0/3 En ligne] et 1863-1878 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vtaddaa78baa6e25244/dao/0/1 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À cette époque où la blague démocratique se met en place, les maires sont nommés par le préfet de région. Durant la période où Anselme Hottin est au conseil, les maires sont successivement Étienne Grenier d'Ernemont et Jean-Baptiste Malmaison. L'un est un ancien militaire et appartient à une famille d'aristocrates, héritière d'un titre seigneurial sur la région d'Ernemont, et le second est un notable local, propriétaire et cultivateur. En plus de sa fonction de maire, Étienne Grenier d'Ernemont est l'administrateur de l'hospice du village. Lui et sa famille sont les propriétaires du château et y habitent avec leurs domestiques. Les membres du conseil sont désignés par le maire parmi les hominines mâles appartenant à la notabilité locale : petit propriétaire, commerçant, instituteur ou artisan, par exemple. Ernemont-sur-Buchy ne fait pas exception. De part sa participation au conseil municipal, Anselme Hottin connaît la famille du comte Tanneguy De Clinchamp et du baron Adolphe D'André, membres du conseil qui ont reçu le château en héritage après le décès d'Étienne Grenier d'Ernemont. Le tissu social villageois est une [[macédoine]] complexe entre les hiérarchies sociales et les catégories professionnelles, entre les liens familiaux et les relations amicales, au sein d'un même village et entre eux. Les familles sont évidemment présentes sur plusieurs villages. Au mariage entre Anselme Hottin et Thérèse Cherfix, les témoins sont commis de commerce et ouvrier maréchal, cousin et ami, du côté du mâle et dans la cordonnerie du côté de la femelle. L'acte de naissance d'Albertine Hottin stipule qu'il est rédigé en présence de Louis Crosnier l'instituteur et de Louis Duboc, domestique de maison auprès du châtelain Étienne Grenier d'Ernemont. Les deux mêmes que pour Irma en 1850 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Irma Hottin, 13 avril 1850 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/dcace402d7b350d6ed313126e0ab6296/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le village d'Ernemont-sur-Buchy a la particularité d'abriter la congrégation religieuse christienne des Sœurs du Sacré-Coeur d'Ernemont, surnommée &amp;quot;Maîtresses des écoles gratuites, charitables et hospitalières du Sacré-Cœur d'Ernemont&amp;quot;. Fondée en 1690 par Barthélémy de Saint-Ouen, seigneur d'Ernemont et conseiller au parlement de Rouen, et son épouse Dorothée de Vandime, elle vise à l'enseignement scolaire des enfants et le service aux malades et vieillards. Se répandant à travers la Normandie, la congrégation assure l'enseignement et le soin dans de nombreuses villes et villages &amp;lt;ref&amp;gt; - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le but &amp;quot;''d’inculquer aux élèves la doctrine chrétienne, de leur apprendre à lire, à écrire, à calculer. La congrégation a pour but de former les femmes. La mixité est interdite même dans les écoles enfantines.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;D'après Catriona Seth, &amp;quot;Marie Leprince de Beaumont, une écrivaine normande&amp;quot;, ''Études Normandes'', 65e année, n°1, 2016 - [https://doi.org/10.3406/etnor.2016.3794 En ligne]. Originaire de Normandie, l'autrice Marie Leprince de Beaumont est célèbre pour ''La belle et la bête'', écrit vers 1750. Plusieurs de ses ouvrages mentionnent la congrégation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des cours gratuits pour les femelles adultes sont parfois organisés. Jusqu'au début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, il existe à Ernemont-sur-Buchy une &amp;quot;école pour filles&amp;quot;. L'église est attenante à l'hospice-école. Quatre religieuses se chargent de quelques pensionnaires, pour cause de maladie ou de vieillesse. Il est fort probable qu'Albertine Hottin et ses sœurs aient bénéficié de cet enseignement scolaire primaire. Ce qu'indique déjà les lettres d'Albertine à Sergueï Netchaïev.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Arrivée parigote ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le registre de la population de 1866 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de population d'Ernemont-sur-Buchy, 1866 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/1503e2c65ded1bb55a045b9234756a48/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine habite encore avec ses parents, agriculteurs, et sa sœur aînée Léonie Bathilde. L'autre sœur, Irma Léonie, à peine âgée de 16 ans, n'apparaît pas dans ce recensement comme si elle n'habitait déjà plus au domicile familial d'Ernemont-sur-Buchy. Pour des raisons qu'il reste encore à déterminer, le couple marital Anselme Hottin et Thérèse Cherfix déménagent à Bois-Guilbert entre 1867 et 1871. Sans que l'on sache si elles déménagent avec elleux, leurs trois filles partent pour la capitale dans cette même temporalité. Albertine Hottin arrive donc à Paris entre 1867 et 1870. Impossible de dire pour l'instant où elle s'installe et dans quelles conditions. Comment Albertine Hottin et ses deux sœurs trouvent-elles leurs emplois de domesticité ? Bénéficient-elles des réseaux de connaissance entre des familles de l'aristocratie de Normandie et de Paris ? Des liens entre une aristocratie et une bourgeoisie politique ? Parfois, ce sont des congrégations religieuses qui servent d'intermédiaires pour placer des domestiques dans des familles riches qui en réclament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La bourgeoisie se reconnaît à ce qu'elle pratique une morale étroitement liée à son essence. Ce qu'elle exige avant tout, c'est qu'on ait une occupation sérieuse, une profession honorable, une conduite morale. Le chevalier d'industrie, la fille de joie, le voleur, le brigand et l'assassin, le joueur, le bohème sont immoraux, et le brave bourgeois éprouve à l'égard de ces &amp;quot;gens sans mœurs&amp;quot; la plus vive répulsion. Ce qui leur manque que donnent un commerce solide, des moyens d'existence assurés, des revenus stables, etc. ! comme leur vie ne repose pas sur une base sûre, ils appartiennent au clan des &amp;quot;individus&amp;quot; dangereux, au dangereux prolétariat : ce sont des &amp;quot;particuliers&amp;quot; qui n'offrent aucune &amp;quot;garantie&amp;quot; et n'ont &amp;quot;rien à perdre&amp;quot; et rien à risquer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uni&amp;quot;&amp;gt;Max Stirner, ''L'Unique et sa propriété'', 1844 (traduction française de Robert L. Reclaire, 1899) - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Unique_et_sa_propri%C3%A9t%C3%A9_(traduction_Reclaire) En ligne]. ''Œuvres complètes. L'Unique et sa propriété et autres essais'', Éditions L'Âge d'Homme, 2012&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Menuparis.jpg|200px|vignette|droite|Gastronomie de guerre &amp;lt;ref&amp;gt;Menu du 25 décembre 1870. Café Voisin, 261 rue Saint-Honoré&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Après avoir été élu par les hominines mâles premier président de la Deuxième République française en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte proclame l'Empire de France en 1852 après son coup d’État de décembre 1851. Il prend alors le nom de Napoléon III, troisième fils de Louis Bonaparte dit Napoléon I&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et d'Hortense de Beauharnais. Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse et ses alliés. Les armées françaises ne parviennent pas à résister aux assauts prussiens et le Second Empire capitule en septembre 1870. L'empereur est fait prisonnier et l'impératrice doit fuir à l'étranger. En réponse à cette situation, les députés républicains modérés proclament la Troisième République depuis le parlement à Paris. Un Gouvernement de la Défense nationale est mis en place et la guerre continue. Avançant sur le territoire français, les armées prussiennes s'approchent de Paris mais ne parviennent pas à y entrer. Le siège de la capitale débute le 20 septembre 1870. Pendant un peu plus de quatre mois, les hominines de la ville subissent les restrictions qu'engendrent l'isolement de Paris. Les denrées se raréfient et les prix augmentent. D'évidence, les plus riches s'en sortent bien mieux que la grande majorité des hominines. Quelques accommodements gastronomiques s'imposent. Une bonne occasion de goûter de l'éléphant, du kangourou ou du chat. Les plus pauvres expérimentent le choléra et la malnutrition. Le rat n'a pas la même saveur que les animaux du zoo et le jeun prolongé n'est pas encore une médecine alternative populaire. &amp;quot;''Il y a, sur la place même de l'Hôtel de Ville, un marché de rats; et les rats se vendent 30 ou 40 centimes quand ils sont ordinaires, 60 centimes quand ils sont gras et bien en chair.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Edmond Deschaumes, ''Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris (1870-1871)'', 1890 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413390 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Même le privilégié Victor Hugo pleurniche sur son sort : &amp;quot;''Ce n’est même plus du cheval que nous mangeons. C’est peut-être du chien ? C’est peut-être du rat ? Je commence à avoir des maux d’estomac. Nous mangeons de l’inconnu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Victor Hugo, ''Choses vues 1849-1885'' - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141436z En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Le 31 octobre des républicains radicaux tentent un coup de force contre le  gouvernement de la Défense nationale et réclament la proclamation d'une Commune. Plutôt qu'une république à la démocratie représentative, la Commune est un principe politique qui prône la démocratie directe dans chaque villes et villages, puis leur fédération pour constituer une entité politique nationale. La tentative est un échec. C'est dans cette période troublée que Sergueï Netchaïev arrive à Paris, traversant les lignes prussiennes. Fin janvier 1871 le gouvernement signe un armistice franco-prussien. Le révolutionnaire russe quitte la capitale française en février. Dans cet intervalle de quelques mois, il fait la rencontre d'Albertine Hottin. Rue du Jardinet où il loge. Une dépêche télégraphique datée du 31 janvier &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot;&amp;gt;''Recueil des dépêches télégraphiques reproduites par la photographie et adressées à Paris au moyen de pigeons voyageurs pendant l'investissement de la capitale'', tome 1, 1870-1871 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5499951n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, via pigeon voyageur &amp;lt;ref&amp;gt;Victor La Perre de Roo, ''Le pigeon messager, ou Guide pour l'élève du pigeon voyageur et son application à l'art militaire'', Paris, E. Deyrolle fils, 1877 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5435176t En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, est envoyée de la ville de Bordeaux par Irma Hottin. Elle s'adresse à &amp;quot;''Melle Hottin, rue st-petersbourg, 2''&amp;quot; —  sans préciser s'il s'agit d'Albertine ou de Léonie. Elle dit qu'elle va bien, qu'elle est sans nouvelles de Bois-Guilbert — où habitent les parents — et donne son adresse bordelaise &amp;lt;ref&amp;gt;13 rue Bardineau. Pour information, l'annuaire de Bordeaux daté de 1866 indique que Paul de Lentz, le consul de Russie, habite au 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette présence à Bordeaux s'explique peut-être par le fait qu'elle travaille pour des hominines membres du &amp;quot;Gouvernement de Défense nationale&amp;quot;, des politiciens ou des militaires qui ont fui Paris devant l'avancée prussienne et trouvé refuge à Tours dans un premier temps, puis dans la ville de Bordeaux.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce choix politique de l'armistice ne passe pas auprès de républicains radicaux et d'une partie de la population. La colère gronde dans plusieurs villes françaises. L'ambiance est insurrectionnelle. À Paris, le gouvernement tente de désarmer la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot;&amp;gt;La garde nationale est l'ensemble des milices citoyennes formées dans chaque commune au moment de la Révolution française. Ses officiers sont élus et ne peuvent effectuer plus de deux mandats successifs. Elle est chargée du maintien de l'ordre en temps de paix et de force d'appoint en cas de guerre.&amp;lt;/ref&amp;gt; et provoque, en réaction, un soulèvement populaire dans plusieurs quartiers de la ville. La Commune est proclamée le 18 mars 1871 et le gouvernement est chassé à Versailles. Pendant 72 jours, la Commune de Paris est un laboratoire à ciel ouvert pour les aspirations révolutionnaires les plus diverses. La démocratie directe, l'égalité sociale, l'auto-gouvernement ou le partage s'expérimentent en direct. La place des hominines femelles est questionnée par les premières concernées &amp;lt;ref&amp;gt;Dans la continuité de leur lutte pour l'égalité et l'émancipation, de nombreuses hominines femelles prennent part à la Commune. Dont Louise Michel, Paule Minck ou Sophie Poirier, ou les russes Anna Jaclard et Élisabeth Dmitrieff, pour ne citer que les plus connues. Ou encore [[Louise Modestin]] pour les illustres inconnues. Elles participent à de nombreuses initiatives et, par exemple, une ''Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés'' est créée en avril 1871. Elles sont actives autant dans les cercles politiques, les associations d'entraide que sur les barricades. &amp;lt;/ref&amp;gt; et leurs alliés mâles. Le monde du travail, la culture ou la scolarité ne sont pas épargnés par les remises en cause proposées. Les opinions des hominines qui font vivre cette Commune ne sont pas un bloc monolithique. Les tendances et les approches sont multiples. S'affrontent parfois. Le contexte est celui d'une volonté permanente des forces versaillaises de mettre fin à cette expérimentation sociale et politique dissidente. Informé par des collègues à Paris et par la lecture de ce qu'il se dit dans la presse communaliste ou non, le correspondant de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) à Londres, Karl Marx, n'hésite pas à titrer : ''La guerre civile en France'' &amp;lt;ref&amp;gt;Karl Marx, ''La guerre civile en France'', 1871 - [https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/karl-marx-la-guerre-civile-en-france-1871/ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour les Versaillais il s'agit de la &amp;quot;Campagne de 1871 à l'intérieur&amp;quot;, le nom officiel des opérations anti-communalistes. Entre le 21 et le 28 mai 1871, les armées versaillaises répriment violemment la Commune de Paris. Les barricades ne sont pas suffisantes à défendre la ville insurgée. Cette &amp;quot;Semaine Sanglante&amp;quot; fait plusieurs milliers de morts lors des combats du côté communaliste et autant se font fusiller après leur capture. Les chiffres sont incertains. Près de 45000 hominines se font arrêter. Les archives de cette époque sont encore à explorer pour découvrir si Albertine Hottin est mentionnée. Les domestiques, cuisinières, valets et autres personnels de service ne sont pas les professions les plus impliquées dans le soulèvement communaliste &amp;lt;ref&amp;gt;''La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880)'' - [https://communards-1871.fr/index.php En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie dans les quartiers bourgeois de l'ouest de Paris n'est pas la même que celle des quartiers populaires. Moins de combats et de barricades. L'urbanisme est plus récent. Les familles bourgeoises qui investissent les VIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissements habitent des immeubles où leur domesticité a des espaces ségrégués pour y vivre. De part sa proximité géographique et l’enchevêtrement avec la réalité de ses maîtres, la domesticité bénéficient plus des avantages de sa condition sociale que les autres prolétaires. Si Albertine Hottin travaille pour une famille bourgeoise, elle a peut-être moins souffert de la faim lors du siège de Paris. Sergueï Netchaïev revient dans la capitale française en novembre 1871. Les trois lettres &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot; /&amp;gt; d'Albertine Hottin datent de cette période d'absence de Sergueï Netchaïev. Des lettres qu'il a envoyé, il ne reste que quelques brouillons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''maintenant je me dépêche pour jeter aujourd ma lettre a la post. Je vous demande très pardon que je vous ai laissé sans nouvelle et vous en demande. [...] Je vous aime encore pluq qu'auparavant, et je compte les heurs que devront crouler avant notre rencontre. je vous embrasse. tout à vous. Stéphan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#zur&amp;quot;&amp;gt;Enregistrés sous la classification Auslieferung des Sergius Netschajeff (Extradition de Sergueï Netchaïev) aux Archives de Zurich&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux sœurs d'Albertine, Léonie et Irma, se marient respectivement en 1874 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Léonie Bathilde Hottin et Louis Joseph &amp;quot;Édouard&amp;quot; Duval, 22 décembre 1874, Paris, 8e. Veuf depuis 1870 d'un premier mariage dans la Somme, il a une fille née en 1866. Celle-ci vit chez ses grands-parents maternels à Warlus dans la Somme (Recensement de 1872). Elle se marie à Paris en 1895.&amp;lt;/ref&amp;gt; et 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Irma Léonie Hottin et Amable Levadoux, 22 avril 1875, Paris, 8e. Né en 1844 et originaire de Marsat, dans le Puy-de-Dôme. Il décède à Paris en 1892 au 52 rue de Varenne dans le 7e. Peut-être arrive-t-il sur Paris via l'armée lors de la guerre contre la Prusse - [https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/ark:/72847/vtaf43f074402956764/daogrp/0/25 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le huitième arrondissement de Paris. L'une est cuisinière et se marie avec un cocher, et l'autre est femme de chambre et se choisit un maître d'hôtel pour conjoint. Les deux couples résident sans doute dans les chambres réservées au personnel. Irma et son époux habitent au 23 rue de Berri &amp;lt;ref&amp;gt;23 rue de Berri en 1875. 17 ferme des Mathurins en 1877&amp;lt;/ref&amp;gt;, une perpendiculaire à l'avenue des Champs-Élysées. Léonie et son époux ont pour adresse le 2 rue de Saint-Pétersbourg &amp;lt;ref&amp;gt;2 rue de Saint-Pétersbourg en 1874. 6 rue du Colisée en 1876. 126 rue Saint-Lazare en 1886&amp;lt;/ref&amp;gt;. Selon l'acte de naissance du 11 septembre 1873 établit au nom de son fils &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d’Édouard Léon Anselme Hottin, 11 septembre 1873, Paris, 8e&amp;lt;/ref&amp;gt;, né de père inconnu, Léonie habite à cette adresse. Si le message du pigeon voyageur du 31 janvier 1871 lui est bien adressé, cela laisse à penser qu'elle habite déjà à cette adresse début 1871 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot; /&amp;gt;. L'annuaire daté de 1872 qui liste les adresses pour l'année 1871 n'a pas été imprimé pour cause de guerre. Celui de l'année précédente indique que le député des Vosges Louis Buffet ainsi que &amp;quot;''Villeneuve, rentier''&amp;quot; habitent à cette adresse. Léonie est-elle employée par Villeneuve ou Buffet ? Sa jeune sœur Albertine est-elle avec elle ? Louis Buffet achète cet hôtel particulier en 1872 et s'y installe avec son épouse, leurs sept enfants et leurs domestiques. Le peintre Édouard Manet a son atelier au 4 de la rue entre 1872 et 1878 — l'immeuble apparaît en haut à gauche de son tableau ''Le chemin de fer'' et plus clairement dans les croquis qui lui servent de base &amp;lt;ref&amp;gt;Édouard Manet, ''Le chemin de fer'', 1873 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg En ligne]. Les croquis réalisés entre 1872 et 1873 - [https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/le-pont-de-leurope-etude-pour-le-chemin-de-fer-204821 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'atelier de Manet attire une foule d'artistes et de mondanités qui animent le quartier. &amp;quot;''Le chemin de fer passe tout près, agitant ses panaches de fumée blanche, qui tourbillonnent en l'air. Le sol, constamment agité, tressaille sous les pieds et frémit comme le tillac d'un navire en marche. Au loin, la vue s'étend sur la rue de Rome, avec ses jolis rez-de-chaussée à jardin et ses maisons majestueuses. Puis, sur la montagne du boulevard des Batignolles, un enfoncement sombre et noir : c est le tunnel, qui, bouche obscure et mystérieuse, dévore les trains s'engageant sous ses voûtes arrondies avec un sifflement aigu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Étienne Moreau-Nélaton, ''Manet raconté par lui-même'', tome 2, 1926 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9760965m/f30.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'adresse d'avant-guerre des Buffet se situe à quelques centaine de mètres de là, au 10 de la rue de Berlin (actuelle rue de Liège) dans le neuvième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Les actes de naissance de deux de leurs enfants en 1865 et 1870 confirment cette adresse. &amp;lt;/ref&amp;gt;. La famille Buffet sont des christiens&amp;lt;ref name=&amp;quot;#chr&amp;quot;&amp;gt;''Christien'' désigne les adeptes de Jésus ''aka'' Christ&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;, les chrétiens, comme le terme de ''mahométien'' désigne celles et ceux qui croient que Mahomet est un prophète — les musulmans —  ou celui de ''moïsien'' pour parler des adeptes de Moïse, les juifs.&amp;lt;/ref&amp;gt; de la branche catholique &amp;lt;ref&amp;gt;Pour une courte biographie de Louis Buffet - [https://books.openedition.org/igpde/1258 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Louis Buffet est nommé ministre de l'économie à deux reprises entre 1870 et 1871. Il reste en poste trois mois sous Napoléon III et, après être élu à la députation des Vosges sous la Troisième République, il est désigné de nouveau à ce poste mais n'y reste que 6 jours &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de l'Agriculture et du Commerce à deux reprises entre 1848 et 1851, il est élu président de l'Assemblée nationale en 1873 puis sénateur en 1876. Chef du gouvernement et ministre de l'intérieur de 1875 à 1876&amp;lt;/ref&amp;gt;. Son épouse, Marie Pauline Louise Target, est petite-fille de député, fille d'un ancien préfet du Calvados et sœur d'un député. Selon ses biographes, Louis Buffet et sa famille ne sont pas à Paris pendant la période de guerre. Illes sont au domaine de Ravenel &amp;lt;ref&amp;gt;''Ravenel, de l’origine à l’ouverture de l’hôpital psychiatrique'' - [http://www.ch-ravenel.fr/pdf/presentation/historique-ravenel.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; à Mericourt dans les Vosges. En zone occupée par la Prusse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le 23 de la rue de Berri, l'Annuaire daté de 1876 indique que &amp;quot;''Cheronnet, propriétaire''&amp;quot; est domicilié à cette adresse. Les voisins du 22 et du 24 sont respectivement Henri Louis Espérance des Acres, comte de l'Aigle et député de l'Oise, et le général et ancien sénateur Édouard Waldner. Lorsqu'Albertine Hottin dit dans sa troisième lettre &amp;quot;''nous sommes aller à la campagne cette semaine''&amp;quot;, en parlant de Neuilly-sur-Seine, fait-elle référence à des déplacements avec une famille bourgeoise qu'elle accompagne ? Elle mentionne aussi la fête de Neuilly (dite Fête à Neu Neu), probablement celle de l'été 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rue de La Vrillière où Sergueï Netchaïev envoie ses lettres est celle de la Banque de France. Membre de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1871 à 1876, Louis Buffet et sa famille ont-illes été logé temporairement dans un immeuble de la rue, un &amp;quot;logement de fonction&amp;quot; en attendant de trouver mieux ? Comme cela fut le cas de janvier à avril 1870, lorsque Louis Buffet est logé rue de Rivoli dans l'hôtel des finances du Mont-Thabor, l'ancien ministère des finances détruit lors de la Commune. Ce qui, dans le cas où Albertine Hottin travaille comme domestique pour la famille, pourrait expliquer son adresse postale au 10 de la rue de La Vrillière. Les études [[Protivophilie|protivophiles]] autour de la biographie du politicien et financier, ainsi que celles des sœurs d'Albertine Hottin, n'ont pas permis pour l'instant de valider cette hypothèse. Les annuaires de l'année 1872 n'ont pas été publiés pour cause de guerre et de Commune de Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Progéniture ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première adresse parisienne connue d'Albertine Hottin date de la naissance de sa fille Lucie Blanche, le 2 juin 1876 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance de Lucie Blanche, 2 juin 1876, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:naissluci.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle naît au 32 rue du faubourg Montmartre, chez la sage femme Isabelle Ardis. L'acte de naissance indique que la mère est &amp;quot;''sans profession''&amp;quot; et que son domicile est au 180 boulevard Haussman &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire daté de 1877 recense l'architecte Belle, Lady Gray, le sénateur Louis Martel, le colonel G. Merlin — président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune — et enfin le carrossier Fabien Pradeu - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9677392n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune mention du père biologique. À une date indéterminée — car les registres des abandons ne la mentionnent pas — la jeune Lucie Blanche est mise en nourrice &amp;lt;ref&amp;gt;Catherine Rollet, &amp;quot;Nourrices et nourrissons dans le département de la Seine et en France de 1880 à 1940&amp;quot;, ''Population'', n°3, 1982 - [https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1982_num_37_3_17360 En ligne]. Emmanuelle Romanet, &amp;quot;La mise en nourrice, une pratique répandue en France au XIXe siècle&amp;quot;, ''Transtext(e)s Transcultures'', n°8, 2013 - [https://doi.org/10.4000/transtexts.497 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une famille de la Somme, en région picarde. Elle apparaît dans le recensement de 1881 de la commune de Morlancourt avec la cellule familiale d'Henri Cailleux et Albertine Vicongne avec leurs six enfants &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de la commune de Morlancourt, Somme, 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/recens1881.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle y est baptisée en 1883 &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des baptêmes, Morlancourt, 1883 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/djzg5v1b78xh/787e5478-61f3-4575-8078-13246a82c885 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le prénom Marie est ajouté à Lucie et Blanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ernest naît le 10 janvier 1879&amp;lt;ref&amp;gt;Ernest le 10 janvier 1879, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:ernest.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de naissance ne nomme pas le géniteur et stipule qu'Albertine Hottin, la mère, est sans profession et habite alors au 62 de l'avenue des Ternes dans le VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire 1880 recense l'architecte M. Guillot, le grossiste en vins Girault et les merceries de Larible - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96773984 En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ernest est abandonné à sa naissance. Selon le Registre d'admission des enfants assistés, &amp;quot;''sa mère allègue sa misère et la charge d'un premier enfant pour abandonner le nouveau-né.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:regenfass.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; Il est déposé dans le quartier du Roule (8e) par &amp;quot;''M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Metton, domestique''&amp;quot;, puis est envoyé le 13 janvier à Montfort en Ille-et-Vilaine pour être placé. Il est accueilli dans le village de Quédillac par la cellule familiale de Jean Gendrot et Marguerite Ferrier &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement à Quédillac en 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/quedillac1881.pdf En ligne] et en 1886 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/quedillac1886.jpg En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. En contradiction avec l'acte de naissance, l'un des documents des registres d'abandon &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:registenfaban.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; mentionne qu'Albertine Hottin est domestique et habite au 181 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Il semble qu'il y ait confusion entre l'adresse de naissance d'Ernest et le domicile de sa mère. En effet, cette adresse est celle de M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Léocadie Planchet, la sage-femme qui fait l'accouchement &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'Annuaire daté de 1879 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9762929c En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 12 janvier 1882, Albertine Hottin entre à l'hôpital Lariboisière dans le X&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien. Elle est transférée au pavillon Marthe le 16 et sort de l'hôpital le 19 janvier. Le dossier stipule &amp;quot;''suivi de couche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Albertine Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalb.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'hominine en devenir qui sort d'elle &amp;lt;ref&amp;gt;Alida Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalid.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; quitte officiellement l'hôpital le lendemain de sa naissance &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées et des sorties, Lariboisière, 1882 - [https://aphp-diffusion-prod.ligeo-archives.com/ark:/23259/780644.1240379/daogrp/0/13 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un acte de naissance est établi à la mairie de l'arrondissement au nom d'Alida Yvonne Hottin, née d'Albertine et d'un père inconnu &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Alida Yvonne Hottin, 13 janvier 1882 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/alida.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Albertine Hottin habite alors au 95 de la rue du Rocher (8&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;) &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire de 1883 recense le peintre-décorateur Jules Mariotte, la sage-femme Mme Pécheux et P. Ginier, propriétaire - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96762957 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; et exerce le métier de couturière. Il y a peut-être une erreur dans son adresse car elle est aussi celle d'une sage-femme, Mme Pécheux. Pour l'instant, les archives n'ont pas fourni d'autres informations à propos de ce troisième enfant d'Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Melocoton, où elle est maman?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens, donne-moi la main''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pour aller où ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens'' &amp;lt;ref&amp;gt;Colette Magny, ''Melocoton'', 1963 - [https://www.youtube.com/watch?v=OPVtricblNM En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tind.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
La question de l'enfantement est multiple. À une époque où il n'existe pas encore de moyens alternatifs pour être enceinte, les hominines femelles doivent encore s'accoupler avec un mâle pour cela. Quelles sont les circonstances de cet acte ? Est-il réciproquement consenti ? De toute évidence, Albertine Hottin ne souhaite pas avoir d'enfants au regard de sa condition sociale, de &amp;quot;''sa misère''&amp;quot;. Sur les trois dont elle accouche, deux sont abandonnés selon les archives consultées. En cette fin de XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les méthodes contraceptives sont limitées. Lorsqu'il y a pénétration vaginale dans l'acte sexuel, la méthode la plus ancienne est le retrait au moment de l'éjaculation masculine afin de minimiser les risques de fécondation que les spermatozoïdes font alors encourir. Le timing de ce ''coitus interruptus'' est serré et son efficacité est loin des 100%. Il existe aussi des méthodes mécaniques tel que l'éponge vaginale ou les préservatifs. Les technologies de fabrication d'alors font que le préservatif est un objet fragile et inconfortable. Il est plus utilisé en tant que protection contre les maladies plutôt qu'à visée contraceptive directe. Pour l'influenceuse Madame de Sévigné, il est &amp;quot;''Bouclier contre le plaisir et toile d'araignée contre le danger''&amp;quot;. Spécialité liée à la triperie, la fabrication de préservatif à base de membrane animale — souvent les intestins — fait progressivement place au caoutchouc à partir de la seconde moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Plus confortable et plus efficace. Cette technique de recouvrir le pénis d'un étui en caoutchouc fin et fermé à l'extrémité n'est financièrement pas encore accessible aux hominines les plus pauvres. Conformément aux habitudes et préconisations de son époque &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste de Sénancour, ''De l’amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes'', 4e éd., tome 1, Paris, 1834&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine Hottin doit utiliser la méthode dite du retrait. Si elle ne désirait pas d'enfant, il semble que cette méthode contraceptive se soit avérée inefficace à trois reprises. Au moins — par manque de données à ce sujet, il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a eu recourt à des avortements clandestins pour mettre fin à des grossesses non-désirées. Si elle a une sexualité régulière, trois cas de grossesse en 6 ans est peu en comparaison du pourcentage de risque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les actes de naissance précisent &amp;quot;''Père inconnu''&amp;quot;. Est-elle dans la situation de tant d'hominines femelles abandonnées socialement par des hominines mâles après une fécondation non-désirée ? Les travaux de la paléontologue Juliette &amp;quot;Juliette&amp;quot; Noureddine, publiés en 1998 sous le titre ''Lucy'', montrent que cette pratique est très ancienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Son père, son père, n'en parlons plus,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y a longtemps qu'j'ai fait une croix dessus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y m'avait dit &amp;quot;Bouge pas, attends.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je n'en n'ai pas pour bien longtemps,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'vais au mammouth et je reviens.&amp;quot;''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et depuis ce jour là, plus rien''&amp;lt;ref&amp;gt;Juliette, &amp;quot;Lucy&amp;quot; sur l'album ''Assassins sans couteaux'', 1998 - [https://www.youtube.com/watch?v=wjJWOuODm4U En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cas où Albertine Hottin désirait une progéniture, elle a changé d'avis entre le moment où elle se sait enceinte et les abandons. Soit, pour ne citer que deux raisons, à cause de l'attitude du procréateur qui refuse d'assumer à deux les conséquences, soit des circonstances particulières dans lesquelles ont lieu les fécondations. Étaient-elles vraiment consenties ? Dans des sociétés d'hominines où la binarité de genre est aussi une hiérarchie entre les genres, les hominines femelles subissent des violences et des agressions — sans commune mesure avec celles exercées sur les mâles. Le viol en est une. &amp;quot;Ce jargon du viol&amp;quot; n'est pas seulement l'anagramme de &amp;quot;devoir conjugal&amp;quot; car, en plus du viol conjugal &amp;quot;ordinaire&amp;quot;, le personnel féminin de la domesticité est particulièrement exposé à ce risque d'agression. De la part des maîtres ou des collègues. L'habitat de la domesticité, exigu et souvent isolé sous les toits, est un lieu propice aux violences sexuelles. Se plaindre ou faire scandale c'est prendre le risque de perdre son travail. L'imaginaire érotique bourgeois s'alimente de cet espace d'habitat en marge. La promiscuité des hominines agite la fantasmagorie. Illes s'entendent baiser et leurs corps sont si proches ! La présence de jeunes hominines femelles isolées fait virevolter les imaginaires mâles. Pour autant, toutes les hominines femelles, même dans la domesticité, ne subissent pas les mêmes violences. Qu'une situation soit systémique ne fait pas qu'elle soit systématique. Albertine Hottin n'a donc pas obligatoirement subi de ces violences. Sa sexualité était peut-être plaisante, riche, multiple et consentie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A-t-elle retourné le déséquilibre social de genre en se servant de la sexualité et de l'enfantement pour trouver une meilleure situation sociale ? La bourgeoisie s'affole les sens en imaginant le personnage érotique de la jeune domestique femelle lubrique et soumise, ou déterminée et vénale. Juste 100 ans après la naissance du premier enfant d'Albertine Hottin, le mythomane Émile Ajar publie son roman ''Pseudo''. Les histoires et les mensonges qui entourent la personnalité d’Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, empêchent de déterminer s'il est vraiment utile de chercher un quelconque lien, même symbolique, entre Albertine Hottin et son personnage de Nihilette pour simplement en citer l'extrait suivant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Nini, comme son nom l'indique, ne peut pas souffrir qu'il y ait une œuvre littéraire dans laquelle elle ne se serait pas glissé. L'espoir, ça la rend malade ! Nini essaye depuis toujours et de plus en plus de se taper chaque auteur, chaque créateur, pour marquer son œuvre de néant, d'échec, de désespoir. Elle se fait appeler Nihilette chez les gens bien élevés, du tchèque ''nihil'', ''nihilisme'', mais nous l'appelons Nini, avec majuscule parce qu'elle a horreur d'être minimisée. En ce moment, sur le tapis, elle essayait de se faire ensemencer par Ajar, pour lui faire ensuite des enfants du néant. Ajar se défendait comme un lion. Mais il y a toujours avec Nini la tentation de se laisser faire, pour accéder enfin au fond du néant, là où se trouve la paix sans âme ni conscience. La seule chance qu'avait Ajar de s'en tirer était de bien prouver son inexistence, son état bidon pseudo-pseudo, son absence absolue d'état humain digne d'être infecté par Nini, car le néant ne baise jamais le néant, pour des raisons techniques.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Ajar, ''Pseudo'', 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En plus de ces considérations pratiques liées à la progéniture d'Albertine Hottin, sa domesticité implique d'autres contraintes sociales. Dans ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Anne Martin-Fugier rappelle qu'une &amp;quot;''servante enceinte, même mariée''&amp;quot; peut perdre son travail pour cela. Elle cite un arrêt de 1896 d'un tribunal qui stipule que &amp;quot;''à aucun point de vue on ne saurait considérer un maître comme tenu de garder à son service une fille enceinte, soit que l'on envisage l'immoralité de sa conduite, le mauvais exemple dans la maison ou les graves inconvénients de l'accouchement.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot;&amp;gt;Anne Martin-Fugier, ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Perrin, 2004&amp;lt;/ref&amp;gt; Il existe bien évidemment différentes techniques anticonceptionnelles, dont les injections d'eau froide dans le vagin, mais elles sont légalement interdites car assimilées à des avortements. De plus, à la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les domestiques sont souvent accusées d'être responsables de la dépopulation en France &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Environnement familial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivant de Normandie, des Cherfix apparaissent dans l'état civil de la capitale pendant la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'orthographe varie parfois entre Cherfix, Cherfis ou Cherfils. Quelques membres de la famille maternelle d'Albertine Hottin vivent dans l'ouest de Paris, au croisement de plusieurs arrondissements. Pour ne donner que quelques exemples, sa tante Nina Louise habite dans le XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissement, Léon Sainte Croix, un cousin de sa mère, loge boulevard Pereire dans le XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Un autre cousin, Louis Timoléon Eugène réside 41 rue Pierre Demours, une parallèle à Pereire qui débouche sur l'avenue des Ternes. Cousin maternel plus éloigné, Ernest Pierre est domicilié au 4 de la rue des Vignes dans le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Tout deux avec épouse et progéniture. La première est &amp;quot;''marchande des quatre-saisons''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Avec son second mari Armand Stanislas Lemoine&amp;lt;/ref&amp;gt; — vendeuse ambulante de fruits et légumes —, le deuxième est charpentier et le dernier est sellier. Plusieurs cellules familiales Cherfix sont voisines les unes des autres. L'adresse d'Albertine Hottin en 1879 sur l'avenue des Ternes est aussi celle d'Adolphe Hippolyte Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Adresse attestée en 1865 par l'acte de mariage entre son frère Léon Sainte Croix Cherfix et Clémentine Désirée Magnan, 14 novembre 1865, Paris, XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; - [En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt;, un autre cousin de la mère d'Albertine, frère de Léon Sainte Croix et Louis Timoléon Eugène. Vit-elle avec le couple et leurs enfants ou seulement dans le même immeuble ? Quand Albertine Hottin déménage-t-elle rue de Surène ? Elle connaît probablement Edmond Eugène Cherfix dit &amp;quot;Bonnard&amp;quot;, jeune fils de Louis Timoléon Eugène et d'Adrienne Émilie Bonnard. Il est imprimeur. Veuf en 1868, Louis Timoléon Eugène se remarie en 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Louis Timoléon Eugène Cherfix et Julie Bêche, 8 juin 1875, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le nouveau couple habite rue Demours. Lorsqu'il meurt en 1888, quelques semaines après son mariage, Edmond Eugène habite avec son épouse Marie Louise Forestier au 34 rue Dauphine dans le sixième arrondissement. À la mort de son fils, Louis Timoléon Eugène est domicilié au 11 de la rue Guersant, à quelques pas de l'avenue des Ternes. Après son mariage en 1887 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Eugénie Adolphine Cherfix et Émile Cateloux, 15 janvier 1887, Paris, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;, sa fille Eugénie Adolphine Cherfix habite avec son époux au 27 de la rue Bayen, une proche parallèle à Guersant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres cellules familiales sont présentes dans des arrondissements du centre de Paris. Pierre Maximilien Cherfix, son épouse Louise Eugénie Baronnet et leur fille Héloïse vivent au 6 de la rue Mongolfier dans le troisième arrondissement. Il est papetier. Selon l'acte de mariage entre Gustave Quantin, papetier et fils de papetier, et Héloïse Cherfix, celle-ci est aussi papetière. L'Annuaire-Almanach de 1870 mentionne l'existence d'une fabrique de feuillages ''Quantin'', située au 8 de la rue de Mulhouse dans le deuxième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Annuaire-Almanach, 1870 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96727875 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une imprimerie au nom de Gustave Quantin ouvre en 1872 au 63 avenue des Ternes. La faillite est officielle en 1874. Une autre ouvre au 18 de la rue Bonaparte à partir de 1878 &amp;lt;ref&amp;gt;À ne pas confondre avec la luxueuse ''Quantin NC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;T&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et C&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ie&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;'', &amp;quot;''imprimeurs-typographes et libraires''&amp;quot;, au 7/9 rue Saint-Benoît-Saint-Germain dans le sixième arrondissement. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Peu de choses réalisées par cette imprimerie sont disponibles via internet. À noter l'édition en 1873 et en 1874 de ''Extraits des historiens du Japon'', publiés par la Société des études japonaises &amp;lt;ref&amp;gt;''Extraits des historiens du Japon'', partie I et II, 1873-1874 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65796644/f282.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Gustave Quantin en est officiellement l'imprimeur. Il est aussi membre de la société savante nippophile et de la Société d’Ethnographie orientale et américaine dont il est le trésorier. S'il n'est pas possible d'affirmer que Gustave Quantin, de par ses activités dans le japonisme français &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie participative ''Wikipedia'', &amp;quot;''le japonisme est l'influence de la civilisation et de l'art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux, entre les années 1860 et 1890.''&amp;quot;. Le Japon est représenté pour la première fois à l'Exposition Universelle de 1867 par des objets exposés et la présence d'une délégation venue du Japon. Dont le jeune prince Tokugawa Akitake.&amp;lt;/ref&amp;gt;, connaisse le peintre et collectionneur d'estampes japonaises Édouard Manet, cela n'est pas à exclure totalement. Le monde bourgeois de la culture n'est pas si vaste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Signalb.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le patronyme Hottin est présent dans les registres d'état civil de la région normande depuis plusieurs siècles, &amp;quot;''entre pays de Bray et de Caux''&amp;quot;. Dans la grande banlieue du village de Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot;&amp;gt;''bosc'' signifie &amp;quot;espace boisé&amp;quot; et ''bordel'' désigne les hominines qui habitent une ''borde'', c'est-à-dire une &amp;quot;cabane&amp;quot;, une &amp;quot;petite maison&amp;quot;, ou directement le lieu. Ces sens sont attestés dès le début du XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Frédéric Godefroy, ''Lexique de l'ancien français'', 1890 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Lexique_de_l%E2%80%99ancien_fran%C3%A7ais/5 En ligne]. La plus ancienne mention est ''bodel'', &amp;quot;maison&amp;quot; ou &amp;quot;cabane&amp;quot;, en judéo-français ou sarphatique, la langue d'oïl judéo-romane parlée par les communautés moïsiennes de la moitié nord de la France actuelle et écrite en caractères hébraïques. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces familles sont agricultrices pendant plusieurs générations. Les premières migrations vers Paris datent de la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'exode rural des populations d'hominines vers les centres urbains est enclenché. Le village de naissance d'Albertine Hottin passe d'une population d'hominines de 224 en 1831 à moins de 140 en cinquante ans. À la période où Albertine arrive à Paris, Édouard Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des électeurs de Paris (1860 - 1870) - [https://www.geneanet.org/registres/view/307309/41 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — cousin de son père et témoin à son mariage &amp;lt;ref&amp;gt;Anselme Charlemagne Hottin est aussi l'un des témoins au mariage d'Edouard Hottin le 12 septembre 1867 à Bosc-Roger-sur-Buchy - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4ee0ef380cdcc49412c2a1426f032fa4/dao/0/16 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — vit déjà dans la capitale française. Chimiste &amp;lt;ref&amp;gt;Il dépose entre autre un brevet de chimie en janvier 1856 pour un &amp;quot;''système de préparation de thé permettant 1° d'en concentrer l’arôme et les parties constitutives, et 2° de livrer au commerce des extraits de thé tout préparés.''&amp;quot; d'après le ''Catalogue des brevets d'invention'', 1855 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63669617 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, il met au point un procédé pour rendre ininflammable les tissus et dépose en août 1864 le brevet de la ''Hottine''&amp;lt;ref&amp;gt;''Catalogue des brevets d'invention'', n° 8 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6357402p/f4.item.r=hottin En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour sa commercialisation, la ''Hottin &amp;amp; Cie'' est créée en 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette nationale ou le Moniteur universel'', 26 décembre 1865 - [https://www.retronews.fr/journal/gazette-nationale-ou-le-moniteur-universel/26-decembre-1865/149/2621181/6 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;''Certes, si les hommes étaient sages, ce n’est pas aux inventeurs de moyens de destruction perfectionnés qu’ils élèveraient des statues. Celui-là a mieux mérité de l’humanité, qui, comme M. Hottin, nous débarrasse d’un fléau dévorant.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Sport : journal des gens du monde'', 16 septembre 1866 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32768849/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Malgré la promotion publicitaire dans des journaux, le produit ne se vend pas et l'entreprise Hottin &amp;amp; Cie est déclarée en faillite en juillet 1867 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires'', 19 juillet 1867 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6822699h/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelques-unes de ses adresses sont connues jusqu'en 1870, mais rien n'indique qu'Albertine Hottin vive avec lui. Les recensements n'existent pas pour le Paris de cette époque, et les archives antérieures à 1870 sont partiellement détruites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cellules familiales des deux sœurs d'Albertine Hottin n'ont pas les même parcours. Tout semble indiquer que Irma Hottin, son époux et leur enfant vivent à Paris sans interruption. Léonie et sa famille nucléaire quittent provisoirement la capitale pour s'installer dans la Somme, dans le village de Frohen-le-Grand. Quelques années avant leur mariage, Louis Joseph Édouard Duval y avait exercé son métier de cocher pour la famille d'aristocrate qui vit dans le château local &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Frohen-le-Grand, 1871 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/w5jp0l9c6q2g/2ba86a2f-0d2c-418e-b5c8-b4aa5abf6c5b En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Deux de leurs enfants y naissent en 1878 et 1879. Une femelle et un mâle. L'aînée et la nouvelle venue sont envoyées à Bois-Guilbert pour vivre avec leurs grands-parents maternels Anselme Hottin et Thérèse Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bois-Guilbet en 1881 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4a4091827ebf19e313342dd2df9a415b/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pendant ce séjour chez elleux, Louise, l'aînée, décède en 1883 à l'âge de 7 ans &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès de Louise Duval à Bois-Guilbert le 30 janvier 1883 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/706cb9a0077461881ec5eff632720743/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les sources consultées ne permettent pas de préciser la date de retour sur Paris de la cellule familiale de Léonie. Le couple engendre d'un petit mâle qui naît en novembre 1886 dans cette ville. À cette date, elle habite dans le huitième arrondissement au 126 de la rue Saint-Lazare, à quelques centaines de mètres de chez sa sœur Albertine rue du Rocher. Selon l'acte de mariage de la fille de Louis Duval, née de son premier mariage, il n'habite pas à Paris en 1895 mais à Fresnières dans l'Oise. Ce qui signifie que Léonie Hottin-Duval vit donc sans lui. À partir d'une date indéterminée, elle vit avec son fils cadet au 107 rue du Lauriston dans le seizième arrondissement. Demeurant aussi dans cet arrondissement, 5 cité Greuze, la tante Nina meurt en 1887 et son — second — mari en 1890. Daté de juillet 1888, le commentaire qui accompagne une gravure de ce quartier par le dessinateur Jules-Adolphe Chauvet parle de lui-même : &amp;quot;''Il est impossible de se figurer cette cité encore éclairée à l'huile et habitée par une population des plus déshéritées, où la misère et le vice s'étalent dans leur plus hideuse laideur ; cela au milieu du Passy aristocratique et bourgeois [...]''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jules-Adolphe Chauvet, &amp;quot;Cité Greuze dite le Palais royal de Passy, rue Greuze n° 24&amp;quot; sur le site de la BNF - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8456859p En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thérèse Cherfix-Hottin, la mère d'Albertine, décède le 24 août 1901 à Bosc-Roger-sur-Buchy &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès du 25 août 1901 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e71cb3dc937ddf2501f76761f51393c0/dao/0/12 En ligne]. Table des successions et absences de Buchy, 1886-1905 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e047091b58efe957732be9bfb2b398ced21c546127869b312ee37ee914ac80b9/dao/0/34 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Anselme Hottin, le père, meurt le 23 février 1906 dans le même village &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot;&amp;gt;D'après la Table des successions et absences de Buchy, 1906-1924 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta8336b8f866ec948e/dao/0/73 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Moins d'un mois avant Albertine Hottin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adresses postales mentionnées dans les archives officielles ne sont pas une donnée infaillible. Elles ne concordent pas toujours entre elles ou à la réalité car l'administration se trompe parfois. L'acte de naissance d'Alida Yvonne, la fille d'Albertine Hottin, est un exemple de possibles erreurs administratives. Dans un scénario d'une arrivée urgente à Lariboisière, à l'initiative de la sage-femme qui gère la grossesse d'Albertine Hottin, il se peut qu'il y ait aussi une erreur d'adresse dans les registres de l'hôpital. En effet, le 95 de la rue du Rocher est aussi l'adresse d'une sage-femme, M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Pécheux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cause de présence de fibres d'amiante dans les archives de la ville de Paris, il est actuellement impossible de consulter les ''Calepins des propriétés bâties'' pour les adresses où Albertine Hottin a habité. Ces calepins détaillent les occupants (particuliers et/ou sociétés, locataires et propriétaires) et donnent une rapide description de l'aménagement des immeubles parisiens. Seul le calepin de la rue de Surène est consultable à partir de l'année 1901 &amp;lt;ref&amp;gt;''Calepins des propriétés bâties'', 1901-1981, côte D1P4 2697 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Allures et air de rien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La [[protivophilie]] ne dispose d'aucune description physique d'Albertine Hottin. Rien dans les registres hospitaliers ou d'état civil consultés à ce jour dans les archives. La couleur de ses yeux ou de ses cheveux demeurent inconnues. Idem pour sa taille et tout autre détail anatomique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Cuiz.jpeg|200px|vignette|droite|Cuisinière anonyme en 1894 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Les différents actes officiels connus concernant Albertine Hottin mentionnent les métiers de cuisinière et de couturière. Elle fait partie de la domesticité, les ''gens de maison'' comme les nomment celleux qui les emploient. Est-elle appelée par son propre prénom ou par celui attribué par ses maîtres ? — il est tellement plus pratique de toutes les appeler ''Murielle''. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Épisode 1/2 : La servitude&amp;quot; dans l'émission ''Les pieds sur terre'', mai 2023 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/butler-majordome-servante-des-domestiques-au-service-des-ultra-riches-5785280 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ouvrage ''La femme à Paris, nos contemporaines'', daté de 1894, Octave Uzanne consacre un chapitre aux hominines femelles utilisées comme domestiques. En ayant lui-même à son service, il dresse des tableaux caricaturaux des différents métiers de la domesticité et de leur place dans le quotidien de la bourgeoisie. Pour lui, &amp;quot;''c’est une caste [...] qui a sa hiérarchie très tranchée : au sommet, la femme de chambre en conflit avec la cuisinière cordon-bleu; plus bas, la bonne d'enfant, puis après la bonne à tout faire, et enfin la femme de ménage. À côté figure une privilégiée, à la fois méprisée et enviée, celle qui vend le lait de son enfant au gosse malingre du bourgeois : la nourrice.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot;&amp;gt;Octave Uzanne, ''La femme à Paris, nos contemporaines'', 1894 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15257516/f99.image En ligne]. Voir Bertrand Hugonnard-Roche, ''Octave Uzanne et les femmes dans la domesticité parisienne (1894-1910)'', 2013 - [http://www.octaveuzanne.com/2013/09/octave-uzanne-et-les-femmes-dans-la.html En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Avec beaucoup plus d'empathie, Octave Mirbeau décrit des vies de domestiques dans plusieurs de ses romans dont le célèbre ''Journal d'une femme de chambre'' en 1900. Son analyse anarchiste inclue de fait la prostitution dans la liste des métiers liés à la domesticité bourgeoise. Il décrit sa vision de la sexualité tarifée dans son essai ''L'Amour de la femme vénale'' dont le titre français est traduit du bulgare, ''Любовта на продажната жена''. Publié à Plovdiv en 1922, probablement à partir d'une version en russe et dont l'original en français n'a pas été retrouvé &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Isabelle Saulquin, ''À propos de L'Amour de la femme vénale'' - [https://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/Saulquin-femmevenale.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Lui-même ancien de la domesticité bourgeoise, Octave Mirbeau fait dire à l'un des personnages de son roman ''Dans le ciel'', Georges, peu suspect d'optimisme rayonnant et ahuri, les mots suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n’existe ni en moi, ni dans les autres, ni dans le rythme le plus infime de l’universelle harmonie. Je suis cette chose inconcevable et peut-être unique : rien. J’ai des bras, l’apparence d’un cerveau, les insignes d’un sexe ; et rien n’est sorti de cela, rien, pas même la mort.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Octave Mirbeau, ''Dans le ciel'' dans ''Œuvre romanesque'', vol. 2 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dans_le_ciel En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le métier exercé par Albertine Hottin conditionne sa tenue vestimentaire. Cuisinière ou couturière ne sont pas des fonctions normées esthétiquement de façon identique et n'ayant pas les mêmes contraintes professionnelles. Quelques illustrations sont fournies dans l'ouvrage d'Octave Uzanne. En dehors de ce contexte professionnel et le port d'une sorte d'uniforme, la tenue vestimentaire d'Albertine Hottin est contrainte par les circonstances &amp;quot;normales&amp;quot; de la vie quotidienne et les aléas climatiques. Elle ne s'habille probablement pas de la même façon les jours où elle ne travaille pas. Ou lorsqu'elle rend visite à des proches. Les jours de pluie ou de soleil, d'hiver ou d'été, imposent de s'adapter dans la mesure du possible. En l'absence de toute indication corporelle, l'habillement facilite l'imagination d'une représentation mentale de sa personne. Son entrée à l'hôpital en mars 1906 et son décès le lendemain se font dans un contexte climatique de grand froid sur l'ensemble de la France. Sa rencontre avec Sergueï Netchaïev entre la fin de 1870 et 1871 est marquée par un épisode de froid. La neige est abondante. L'hiver est très rigoureux à cause d'une &amp;quot;''très puissante descente froide venue de Russie [qui] déferle sur la France''&amp;quot; d'après les chroniques météorologiques de cette époque &amp;lt;ref&amp;gt;Chroniques météo de 1870 - [https://www.meteo-paris.com/chronique/annee/1870 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Trois autres dates sont confirmées par les recherches dans les registres. Celles de la naissance de ses trois enfants: 2 juin 1876, 10 janvier 1879 et 12 janvier 1882. Après un mois de mai froid où les températures tombent parfois sous les 5°, le début d'été 1876 est particulièrement chaud avec des températures dépassante les 30° pendant plusieurs semaines. Un pic de 35° est atteint vers la fin du mois de juin. L'hiver 1876 est froid. La seconde moitié de janvier 1876 est marquée par des épisodes de pluies verglaçantes en région parisienne, alors qu'à contrario l'hiver 1882 est jugé très doux. Comme la plupart des autres hominines, Albertine Hottin tente au mieux de prendre en compte les variations climatiques dans ses choix de se vêtir comme ceci ou comme cela avant de sortir de chez elle. Comment s'habille-t-elle lorsqu'elle se rend au théâtre ou dans un parc ? Les périodes de sa vie où elle exerce le métier de cuisinière et celui de couturière font qu'elle est plus souvent amenée à sortir de chez elle si elle est couturière dans un petit atelier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La froideur de l'hiver 1870-1871 laisse à penser que, même habillée comme il convient, la rencontre entre Albertine et Sergueï a pu se faire à l'intérieur d'un bâtiment plutôt que dans la rue ! Une approche qui confirme l'hypothèse protivophile matérialiste des ''Albertine's Studies'' pour qui il existe nécessairement un facteur inconnu qui provoque la rencontre, un tiers invisible dont il est peut-être impossible de prouver l'existence. Cela permet de minimiser les hypothèses qui imaginent les pires schémas des rencontres dites amoureuses. Premiers regards et mouchoir qui tombe ? Glissade romantique et burlesque pour cause de neige ? Des scénarios dignes de la première intelligence artificielle venue. Rien de tout cela n'a de sens pour la protivophilie. Rien à voir. Le froid de cet hiver incite les hominines à sortir en se couvrant convenablement. Du point de vue comportementaliste, le froid ressenti pousse les hominines à chercher à se réchauffer ou à plus traîner lorsqu'illes sont au chaud. Une configuration incitative à la rencontre dans un lieu fermé en période hivernale. Rien n'indique qu'il existe un lieu autre que les imprimeries et les libraires pour que les deux puissent s'y croiser. Il y a un moment précis de l'histoire où on enlève ce qui nous protège la tête du froid en entrant dans un espace fermé et plus chaud. Albertine n'a sans doute pas échappé à cet instant historique individuelle commun. Sergueï Netchaïev non plus. Cela fait office d'amorce dans un processus de rencontre entre deux hominines ! Plus l'espace où se passe la dite rencontre est grand ou fragmenté, et plus le temps peut être long entre le moment d'entrée de l'hominine dans l'espace fermé et sa rencontre avec l'autre hominine.&lt;br /&gt;
La quête des premiers mots échangés est une illusion et les tentatives de déterminer une mécanique de la rencontre sont des pertes de temps. En suivant une logique linguistique, il est seulement possible d'affirmer que le premier son est précédé d'un silence. D'un rien sonore. Peut-être accentué par l'effet sonore feutré que fait la neige ? (Si la météo le permet !) Comme pour toute chose, l'existence d'une sonorité est précédée par son absence. Ça crée des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Imaginaires amouriens ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre regroupe ensemble des événements dans le but de créer les ingrédients d'une illusion, d'un lien imaginaire entre deux hominines dans ce qu'il est communément appelé &amp;quot;''[[Amour|histoire d'amour]]''&amp;quot; : &amp;quot;''L'amour est éternel''&amp;quot; et le verbiage qui va avec. L'artificialité est donc à la base de la démarche. Cela a la même pertinence que l'astrologie ou la numérologie. Une forme de roman-photo protivophile pour aveugles. Par exemple, il est incontestable qu'en 1882 Albertine Hottin donne naissance à un enfant, la même année que celle de la mort de Sergueï Netchaïev. De là à en tirer des conclusions, il y a un fossé à franchir ! Mais l'amour n'est que magie. En l'année 1873, Édouard Manet ne trouve pas mieux à faire que de peindre la façade de l'immeuble parisien où habite Albertine Hottin au 2 rue de Saint-Pétersbourg alors même que Sergueï Netchaïev est incarcéré à la forteresse Pierre et Paul située dans la ville russe de Saint-Pétersbourg. Faut-il y voir un signe ? Rien n'est moins sûr. Une demande directe d'Albertine Hottin à son ami et voisin ? Si, selon l'imaginaire amourien, l'amour transcende les frontières, pourquoi ne pas mettre en lien la force de la joie ressentie par Sergueï Netchaïev à l'annonce de l'assassinat du tsar en 1881 et celle de l'arrivée de Lucie Blanche dans sa nouvelle famille d'accueil.  Première enfant d'Albertine, elle est née en 1876 de géniteur mâle inconnu et abandonnée l'année même où tous les écrits de Sergueï Netchaïev sont détruits par la matonnerie. Ses écrits sur Paris disparaissent à jamais. Son roman ''Georgette'' est toujours inédit. Il est enchaîné aux mains et aux pieds pendant une année entière, dans l'impossibilité de revoir Albertine Hottin sans que cela ne soit trop compliqué à mettre en œuvre. Il en prend conscience dans sa chair. Fort heureusement, Albertine Hottin n'a pas eu à subir les conséquences directes des conditions d'incarcération dégradantes de son &amp;quot;amour&amp;quot; russe. Pas de longues heures d'attente pour un parloir. Mais, comble de la tristesse de cette année 1876, son ami poète et combattant bulgare Kristo Botev est tué lors d'un affrontement armé. Albertine Hottin, tout comme Sergueï Netchaïev, n'apprennent probablement la nouvelle que très tardivement. Voire pas du tout. La mort de Sergueï Netchaïev fin 1882 est une nouvelle épreuve insurmontable dans leur relation — déjà fort distendue. Leur amour est vraiment impossible. Sergueï Netchaïev ne se remit jamais de cela. Des recherches protivophiles menées autour de la réédition récente de la biographie de Yégor Martinof, alias Monsieur Rien &amp;lt;ref&amp;gt;''Monsieur Rien !'' de Louis Boussenard, octobre 1907 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/MRienWeb.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, ont permis de déceler la présence d'un graffiti de type naïf amourien sur les murs de la forteresse Pierre et Paul. Réalisé dans un style classique, il représente un cœur stylisé et l'inscription S+A qui ressemble beaucoup aux initiales de Sergueï et Albertine. Des recherches complémentaires doivent encore être menées pour confirmer la véracité de ces documents d'archives datant de 1907 et émanant d'une source peu fiable : les Éditions de la Rue du Jardinet sont une maisonnette d'édition qui n'est recommandée par personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Rien culturel ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est connu sur le degré d'instruction d'Albertine Hottin, mais il est à noté que, bien que l'instruction obligatoire ne soit instaurée qu'en 1882, dans ses lettres d'[[amour]] de 1871 elle semble maîtriser les rudiments écrits de la langue française. Les fautes d'orthographes et de grammaire n'entament pas la compréhension. Dans la région de Seine-Maritime d'où elle est originaire, l'environnement linguistique est une marche entre les parlers normands et picards. Une zone d'interpénétration. Contrairement à aujourd'hui, l'usage des variétés normandes et picardes des langues d'oïl est alors très présent &amp;lt;ref&amp;gt;Francis Yard, ''La parler normand entre Caux, Bray et Vexin'', 1998&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le rouennais &amp;lt;ref&amp;gt;Le rouennais ou purin de Rouen, ou encore purinique, est la variante rouennaise des parlers d'oïl de Normandie. Elle est mélée de français parisien. Quelques textes publiés de la première moitié du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; jusqu'au  XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle le sont en purinique. Voir par exemple David Ferrand, ''Inventaire général de la Muse Normande'', 1655 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8612065s En ligne]. Au cours du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, l'usage du purinique fait place au français régional de Rouen. Gérard Larchevêque, ''Le parler rouennais des années 1950 à nos jours'', éd. Le Pucheux, Rouen, 2007 &amp;lt;/ref&amp;gt;, le cauchois &amp;lt;ref&amp;gt;Le cauchois est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Caux, la partie occidentale du département de la Seine-Maritime. A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]. ''Études Normandes'', 31e année, n°3, 1982. &amp;quot;Du Cauchois au normand&amp;quot; - [https://www.persee.fr/issue/etnor_0014-2158_1982_num_31_3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le brayon &amp;lt;ref&amp;gt;Le brayon est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Bray, à cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l'Oise. J.-E. Decorde, ''Dictionnaire du patois du pays de Bray'', 1852 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6354795f En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; sont une réalité normande, tout autant que le beauvaisin picard &amp;lt;ref&amp;gt;Le beauvaisin est la variante des parlers d'oïl de Picardie utilisée dans la région de Beauvais, dans l'Oise. François Beauvy, ''Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis'', Éklitra, 1990&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques. La région d'Ernemont-sur-Buchy est à la rencontre de ces pratiques linguistiques normando-picardes. Elles se différencient des pratiques linguistiques de la région parisienne et du français standardisé appris au cours de la scolarité. Il est fort probable qu'Albertine Hottin avait un accent, typique de sa région d'origine et de sa condition sociale : Un accent de la ruralité normande. Bien souvent, hors de leur région d'origine, les hominines s'exposent aux moqueries. La glottophobie &amp;lt;ref&amp;gt;La glottophobie est un ensemble de procédés discriminatoires basés sur un usage attendu d'une langue. Par exemple, même pour une personne maîtrisant très bien une langue, avoir un accent peut-être source de moqueries ou un obstacle à l’ascension sociale. Voire créer un manque de crédibilité. Comme pour celleux qui ne maîtrisent pas bien une langue et dont les réflexions sont mésestimées.&amp;lt;/ref&amp;gt; est chose courante. L'accent et le vocabulaire sont stigmatisants. La plupart du temps, ils n'empêchent pas l'intercompréhension. Il n'est pas sûr que Sergueï Netchaïev, dont le français est sans doute basique, soit empêché de comprendre ce que dit Albertine Hottin. Leur rencontre plaide en ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les caractéristiques linguistiques probablement connues, voire utilisées par Albertine Hottin, deux intéressent particulièrement la [[protivophilie]] qui cherche tout sur rien : Le sens du mot ''[[rien]]'' et les dérivés du terme ''niant''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La région normande conserve l'ancien sens de rien qui vient du latin ''rem'', accusatif de ''res'' &amp;quot;chose&amp;quot;. L'usage de ''rien'' en ce sens est confirmé par le ''Glossaire de la langue d'oïl'' qui recense le vocabulaire entre les XI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XIV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècles &amp;lt;ref&amp;gt;''Glossaire de la langue d'oïl'', 1891 - [https://archive.org/details/glossairedelala01bosgoog/page/410/mode/2up?view=theater En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou par le ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Eugène Godefroy, ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle'', tome VII, 1892 - [https://archive.org/details/GodefroyDictionnaire7/page/n199/mode/2up En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Jusque dans le courant du XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ''rien'' est un mot du genre féminin. Tout en précisant que cet usage est &amp;quot;''vieilli ou littéraire''&amp;quot;, le ''Trésor de la langue française'' indique qu'il s'emploie encore au XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle avec un sens voisin de &amp;quot;quelque chose&amp;quot; dans les contextes à orientation négative &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Rien&amp;quot; sur le ''Trésor de la langue française'' - [http://www.cnrtl.fr/lexicographie/rien En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et cite, parmi d'autres, l'exemple suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n'ai nullement l'intention, l'illusion, de fixer rien d'éternel''&amp;lt;ref&amp;gt;André Gide, ''Geneviève'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:bal.jpg|300px|vignette|droite|&amp;quot;''Alors on danse ?''&amp;quot; dit Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev&amp;lt;ref&amp;gt;Propos hypothétiques d'Albertine Hottin rapportés par l'historien Paul &amp;quot;Stromae&amp;quot; Van Haver dans son ouvrage éponyme - [https://www.youtube.com/watch?v=VHoT4N43jK8 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Avec un sens dérivé, dans les époques contemporaines, rien est un nom de genre masculin qui exprime une petite quantité de quelque chose. Dans ce cas il n'est pas invariable : Des riens ne sont pas rien, même lorsqu'ils en sont une. Comme cela est encore aujourd'hui en usage en Normandie — et ailleurs — le mot ''rien'' est employé en antiphrase pour exprimer une grande quantité. Il est synonyme de ''beaucoup'', ''très'', ''énormément'', etc. Albertine Hottin doit connaître cette manière d'employer rien. Même l'écrivain Émile Zola l'utilise pour ses personnages &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Zola, ''La terre'', 1887 - [https://fr.wikisource.org/wiki/La_Terre_(%C3%89mile_Zola) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet usage n'est pas seulement un &amp;quot;régionalisme&amp;quot; mais aussi d'un emploi populaire. Se basant sur une recension de mots de la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et le début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le ''Dictionnaire de l'argot du milieu'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dictionnaire de l'argot du milieu'', 1928 - [https://www.languefrancaise.net/dev6/uploads/Argot/L/Lacassagne1928/l-argot-du-milieu-lacassagne-1948.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ne s'y trompe pas. ''Rien'' a de nombreux synonymes pour exprimer la petite quantité de quelque chose, voir son absence, alors qu'aux entrées &amp;quot;Très&amp;quot; et &amp;quot;Beaucoup&amp;quot;, &amp;quot;Rien&amp;quot; est donné en synonyme. Les mots de l'infantophile poétesse Frédérique &amp;quot;Dorothée&amp;quot; Hoschedé semblent sortis de la bouche même d'une Albertine Hottin un rien agacée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Arrête de m'embêter !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu fais rien qu'à m'énerver !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu profites que je ne suis''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Qu'une pauvre petit' fille !'' &amp;lt;ref&amp;gt;Dorothée, ''Bien fait pour toi'', 1986 - [https://www.youtube.com/watch?v=9XVetuMeYQs En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lexiques des parlers normands du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle listent les mots ''niant'', ''niantise'' et ''nianterie'' &amp;lt;ref&amp;gt;Par exemple, A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le premier qualifie une personne jugée niaise, et est probablement à l'origine de l'expression ''être gnan-gnan''. La niant-nianterie est une expression normande attestée. Féminins, les deux autres désignent une niaiserie, une bêtise. Leur étymon est ''niant'', avec le sens de ''néant''. Issues du latin, des formes proches sont mentionnées par les lexicographes du français ancien. Selon le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', ''nient'' ou ''niente'' signifient &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;nullement&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Nient&amp;quot; sur le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', tome VIII - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50687j/f33.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. ''Néanmoins'' se dit alors ''nientmoins''. D'évidence, une ''nianterie'' est une ''nienterie''. Le ''Glossaire de la langue romane'' liste aussi ''niens'' et ''noiant'' avec le sens de &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;aucune chose&amp;quot;. Le verbe ''anienter'' et ''anientir'' signifient &amp;quot;réduire à rien&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort, ''Glossaire de la langue romane'', 1808. Tome I - [https://archive.org/details/glossairedelala05roqugoog En ligne]. Tome II - [https://archive.org/details/glossairedelala04roqugoog En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signification &amp;quot;aucune chose&amp;quot; pour ''niente'' est encore attestée dans le français moderne dit argotique. Les ''noiantels'' — les &amp;quot;''gens qui ne sont rien''&amp;quot; selon le philosophe Emmanuel Macron — ne sont que ''nientailles''. Comme Albertine Hottin. Les trois lettres de la jeune Albertine à son &amp;quot;''ami''&amp;quot; qu'elle déclare aimer ne semblent pas contenir de &amp;quot;normandismes&amp;quot;. Ou alors ils ne se distinguent en rien du français parisien standard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile de déterminer quelles sont les occupations culturelles d'Albertine Hottin. Selon ses propres mots, elle fréquente parfois le théâtre. Dans la troisième lettre, elle dit à ce sujet : &amp;quot;''je nè pas voulu allez aucun thatre je netais pas assez gaei.''&amp;quot; Les deux billets de faveur pour les théâtres du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot; /&amp;gt; et de Cluny &amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot; /&amp;gt;, conservés par les archives de Zurich, laissent imaginer que les deux ont eu pour projet d'assister ensemble à des représentations. Ce ne sont pas des entrées gratuites, mais des réductions. Un franc par place, plutôt que trois, au Châtelet et en demi-tarif pour celui de Cluny. Pour avoir un ordre de grandeur, l'Annuaire statistique de 1878 indique que le salaire annuel d'une domestique à Paris se situe entre 300 et 500 francs, soit environ 25 à 40 francs par mois &amp;lt;ref&amp;gt;''Annuaire statistique de la France'', 1878 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505170r/f274.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Convictions ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des recherches sont encore à entreprendre pour croquer la vie d'Albertine Hottin lors de la Commune de Paris. La rencontre avec Sergueï Netchaïev a lieu juste avant. Parmi son cercle familial, la répression contre les hominines ayant participé à ce soulèvement n'est pas une inconnue. Léon Sainte Croix et Ernest Pierre Cherfix sont emprisonnés brièvement à la suite du soulèvement de la Commune de Paris de 1871. Le premier est jugé par le vingt-troisième conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 551, dossier n°235 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; qui siège à Versailles du 15 février au 30 juillet 1872. Ernest est inquiété pour son appartenance au 120&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; bataillon de la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot; /&amp;gt;. Il est transféré vers Lorient où il est placé en détention à la citadelle de Port-Louis puis sur le ponton ''La Vengeance'' avec plus de 600 autres hominines &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Les pontons&amp;quot; dans le journal ''Radical'', 17 octobre 1871 - [https://www.retronews.fr/journal/le-radical-1871-1872/17-octobre-1871/2835/4446427/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un non-lieu est prononcé en sa faveur le 17 février 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 478, dossier n°15974 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres d'Albertine Hottin ne permettent pas de déterminer son rapport à la politique. Est-elle attentive à son environnement social et politique ? Y est-elle active ? En réponse à une question de Sergueï Netchaïev, la seule nouvelle politique qu'elle donne est dans le domaine de l'économie, à propos d'un emprunt français, et rapporte les inquiétudes du journal ''Le Figaro'' et les commentaires de politiciens à ce sujet. Rien de très fouillé. Si Albertine Hottin est employée par des membres de la classe politique et/ou économique, elle peut avoir accès plus facilement à des informations diverses et avoir vent de ce qu'il se dit sur tel ou tel sujet. Travaille-t-elle pour le député Louis Martel ou pour François Xavier Merlin qui habitent tout deux au 180 boulevard Haussman ? L'un, député du Pas-de-Calais, est vice-président du conseil supérieur de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie, président de la commission des grâces après la Commune. Élu sénateur en 1875. L'autre est un colonel de l'armée française, président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Peut-on rien comprendre à la vie humaine, si l'on ne commence pas par comprendre que toujours c'est la pauvreté qui surabonde en grandeur ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Maritain, ''Humanisme intégral'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Fin ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort par tuberculose le 19 mars 1906 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot; /&amp;gt; est un indicateur des conditions sociales d'Albertine Hottin. À la charnière des XIX et XX&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; siècles, la tuberculose se propage en France. Même si le chiffre de 150000 décès par an est infondé&amp;lt;ref&amp;gt;Arlette Mouret, &amp;quot;La légende des 150 000 décès tuberculeux par an&amp;quot;, ''Annales de démographie historique'', 1996 - [https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1996_num_1996_1_1910 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le nombre de mort inquiète les autorités politiques. Après un dizaine d'années d'études des conditions d'hygiène dans plusieurs quartiers de Paris, treize îlots urbains sont identifiés dans la ville pour être des lieux propices à l'émergence ou la diffusion de la tuberculose. Sombres pour l'étroitesse de leurs rues et pathogènes pour les conditions de vie. La maladie et son mode de contagion ne sont pas encore totalement compris&amp;lt;ref&amp;gt;Stéphane Henry, &amp;quot;De la phtisie, «maladie romantique», à la tuberculose, «maladie sociale»&amp;quot;, ''Vaincre la tuberculose (1879-1939) : La Normandie en proie à la peste blanche'', Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013 - [https://doi.org/10.4000/books.purh.5523 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les premiers essais en vue d'un traitement progressent. Les causes d'apparition de la tuberculose sont le manque de lumière et d'aération dans les logements ou le surpeuplement colocatif. La pauvreté et la malnutrition sont évidemment des facteurs aggravants. Pour l'année 1906, le rapport rendu au préfet après l'étude de 425 maisons, représentant 20500 logements pour 47000 hominines, préconise des travaux dans plusieurs milliers de chambres et d'appartements jugés trop sombres et mal aérés&amp;lt;ref&amp;gt;''Rapport à M. le préfet sur les enquêtes effectuées dans les maisons signalées comme foyers de tuberculose'', 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56808027 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'interdiction à la location pour certains logements. Les 13 îlots urbains considérés insalubres seront détruits dans les décennies suivantes. Albertine Hottin ne vit pas dans l'un de ces îlots. Cuisinière, elle habite peut-être dans un logement mal aéré ou mal éclairé, celui réservé aux domestiques sous les toits ? Les quartiers parisiens en sont pleins pour &amp;quot;''faire danser la bourgeoisie''&amp;quot; comme le note le sociologue de la danse Mounir &amp;quot;Hornet La Frappe&amp;quot; Ben Chettouh&amp;lt;ref&amp;gt;Hornet La Frappe, &amp;quot;Bourgeoisie&amp;quot; sur l'album éponyme, 2018 - [https://www.youtube.com/watch?v=DQl_Xcg_QJQ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quoiqu'il en soit, la tuberculose a su trouver son chemin jusqu'à elle. Jean Cocteau, qui habite au 6 de la rue de Surène vingt ans plus tard, ne semble plus incommodé par la présence tuberculeuse. Il y installe même sa petite fumerie d'opium personnelle. Au bas de l'immeuble, le boucher et le restaurant de 1906 sont aujourd'hui devenus deux petits restaurants et le 6 de la rue est aussi l'adresse de l'hôtel deux étoiles &amp;quot;La Sanguine&amp;quot;. Lorsqu'elle meurt en 1906, le 6 est l'adresse de l'hôtel de la Madeleine. Albertine Hottin est-elle logée dans une des chambres ? Exerce-t-elle le métier de cuisinière tout simplement dans le restaurant au pied de l'immeuble ? Ironie de l'histoire, le lendemain de son décès, le quotidien ''Le Petit Journal'' publie en première page un article sur le sort qui est fait aux domestiques, particulièrement les femelles. Sobrement intitulé &amp;quot;La question des domestiques&amp;quot;, il rappelle qu'il est &amp;quot;''de notoriété [...] qu'à Paris c'est au dernier étage où les jeunes filles se couchent, qu'elles contractent la tuberculose, et parfois de pires maladies.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Petit Journal'', 20 mars 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k617472s En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Parmi les maîtres, il existe une &amp;quot;''fâcheuse habitude parisienne qui relègue les domestiques au sixième étage des maisons, dans des mansardes mal cloisonnées, loin de toute surveillance.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Surene1910.jpg|200px|vignette|droite|Dernière adresse d'Albertine Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Photographie datée de 1910, quatre ans après la mort d'Albertine Hottin&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
La mise à la fosse commune de sa dépouille en 1906 est sans doute aussi le reflet de sa condition sociale. D'après les archives, ses deux sœurs sont toujours domiciliées à Paris. Veuve depuis 1892, Irma est couturière à Neuilly-sur-Seine en 1904. Elle meurt trente ans plus tard à Paris. Après avoir vécu quelques années dans la Somme, Léonie, son époux et leur progéniture, retournent à Paris. Leur dernier enfant, un hominine mâle, naît en 1886 dans cette ville. En 1900, Léonie est encore à Paris selon l'acte de mariage de sa fille. Elle y meurt en 1918. Abandonné à sa naissance, Ernest Hottin n'a probablement aucun lien avec sa mère biologique. Il vit en Normandie. Lucie, la fille d'Albertine, vit en Picardie. Elle s'y marie en 1899. Aucune indication sur les liens qu'Albertine Hottin entretient avec sa parentèle. [[Rien]]. Impossible de déterminer ses relations sociales. Évidemment, il est fort probable qu'elle dise parfois &amp;quot;''Bonjour !''&amp;quot; à Monsieur Frenea, le boucher du bas de l'immeuble de la rue de Surène, ou qu'elle regarde avec indifférence les hominines qui sortent du numéro 7, le siège de la société coloniale commerciale des Sultanats du Haut-Oubangi&amp;lt;ref&amp;gt;Le Haut-Oubangi est un territoire colonial français d'Afrique centrale entre 1894 et 1904. Il est réuni en 1904 avec le Haut-Chari pour former l'Oubangui-Chari qui dévient la République centrafricaine (RCA) en 1960.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle est déjà passée devant le café du Siècle, au numéro 9, a déjà ralenti devant les curiosités de la boutique de Madame Daubernay au 3, croisé des livreurs de vins ou entendu les compositions de Charles Lecocq, le musicien du 28. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De partout on y vient''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On salue, on cause''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De tout et puis de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On cause de tout, on cause de rien, de rien, de tout, de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose'' &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de l'opéra-comique en trois actes ''Ninette'' de Charles Clairville, musique de Charles Lecocq, 1896 - [https://vmirror.imslp.org/files/imglnks/usimg/f/ff/IMSLP222532-SIBLEY1802.21030.63c2-39087011139500score.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une archéologie du paysage sonore &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Mylène Pardoën, &amp;quot;''l’archéologie est une science auxiliaire de l’histoire (en tant que celle-ci est la science du passé) à partir des périodes où monuments et documents écrits coexistent. (dictionnaire de l’Académie française). Ce terme me semble approprié car l’archéologie du paysage sonore s’appuie sur des témoignages textuels ou visuels afin de reconstituer les ambiances.''&amp;quot; À écouter &amp;quot;Archéologie sonore, écouter les sons du passé&amp;quot; dans ''Le cours de l'histoire'', novembre 2021 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/archeologie-sonore-ecouter-les-sons-du-passe-3462720 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; est encore à faire. Elle sait discerner qui, dans son voisinage, est le médecin ou l'avocat de l'hominine qui travaille pour la teinturerie ou dans les cafés et restaurants. La boutique de lingerie du 7 et le crémier du 5 n'ont pas la même clientèle que la vitrerie et les tapissiers. Se relationne-t-elle avec ses collègues hors du cadre de son travail ? Comme pour les recherches protivophiles autour de [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si Albertine Hottin a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ? Qui sont ces personnes ?''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt; Dans les deux cas, cette question reste sans réponse. Les uniques êtres vivants à pouvoir vivre aussi longtemps pour être contemporains d'Albertine Hottin sont les arbres et donc à en avoir une hypothétique forme de souvenir. Mais les remaniements urbanistiques ont eu raison d'eux. Une photographie des alentours du 62 avenue des Ternes montre que les arbres ont été remplacés par d'autres. Les hypothèses les plus sérieuses sur les raisons de la mise à la fosse commune sont celles liées à l'impossibilité pour Albertine Hottin de se payer une sépulture, une ignorance de sa mort par sa proche parentèle avant la date maximale fixée par les réglementations, une absence de volonté ou une difficulté à prendre en charge les frais pour les proches — les liens familiaux sont des processus complexes.  Le registre des transports de corps payants &amp;lt;ref&amp;gt;Transports de corps payants, 23 mars 1906 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/pomp.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; indique que les frais de pompes funèbres s'élèvent à 49 francs et que sur les neuf classes d'enterrement — la première étant la plus luxueuse — Albertine Hottin bénéficie de la huitième &amp;lt;ref&amp;gt;Sur les classes d'enterrement, voir ''Ordonnateurs de convois funéraires'' sur Geneawiki - [https://fr.geneawiki.com/wiki/Ordonnateurs_de_convois_fun%C3%A9raires_-_Paris En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Morte un peu moins d'un mois après son père, elle n'a pas le temps de profiter de l'héritage familial &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Albertine Hottin décède dans un contexte social particulier. Quelques jours après la mort de plus d'un milliers de mineurs de charbon dans le nord de la France le 10 mars et quelques mois avant l'instauration en France d'une journée de repos obligatoire le dimanche pour les hominines dont elle ne profitera donc jamais. Elle meurt un lundi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Dans nos familles, on boit dans des verres à moutarde. Nous ne sommes pas des aristocrates. Nous manquons d’élégance ; et notre race est incertaine. Mais nous n’oublions rien.''&amp;lt;ref&amp;gt;[[Alain Chany]], ''L'ordre de dispersion'', Gallimard, 1972. Cité à l'entrée &amp;quot;Un plat qui se mange froid&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Multivers onarien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme ''onirique'', le néologisme ''onarien'' est basé sur l'étymon ''ὄναρ'', prononcé &amp;quot;ónar&amp;quot; en grec ancien, qui signifie ''rêve'' et au sens figuré ''rêverie''. Il est généralement employé dans le cadre très spécifique des ''Albertine's Studies''. L'expression ''multivers onarien'' désigne l'ensemble des vies d'Albertine Hottin dans les imaginaires d'autres hominines. Non pas celles, hypothétiques, qu'elle aurait pu avoir mais celles, réelles, qu'elle n'a pas eu. Malgré sa mort en 1906, elle continue à exister pour d'autres hominines grâce à de multiples mécanismes qui structurent le multivers. Les quelques décennies qui séparent sa mort de sa première mention post-mortem restent mystérieuses. L'absence de traces écrites empêche une véritable archéologie de son souvenir. Combien d'hominines se souviennent encore d'elle en 1973, date de la parution en anglais d'un article d'historien qui la mentionne. Y a-t-il réellement une continuité mémorielle entre 1906 et 1973 ? Impossible d'affirmer quoi que ce soit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'espace francophone, la première mention explicite d'Albertine Hottin date de 1989 dans une biographie de Sergueï Netchaïev &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot; /&amp;gt;. Le film ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot; /&amp;gt; de 1974 met en scène un personnage d'Albertine, sans que cela soit explicitement précisé qu'il s'agisse d'elle. Le scénario se passe à Zurich. Il faut attendre 2017 et la parution des ''Analectes de rien'' &amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017&amp;lt;/ref&amp;gt; de [[F. Merdjanov]] pour que le nom d'Albertine Hottin réapparaisse publiquement. Une courte allusion lui est faite. C'est au cours de ces décennies de maturation que sont nées les ''Albertine's Studies'' dont les (premiers) travaux sont publiés dans un article biographique entamé en 2018 &amp;lt;ref&amp;gt;Véritable article de référence, il est le plus complet travail réalisé à ce jour sur Albertine Hottin - [https://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. La même année, elle est ajoutée sur la page de l'encyclopédie ''wikipédia'' consacrée à Sergueï Netchaïev. Puis, elle est brièvement évoquée en 2021 dans l'ouvrage [[Protivophilie|protivophile]] ''Poésie par le fait/faire. Géographie po(l)étique des avant-gardes de Russie'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt; qui lui est dédié. Rien de plus. Ce retour, même discret, se matérialise dorénavant par une existence sur le réseau internet à travers la présente page. Via des moteurs de recherche ou des intelligences artificielles. Pour qui cela amuse, il est maintenant techniquement concevable de faire des hypertrucages avec Albertine Hottin discutant avec qui elle veut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Onarien.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- T’as dis quelque chose ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Non, rien...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Ah, j’avais cru.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- C’est rien !'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Éloge de rien'', 2014 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/ElogeDeRien.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les recherches autour du multivers onarien ne sont pas une simple énumération ou une chronologie des mentions d'Albertine Hottin sur les supports modernes. Elles explorent les chemins sinueux que prennent les pensées des hominines. De par la diffusion des quelques écrits la mentionnant, Albertine Hottin est entrée dans des imaginaires du présent qui ne sont pas les siens ou ceux d'hominines la connaissant. De la simple découverte de son existence au détour d'une lecture à son évocation dans cette biographie ou au détour d'une discussion, elle est unr réalité dans plus d'esprits qu'elle ne l'a jamais été. Ce phénomène n'est pas quantifiable et ne peut être réduit au nombre d'exemplaires des ''Analectes de rien'' ou de ''Poésie par le fait/faire'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt;. Même si cette présence est très probablement évanescente, dorénavant elle peut fournir du contenu à un univers onirique. Avec autant de flou que peut l'être un rêve. Avec autant de possibilités qu'offrent ce phénomène. Pour qui rêve, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de matière pour alimenter les détails d'un scénario. Que les personnages présents soient de simples PNJ &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie Wikipedia, &amp;quot;''un personnage non-jouable, également appelé personnage non joueur, désigne tout personnage de jeu de rôle ou de jeu vidéo qui n'est pas contrôlé par les joueurs.''&amp;quot;&amp;lt;/ref&amp;gt; ou le cœur du songe. Rien n'oblige à ce que cela corresponde à la réalité des hominines. Ainsi, Albertine Hottin peut être vue habillée en jeans-tee shirt-basket, faisant du ski dans les Alpes ou lisant ''Sur les cimes du désespoir'' d'Emil Cioran. Elle peut apparaître grande et rousse, ou petite et ronde, alors même que rien n'est su sur sa morphologie. Et même avoir le physique d'une autre personne clairement identifiable. Est-elle déjà montée sur le dos d'une licorne ou est-elle capable de voler dans les airs ? Connaît-elle personnellement Bilbo le hobbit ? Dans le multivers onarien de telles possibilités sont infinies. Albertine Hottin peut parler diverses langues, écouter de la musique classique ou du hardcore-métal, rire bruyamment ou n'être qu'une ombre. Il est possible de discuter avec elle ou de se contenter de sa discrète présence. De s'en faire une amie ou de l'ignorer. Et cetera, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté avec le multivers onarien n'est pas sa conceptualisation mais le recueil des différentes expériences auprès des hominines qui l'ont partiellement exploré. Partant de rien, la méthode est encore à définir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== P’têt ben qu’oui ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est à ce jour impossible d'affirmer l'unicité des deux Albertine Hottin car, pour l'instant, aucun document ou archive ne permet de certifier un lien entre les deux : L'une rue de La Vrillière en 1872 et l'autre boulevard Haussmann en 1876. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ces deux Albertine ne font qu'une, cela signifie qu'elle rencontre Sergueï Netchaïev vers l'âge de 19 ans. Lui en a 23. Lieu de leur rencontre, la rue du Jardinet est détruite en 1875&amp;lt;ref&amp;gt;La rue du Jardinet actuelle est l'ancienne Cour de Rohan qui prolongeait l'ancienne rue du Jardinet.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P’têt ben qu’non ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment expliquer qu'une jeune domestique rencontre un hominine &amp;quot;serbe&amp;quot; dans un quartier d'imprimeurs, de relieurs et de libraires ? Le billet de bal conservé par Sergueï Netchaïev et imprimé dans la rue du Jardinet fait-il le lien ? Est-ce qu'Albertine côtoie les hominines de sa famille qui sont dans les métiers du livre ? L'imprimerie Quantin a-t-elle participé à des projets de journaux ou de livres politiques ? Est-ce la Commune de Paris qui fait le lien entre les cercles familiaux Hottin/Cherfix et Sergueï Netchaïev ? Est-ce le travail de ce dernier ou ses activités politiques ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse la plus [[Protivophilie|protivophile]] est sans doute celle d'Edouard Hottin, cousin du père d'Albertine. Pour le plaisir des mots, il est facile d'imaginer que tout se joue autour de ce chimiste né à Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot; /&amp;gt;. Mais cela ne repose pour l'instant sur rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pour rien ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la postface de ''Analectes de rien'' de [[F. Merdjanov]], publié en 2017, les éditions Gemidžii précisent qu’elles auraient pu prendre le nom de Éditions Albertine Hottin, &amp;quot;''comme une dédicace […] un clin d’œil, une tentative de démythification''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt;, si elles avaient été adeptes d’un tel procédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le très merdjanovien ''Poésie par le fait/faire''&amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot;&amp;gt;''Poésie par le fait/faire'', 2021 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Poezi.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, publié en 2021 par Z-ditions de l’Amphigouri, est dédicacé à Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Galerie ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
PlanJardinet.jpg|Rue du Jardinet vers 1870&lt;br /&gt;
Genindus.jpg|Procédé chimique de la Hottine&amp;lt;ref&amp;gt;''Le Génie Industriel'', 1&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; janvier 1865 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6546728v/f56.item En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Extrad.jpg|Affiche de ''L'Extradition''&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21487</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21487"/>
		<updated>2026-04-30T08:25:35Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité apprivoisée selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considérée comme un tournant dans les sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourri tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tente de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle est grièvement blessée à la suite d'un accident et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu une livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontrée. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoquée dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Kostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour telle ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne]. À noter ''Le Chant d’amour grand-singe, un corpus lyrique méconnu, recueilli, traduit et commenté par Jacques Jouet'', publié par ''La Bibliothèque oulipienne'', vol. 62, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle est accusée de l'avoir ensuite mangée, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Marie-Angélique est capturée en 1731, puis dans les décennies suivantes, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son &amp;quot;état de sauvagerie&amp;quot; ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[:Media:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans un moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21486</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21486"/>
		<updated>2026-04-24T14:56:14Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité apprivoisée selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle est grièvement blessée à la suite d'un accident et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne]. À noter ''Le Chant d’amour grand-singe, un corpus lyrique méconnu, recueilli, traduit et commenté par Jacques Jouet'', publié par ''La Bibliothèque oulipienne'', vol. 62, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| &lt;br /&gt;
''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[:Media:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21485</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21485"/>
		<updated>2026-04-24T14:55:13Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité apprivoisée selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle est grièvement blessée à la suite d'un accident et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne]. À noter ''Le Chant d’amour grand-singe, un corpus lyrique méconnu, recueilli, traduit et commenté par Jacques Jouet'', publié par ''La Bibliothèque oulipienne'', vol. 62, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
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''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
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Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[:Media:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21484</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21484"/>
		<updated>2026-04-24T14:54:39Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle est grièvement blessée à la suite d'un accident et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne]. À noter ''Le Chant d’amour grand-singe, un corpus lyrique méconnu, recueilli, traduit et commenté par Jacques Jouet'', publié par ''La Bibliothèque oulipienne'', vol. 62, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[:Media:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin&amp;diff=21483</id>
		<title>Albertine Hottin</title>
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		<updated>2026-04-23T16:51:35Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Progéniture */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|'''Albertine Hottin''' (Албертине Оттин en [[macédonien]] - Albertina Hottin en [[nissard]]). Compagne de Sergueï Netchaïev entre 1870 et 1872 après JC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;ref&amp;gt;Un excès de romantisme pourrait laisser penser que ces initiales ne se rapportent pas au messie des christiens mais à Juliette Capulet, l'héroïne de ''Roméo et Juliette'', le drame shakespearien. Mais il n'en est rien, &amp;quot;''toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite''&amp;quot;. Voir l'adaptation de Phil Nibbelink en 2006 ''Romeo and Juliet: Sealed with a Kiss'' où Juliette et Roméo sont des otaries - [https://www.youtube.com/watch?v=NsK9xWjAYCE En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Biographie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le révolutionnaire russe [[Hache#Société_de_la_Hache|Sergueï Netchaïev]] voyage avec un faux passeport serbe au nom de Stepan Grazdanov &amp;lt;ref&amp;gt;Mêmes initiales que Netchaïev dont le nom complet est Sergueï Guennadievitch (Netchaïev)&amp;lt;/ref&amp;gt; obtenu grâce à des révolutionnaires macédo-bulgariens &amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Stonoff, ''Un centenaire bulgare parle'', Notre Route, 1963 - [https://libcom.org/files/Un_centenaire_bulgare_parle_-_Nicolas_Stonoff.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il se déplace entre Paris et la Suisse de 1870 à 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Nechaevshchina: An Unknown Chapter&amp;quot;, ''Slavic Review'',‎ Vol.32, N° 3, 1973 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/woodnetch.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'année de son arrestation en Suisse puis de son extradition vers la Russie &amp;lt;ref&amp;gt;Voir le chapitre &amp;quot;Société de la Hache&amp;quot; dans l'article sur la [[hache#Société de la Hache|hache]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives de Zurich détiennent des lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev – qu'elle connaît sous le pseudonyme de Stephan – dans lesquelles ce dernier fait part de ses sentiments, bien loin des considérations politiques qu'il développe dans ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'' en 1869 &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'', 1869 - [http://durru.chez.com/netchaev/lecat.htm En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et des tristes caricatures qu'ont fait de lui des littérateurs &amp;lt;ref&amp;gt;Ivan Tourgueniev, ''Père et Fils'', 1862. Fiodor Dostoïevski, ''Les Démons'', 1871&amp;lt;/ref&amp;gt;, &amp;quot;''mélange de père-fouettard et de froideur militante''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot;&amp;gt;F. Merdjanov, &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; (Postface), ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017 - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Prenant à contre-pied les classiques lectures dépréciatives de la pensée politique de Sergueï Netchaïev, Erwan Sommerer rappelle que &amp;quot;''Netchaïev, prenant acte du fait que toute révolution partielle est une révolution manquée, assume donc la table rase. C’est ce qu’il nomme la pandestruction — la destruction totale de l’ordre existant —, seule voie vers une situation d’amorphisme, c’est-à-dire l’état de disparition absolue de toutes les formes sociales et institutionnelles.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot;&amp;gt;Erwan Sommerer, &amp;quot;La férocité du peuple. Netchaïev avait un plan&amp;quot; dans ''Lundi Matin'', n°504, 14 janvier 2026 - [https://lundi.am/La-ferocite-du-peuple En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour lui, &amp;quot;''Netchaïev est cohérent : si les révolutions échouent à briser la continuité de l’oppression, c’est parce que les révolutionnaires se réservent par avance les meilleurs places dans les institutions à venir. Alors ne s’arroge-t-il pour lui-même et ses alliés aucun privilège de ce type. Le but n’est pas la conquête du pouvoir, mais la destruction des conditions de possibilité même du pouvoir.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot; /&amp;gt; Son plan est simple et son analyse limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La génération actuelle doit commencer la véritable révolution, commencer à bouleverser totalement toutes les conditions de la vie sociale ; elle doit détruire tout ce qui existe, sans réflexion, sans distinction, avec pour unique considération que ce soit le plus vite possible et à la plus grande échelle possible. Mais puisque cette génération a subi l’influence des conditions de vie répugnantes contre lesquelles elle s’insurge, l’œuvre de création ne peut lui incomber. Cette œuvre incombe aux forces pures qui se révèlent dans les jours de rénovation. Nous disons : les atrocités de la civilisation moderne dans laquelle nous avons grandi nous ont privés de la capacité de bâtir le paradis de la vie future dont nous ne pouvons rien savoir de précis, seulement qu’il sera l’exact contraire des horreurs présentes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Les principes de la révolution'', 1869. Cité dans ''La férocité du peuple''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Charles_Marville,_Rue_du_Jardinet,_ca._1853–70.jpg|200px|thumb|right|Rue du Jardinet (Paris - VI&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;) en août 1866]]Lors de ses différents séjours de plusieurs mois à Paris entre 1870 et 1872, Sergueï Netchaïev loge au 5 de la rue du Jardinet &amp;lt;ref&amp;gt;Dans le cadre d'un réaménagement urbain, la plus grande partie de la rue du Jardinet est détruite en novembre 1875 pour faire place au boulevard Saint-Germain. Voir [http://vergue.com/post/701/Rue-du-Jardinet en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une chambre meublée qu'il loue sous sa fausse identité serbe. En provenance de Londres, il arrive à Paris à la fin de 1870, alors que l'armée prussienne est aux portes de la ville. Il s'installe au 56 de la rue Saint-André-des-Arts &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'annuaire de 1871, cette adresse correspond à celle de l'hôtel New York, tenu par la veuve Canonne&amp;lt;/ref&amp;gt;, avant de déménager rapidement à quelques mètres de là, rue du Jardinet. Cette rue abrite alors de nombreux artisans du livre, graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, etc. Albertine Hottin vit dans la capitale française lors de la Commune de Paris entre le 18 mars et le 28 mai 1871 mais nous n’avons aucune information sur sa participation à ces évènements. Sergueï Netchaïev quitte la capitale française en février 1871 pour y revenir en novembre, puis s'absente de nouveau de Paris entre février et avril 1872. Dans sa correspondance sentimentale, il prétexte des affaires à régler avec ses parents pour expliquer ses absences. Lors de ses séjours parisiens, il exerce le métier de peintre d'enseignes pour gagner sa vie. Ses activités politiques restent mystérieuses. Dans des circonstances que nous ignorons, Albertine Hottin et Sergueï Netchaïev se rencontrent rue du Jardinet (6&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt; arr.) entre la fin 1870 et février 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''C'est là que j'ai eu le bonheur de vous parler pour la première fois [...]'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot;&amp;gt;Trois lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev, Été (?) 1871 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/albertine.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Suisse, Sergueï Netchaïev lui envoie ses lettres au 10 rue de La Vrillière dans le premier arrondissement parisien. En Suisse, les archives de Zurich conservent des brouillons de lettres de Sergueï Netchaïev et trois courtes lettres envoyées par Albertine Hottin. Elles ne sont pas datées mais selon les informations qu'elles contiennent elles sont probablement écrites à l'été 1871. L'adresse qu'elle fournit pour correspondre avec son &amp;quot;amoureux&amp;quot; est-elle la sienne propre ou celle de son lieu de travail ? Dans les affaires saisies lors de l'arrestation de Sergueï Netchaïev, outre cette correspondance, figurent des carnets dans lesquels sont notés des adresses parisiennes pour travailler, des listes de journaux militants et de lieux de discussions, des notes diverses, qui donnent des indications sur ses activités parisiennes et sur les périodes où il y séjourne &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot;&amp;gt;Jeanne-Marie Gaffiot, ''Netchaïeff'', L’âge d’Homme, 1989&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il garde aussi les billets d'entrée pour deux personnes au théâtre du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot;&amp;gt;''Les mousquetaires'' du 16 au 23 septembre 1871 au théâtre du Châtelet - [[Média:chatelet.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; et à celui de Cluny&amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot;&amp;gt;Billet de faveur au théâtre de Cluny - [[Média:cluny.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les deux billets sont des &amp;quot;billets de faveur&amp;quot;, accordés gratuitement pour une seule représentation. Les dates de représentation des ''Mousquetaires'' au théâtre du Châtelet, entre le 16 et le 23 septembre 1871, indiquent qu'il n'a pu s'y rendre, étant alors absent de Paris. Sont-ce des souvenirs liés à sa liaison avec Albertine Hottin, elle qui sous-entend aller parfois au théâtre ? Les archives zurichoises détiennent aussi un &amp;quot;''billet de faveur pour un cavalier''&amp;quot; valable en janvier 1872 pour un bal de nuit, &amp;quot;''paré, masqué et travesti''&amp;quot;, du vendredi soir à la salle du Pré-aux-Clercs&amp;lt;ref&amp;gt;Billet de faveur pour un cavalier valable en janvier 1872 pour un bal de nuit à la salle du Pré-aux-Clercs - [[Média:bal.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est imprimé 1 rue du Jardinet, à quelques pas de la résidence parisienne de Sergueï Netchaïev. À cette date, il est encore à Paris mais rien n'indique qu'il y soit allé se dégourdir les gambettes et se remuer le popotin en compagnie d'Albertine Hottin. Le ton des lettres reste &amp;quot;courtois&amp;quot; et nous ignorons si cette rencontre a débouché sur une progéniture&amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov (attribué à), ''L’énigme Floresco'', date inconnue, inédit&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'invisibilité sociale faite aux femmes dans l'écriture de l'Histoire occulte le plus souvent leur présence, schéma auquel n'échappent pas les mouvements révolutionnaires. Leur engagement est minimisé, empreint de romantisme, dévalorisé et expliqué par l’influence unilatérale d’un homme proche (père, frère, oncle, mari ou compagnon) dans des discours sexistes afin de correspondre à la prétendue &amp;quot;nature féminine&amp;quot; qui serait faîte de fraîcheur et de naïveté, de discrétion et de dévouement. Comme Albertine Hottin, disparue derrière la figure de Sergueï Netchaïev malgré son rôle dans la vie de ce dernier. D'elle, nous ne savons — pour l'instant — quasiment rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Nous savons peu de choses sur elle ; elle était alphabétisée mais pas très intelligente, politiquement naïve, et dévouée [à Netchaïev]'' &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Sergei Nechaev in the Period of the Paris Commune&amp;quot;, ''Bulletin. Classe des Sciences Sociales'', LIII,‎ 1974 [https://books.google.fr/books?id=a4DwCAAAQBAJ&amp;amp;lpg=PA145&amp;amp;ots=wI7jPV81Sn&amp;amp;dq=albertine%20hottin&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en nous gratifiant de quelques poncifs sexistes, ces mots de Woodford Mc Clellan confirment qu'il n'en sait pas plus. Peut-il se fier à trois courtes lettres pour être aussi affirmatif ? Les fautes d'orthographe et de syntaxe ne sont pas des marqueurs d'imbécilité mais indiquent peut-être une classe sociale n'ayant pas accès à l'éducation. Et d'autant plus pour une &amp;quot;jeune fille&amp;quot; dans les années 1870. Quand à la candeur, elle n'est peut-être que le reflet du caractère mièvre qui transpire très souvent des correspondances amoureuses, et la naïveté, une qualité/pathologie révolutionnaire...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mauvaise réputation de Sergueï Netchaïev, jugé calculateur et froid par ses détracteurs, permet d'émettre de multiples hypothèses sur la nature exacte de ses liens avec Albertine Hottin. Faut-il voir dans les correspondances disponibles une idylle naissante ou ne sont-elles que manipulation de l'un pour profiter des sentiments de l'autre ? Le jeune homme qu'est alors Sergueï Netchaïev succombe-t-il en [[amour]] ou cherche-t-il à impliquer, malgré elle, Albertine Hottin dans des projets clandestins ? Obtient-il des informations ou a-t-il accès à de potentielles cibles via Albertine Hottin ? Les quelques lettres échangées dans le courant du premier semestre 1870 entre Sergueï Netchaïev et Nathalie Herzen, alors qu'il est en Suisse, montrent qu'il est capable de jouer sur les sentiments amoureux dans un but politique, et inversement ! &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Catteau, Tatiana Bakounine, &amp;quot;Contribution à la biographie de Serge Nečaev : Correspondance avec Nathalie Herzen&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', vol. 7, n°2, avril-juin 1966 - [https://doi.org/10.3406/cmr.1966.1666 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans deux de ses lettres, semblant répondre aux inquiétudes de son Stephan, Albertine Hottin lui précise qu'elle prend bien garde de ne parler à personne de leur relation. L'insistance de Sergueï Netchaïev pour que leur correspondance reste secrète laisse à penser que, pour des raisons de sécurité, il préfère utiliser une adresse intermédiaire. Dans ce cas, le 10 rue de La Vrillière ne serait qu'une boîte aux lettres et non le lieu d'habitation d'Albertine Hottin. Selon l'annuaire de 1871, à cette adresse se trouve le coiffeur Eusèbe Alexandre Balesdan, les tailleurs Huiart et Neumann, la draperie en gros Boerne et Fabre, le crémier F. Lagache et un changeur. Les informations disponibles ne suffisent pas à déterminer les plans envisagés par Sergueï Netchaïev... Quoiqu'il en soit, les mots employés dans les lettres d'Albertine laisse entendre qu'elle n'est pas une militante révolutionnaire et n'est pas du tout au fait de la politique. Le &amp;quot;machiavélisme&amp;quot; politique assumé de Netchaïev incite à se questionner sur l'intérêt pour lui et ses projets révolutionnaires d'une telle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les affaires personnelles de Sergueï Netchaïev détruites par les matons de la forteresse Pierre et Paul figuraient des traductions et des commentaires de poèmes, ainsi que des récits et des fragments de plusieurs romans. Un volumineux roman, intitulé ''Georgette'', se déroule à Paris en 1870 et plusieurs récits sont compilés dans des &amp;quot;souvenirs de Paris&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Michael Confino, ''Violence dans la violence. Le débat Bakounine-Necaev'', Maspero, 1973&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'un d'eux, ''L'entresol et la mansarde'', était-il une référence à Tchernychevski &amp;lt;ref&amp;gt;Nikolaï Tchernychevski, ''Que faire ? Les Hommes nouveaux'', 1862-1863&amp;lt;/ref&amp;gt; ou une allusion romantique à Albertine ? Impossible d'en savoir plus car de ces écrits de Sergueï Netchaïev, il ne reste rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ses mémoires, Michael Sagine (aka Armand Ross) raconte&amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt; comment il récupère les papiers de Sergueï Netchaïev restés cachés à Paris mais ne précise pas s'il était aussi chargé d'avertir Albertine Hottin. Ni même s'il connaît son existence. Les éléments biographiques et historiques disponibles sur Sergueï Netchaïev ne sont pas en mesure d'en éclaircir les parts d'ombre. En adoptant la mythomanie pour stratégie, il brouille les cartes &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Vera Figner, &amp;quot;dans l'histoire du mouvement révolutionnaire en Russie, Netchaïev a été une figure tout à fait exceptionnelle, un personnage singulier dont nous n'avons jamais rencontré l'équivalent. Malgré tout ce qu'a de choquant pour nous la tactique cynique mise en pratique au cours de sa vie et fondée sur la maxime &amp;quot;La fin justifie les moyens&amp;quot; on ne peut cependant s'empêcher d'admirer sa volonté de fer et son caractère inébranlable, et de reconnaître le désintéressement qui a guidé toutes ses actions&amp;quot;.  Véra Figner, ''Mémoires d’une révolutionnaire'', Mercure de France, 2017 &amp;lt;/ref&amp;gt;, tout autant pour ses proches que pour ses détracteurs. Ces derniers lui reprochent de ne pas avoir d'autre projet que la destruction de tout et de n'avoir fait que du néant. Sans doute ses plus belles réussites... En optant pour le pragmatisme, les témoignages et les correspondances laissent transparaître de lui une approche politique qui mêle conspiration secrète de quelques uns et soulèvement généralisé dans des imaginaires, des alliances et des soutiens qui laissent septiques ses proches ou ses détracteurs &amp;lt;ref&amp;gt;Selon le bakouniniste Ralli, opposé à Sergueï Netchaïev, ce dernier est &amp;quot;un simple républicain qui admirait Robespierre tel qu'il se le représentait après quelques lectures. Netchaïev n'était pas socialiste ; il ne connaissait ni Marx ni le mouvement ouvrier international ; il avait très peu lu et même n'arrivait pas à comprendre la Commune de Paris ; il faisait partie des adeptes de Félix Pyat et des compagnons de ce dernier&amp;quot;. Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Le lecteur comprendra pourquoi on qualifie ce courant d'idée de nihilisme. On voulait dire par là que les partisans de cette idéologie n'admettaient rien (en latin : nihil) de ce qui était naturel et sacré pour les autres : famille, société, religion, traditions, etc. À la question qu'on posait à un tel homme : &amp;quot;''Qu'admettez-vous, qu'approuvez-vous de tout ce qui vous entoure et du milieu qui prétend avoir le droit et même le devoir d'exercer sur vous telle ou telle emprise ?''&amp;quot; L'homme répondait : &amp;quot;''Rien !''&amp;quot; (nihil). Il était donc &amp;quot;nihiliste&amp;quot;.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Voline, ''La révolution inconnue''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après les historiens netchaïevistes, Albertine Hottin est la seule compagne connue dans la vie amoureuse de Netchaiev &amp;lt;ref&amp;gt;En 1869 Vera Ivanovna Zassoulitch éconduit Sergueï Netchaïev, et rien n'est su d'une hypothétique relation entre lui et Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, avec qui il arrive en Suisse à la fin de la même année. Nathalie Herzen repousse aussi les avances d'un Netchaïev qu'elle déteste. La première se réfugie de nouveau en Suisse après la tentative d'assassinat au pistolet contre le général Trepov – seulement blessé – en 1878 et son acquittement surprise. Elle est membre de ''Terre et Liberté'', puis lors des scissions internes de ce groupe se tournera vers le marxisme – elle traduit Karl Marx en 1881 et correspond avec lui – avant d'être l'une des fondatrices d'un groupe marxiste en Russie ''Émancipation du travail'', en 1883. La seconde, Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, est une ex-étudiante en médecine, donc cantonnée à la profession de sage-femme par la loi russe, qui manifeste déjà en 1862 dans les contestations étudiantes. Elle accompagne Netchaïev auprès des révolutionnaires macédo-bulgariens, puis part avec lui vers la Suisse. Elle est chargée d'y collecter du matériel de propagande à ramener en Russie. Elle est arrêtée par la police russe. Dans une lettre du 30 mars 1870 au ministre de la Justice, envoyée de prison, elle dénonce Netchaïev et propose sa collaboration pour lui tendre un guet-apens. Proposition fictive ou réelle ? Elle est condamnée en août à la privation de tout ses droits et à l'exil définitif en Sibérie pour ses contacts avec Netchaïev. La troisième, Nathalie Herzen est la fille aînée (née en 1845) d'Alexandre Herzen le théoricien du populisme révolutionnaire en Russie. Elle assiste aux disputes politiques et divergences tactiques entre Bakounine et Netchaïev en Suisse. Michaël Confino, &amp;quot;Un document inédit : le Journal de Natalie Herzen, 1869-1870&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', 1969, Vol 10, N° 1 - [http://www.persee.fr/doc/cmr_0008-0160_1969_num_10_1_1770#cmr_0008-0160_1969_num_10_1_T1_0055_0000 En ligne]. Christine Fauré et Hélène Châtelain, ''Quatre femmes terroristes contre le tsar, Vera Zassoulitch, Olga Loubatovitch, Élisabeth Kovalskaïa, Vera Figner'', Maspero, Paris, 1978&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblant tout ignorer des activités illégales de celui qu'elle croit être Stephan, Albertine Hottin doit perdre brutalement tout contact avec lui après son arrestation en 1872 puis son extradition vers la Russie. Probablement ne sut-elle jamais rien de la mort de Sergueï Netchaïev en 1882 dans un cachot de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Le film helvétique ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot;&amp;gt;''L'extradition'' de Peter von Gunten, 1974.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, réalisé en 1974, retrace cette expulsion et dénonce l'hypocrisie d'une soit-disant neutralité de la Suisse. Parmi les personnages figure une Albertine, éphémère amante de Sergueï Netchaïev à Zurich — interprétée par l'actrice Silvia Jost — qui est probablement inspirée d'Albertine Hottin. Difficile d'être dans la certitude. Librement adaptée de l'affaire Netchaïev, cette fiction met en scène une Albertine auprès de laquelle les proches de Netchaïev viennent récupérer à Zurich une valise de papiers après son arrestation afin de s'en débarrasser. Cela rappelle l'épisode du passage de Michael Sagine à Paris pour le même motif. Dans ''L'extradition'', Albertine ne semble pas totalement ignorer qui se cache derrière le pseudonyme de Stepan Grazdanov.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Hypothèse protivophile ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives municipales de Paris ne mentionnent qu'une seule Albertine Hottin morte entre 1870 et 1920 dans la ville. Pour autant, la probabilité qu'elle soit celle recherchée n'est pas une preuve, seulement une piste... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son nom complet — cette Albertine Aimée Hottin décède à 54 ans le 19 mars 1906 à 19h30 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot;&amp;gt;Actes de décès daté du 20 mars 1906 - [[Média:albertinemort.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; à l'hôpital Beaujon dans le huitième arrondissement, près de son domicile situé au 6 rue de Surène. Selon les registres hospitaliers, elle meurt de la tuberculose le lendemain de son entrée à l'hôpital. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Ouen le 23 mars 1906&amp;lt;ref&amp;gt;Numéro 4038 du registre d'inhumations, division 27, ligne 17 - [[Média:registhin.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans la tranchée gratuite, l'autre nom de la fosse commune&amp;lt;ref&amp;gt;Registre journalier d'inhumation du cimetière de Saint-Ouen - [[Média:tranchee.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de décès précise qu'elle est célibataire et qu'elle exerce la profession de cuisinière. Albertine Aimée Hottin est née le 20 juillet 1851 à Ernemont-sur-Buchy, un petit village d'une centaine d'hominines en Seine Maritime &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance daté du 20 juillet 1851 - [[Média:albertinenaiss.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout comme ses deux sœurs aînées, l'acte de naissance est enregistré au nom de la mère, Cherfix. La plus âgée des trois sœurs naît de père inconnu alors que les autres sont reconnues à la naissance par Anselme Hottin. Le mariage en 1858 entre Marie Thérèse &amp;quot;dite Léonie&amp;quot; Cherfix et Anselme Charlemagne Hottin acte une reconnaissance légale de paternité pour les trois, qui se nomment dorénavant Hottin. Avant leur mariage, selon le recensement de 1841, Marie Cherfix et Anselme Hottin habitent à Bosc-Roger-sur-Buchy. Les parents de la première sont mareyeurs — synonyme de poissonnier — et elle y travaille avec eux et sa sœur Celina &amp;lt;ref&amp;gt;Surnom de Nina Louise ?&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Après la mort de ses deux parents, le futur père d'Albertine habite au même domicile que sa tante maternelle et son époux, propriétaire &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bosc-Roger-sur-Buchy, 1841 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/ddef48daf8ca236f0d6d8e61de3d4c50/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Âgé alors de 30 ans, il est indiqué qu'il est rentier &amp;lt;ref&amp;gt;Origine rente ? Bâtis ou terres ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dix ans plus tard, en 1851, les futurs parents d'Albertine Hottin apparaissent ensemble dans le recensement d'Ernemont-sur-Buchy. Lui est déclaré propriétaire cultivateur et elle servante, avec à charge sa fille Léonie Bathilde, née en 1845 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement d'Ernemont-sur-Buchy, 1851 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e9c9c209c8d5367692beceba3422f024/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La consultation de la &amp;quot;''liste nominative des habitants''&amp;quot; de 1846 — accessible aux archives départementales — pourrait permettre d'affiner la datation de leur déménagement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives des délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy indique que Anselme Hottin est membre du conseil municipal entre 1851 et 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy,  1838-1862 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta7e317b2b8c101caa/dao/0/3 En ligne] et 1863-1878 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vtaddaa78baa6e25244/dao/0/1 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À cette époque où la blague démocratique se met en place, les maires sont nommés par le préfet de région. Durant la période où Anselme Hottin est au conseil, les maires sont successivement Étienne Grenier d'Ernemont et Jean-Baptiste Malmaison. L'un est un ancien militaire et appartient à une famille d'aristocrates, héritière d'un titre seigneurial sur la région d'Ernemont, et le second est un notable local, propriétaire et cultivateur. En plus de sa fonction de maire, Étienne Grenier d'Ernemont est l'administrateur de l'hospice du village. Lui et sa famille sont les propriétaires du château et y habitent avec leurs domestiques. Les membres du conseil sont désignés par le maire parmi les hominines mâles appartenant à la notabilité locale : petit propriétaire, commerçant, instituteur ou artisan, par exemple. Ernemont-sur-Buchy ne fait pas exception. De part sa participation au conseil municipal, Anselme Hottin connaît la famille du comte Tanneguy De Clinchamp et du baron Adolphe D'André, membres du conseil qui ont reçu le château en héritage après le décès d'Étienne Grenier d'Ernemont. Le tissu social villageois est une [[macédoine]] complexe entre les hiérarchies sociales et les catégories professionnelles, entre les liens familiaux et les relations amicales, au sein d'un même village et entre eux. Les familles sont évidemment présentes sur plusieurs villages. Au mariage entre Anselme Hottin et Thérèse Cherfix, les témoins sont commis de commerce et ouvrier maréchal, cousin et ami, du côté du mâle et dans la cordonnerie du côté de la femelle. L'acte de naissance d'Albertine Hottin stipule qu'il est rédigé en présence de Louis Crosnier l'instituteur et de Louis Duboc, domestique de maison auprès du châtelain Étienne Grenier d'Ernemont. Les deux mêmes que pour Irma en 1850 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Irma Hottin, 13 avril 1850 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/dcace402d7b350d6ed313126e0ab6296/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le village d'Ernemont-sur-Buchy a la particularité d'abriter la congrégation religieuse christienne des Sœurs du Sacré-Coeur d'Ernemont, surnommée &amp;quot;Maîtresses des écoles gratuites, charitables et hospitalières du Sacré-Cœur d'Ernemont&amp;quot;. Fondée en 1690 par Barthélémy de Saint-Ouen, seigneur d'Ernemont et conseiller au parlement de Rouen, et son épouse Dorothée de Vandime, elle vise à l'enseignement scolaire des enfants et le service aux malades et vieillards. Se répandant à travers la Normandie, la congrégation assure l'enseignement et le soin dans de nombreuses villes et villages &amp;lt;ref&amp;gt; - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le but &amp;quot;''d’inculquer aux élèves la doctrine chrétienne, de leur apprendre à lire, à écrire, à calculer. La congrégation a pour but de former les femmes. La mixité est interdite même dans les écoles enfantines.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;D'après Catriona Seth, &amp;quot;Marie Leprince de Beaumont, une écrivaine normande&amp;quot;, ''Études Normandes'', 65e année, n°1, 2016 - [https://doi.org/10.3406/etnor.2016.3794 En ligne]. Originaire de Normandie, l'autrice Marie Leprince de Beaumont est célèbre pour ''La belle et la bête'', écrit vers 1750. Plusieurs de ses ouvrages mentionnent la congrégation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des cours gratuits pour les femelles adultes sont parfois organisés. Jusqu'au début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, il existe à Ernemont-sur-Buchy une &amp;quot;école pour filles&amp;quot;. L'église est attenante à l'hospice-école. Quatre religieuses se chargent de quelques pensionnaires, pour cause de maladie ou de vieillesse. Il est fort probable qu'Albertine Hottin et ses sœurs aient bénéficié de cet enseignement scolaire primaire. Ce qu'indique déjà les lettres d'Albertine à Sergueï Netchaïev.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Arrivée parigote ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le registre de la population de 1866 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de population d'Ernemont-sur-Buchy, 1866 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/1503e2c65ded1bb55a045b9234756a48/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine habite encore avec ses parents, agriculteurs, et sa sœur aînée Léonie Bathilde. L'autre sœur, Irma Léonie, à peine âgée de 16 ans, n'apparaît pas dans ce recensement comme si elle n'habitait déjà plus au domicile familial d'Ernemont-sur-Buchy. Pour des raisons qu'il reste encore à déterminer, le couple marital Anselme Hottin et Thérèse Cherfix déménagent à Bois-Guilbert entre 1867 et 1871. Sans que l'on sache si elles déménagent avec elleux, leurs trois filles partent pour la capitale dans cette même temporalité. Albertine Hottin arrive donc à Paris entre 1867 et 1870. Impossible de dire pour l'instant où elle s'installe et dans quelles conditions. Comment Albertine Hottin et ses deux sœurs trouvent-elles leurs emplois de domesticité ? Bénéficient-elles des réseaux de connaissance entre des familles de l'aristocratie de Normandie et de Paris ? Des liens entre une aristocratie et une bourgeoisie politique ? Parfois, ce sont des congrégations religieuses qui servent d'intermédiaires pour placer des domestiques dans des familles riches qui en réclament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La bourgeoisie se reconnaît à ce qu'elle pratique une morale étroitement liée à son essence. Ce qu'elle exige avant tout, c'est qu'on ait une occupation sérieuse, une profession honorable, une conduite morale. Le chevalier d'industrie, la fille de joie, le voleur, le brigand et l'assassin, le joueur, le bohème sont immoraux, et le brave bourgeois éprouve à l'égard de ces &amp;quot;gens sans mœurs&amp;quot; la plus vive répulsion. Ce qui leur manque que donnent un commerce solide, des moyens d'existence assurés, des revenus stables, etc. ! comme leur vie ne repose pas sur une base sûre, ils appartiennent au clan des &amp;quot;individus&amp;quot; dangereux, au dangereux prolétariat : ce sont des &amp;quot;particuliers&amp;quot; qui n'offrent aucune &amp;quot;garantie&amp;quot; et n'ont &amp;quot;rien à perdre&amp;quot; et rien à risquer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uni&amp;quot;&amp;gt;Max Stirner, ''L'Unique et sa propriété'', 1844 (traduction française de Robert L. Reclaire, 1899) - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Unique_et_sa_propri%C3%A9t%C3%A9_(traduction_Reclaire) En ligne]. ''Œuvres complètes. L'Unique et sa propriété et autres essais'', Éditions L'Âge d'Homme, 2012&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Menuparis.jpg|200px|vignette|droite|Gastronomie de guerre &amp;lt;ref&amp;gt;Menu du 25 décembre 1870. Café Voisin, 261 rue Saint-Honoré&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Après avoir été élu par les hominines mâles premier président de la Deuxième République française en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte proclame l'Empire de France en 1852 après son coup d’État de décembre 1851. Il prend alors le nom de Napoléon III, troisième fils de Louis Bonaparte dit Napoléon I&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et d'Hortense de Beauharnais. Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse et ses alliés. Les armées françaises ne parviennent pas à résister aux assauts prussiens et le Second Empire capitule en septembre 1870. L'empereur est fait prisonnier et l'impératrice doit fuir à l'étranger. En réponse à cette situation, les députés républicains modérés proclament la Troisième République depuis le parlement à Paris. Un Gouvernement de la Défense nationale est mis en place et la guerre continue. Avançant sur le territoire français, les armées prussiennes s'approchent de Paris mais ne parviennent pas à y entrer. Le siège de la capitale débute le 20 septembre 1870. Pendant un peu plus de quatre mois, les hominines de la ville subissent les restrictions qu'engendrent l'isolement de Paris. Les denrées se raréfient et les prix augmentent. D'évidence, les plus riches s'en sortent bien mieux que la grande majorité des hominines. Quelques accommodements gastronomiques s'imposent. Une bonne occasion de goûter de l'éléphant, du kangourou ou du chat. Les plus pauvres expérimentent le choléra et la malnutrition. Le rat n'a pas la même saveur que les animaux du zoo et le jeun prolongé n'est pas encore une médecine alternative populaire. &amp;quot;''Il y a, sur la place même de l'Hôtel de Ville, un marché de rats; et les rats se vendent 30 ou 40 centimes quand ils sont ordinaires, 60 centimes quand ils sont gras et bien en chair.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Edmond Deschaumes, ''Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris (1870-1871)'', 1890 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413390 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Même le privilégié Victor Hugo pleurniche sur son sort : &amp;quot;''Ce n’est même plus du cheval que nous mangeons. C’est peut-être du chien ? C’est peut-être du rat ? Je commence à avoir des maux d’estomac. Nous mangeons de l’inconnu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Victor Hugo, ''Choses vues 1849-1885'' - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141436z En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Le 31 octobre des républicains radicaux tentent un coup de force contre le  gouvernement de la Défense nationale et réclament la proclamation d'une Commune. Plutôt qu'une république à la démocratie représentative, la Commune est un principe politique qui prône la démocratie directe dans chaque villes et villages, puis leur fédération pour constituer une entité politique nationale. La tentative est un échec. C'est dans cette période troublée que Sergueï Netchaïev arrive à Paris, traversant les lignes prussiennes. Fin janvier 1871 le gouvernement signe un armistice franco-prussien. Le révolutionnaire russe quitte la capitale française en février. Dans cet intervalle de quelques mois, il fait la rencontre d'Albertine Hottin. Rue du Jardinet où il loge. Une dépêche télégraphique datée du 31 janvier &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot;&amp;gt;''Recueil des dépêches télégraphiques reproduites par la photographie et adressées à Paris au moyen de pigeons voyageurs pendant l'investissement de la capitale'', tome 1, 1870-1871 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5499951n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, via pigeon voyageur &amp;lt;ref&amp;gt;Victor La Perre de Roo, ''Le pigeon messager, ou Guide pour l'élève du pigeon voyageur et son application à l'art militaire'', Paris, E. Deyrolle fils, 1877 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5435176t En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, est envoyée de la ville de Bordeaux par Irma Hottin. Elle s'adresse à &amp;quot;''Melle Hottin, rue st-petersbourg, 2''&amp;quot; —  sans préciser s'il s'agit d'Albertine ou de Léonie. Elle dit qu'elle va bien, qu'elle est sans nouvelles de Bois-Guilbert — où habitent les parents — et donne son adresse bordelaise &amp;lt;ref&amp;gt;13 rue Bardineau. Pour information, l'annuaire de Bordeaux daté de 1866 indique que Paul de Lentz, le consul de Russie, habite au 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette présence à Bordeaux s'explique peut-être par le fait qu'elle travaille pour des hominines membres du &amp;quot;Gouvernement de Défense nationale&amp;quot;, des politiciens ou des militaires qui ont fui Paris devant l'avancée prussienne et trouvé refuge à Tours dans un premier temps, puis dans la ville de Bordeaux.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce choix politique de l'armistice ne passe pas auprès de républicains radicaux et d'une partie de la population. La colère gronde dans plusieurs villes françaises. L'ambiance est insurrectionnelle. À Paris, le gouvernement tente de désarmer la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot;&amp;gt;La garde nationale est l'ensemble des milices citoyennes formées dans chaque commune au moment de la Révolution française. Ses officiers sont élus et ne peuvent effectuer plus de deux mandats successifs. Elle est chargée du maintien de l'ordre en temps de paix et de force d'appoint en cas de guerre.&amp;lt;/ref&amp;gt; et provoque, en réaction, un soulèvement populaire dans plusieurs quartiers de la ville. La Commune est proclamée le 18 mars 1871 et le gouvernement est chassé à Versailles. Pendant 72 jours, la Commune de Paris est un laboratoire à ciel ouvert pour les aspirations révolutionnaires les plus diverses. La démocratie directe, l'égalité sociale, l'auto-gouvernement ou le partage s'expérimentent en direct. La place des hominines femelles est questionnée par les premières concernées &amp;lt;ref&amp;gt;Dans la continuité de leur lutte pour l'égalité et l'émancipation, de nombreuses hominines femelles prennent part à la Commune. Dont Louise Michel, Paule Minck ou Sophie Poirier, ou les russes Anna Jaclard et Élisabeth Dmitrieff, pour ne citer que les plus connues. Ou encore [[Louise Modestin]] pour les illustres inconnues. Elles participent à de nombreuses initiatives et, par exemple, une ''Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés'' est créée en avril 1871. Elles sont actives autant dans les cercles politiques, les associations d'entraide que sur les barricades. &amp;lt;/ref&amp;gt; et leurs alliés mâles. Le monde du travail, la culture ou la scolarité ne sont pas épargnés par les remises en cause proposées. Les opinions des hominines qui font vivre cette Commune ne sont pas un bloc monolithique. Les tendances et les approches sont multiples. S'affrontent parfois. Le contexte est celui d'une volonté permanente des forces versaillaises de mettre fin à cette expérimentation sociale et politique dissidente. Informé par des collègues à Paris et par la lecture de ce qu'il se dit dans la presse communaliste ou non, le correspondant de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) à Londres, Karl Marx, n'hésite pas à titrer : ''La guerre civile en France'' &amp;lt;ref&amp;gt;Karl Marx, ''La guerre civile en France'', 1871 - [https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/karl-marx-la-guerre-civile-en-france-1871/ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour les Versaillais il s'agit de la &amp;quot;Campagne de 1871 à l'intérieur&amp;quot;, le nom officiel des opérations anti-communalistes. Entre le 21 et le 28 mai 1871, les armées versaillaises répriment violemment la Commune de Paris. Les barricades ne sont pas suffisantes à défendre la ville insurgée. Cette &amp;quot;Semaine Sanglante&amp;quot; fait plusieurs milliers de morts lors des combats du côté communaliste et autant se font fusiller après leur capture. Les chiffres sont incertains. Près de 45000 hominines se font arrêter. Les archives de cette époque sont encore à explorer pour découvrir si Albertine Hottin est mentionnée. Les domestiques, cuisinières, valets et autres personnels de service ne sont pas les professions les plus impliquées dans le soulèvement communaliste &amp;lt;ref&amp;gt;''La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880)'' - [https://communards-1871.fr/index.php En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie dans les quartiers bourgeois de l'ouest de Paris n'est pas la même que celle des quartiers populaires. Moins de combats et de barricades. L'urbanisme est plus récent. Les familles bourgeoises qui investissent les VIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissements habitent des immeubles où leur domesticité a des espaces ségrégués pour y vivre. De part sa proximité géographique et l’enchevêtrement avec la réalité de ses maîtres, la domesticité bénéficient plus des avantages de sa condition sociale que les autres prolétaires. Si Albertine Hottin travaille pour une famille bourgeoise, elle a peut-être moins souffert de la faim lors du siège de Paris. Sergueï Netchaïev revient dans la capitale française en novembre 1871. Les trois lettres &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot; /&amp;gt; d'Albertine Hottin datent de cette période d'absence de Sergueï Netchaïev. Des lettres qu'il a envoyé, il ne reste que quelques brouillons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''maintenant je me dépêche pour jeter aujourd ma lettre a la post. Je vous demande très pardon que je vous ai laissé sans nouvelle et vous en demande. [...] Je vous aime encore pluq qu'auparavant, et je compte les heurs que devront crouler avant notre rencontre. je vous embrasse. tout à vous. Stéphan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#zur&amp;quot;&amp;gt;Enregistrés sous la classification Auslieferung des Sergius Netschajeff (Extradition de Sergueï Netchaïev) aux Archives de Zurich&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux sœurs d'Albertine, Léonie et Irma, se marient respectivement en 1874 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Léonie Bathilde Hottin et Louis Joseph &amp;quot;Édouard&amp;quot; Duval, 22 décembre 1874, Paris, 8e. Veuf depuis 1870 d'un premier mariage dans la Somme, il a une fille née en 1866. Celle-ci vit chez ses grands-parents maternels à Warlus dans la Somme (Recensement de 1872). Elle se marie à Paris en 1895.&amp;lt;/ref&amp;gt; et 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Irma Léonie Hottin et Amable Levadoux, 22 avril 1875, Paris, 8e. Né en 1844 et originaire de Marsat, dans le Puy-de-Dôme. Il décède à Paris en 1892 au 52 rue de Varenne dans le 7e. Peut-être arrive-t-il sur Paris via l'armée lors de la guerre contre la Prusse - [https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/ark:/72847/vtaf43f074402956764/daogrp/0/25 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le huitième arrondissement de Paris. L'une est cuisinière et se marie avec un cocher, et l'autre est femme de chambre et se choisit un maître d'hôtel pour conjoint. Les deux couples résident sans doute dans les chambres réservées au personnel. Irma et son époux habitent au 23 rue de Berri &amp;lt;ref&amp;gt;23 rue de Berri en 1875. 17 ferme des Mathurins en 1877&amp;lt;/ref&amp;gt;, une perpendiculaire à l'avenue des Champs-Élysées. Léonie et son époux ont pour adresse le 2 rue de Saint-Pétersbourg &amp;lt;ref&amp;gt;2 rue de Saint-Pétersbourg en 1874. 6 rue du Colisée en 1876. 126 rue Saint-Lazare en 1886&amp;lt;/ref&amp;gt;. Selon l'acte de naissance du 11 septembre 1873 établit au nom de son fils &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d’Édouard Léon Anselme Hottin, 11 septembre 1873, Paris, 8e&amp;lt;/ref&amp;gt;, né de père inconnu, Léonie habite à cette adresse. Si le message du pigeon voyageur du 31 janvier 1871 lui est bien adressé, cela laisse à penser qu'elle habite déjà à cette adresse début 1871 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot; /&amp;gt;. L'annuaire daté de 1872 qui liste les adresses pour l'année 1871 n'a pas été imprimé pour cause de guerre. Celui de l'année précédente indique que le député des Vosges Louis Buffet ainsi que &amp;quot;''Villeneuve, rentier''&amp;quot; habitent à cette adresse. Léonie est-elle employée par Villeneuve ou Buffet ? Sa jeune sœur Albertine est-elle avec elle ? Louis Buffet achète cet hôtel particulier en 1872 et s'y installe avec son épouse, leurs sept enfants et leurs domestiques. Le peintre Édouard Manet a son atelier au 4 de la rue entre 1872 et 1878 — l'immeuble apparaît en haut à gauche de son tableau ''Le chemin de fer'' et plus clairement dans les croquis qui lui servent de base &amp;lt;ref&amp;gt;Édouard Manet, ''Le chemin de fer'', 1873 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg En ligne]. Les croquis réalisés entre 1872 et 1873 - [https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/le-pont-de-leurope-etude-pour-le-chemin-de-fer-204821 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'atelier de Manet attire une foule d'artistes et de mondanités qui animent le quartier. &amp;quot;''Le chemin de fer passe tout près, agitant ses panaches de fumée blanche, qui tourbillonnent en l'air. Le sol, constamment agité, tressaille sous les pieds et frémit comme le tillac d'un navire en marche. Au loin, la vue s'étend sur la rue de Rome, avec ses jolis rez-de-chaussée à jardin et ses maisons majestueuses. Puis, sur la montagne du boulevard des Batignolles, un enfoncement sombre et noir : c est le tunnel, qui, bouche obscure et mystérieuse, dévore les trains s'engageant sous ses voûtes arrondies avec un sifflement aigu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Étienne Moreau-Nélaton, ''Manet raconté par lui-même'', tome 2, 1926 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9760965m/f30.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'adresse d'avant-guerre des Buffet se situe à quelques centaine de mètres de là, au 10 de la rue de Berlin (actuelle rue de Liège) dans le neuvième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Les actes de naissance de deux de leurs enfants en 1865 et 1870 confirment cette adresse. &amp;lt;/ref&amp;gt;. La famille Buffet sont des christiens&amp;lt;ref name=&amp;quot;#chr&amp;quot;&amp;gt;''Christien'' désigne les adeptes de Jésus ''aka'' Christ&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;, les chrétiens, comme le terme de ''mahométien'' désigne celles et ceux qui croient que Mahomet est un prophète — les musulmans —  ou celui de ''moïsien'' pour parler des adeptes de Moïse, les juifs.&amp;lt;/ref&amp;gt; de la branche catholique &amp;lt;ref&amp;gt;Pour une courte biographie de Louis Buffet - [https://books.openedition.org/igpde/1258 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Louis Buffet est nommé ministre de l'économie à deux reprises entre 1870 et 1871. Il reste en poste trois mois sous Napoléon III et, après être élu à la députation des Vosges sous la Troisième République, il est désigné de nouveau à ce poste mais n'y reste que 6 jours &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de l'Agriculture et du Commerce à deux reprises entre 1848 et 1851, il est élu président de l'Assemblée nationale en 1873 puis sénateur en 1876. Chef du gouvernement et ministre de l'intérieur de 1875 à 1876&amp;lt;/ref&amp;gt;. Son épouse, Marie Pauline Louise Target, est petite-fille de député, fille d'un ancien préfet du Calvados et sœur d'un député. Selon ses biographes, Louis Buffet et sa famille ne sont pas à Paris pendant la période de guerre. Illes sont au domaine de Ravenel &amp;lt;ref&amp;gt;''Ravenel, de l’origine à l’ouverture de l’hôpital psychiatrique'' - [http://www.ch-ravenel.fr/pdf/presentation/historique-ravenel.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; à Mericourt dans les Vosges. En zone occupée par la Prusse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le 23 de la rue de Berri, l'Annuaire daté de 1876 indique que &amp;quot;''Cheronnet, propriétaire''&amp;quot; est domicilié à cette adresse. Les voisins du 22 et du 24 sont respectivement Henri Louis Espérance des Acres, comte de l'Aigle et député de l'Oise, et le général et ancien sénateur Édouard Waldner. Lorsqu'Albertine Hottin dit dans sa troisième lettre &amp;quot;''nous sommes aller à la campagne cette semaine''&amp;quot;, en parlant de Neuilly-sur-Seine, fait-elle référence à des déplacements avec une famille bourgeoise qu'elle accompagne ? Elle mentionne aussi la fête de Neuilly (dite Fête à Neu Neu), probablement celle de l'été 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rue de La Vrillière où Sergueï Netchaïev envoie ses lettres est celle de la Banque de France. Membre de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1871 à 1876, Louis Buffet et sa famille ont-illes été logé temporairement dans un immeuble de la rue, un &amp;quot;logement de fonction&amp;quot; en attendant de trouver mieux ? Comme cela fut le cas de janvier à avril 1870, lorsque Louis Buffet est logé rue de Rivoli dans l'hôtel des finances du Mont-Thabor, l'ancien ministère des finances détruit lors de la Commune. Ce qui, dans le cas où Albertine Hottin travaille comme domestique pour la famille, pourrait expliquer son adresse postale au 10 de la rue de La Vrillière. Les études [[Protivophilie|protivophiles]] autour de la biographie du politicien et financier, ainsi que celles des sœurs d'Albertine Hottin, n'ont pas permis pour l'instant de valider cette hypothèse. Les annuaires de l'année 1872 n'ont pas été publiés pour cause de guerre et de Commune de Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Progéniture ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première adresse parisienne connue d'Albertine Hottin date de la naissance de sa fille Lucie Blanche, le 2 juin 1876 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance de Lucie Blanche, 2 juin 1876, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:naissluci.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle naît au 32 rue du faubourg Montmartre, chez la sage femme Isabelle Ardis. L'acte de naissance indique que la mère est &amp;quot;''sans profession''&amp;quot; et que son domicile est au 180 boulevard Haussman &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire daté de 1877 recense l'architecte Belle, Lady Gray, le sénateur Louis Martel, le colonel G. Merlin — président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune — et enfin le carrossier Fabien Pradeu - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9677392n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune mention du père biologique. À une date indéterminée — car les registres des abandons ne la mentionnent pas — la jeune Lucie Blanche est mise en nourrice &amp;lt;ref&amp;gt;Catherine Rollet, &amp;quot;Nourrices et nourrissons dans le département de la Seine et en France de 1880 à 1940&amp;quot;, ''Population'', n°3, 1982 - [https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1982_num_37_3_17360 En ligne]. Emmanuelle Romanet, &amp;quot;La mise en nourrice, une pratique répandue en France au XIXe siècle&amp;quot;, ''Transtext(e)s Transcultures'', n°8, 2013 - [https://doi.org/10.4000/transtexts.497 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une famille de la Somme, en région picarde. Elle apparaît dans le recensement de 1881 de la commune de Morlancourt avec la cellule familiale d'Henri Cailleux et Albertine Vicongne avec leurs six enfants &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de la commune de Morlancourt, Somme, 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/recens1881.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle y est baptisée en 1883 &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des baptêmes, Morlancourt, 1883 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/djzg5v1b78xh/787e5478-61f3-4575-8078-13246a82c885 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le prénom Marie est ajouté à Lucie et Blanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ernest naît le 10 janvier 1879&amp;lt;ref&amp;gt;Ernest le 10 janvier 1879, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:ernest.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de naissance ne nomme pas le géniteur et stipule qu'Albertine Hottin, la mère, est sans profession et habite alors au 62 de l'avenue des Ternes dans le VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire 1880 recense l'architecte M. Guillot, le grossiste en vins Girault et les merceries de Larible - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96773984 En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ernest est abandonné à sa naissance. Selon le Registre d'admission des enfants assistés, &amp;quot;''sa mère allègue sa misère et la charge d'un premier enfant pour abandonner le nouveau-né.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:regenfass.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; Il est déposé dans le quartier du Roule (8e) par &amp;quot;''M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Metton, domestique''&amp;quot;, puis est envoyé le 13 janvier à Montfort en Ille-et-Vilaine pour être placé. Il est accueilli dans le village de Quédillac par la cellule familiale de Jean Gendrot et Marguerite Ferrier &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement à Quédillac en 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/quedillac1881.pdf En ligne] et en 1886 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/quedillac1886.jpg En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. En contradiction avec l'acte de naissance, l'un des documents des registres d'abandon &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:registenfaban.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; mentionne qu'Albertine Hottin est domestique et habite au 181 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Il semble qu'il y ait confusion entre l'adresse de naissance d'Ernest et le domicile de sa mère. En effet, cette adresse est celle de M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Léocadie Planchet, la sage-femme qui fait l'accouchement &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'Annuaire daté de 1879 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9762929c En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 12 janvier 1882, Albertine Hottin entre à l'hôpital Lariboisière dans le X&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien. Elle est transférée au pavillon Marthe le 16 et sort de l'hôpital le 19 janvier. Le dossier stipule &amp;quot;''suivi de couche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Albertine Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalb.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'hominine en devenir qui sort d'elle &amp;lt;ref&amp;gt;Alida Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalid.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; quitte officiellement l'hôpital le lendemain de sa naissance &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées et des sorties, Lariboisière, 1882 - [https://aphp-diffusion-prod.ligeo-archives.com/ark:/23259/780644.1240379/daogrp/0/13 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un acte de naissance est établi à la mairie de l'arrondissement au nom d'Alida Yvonne Hottin, née d'Albertine et d'un père inconnu &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Alida Yvonne Hottin, 13 janvier 1882 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/alida.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Albertine Hottin habite alors au 95 de la rue du Rocher (8&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;) &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire de 1883 recense le peintre-décorateur Jules Mariotte, la sage-femme Mme Pécheux et P. Ginier, propriétaire - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96762957 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; et exerce le métier de couturière. Il y a peut-être une erreur dans son adresse car elle est aussi celle d'une sage-femme, Mme Pécheux. Pour l'instant, les archives n'ont pas fourni d'autres informations à propos de ce troisième enfant d'Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Melocoton, où elle est maman?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens, donne-moi la main''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pour aller où ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens'' &amp;lt;ref&amp;gt;Colette Magny, ''Melocoton'', 1963 - [https://www.youtube.com/watch?v=OPVtricblNM En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tind.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
La question de l'enfantement est multiple. À une époque où il n'existe pas encore de moyens alternatifs pour être enceinte, les hominines femelles doivent encore s'accoupler avec un mâle pour cela. Quelles sont les circonstances de cet acte ? Est-il réciproquement consenti ? De toute évidence, Albertine Hottin ne souhaite pas avoir d'enfants au regard de sa condition sociale, de &amp;quot;''sa misère''&amp;quot;. Sur les trois dont elle accouche, deux sont abandonnés selon les archives consultées. En cette fin de XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les méthodes contraceptives sont limitées. Lorsqu'il y a pénétration vaginale dans l'acte sexuel, la méthode la plus ancienne est le retrait au moment de l'éjaculation masculine afin de minimiser les risques de fécondation que les spermatozoïdes font alors encourir. Le timing de ce ''coitus interruptus'' est serré et son efficacité est loin des 100%. Il existe aussi des méthodes mécaniques tel que l'éponge vaginale ou les préservatifs. Les technologies de fabrication d'alors font que le préservatif est un objet fragile et inconfortable. Il est plus utilisé en tant que protection contre les maladies plutôt qu'à visée contraceptive directe. Pour l'influenceuse Madame de Sévigné, il est &amp;quot;''Bouclier contre le plaisir et toile d'araignée contre le danger''&amp;quot;. Spécialité liée à la triperie, la fabrication de préservatif à base de membrane animale — souvent les intestins — fait progressivement place au caoutchouc à partir de la seconde moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Plus confortable et plus efficace. Cette technique de recouvrir le pénis d'un étui en caoutchouc fin et fermé à l'extrémité n'est financièrement pas encore accessible aux hominines les plus pauvres. Conformément aux habitudes et préconisations de son époque &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste de Sénancour, ''De l’amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes'', 4e éd., tome 1, Paris, 1834&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine Hottin doit utiliser la méthode dite du retrait. Si elle ne désirait pas d'enfant, il semble que cette méthode contraceptive se soit avérée inefficace à trois reprises. Au moins — par manque de données à ce sujet, il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a eu recourt à des avortements clandestins pour mettre fin à des grossesses non-désirées. Si elle a une sexualité régulière, trois cas de grossesse en 6 ans est peu en comparaison du pourcentage de risque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les actes de naissance précisent &amp;quot;''Père inconnu''&amp;quot;. Est-elle dans la situation de tant d'hominines femelles abandonnées socialement par des hominines mâles après une fécondation non-désirée ? Les travaux de la paléontologue Juliette &amp;quot;Juliette&amp;quot; Noureddine, publiés en 1998 sous le titre ''Lucy'', montrent que cette pratique est très ancienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Son père, son père, n'en parlons plus,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y a longtemps qu'j'ai fait une croix dessus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y m'avait dit &amp;quot;Bouge pas, attends.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je n'en n'ai pas pour bien longtemps,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'vais au mammouth et je reviens.&amp;quot;''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et depuis ce jour là, plus rien''&amp;lt;ref&amp;gt;Juliette, &amp;quot;Lucy&amp;quot; sur l'album ''Assassins sans couteaux'', 1998 - [https://www.youtube.com/watch?v=wjJWOuODm4U En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cas où Albertine Hottin désirait une progéniture, elle a changé d'avis entre le moment où elle se sait enceinte et les abandons. Soit, pour ne citer que deux raisons, à cause de l'attitude du procréateur qui refuse d'assumer à deux les conséquences, soit des circonstances particulières dans lesquelles ont lieu les fécondations. Étaient-elles vraiment consenties ? Dans des sociétés d'hominines où la binarité de genre est aussi une hiérarchie entre les genres, les hominines femelles subissent des violences et des agressions — sans commune mesure avec celles exercées sur les mâles. Le viol en est une. &amp;quot;Ce jargon du viol&amp;quot; n'est pas seulement l'anagramme de &amp;quot;devoir conjugal&amp;quot; car, en plus du viol conjugal &amp;quot;ordinaire&amp;quot;, le personnel féminin de la domesticité est particulièrement exposé à ce risque d'agression. De la part des maîtres ou des collègues. L'habitat de la domesticité, exigu et souvent isolé sous les toits, est un lieu propice aux violences sexuelles. Se plaindre ou faire scandale c'est prendre le risque de perdre son travail. L'imaginaire érotique bourgeois s'alimente de cet espace d'habitat en marge. La promiscuité des hominines agite la fantasmagorie. Illes s'entendent baiser et leurs corps sont si proches ! La présence de jeunes hominines femelles isolées fait virevolter les imaginaires mâles. Pour autant, toutes les hominines femelles, même dans la domesticité, ne subissent pas les mêmes violences. Qu'une situation soit systémique ne fait pas qu'elle soit systématique. Albertine Hottin n'a donc pas obligatoirement subi de ces violences. Sa sexualité était peut-être plaisante, riche, multiple et consentie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A-t-elle retourné le déséquilibre social de genre en se servant de la sexualité et de l'enfantement pour trouver une meilleure situation sociale ? La bourgeoisie s'affole les sens en imaginant le personnage érotique de la jeune domestique femelle lubrique et soumise, ou déterminée et vénale. Juste 100 ans après la naissance du premier enfant d'Albertine Hottin, le mythomane Émile Ajar publie son roman ''Pseudo''. Les histoires et les mensonges qui entourent la personnalité d’Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, empêchent de déterminer s'il est vraiment utile de chercher un quelconque lien, même symbolique, entre Albertine Hottin et son personnage de Nihilette pour simplement en citer l'extrait suivant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Nini, comme son nom l'indique, ne peut pas souffrir qu'il y ait une œuvre littéraire dans laquelle elle ne se serait pas glissé. L'espoir, ça la rend malade ! Nini essaye depuis toujours et de plus en plus de se taper chaque auteur, chaque créateur, pour marquer son œuvre de néant, d'échec, de désespoir. Elle se fait appeler Nihilette chez les gens bien élevés, du tchèque ''nihil'', ''nihilisme'', mais nous l'appelons Nini, avec majuscule parce qu'elle a horreur d'être minimisée. En ce moment, sur le tapis, elle essayait de se faire ensemencer par Ajar, pour lui faire ensuite des enfants du néant. Ajar se défendait comme un lion. Mais il y a toujours avec Nini la tentation de se laisser faire, pour accéder enfin au fond du néant, là où se trouve la paix sans âme ni conscience. La seule chance qu'avait Ajar de s'en tirer était de bien prouver son inexistence, son état bidon pseudo-pseudo, son absence absolue d'état humain digne d'être infecté par Nini, car le néant ne baise jamais le néant, pour des raisons techniques.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Ajar, ''Pseudo'', 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En plus de ces considérations pratiques liées à la progéniture d'Albertine Hottin, sa domesticité implique d'autres contraintes sociales. Dans ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Anne Martin-Fugier rappelle qu'une &amp;quot;''servante enceinte, même mariée''&amp;quot; peut perdre son travail pour cela. Elle cite un arrêt de 1896 d'un tribunal qui stipule que &amp;quot;''à aucun point de vue on ne saurait considérer un maître comme tenu de garder à son service une fille enceinte, soit que l'on envisage l'immoralité de sa conduite, le mauvais exemple dans la maison ou les graves inconvénients de l'accouchement.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bon&amp;quot;&amp;gt;Anne Martin-Fugier, ''La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900'', Perrin, 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Environnement familial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivant de Normandie, des Cherfix apparaissent dans l'état civil de la capitale pendant la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'orthographe varie parfois entre Cherfix, Cherfis ou Cherfils. Quelques membres de la famille maternelle d'Albertine Hottin vivent dans l'ouest de Paris, au croisement de plusieurs arrondissements. Pour ne donner que quelques exemples, sa tante Nina Louise habite dans le XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissement, Léon Sainte Croix, un cousin de sa mère, loge boulevard Pereire dans le XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Un autre cousin, Louis Timoléon Eugène réside 41 rue Pierre Demours, une parallèle à Pereire qui débouche sur l'avenue des Ternes. Cousin maternel plus éloigné, Ernest Pierre est domicilié au 4 de la rue des Vignes dans le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Tout deux avec épouse et progéniture. La première est &amp;quot;''marchande des quatre-saisons''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Avec son second mari Armand Stanislas Lemoine&amp;lt;/ref&amp;gt; — vendeuse ambulante de fruits et légumes —, le deuxième est charpentier et le dernier est sellier. Plusieurs cellules familiales Cherfix sont voisines les unes des autres. L'adresse d'Albertine Hottin en 1879 sur l'avenue des Ternes est aussi celle d'Adolphe Hippolyte Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Adresse attestée en 1865 par l'acte de mariage entre son frère Léon Sainte Croix Cherfix et Clémentine Désirée Magnan, 14 novembre 1865, Paris, XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; - [En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt;, un autre cousin de la mère d'Albertine, frère de Léon Sainte Croix et Louis Timoléon Eugène. Vit-elle avec le couple et leurs enfants ou seulement dans le même immeuble ? Quand Albertine Hottin déménage-t-elle rue de Surène ? Elle connaît probablement Edmond Eugène Cherfix dit &amp;quot;Bonnard&amp;quot;, jeune fils de Louis Timoléon Eugène et d'Adrienne Émilie Bonnard. Il est imprimeur. Veuf en 1868, Louis Timoléon Eugène se remarie en 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Louis Timoléon Eugène Cherfix et Julie Bêche, 8 juin 1875, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le nouveau couple habite rue Demours. Lorsqu'il meurt en 1888, quelques semaines après son mariage, Edmond Eugène habite avec son épouse Marie Louise Forestier au 34 rue Dauphine dans le sixième arrondissement. À la mort de son fils, Louis Timoléon Eugène est domicilié au 11 de la rue Guersant, à quelques pas de l'avenue des Ternes. Après son mariage en 1887 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Eugénie Adolphine Cherfix et Émile Cateloux, 15 janvier 1887, Paris, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;, sa fille Eugénie Adolphine Cherfix habite avec son époux au 27 de la rue Bayen, une proche parallèle à Guersant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres cellules familiales sont présentes dans des arrondissements du centre de Paris. Pierre Maximilien Cherfix, son épouse Louise Eugénie Baronnet et leur fille Héloïse vivent au 6 de la rue Mongolfier dans le troisième arrondissement. Il est papetier. Selon l'acte de mariage entre Gustave Quantin, papetier et fils de papetier, et Héloïse Cherfix, celle-ci est aussi papetière. L'Annuaire-Almanach de 1870 mentionne l'existence d'une fabrique de feuillages ''Quantin'', située au 8 de la rue de Mulhouse dans le deuxième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Annuaire-Almanach, 1870 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96727875 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une imprimerie au nom de Gustave Quantin ouvre en 1872 au 63 avenue des Ternes. La faillite est officielle en 1874. Une autre ouvre au 18 de la rue Bonaparte à partir de 1878 &amp;lt;ref&amp;gt;À ne pas confondre avec la luxueuse ''Quantin NC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;T&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et C&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ie&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;'', &amp;quot;''imprimeurs-typographes et libraires''&amp;quot;, au 7/9 rue Saint-Benoît-Saint-Germain dans le sixième arrondissement. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Peu de choses réalisées par cette imprimerie sont disponibles via internet. À noter l'édition en 1873 et en 1874 de ''Extraits des historiens du Japon'', publiés par la Société des études japonaises &amp;lt;ref&amp;gt;''Extraits des historiens du Japon'', partie I et II, 1873-1874 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65796644/f282.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Gustave Quantin en est officiellement l'imprimeur. Il est aussi membre de la société savante nippophile et de la Société d’Ethnographie orientale et américaine dont il est le trésorier. S'il n'est pas possible d'affirmer que Gustave Quantin, de par ses activités dans le japonisme français &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie participative ''Wikipedia'', &amp;quot;''le japonisme est l'influence de la civilisation et de l'art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux, entre les années 1860 et 1890.''&amp;quot;. Le Japon est représenté pour la première fois à l'Exposition Universelle de 1867 par des objets exposés et la présence d'une délégation venue du Japon. Dont le jeune prince Tokugawa Akitake.&amp;lt;/ref&amp;gt;, connaisse le peintre et collectionneur d'estampes japonaises Édouard Manet, cela n'est pas à exclure totalement. Le monde bourgeois de la culture n'est pas si vaste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Signalb.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le patronyme Hottin est présent dans les registres d'état civil de la région normande depuis plusieurs siècles, &amp;quot;''entre pays de Bray et de Caux''&amp;quot;. Dans la grande banlieue du village de Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot;&amp;gt;''bosc'' signifie &amp;quot;espace boisé&amp;quot; et ''bordel'' désigne les hominines qui habitent une ''borde'', c'est-à-dire une &amp;quot;cabane&amp;quot;, une &amp;quot;petite maison&amp;quot;, ou directement le lieu. Ces sens sont attestés dès le début du XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Frédéric Godefroy, ''Lexique de l'ancien français'', 1890 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Lexique_de_l%E2%80%99ancien_fran%C3%A7ais/5 En ligne]. La plus ancienne mention est ''bodel'', &amp;quot;maison&amp;quot; ou &amp;quot;cabane&amp;quot;, en judéo-français ou sarphatique, la langue d'oïl judéo-romane parlée par les communautés moïsiennes de la moitié nord de la France actuelle et écrite en caractères hébraïques. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces familles sont agricultrices pendant plusieurs générations. Les premières migrations vers Paris datent de la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'exode rural des populations d'hominines vers les centres urbains est enclenché. Le village de naissance d'Albertine Hottin passe d'une population d'hominines de 224 en 1831 à moins de 140 en cinquante ans. À la période où Albertine arrive à Paris, Édouard Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des électeurs de Paris (1860 - 1870) - [https://www.geneanet.org/registres/view/307309/41 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — cousin de son père et témoin à son mariage &amp;lt;ref&amp;gt;Anselme Charlemagne Hottin est aussi l'un des témoins au mariage d'Edouard Hottin le 12 septembre 1867 à Bosc-Roger-sur-Buchy - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4ee0ef380cdcc49412c2a1426f032fa4/dao/0/16 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — vit déjà dans la capitale française. Chimiste &amp;lt;ref&amp;gt;Il dépose entre autre un brevet de chimie en janvier 1856 pour un &amp;quot;''système de préparation de thé permettant 1° d'en concentrer l’arôme et les parties constitutives, et 2° de livrer au commerce des extraits de thé tout préparés.''&amp;quot; d'après le ''Catalogue des brevets d'invention'', 1855 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63669617 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, il met au point un procédé pour rendre ininflammable les tissus et dépose en août 1864 le brevet de la ''Hottine''&amp;lt;ref&amp;gt;''Catalogue des brevets d'invention'', n° 8 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6357402p/f4.item.r=hottin En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour sa commercialisation, la ''Hottin &amp;amp; Cie'' est créée en 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette nationale ou le Moniteur universel'', 26 décembre 1865 - [https://www.retronews.fr/journal/gazette-nationale-ou-le-moniteur-universel/26-decembre-1865/149/2621181/6 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;''Certes, si les hommes étaient sages, ce n’est pas aux inventeurs de moyens de destruction perfectionnés qu’ils élèveraient des statues. Celui-là a mieux mérité de l’humanité, qui, comme M. Hottin, nous débarrasse d’un fléau dévorant.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Sport : journal des gens du monde'', 16 septembre 1866 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32768849/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Malgré la promotion publicitaire dans des journaux, le produit ne se vend pas et l'entreprise Hottin &amp;amp; Cie est déclarée en faillite en juillet 1867 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires'', 19 juillet 1867 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6822699h/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelques-unes de ses adresses sont connues jusqu'en 1870, mais rien n'indique qu'Albertine Hottin vive avec lui. Les recensements n'existent pas pour le Paris de cette époque, et les archives antérieures à 1870 sont partiellement détruites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cellules familiales des deux sœurs d'Albertine Hottin n'ont pas les même parcours. Tout semble indiquer que Irma Hottin, son époux et leur enfant vivent à Paris sans interruption. Léonie et sa famille nucléaire quittent provisoirement la capitale pour s'installer dans la Somme, dans le village de Frohen-le-Grand. Quelques années avant leur mariage, Louis Joseph Édouard Duval y avait exercé son métier de cocher pour la famille d'aristocrate qui vit dans le château local &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Frohen-le-Grand, 1871 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/w5jp0l9c6q2g/2ba86a2f-0d2c-418e-b5c8-b4aa5abf6c5b En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Deux de leurs enfants y naissent en 1878 et 1879. Une femelle et un mâle. L'aînée et la nouvelle venue sont envoyées à Bois-Guilbert pour vivre avec leurs grands-parents maternels Anselme Hottin et Thérèse Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bois-Guilbet en 1881 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4a4091827ebf19e313342dd2df9a415b/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pendant ce séjour chez elleux, Louise, l'aînée, décède en 1883 à l'âge de 7 ans &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès de Louise Duval à Bois-Guilbert le 30 janvier 1883 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/706cb9a0077461881ec5eff632720743/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les sources consultées ne permettent pas de préciser la date de retour sur Paris de la cellule familiale de Léonie. Le couple engendre d'un petit mâle qui naît en novembre 1886 dans cette ville. À cette date, elle habite dans le huitième arrondissement au 126 de la rue Saint-Lazare, à quelques centaines de mètres de chez sa sœur Albertine rue du Rocher. Selon l'acte de mariage de la fille de Louis Duval, née de son premier mariage, il n'habite pas à Paris en 1895 mais à Fresnières dans l'Oise. Ce qui signifie que Léonie Hottin-Duval vit donc sans lui. À partir d'une date indéterminée, elle vit avec son fils cadet au 107 rue du Lauriston dans le seizième arrondissement. Demeurant aussi dans cet arrondissement, 5 cité Greuze, la tante Nina meurt en 1887 et son — second — mari en 1890. Daté de juillet 1888, le commentaire qui accompagne une gravure de ce quartier par le dessinateur Jules-Adolphe Chauvet parle de lui-même : &amp;quot;''Il est impossible de se figurer cette cité encore éclairée à l'huile et habitée par une population des plus déshéritées, où la misère et le vice s'étalent dans leur plus hideuse laideur ; cela au milieu du Passy aristocratique et bourgeois [...]''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jules-Adolphe Chauvet, &amp;quot;Cité Greuze dite le Palais royal de Passy, rue Greuze n° 24&amp;quot; sur le site de la BNF - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8456859p En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thérèse Cherfix-Hottin, la mère d'Albertine, décède le 24 août 1901 à Bosc-Roger-sur-Buchy &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès du 25 août 1901 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e71cb3dc937ddf2501f76761f51393c0/dao/0/12 En ligne]. Table des successions et absences de Buchy, 1886-1905 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e047091b58efe957732be9bfb2b398ced21c546127869b312ee37ee914ac80b9/dao/0/34 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Anselme Hottin, le père, meurt le 23 février 1906 dans le même village &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot;&amp;gt;D'après la Table des successions et absences de Buchy, 1906-1924 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta8336b8f866ec948e/dao/0/73 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Moins d'un mois avant Albertine Hottin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adresses postales mentionnées dans les archives officielles ne sont pas une donnée infaillible. Elles ne concordent pas toujours entre elles ou à la réalité car l'administration se trompe parfois. L'acte de naissance d'Alida Yvonne, la fille d'Albertine Hottin, est un exemple de possibles erreurs administratives. Dans un scénario d'une arrivée urgente à Lariboisière, à l'initiative de la sage-femme qui gère la grossesse d'Albertine Hottin, il se peut qu'il y ait aussi une erreur d'adresse dans les registres de l'hôpital. En effet, le 95 de la rue du Rocher est aussi l'adresse d'une sage-femme, M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Pécheux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cause de présence de fibres d'amiante dans les archives de la ville de Paris, il est actuellement impossible de consulter les ''Calepins des propriétés bâties'' pour les adresses où Albertine Hottin a habité. Ces calepins détaillent les occupants (particuliers et/ou sociétés, locataires et propriétaires) et donnent une rapide description de l'aménagement des immeubles parisiens. Seul le calepin de la rue de Surène est consultable à partir de l'année 1901 &amp;lt;ref&amp;gt;''Calepins des propriétés bâties'', 1901-1981, côte D1P4 2697 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Allures et air de rien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La [[protivophilie]] ne dispose d'aucune description physique d'Albertine Hottin. Rien dans les registres hospitaliers ou d'état civil consultés à ce jour dans les archives. La couleur de ses yeux ou de ses cheveux demeurent inconnues. Idem pour sa taille et tout autre détail anatomique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Cuiz.jpeg|200px|vignette|droite|Cuisinière anonyme en 1894 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Les différents actes officiels connus concernant Albertine Hottin mentionnent les métiers de cuisinière et de couturière. Elle fait partie de la domesticité, les ''gens de maison'' comme les nomment celleux qui les emploient. Est-elle appelée par son propre prénom ou par celui attribué par ses maîtres ? — il est tellement plus pratique de toutes les appeler ''Murielle''. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Épisode 1/2 : La servitude&amp;quot; dans l'émission ''Les pieds sur terre'', mai 2023 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/butler-majordome-servante-des-domestiques-au-service-des-ultra-riches-5785280 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ouvrage ''La femme à Paris, nos contemporaines'', daté de 1894, Octave Uzanne consacre un chapitre aux hominines femelles utilisées comme domestiques. En ayant lui-même à son service, il dresse des tableaux caricaturaux des différents métiers de la domesticité et de leur place dans le quotidien de la bourgeoisie. Pour lui, &amp;quot;''c’est une caste [...] qui a sa hiérarchie très tranchée : au sommet, la femme de chambre en conflit avec la cuisinière cordon-bleu; plus bas, la bonne d'enfant, puis après la bonne à tout faire, et enfin la femme de ménage. À côté figure une privilégiée, à la fois méprisée et enviée, celle qui vend le lait de son enfant au gosse malingre du bourgeois : la nourrice.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot;&amp;gt;Octave Uzanne, ''La femme à Paris, nos contemporaines'', 1894 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15257516/f99.image En ligne]. Voir Bertrand Hugonnard-Roche, ''Octave Uzanne et les femmes dans la domesticité parisienne (1894-1910)'', 2013 - [http://www.octaveuzanne.com/2013/09/octave-uzanne-et-les-femmes-dans-la.html En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Avec beaucoup plus d'empathie, Octave Mirbeau décrit des vies de domestiques dans plusieurs de ses romans dont le célèbre ''Journal d'une femme de chambre'' en 1900. Son analyse anarchiste inclue de fait la prostitution dans la liste des métiers liés à la domesticité bourgeoise. Il décrit sa vision de la sexualité tarifée dans son essai ''L'Amour de la femme vénale'' dont le titre français est traduit du bulgare, ''Любовта на продажната жена''. Publié à Plovdiv en 1922, probablement à partir d'une version en russe et dont l'original en français n'a pas été retrouvé &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Isabelle Saulquin, ''À propos de L'Amour de la femme vénale'' - [https://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/Saulquin-femmevenale.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Lui-même ancien de la domesticité bourgeoise, Octave Mirbeau fait dire à l'un des personnages de son roman ''Dans le ciel'', Georges, peu suspect d'optimisme rayonnant et ahuri, les mots suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n’existe ni en moi, ni dans les autres, ni dans le rythme le plus infime de l’universelle harmonie. Je suis cette chose inconcevable et peut-être unique : rien. J’ai des bras, l’apparence d’un cerveau, les insignes d’un sexe ; et rien n’est sorti de cela, rien, pas même la mort.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Octave Mirbeau, ''Dans le ciel'' dans ''Œuvre romanesque'', vol. 2 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dans_le_ciel En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le métier exercé par Albertine Hottin conditionne sa tenue vestimentaire. Cuisinière ou couturière ne sont pas des fonctions normées esthétiquement de façon identique et n'ayant pas les mêmes contraintes professionnelles. Quelques illustrations sont fournies dans l'ouvrage d'Octave Uzanne. En dehors de ce contexte professionnel et le port d'une sorte d'uniforme, la tenue vestimentaire d'Albertine Hottin est contrainte par les circonstances &amp;quot;normales&amp;quot; de la vie quotidienne et les aléas climatiques. Elle ne s'habille probablement pas de la même façon les jours où elle ne travaille pas. Ou lorsqu'elle rend visite à des proches. Les jours de pluie ou de soleil, d'hiver ou d'été, imposent de s'adapter dans la mesure du possible. En l'absence de toute indication corporelle, l'habillement facilite l'imagination d'une représentation mentale de sa personne. Son entrée à l'hôpital en mars 1906 et son décès le lendemain se font dans un contexte climatique de grand froid sur l'ensemble de la France. Sa rencontre avec Sergueï Netchaïev entre la fin de 1870 et 1871 est marquée par un épisode de froid. La neige est abondante. L'hiver est très rigoureux à cause d'une &amp;quot;''très puissante descente froide venue de Russie [qui] déferle sur la France''&amp;quot; d'après les chroniques météorologiques de cette époque &amp;lt;ref&amp;gt;Chroniques météo de 1870 - [https://www.meteo-paris.com/chronique/annee/1870 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Trois autres dates sont confirmées par les recherches dans les registres. Celles de la naissance de ses trois enfants: 2 juin 1876, 10 janvier 1879 et 12 janvier 1882. Après un mois de mai froid où les températures tombent parfois sous les 5°, le début d'été 1876 est particulièrement chaud avec des températures dépassante les 30° pendant plusieurs semaines. Un pic de 35° est atteint vers la fin du mois de juin. L'hiver 1876 est froid. La seconde moitié de janvier 1876 est marquée par des épisodes de pluies verglaçantes en région parisienne, alors qu'à contrario l'hiver 1882 est jugé très doux. Comme la plupart des autres hominines, Albertine Hottin tente au mieux de prendre en compte les variations climatiques dans ses choix de se vêtir comme ceci ou comme cela avant de sortir de chez elle. Comment s'habille-t-elle lorsqu'elle se rend au théâtre ou dans un parc ? Les périodes de sa vie où elle exerce le métier de cuisinière et celui de couturière font qu'elle est plus souvent amenée à sortir de chez elle si elle est couturière dans un petit atelier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La froideur de l'hiver 1870-1871 laisse à penser que, même habillée comme il convient, la rencontre entre Albertine et Sergueï a pu se faire à l'intérieur d'un bâtiment plutôt que dans la rue ! Une approche qui confirme l'hypothèse protivophile matérialiste des ''Albertine's Studies'' pour qui il existe nécessairement un facteur inconnu qui provoque la rencontre, un tiers invisible dont il est peut-être impossible de prouver l'existence. Cela permet de minimiser les hypothèses qui imaginent les pires schémas des rencontres dites amoureuses. Premiers regards et mouchoir qui tombe ? Glissade romantique et burlesque pour cause de neige ? Des scénarios dignes de la première intelligence artificielle venue. Rien de tout cela n'a de sens pour la protivophilie. Rien à voir. Le froid de cet hiver incite les hominines à sortir en se couvrant convenablement. Du point de vue comportementaliste, le froid ressenti pousse les hominines à chercher à se réchauffer ou à plus traîner lorsqu'illes sont au chaud. Une configuration incitative à la rencontre dans un lieu fermé en période hivernale. Rien n'indique qu'il existe un lieu autre que les imprimeries et les libraires pour que les deux puissent s'y croiser. Il y a un moment précis de l'histoire où on enlève ce qui nous protège la tête du froid en entrant dans un espace fermé et plus chaud. Albertine n'a sans doute pas échappé à cet instant historique individuelle commun. Sergueï Netchaïev non plus. Cela fait office d'amorce dans un processus de rencontre entre deux hominines ! Plus l'espace où se passe la dite rencontre est grand ou fragmenté, et plus le temps peut être long entre le moment d'entrée de l'hominine dans l'espace fermé et sa rencontre avec l'autre hominine.&lt;br /&gt;
La quête des premiers mots échangés est une illusion et les tentatives de déterminer une mécanique de la rencontre sont des pertes de temps. En suivant une logique linguistique, il est seulement possible d'affirmer que le premier son est précédé d'un silence. D'un rien sonore. Peut-être accentué par l'effet sonore feutré que fait la neige ? (Si la météo le permet !) Comme pour toute chose, l'existence d'une sonorité est précédée par son absence. Ça crée des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Imaginaires amouriens ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre regroupe ensemble des événements dans le but de créer les ingrédients d'une illusion, d'un lien imaginaire entre deux hominines dans ce qu'il est communément appelé &amp;quot;''[[Amour|histoire d'amour]]''&amp;quot; : &amp;quot;''L'amour est éternel''&amp;quot; et le verbiage qui va avec. L'artificialité est donc à la base de la démarche. Cela a la même pertinence que l'astrologie ou la numérologie. Une forme de roman-photo protivophile pour aveugles. Par exemple, il est incontestable qu'en 1882 Albertine Hottin donne naissance à un enfant, la même année que celle de la mort de Sergueï Netchaïev. De là à en tirer des conclusions, il y a un fossé à franchir ! Mais l'amour n'est que magie. En l'année 1873, Édouard Manet ne trouve pas mieux à faire que de peindre la façade de l'immeuble parisien où habite Albertine Hottin au 2 rue de Saint-Pétersbourg alors même que Sergueï Netchaïev est incarcéré à la forteresse Pierre et Paul située dans la ville russe de Saint-Pétersbourg. Faut-il y voir un signe ? Rien n'est moins sûr. Une demande directe d'Albertine Hottin à son ami et voisin ? Si, selon l'imaginaire amourien, l'amour transcende les frontières, pourquoi ne pas mettre en lien la force de la joie ressentie par Sergueï Netchaïev à l'annonce de l'assassinat du tsar en 1881 et celle de l'arrivée de Lucie Blanche dans sa nouvelle famille d'accueil.  Première enfant d'Albertine, elle est née en 1876 de géniteur mâle inconnu et abandonnée l'année même où tous les écrits de Sergueï Netchaïev sont détruits par la matonnerie. Ses écrits sur Paris disparaissent à jamais. Son roman ''Georgette'' est toujours inédit. Il est enchaîné aux mains et aux pieds pendant une année entière, dans l'impossibilité de revoir Albertine Hottin sans que cela ne soit trop compliqué à mettre en œuvre. Il en prend conscience dans sa chair. Fort heureusement, Albertine Hottin n'a pas eu à subir les conséquences directes des conditions d'incarcération dégradantes de son &amp;quot;amour&amp;quot; russe. Pas de longues heures d'attente pour un parloir. Mais, comble de la tristesse de cette année 1876, son ami poète et combattant bulgare Kristo Botev est tué lors d'un affrontement armé. Albertine Hottin, tout comme Sergueï Netchaïev, n'apprennent probablement la nouvelle que très tardivement. Voire pas du tout. La mort de Sergueï Netchaïev fin 1882 est une nouvelle épreuve insurmontable dans leur relation — déjà fort distendue. Leur amour est vraiment impossible. Sergueï Netchaïev ne se remit jamais de cela. Des recherches protivophiles menées autour de la réédition récente de la biographie de Yégor Martinof, alias Monsieur Rien &amp;lt;ref&amp;gt;''Monsieur Rien !'' de Louis Boussenard, octobre 1907 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/MRienWeb.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, ont permis de déceler la présence d'un graffiti de type naïf amourien sur les murs de la forteresse Pierre et Paul. Réalisé dans un style classique, il représente un cœur stylisé et l'inscription S+A qui ressemble beaucoup aux initiales de Sergueï et Albertine. Des recherches complémentaires doivent encore être menées pour confirmer la véracité de ces documents d'archives datant de 1907 et émanant d'une source peu fiable : les Éditions de la Rue du Jardinet sont une maisonnette d'édition qui n'est recommandée par personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Rien culturel ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est connu sur le degré d'instruction d'Albertine Hottin, mais il est à noté que, bien que l'instruction obligatoire ne soit instaurée qu'en 1882, dans ses lettres d'[[amour]] de 1871 elle semble maîtriser les rudiments écrits de la langue française. Les fautes d'orthographes et de grammaire n'entament pas la compréhension. Dans la région de Seine-Maritime d'où elle est originaire, l'environnement linguistique est une marche entre les parlers normands et picards. Une zone d'interpénétration. Contrairement à aujourd'hui, l'usage des variétés normandes et picardes des langues d'oïl est alors très présent &amp;lt;ref&amp;gt;Francis Yard, ''La parler normand entre Caux, Bray et Vexin'', 1998&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le rouennais &amp;lt;ref&amp;gt;Le rouennais ou purin de Rouen, ou encore purinique, est la variante rouennaise des parlers d'oïl de Normandie. Elle est mélée de français parisien. Quelques textes publiés de la première moitié du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; jusqu'au  XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle le sont en purinique. Voir par exemple David Ferrand, ''Inventaire général de la Muse Normande'', 1655 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8612065s En ligne]. Au cours du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, l'usage du purinique fait place au français régional de Rouen. Gérard Larchevêque, ''Le parler rouennais des années 1950 à nos jours'', éd. Le Pucheux, Rouen, 2007 &amp;lt;/ref&amp;gt;, le cauchois &amp;lt;ref&amp;gt;Le cauchois est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Caux, la partie occidentale du département de la Seine-Maritime. A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]. ''Études Normandes'', 31e année, n°3, 1982. &amp;quot;Du Cauchois au normand&amp;quot; - [https://www.persee.fr/issue/etnor_0014-2158_1982_num_31_3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le brayon &amp;lt;ref&amp;gt;Le brayon est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Bray, à cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l'Oise. J.-E. Decorde, ''Dictionnaire du patois du pays de Bray'', 1852 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6354795f En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; sont une réalité normande, tout autant que le beauvaisin picard &amp;lt;ref&amp;gt;Le beauvaisin est la variante des parlers d'oïl de Picardie utilisée dans la région de Beauvais, dans l'Oise. François Beauvy, ''Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis'', Éklitra, 1990&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques. La région d'Ernemont-sur-Buchy est à la rencontre de ces pratiques linguistiques normando-picardes. Elles se différencient des pratiques linguistiques de la région parisienne et du français standardisé appris au cours de la scolarité. Il est fort probable qu'Albertine Hottin avait un accent, typique de sa région d'origine et de sa condition sociale : Un accent de la ruralité normande. Bien souvent, hors de leur région d'origine, les hominines s'exposent aux moqueries. La glottophobie &amp;lt;ref&amp;gt;La glottophobie est un ensemble de procédés discriminatoires basés sur un usage attendu d'une langue. Par exemple, même pour une personne maîtrisant très bien une langue, avoir un accent peut-être source de moqueries ou un obstacle à l’ascension sociale. Voire créer un manque de crédibilité. Comme pour celleux qui ne maîtrisent pas bien une langue et dont les réflexions sont mésestimées.&amp;lt;/ref&amp;gt; est chose courante. L'accent et le vocabulaire sont stigmatisants. La plupart du temps, ils n'empêchent pas l'intercompréhension. Il n'est pas sûr que Sergueï Netchaïev, dont le français est sans doute basique, soit empêché de comprendre ce que dit Albertine Hottin. Leur rencontre plaide en ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les caractéristiques linguistiques probablement connues, voire utilisées par Albertine Hottin, deux intéressent particulièrement la [[protivophilie]] qui cherche tout sur rien : Le sens du mot ''[[rien]]'' et les dérivés du terme ''niant''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La région normande conserve l'ancien sens de rien qui vient du latin ''rem'', accusatif de ''res'' &amp;quot;chose&amp;quot;. L'usage de ''rien'' en ce sens est confirmé par le ''Glossaire de la langue d'oïl'' qui recense le vocabulaire entre les XI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XIV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècles &amp;lt;ref&amp;gt;''Glossaire de la langue d'oïl'', 1891 - [https://archive.org/details/glossairedelala01bosgoog/page/410/mode/2up?view=theater En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou par le ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Eugène Godefroy, ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle'', tome VII, 1892 - [https://archive.org/details/GodefroyDictionnaire7/page/n199/mode/2up En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Jusque dans le courant du XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ''rien'' est un mot du genre féminin. Tout en précisant que cet usage est &amp;quot;''vieilli ou littéraire''&amp;quot;, le ''Trésor de la langue française'' indique qu'il s'emploie encore au XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle avec un sens voisin de &amp;quot;quelque chose&amp;quot; dans les contextes à orientation négative &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Rien&amp;quot; sur le ''Trésor de la langue française'' - [http://www.cnrtl.fr/lexicographie/rien En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et cite, parmi d'autres, l'exemple suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n'ai nullement l'intention, l'illusion, de fixer rien d'éternel''&amp;lt;ref&amp;gt;André Gide, ''Geneviève'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:bal.jpg|300px|vignette|droite|&amp;quot;''Alors on danse ?''&amp;quot; dit Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev&amp;lt;ref&amp;gt;Propos hypothétiques d'Albertine Hottin rapportés par l'historien Paul &amp;quot;Stromae&amp;quot; Van Haver dans son ouvrage éponyme - [https://www.youtube.com/watch?v=VHoT4N43jK8 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Avec un sens dérivé, dans les époques contemporaines, rien est un nom de genre masculin qui exprime une petite quantité de quelque chose. Dans ce cas il n'est pas invariable : Des riens ne sont pas rien, même lorsqu'ils en sont une. Comme cela est encore aujourd'hui en usage en Normandie — et ailleurs — le mot ''rien'' est employé en antiphrase pour exprimer une grande quantité. Il est synonyme de ''beaucoup'', ''très'', ''énormément'', etc. Albertine Hottin doit connaître cette manière d'employer rien. Même l'écrivain Émile Zola l'utilise pour ses personnages &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Zola, ''La terre'', 1887 - [https://fr.wikisource.org/wiki/La_Terre_(%C3%89mile_Zola) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet usage n'est pas seulement un &amp;quot;régionalisme&amp;quot; mais aussi d'un emploi populaire. Se basant sur une recension de mots de la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et le début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le ''Dictionnaire de l'argot du milieu'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dictionnaire de l'argot du milieu'', 1928 - [https://www.languefrancaise.net/dev6/uploads/Argot/L/Lacassagne1928/l-argot-du-milieu-lacassagne-1948.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ne s'y trompe pas. ''Rien'' a de nombreux synonymes pour exprimer la petite quantité de quelque chose, voir son absence, alors qu'aux entrées &amp;quot;Très&amp;quot; et &amp;quot;Beaucoup&amp;quot;, &amp;quot;Rien&amp;quot; est donné en synonyme. Les mots de l'infantophile poétesse Frédérique &amp;quot;Dorothée&amp;quot; Hoschedé semblent sortis de la bouche même d'une Albertine Hottin un rien agacée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Arrête de m'embêter !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu fais rien qu'à m'énerver !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu profites que je ne suis''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Qu'une pauvre petit' fille !'' &amp;lt;ref&amp;gt;Dorothée, ''Bien fait pour toi'', 1986 - [https://www.youtube.com/watch?v=9XVetuMeYQs En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lexiques des parlers normands du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle listent les mots ''niant'', ''niantise'' et ''nianterie'' &amp;lt;ref&amp;gt;Par exemple, A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le premier qualifie une personne jugée niaise, et est probablement à l'origine de l'expression ''être gnan-gnan''. La niant-nianterie est une expression normande attestée. Féminins, les deux autres désignent une niaiserie, une bêtise. Leur étymon est ''niant'', avec le sens de ''néant''. Issues du latin, des formes proches sont mentionnées par les lexicographes du français ancien. Selon le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', ''nient'' ou ''niente'' signifient &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;nullement&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Nient&amp;quot; sur le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', tome VIII - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50687j/f33.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. ''Néanmoins'' se dit alors ''nientmoins''. D'évidence, une ''nianterie'' est une ''nienterie''. Le ''Glossaire de la langue romane'' liste aussi ''niens'' et ''noiant'' avec le sens de &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;aucune chose&amp;quot;. Le verbe ''anienter'' et ''anientir'' signifient &amp;quot;réduire à rien&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort, ''Glossaire de la langue romane'', 1808. Tome I - [https://archive.org/details/glossairedelala05roqugoog En ligne]. Tome II - [https://archive.org/details/glossairedelala04roqugoog En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signification &amp;quot;aucune chose&amp;quot; pour ''niente'' est encore attestée dans le français moderne dit argotique. Les ''noiantels'' — les &amp;quot;''gens qui ne sont rien''&amp;quot; selon le philosophe Emmanuel Macron — ne sont que ''nientailles''. Comme Albertine Hottin. Les trois lettres de la jeune Albertine à son &amp;quot;''ami''&amp;quot; qu'elle déclare aimer ne semblent pas contenir de &amp;quot;normandismes&amp;quot;. Ou alors ils ne se distinguent en rien du français parisien standard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile de déterminer quelles sont les occupations culturelles d'Albertine Hottin. Selon ses propres mots, elle fréquente parfois le théâtre. Dans la troisième lettre, elle dit à ce sujet : &amp;quot;''je nè pas voulu allez aucun thatre je netais pas assez gaei.''&amp;quot; Les deux billets de faveur pour les théâtres du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot; /&amp;gt; et de Cluny &amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot; /&amp;gt;, conservés par les archives de Zurich, laissent imaginer que les deux ont eu pour projet d'assister ensemble à des représentations. Ce ne sont pas des entrées gratuites, mais des réductions. Un franc par place, plutôt que trois, au Châtelet et en demi-tarif pour celui de Cluny. Pour avoir un ordre de grandeur, l'Annuaire statistique de 1878 indique que le salaire annuel d'une domestique à Paris se situe entre 300 et 500 francs, soit environ 25 à 40 francs par mois &amp;lt;ref&amp;gt;''Annuaire statistique de la France'', 1878 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505170r/f274.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Convictions ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des recherches sont encore à entreprendre pour croquer la vie d'Albertine Hottin lors de la Commune de Paris. La rencontre avec Sergueï Netchaïev a lieu juste avant. Parmi son cercle familial, la répression contre les hominines ayant participé à ce soulèvement n'est pas une inconnue. Léon Sainte Croix et Ernest Pierre Cherfix sont emprisonnés brièvement à la suite du soulèvement de la Commune de Paris de 1871. Le premier est jugé par le vingt-troisième conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 551, dossier n°235 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; qui siège à Versailles du 15 février au 30 juillet 1872. Ernest est inquiété pour son appartenance au 120&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; bataillon de la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot; /&amp;gt;. Il est transféré vers Lorient où il est placé en détention à la citadelle de Port-Louis puis sur le ponton ''La Vengeance'' avec plus de 600 autres hominines &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Les pontons&amp;quot; dans le journal ''Radical'', 17 octobre 1871 - [https://www.retronews.fr/journal/le-radical-1871-1872/17-octobre-1871/2835/4446427/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un non-lieu est prononcé en sa faveur le 17 février 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 478, dossier n°15974 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres d'Albertine Hottin ne permettent pas de déterminer son rapport à la politique. Est-elle attentive à son environnement social et politique ? Y est-elle active ? En réponse à une question de Sergueï Netchaïev, la seule nouvelle politique qu'elle donne est dans le domaine de l'économie, à propos d'un emprunt français, et rapporte les inquiétudes du journal ''Le Figaro'' et les commentaires de politiciens à ce sujet. Rien de très fouillé. Si Albertine Hottin est employée par des membres de la classe politique et/ou économique, elle peut avoir accès plus facilement à des informations diverses et avoir vent de ce qu'il se dit sur tel ou tel sujet. Travaille-t-elle pour le député Louis Martel ou pour François Xavier Merlin qui habitent tout deux au 180 boulevard Haussman ? L'un, député du Pas-de-Calais, est vice-président du conseil supérieur de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie, président de la commission des grâces après la Commune. Élu sénateur en 1875. L'autre est un colonel de l'armée française, président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Peut-on rien comprendre à la vie humaine, si l'on ne commence pas par comprendre que toujours c'est la pauvreté qui surabonde en grandeur ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Maritain, ''Humanisme intégral'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Fin ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort par tuberculose le 19 mars 1906 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot; /&amp;gt; est un indicateur des conditions sociales d'Albertine Hottin. À la charnière des XIX et XX&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; siècles, la tuberculose se propage en France. Même si le chiffre de 150000 décès par an est infondé&amp;lt;ref&amp;gt;Arlette Mouret, &amp;quot;La légende des 150 000 décès tuberculeux par an&amp;quot;, ''Annales de démographie historique'', 1996 - [https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1996_num_1996_1_1910 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le nombre de mort inquiète les autorités politiques. Après un dizaine d'années d'études des conditions d'hygiène dans plusieurs quartiers de Paris, treize îlots urbains sont identifiés dans la ville pour être des lieux propices à l'émergence ou la diffusion de la tuberculose. Sombres pour l'étroitesse de leurs rues et pathogènes pour les conditions de vie. La maladie et son mode de contagion ne sont pas encore totalement compris&amp;lt;ref&amp;gt;Stéphane Henry, &amp;quot;De la phtisie, «maladie romantique», à la tuberculose, «maladie sociale»&amp;quot;, ''Vaincre la tuberculose (1879-1939) : La Normandie en proie à la peste blanche'', Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013 - [https://doi.org/10.4000/books.purh.5523 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les premiers essais en vue d'un traitement progressent. Les causes d'apparition de la tuberculose sont le manque de lumière et d'aération dans les logements ou le surpeuplement colocatif. La pauvreté et la malnutrition sont évidemment des facteurs aggravants. Pour l'année 1906, le rapport rendu au préfet après l'étude de 425 maisons, représentant 20500 logements pour 47000 hominines, préconise des travaux dans plusieurs milliers de chambres et d'appartements jugés trop sombres et mal aérés&amp;lt;ref&amp;gt;''Rapport à M. le préfet sur les enquêtes effectuées dans les maisons signalées comme foyers de tuberculose'', 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56808027 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'interdiction à la location pour certains logements. Les 13 îlots urbains considérés insalubres seront détruits dans les décennies suivantes. Albertine Hottin ne vit pas dans l'un de ces îlots. Cuisinière, elle habite peut-être dans un logement mal aéré ou mal éclairé, celui réservé aux domestiques sous les toits ? Les quartiers parisiens en sont pleins pour &amp;quot;''faire danser la bourgeoisie''&amp;quot; comme le note le sociologue de la danse Mounir &amp;quot;Hornet La Frappe&amp;quot; Ben Chettouh&amp;lt;ref&amp;gt;Hornet La Frappe, &amp;quot;Bourgeoisie&amp;quot; sur l'album éponyme, 2018 - [https://www.youtube.com/watch?v=DQl_Xcg_QJQ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quoiqu'il en soit, la tuberculose a su trouver son chemin jusqu'à elle. Jean Cocteau, qui habite au 6 de la rue de Surène vingt ans plus tard, ne semble plus incommodé par la présence tuberculeuse. Il y installe même sa petite fumerie d'opium personnelle. Au bas de l'immeuble, le boucher et le restaurant de 1906 sont aujourd'hui devenus deux petits restaurants et le 6 de la rue est aussi l'adresse de l'hôtel deux étoiles &amp;quot;La Sanguine&amp;quot;. Lorsqu'elle meurt en 1906, le 6 est l'adresse de l'hôtel de la Madeleine. Albertine Hottin est-elle logée dans une des chambres ? Exerce-t-elle le métier de cuisinière tout simplement dans le restaurant au pied de l'immeuble ? Ironie de l'histoire, le lendemain de son décès, le quotidien ''Le Petit Journal'' publie en première page un article sur le sort qui est fait aux domestiques, particulièrement les femelles. Sobrement intitulé &amp;quot;La question des domestiques&amp;quot;, il rappelle qu'il est &amp;quot;''de notoriété [...] qu'à Paris c'est au dernier étage où les jeunes filles se couchent, qu'elles contractent la tuberculose, et parfois de pires maladies.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Petit Journal'', 20 mars 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k617472s En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Parmi les maîtres, il existe une &amp;quot;''fâcheuse habitude parisienne qui relègue les domestiques au sixième étage des maisons, dans des mansardes mal cloisonnées, loin de toute surveillance.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Surene1910.jpg|200px|vignette|droite|Dernière adresse d'Albertine Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Photographie datée de 1910, quatre ans après la mort d'Albertine Hottin&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
La mise à la fosse commune de sa dépouille en 1906 est sans doute aussi le reflet de sa condition sociale. D'après les archives, ses deux sœurs sont toujours domiciliées à Paris. Veuve depuis 1892, Irma est couturière à Neuilly-sur-Seine en 1904. Elle meurt trente ans plus tard à Paris. Après avoir vécu quelques années dans la Somme, Léonie, son époux et leur progéniture, retournent à Paris. Leur dernier enfant, un hominine mâle, naît en 1886 dans cette ville. En 1900, Léonie est encore à Paris selon l'acte de mariage de sa fille. Elle y meurt en 1918. Abandonné à sa naissance, Ernest Hottin n'a probablement aucun lien avec sa mère biologique. Il vit en Normandie. Lucie, la fille d'Albertine, vit en Picardie. Elle s'y marie en 1899. Aucune indication sur les liens qu'Albertine Hottin entretient avec sa parentèle. [[Rien]]. Impossible de déterminer ses relations sociales. Évidemment, il est fort probable qu'elle dise parfois &amp;quot;''Bonjour !''&amp;quot; à Monsieur Frenea, le boucher du bas de l'immeuble de la rue de Surène, ou qu'elle regarde avec indifférence les hominines qui sortent du numéro 7, le siège de la société coloniale commerciale des Sultanats du Haut-Oubangi&amp;lt;ref&amp;gt;Le Haut-Oubangi est un territoire colonial français d'Afrique centrale entre 1894 et 1904. Il est réuni en 1904 avec le Haut-Chari pour former l'Oubangui-Chari qui dévient la République centrafricaine (RCA) en 1960.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle est déjà passée devant le café du Siècle, au numéro 9, a déjà ralenti devant les curiosités de la boutique de Madame Daubernay au 3, croisé des livreurs de vins ou entendu les compositions de Charles Lecocq, le musicien du 28. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De partout on y vient''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On salue, on cause''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De tout et puis de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On cause de tout, on cause de rien, de rien, de tout, de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose'' &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de l'opéra-comique en trois actes ''Ninette'' de Charles Clairville, musique de Charles Lecocq, 1896 - [https://vmirror.imslp.org/files/imglnks/usimg/f/ff/IMSLP222532-SIBLEY1802.21030.63c2-39087011139500score.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une archéologie du paysage sonore &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Mylène Pardoën, &amp;quot;''l’archéologie est une science auxiliaire de l’histoire (en tant que celle-ci est la science du passé) à partir des périodes où monuments et documents écrits coexistent. (dictionnaire de l’Académie française). Ce terme me semble approprié car l’archéologie du paysage sonore s’appuie sur des témoignages textuels ou visuels afin de reconstituer les ambiances.''&amp;quot; À écouter &amp;quot;Archéologie sonore, écouter les sons du passé&amp;quot; dans ''Le cours de l'histoire'', novembre 2021 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/archeologie-sonore-ecouter-les-sons-du-passe-3462720 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; est encore à faire. Elle sait discerner qui, dans son voisinage, est le médecin ou l'avocat de l'hominine qui travaille pour la teinturerie ou dans les cafés et restaurants. La boutique de lingerie du 7 et le crémier du 5 n'ont pas la même clientèle que la vitrerie et les tapissiers. Se relationne-t-elle avec ses collègues hors du cadre de son travail ? Comme pour les recherches protivophiles autour de [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si Albertine Hottin a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ? Qui sont ces personnes ?''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt; Dans les deux cas, cette question reste sans réponse. Les uniques êtres vivants à pouvoir vivre aussi longtemps pour être contemporains d'Albertine Hottin sont les arbres et donc à en avoir une hypothétique forme de souvenir. Mais les remaniements urbanistiques ont eu raison d'eux. Une photographie des alentours du 62 avenue des Ternes montre que les arbres ont été remplacés par d'autres. Les hypothèses les plus sérieuses sur les raisons de la mise à la fosse commune sont celles liées à l'impossibilité pour Albertine Hottin de se payer une sépulture, une ignorance de sa mort par sa proche parentèle avant la date maximale fixée par les réglementations, une absence de volonté ou une difficulté à prendre en charge les frais pour les proches — les liens familiaux sont des processus complexes.  Le registre des transports de corps payants &amp;lt;ref&amp;gt;Transports de corps payants, 23 mars 1906 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/pomp.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; indique que les frais de pompes funèbres s'élèvent à 49 francs et que sur les neuf classes d'enterrement — la première étant la plus luxueuse — Albertine Hottin bénéficie de la huitième &amp;lt;ref&amp;gt;Sur les classes d'enterrement, voir ''Ordonnateurs de convois funéraires'' sur Geneawiki - [https://fr.geneawiki.com/wiki/Ordonnateurs_de_convois_fun%C3%A9raires_-_Paris En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Morte un peu moins d'un mois après son père, elle n'a pas le temps de profiter de l'héritage familial &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Albertine Hottin décède dans un contexte social particulier. Quelques jours après la mort de plus d'un milliers de mineurs de charbon dans le nord de la France le 10 mars et quelques mois avant l'instauration en France d'une journée de repos obligatoire le dimanche pour les hominines dont elle ne profitera donc jamais. Elle meurt un lundi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Dans nos familles, on boit dans des verres à moutarde. Nous ne sommes pas des aristocrates. Nous manquons d’élégance ; et notre race est incertaine. Mais nous n’oublions rien.''&amp;lt;ref&amp;gt;[[Alain Chany]], ''L'ordre de dispersion'', Gallimard, 1972. Cité à l'entrée &amp;quot;Un plat qui se mange froid&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Multivers onarien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme ''onirique'', le néologisme ''onarien'' est basé sur l'étymon ''ὄναρ'', prononcé &amp;quot;ónar&amp;quot; en grec ancien, qui signifie ''rêve'' et au sens figuré ''rêverie''. Il est généralement employé dans le cadre très spécifique des ''Albertine's Studies''. L'expression ''multivers onarien'' désigne l'ensemble des vies d'Albertine Hottin dans les imaginaires d'autres hominines. Non pas celles, hypothétiques, qu'elle aurait pu avoir mais celles, réelles, qu'elle n'a pas eu. Malgré sa mort en 1906, elle continue à exister pour d'autres hominines grâce à de multiples mécanismes qui structurent le multivers. Les quelques décennies qui séparent sa mort de sa première mention post-mortem restent mystérieuses. L'absence de traces écrites empêche une véritable archéologie de son souvenir. Combien d'hominines se souviennent encore d'elle en 1973, date de la parution en anglais d'un article d'historien qui la mentionne. Y a-t-il réellement une continuité mémorielle entre 1906 et 1973 ? Impossible d'affirmer quoi que ce soit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'espace francophone, la première mention explicite d'Albertine Hottin date de 1989 dans une biographie de Sergueï Netchaïev &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot; /&amp;gt;. Le film ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot; /&amp;gt; de 1974 met en scène un personnage d'Albertine, sans que cela soit explicitement précisé qu'il s'agisse d'elle. Le scénario se passe à Zurich. Il faut attendre 2017 et la parution des ''Analectes de rien'' &amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017&amp;lt;/ref&amp;gt; de [[F. Merdjanov]] pour que le nom d'Albertine Hottin réapparaisse publiquement. Une courte allusion lui est faite. C'est au cours de ces décennies de maturation que sont nées les ''Albertine's Studies'' dont les (premiers) travaux sont publiés dans un article biographique entamé en 2018 &amp;lt;ref&amp;gt;Véritable article de référence, il est le plus complet travail réalisé à ce jour sur Albertine Hottin - [https://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. La même année, elle est ajoutée sur la page de l'encyclopédie ''wikipédia'' consacrée à Sergueï Netchaïev. Puis, elle est brièvement évoquée en 2021 dans l'ouvrage [[Protivophilie|protivophile]] ''Poésie par le fait/faire. Géographie po(l)étique des avant-gardes de Russie'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt; qui lui est dédié. Rien de plus. Ce retour, même discret, se matérialise dorénavant par une existence sur le réseau internet à travers la présente page. Via des moteurs de recherche ou des intelligences artificielles. Pour qui cela amuse, il est maintenant techniquement concevable de faire des hypertrucages avec Albertine Hottin discutant avec qui elle veut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Onarien.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- T’as dis quelque chose ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Non, rien...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Ah, j’avais cru.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- C’est rien !'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Éloge de rien'', 2014 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/ElogeDeRien.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les recherches autour du multivers onarien ne sont pas une simple énumération ou une chronologie des mentions d'Albertine Hottin sur les supports modernes. Elles explorent les chemins sinueux que prennent les pensées des hominines. De par la diffusion des quelques écrits la mentionnant, Albertine Hottin est entrée dans des imaginaires du présent qui ne sont pas les siens ou ceux d'hominines la connaissant. De la simple découverte de son existence au détour d'une lecture à son évocation dans cette biographie ou au détour d'une discussion, elle est unr réalité dans plus d'esprits qu'elle ne l'a jamais été. Ce phénomène n'est pas quantifiable et ne peut être réduit au nombre d'exemplaires des ''Analectes de rien'' ou de ''Poésie par le fait/faire'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt;. Même si cette présence est très probablement évanescente, dorénavant elle peut fournir du contenu à un univers onirique. Avec autant de flou que peut l'être un rêve. Avec autant de possibilités qu'offrent ce phénomène. Pour qui rêve, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de matière pour alimenter les détails d'un scénario. Que les personnages présents soient de simples PNJ &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie Wikipedia, &amp;quot;''un personnage non-jouable, également appelé personnage non joueur, désigne tout personnage de jeu de rôle ou de jeu vidéo qui n'est pas contrôlé par les joueurs.''&amp;quot;&amp;lt;/ref&amp;gt; ou le cœur du songe. Rien n'oblige à ce que cela corresponde à la réalité des hominines. Ainsi, Albertine Hottin peut être vue habillée en jeans-tee shirt-basket, faisant du ski dans les Alpes ou lisant ''Sur les cimes du désespoir'' d'Emil Cioran. Elle peut apparaître grande et rousse, ou petite et ronde, alors même que rien n'est su sur sa morphologie. Et même avoir le physique d'une autre personne clairement identifiable. Est-elle déjà montée sur le dos d'une licorne ou est-elle capable de voler dans les airs ? Connaît-elle personnellement Bilbo le hobbit ? Dans le multivers onarien de telles possibilités sont infinies. Albertine Hottin peut parler diverses langues, écouter de la musique classique ou du hardcore-métal, rire bruyamment ou n'être qu'une ombre. Il est possible de discuter avec elle ou de se contenter de sa discrète présence. De s'en faire une amie ou de l'ignorer. Et cetera, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté avec le multivers onarien n'est pas sa conceptualisation mais le recueil des différentes expériences auprès des hominines qui l'ont partiellement exploré. Partant de rien, la méthode est encore à définir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== P’têt ben qu’oui ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est à ce jour impossible d'affirmer l'unicité des deux Albertine Hottin car, pour l'instant, aucun document ou archive ne permet de certifier un lien entre les deux : L'une rue de La Vrillière en 1872 et l'autre boulevard Haussmann en 1876. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ces deux Albertine ne font qu'une, cela signifie qu'elle rencontre Sergueï Netchaïev vers l'âge de 19 ans. Lui en a 23. Lieu de leur rencontre, la rue du Jardinet est détruite en 1875&amp;lt;ref&amp;gt;La rue du Jardinet actuelle est l'ancienne Cour de Rohan qui prolongeait l'ancienne rue du Jardinet.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P’têt ben qu’non ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment expliquer qu'une jeune domestique rencontre un hominine &amp;quot;serbe&amp;quot; dans un quartier d'imprimeurs, de relieurs et de libraires ? Le billet de bal conservé par Sergueï Netchaïev et imprimé dans la rue du Jardinet fait-il le lien ? Est-ce qu'Albertine côtoie les hominines de sa famille qui sont dans les métiers du livre ? L'imprimerie Quantin a-t-elle participé à des projets de journaux ou de livres politiques ? Est-ce la Commune de Paris qui fait le lien entre les cercles familiaux Hottin/Cherfix et Sergueï Netchaïev ? Est-ce le travail de ce dernier ou ses activités politiques ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse la plus [[Protivophilie|protivophile]] est sans doute celle d'Edouard Hottin, cousin du père d'Albertine. Pour le plaisir des mots, il est facile d'imaginer que tout se joue autour de ce chimiste né à Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot; /&amp;gt;. Mais cela ne repose pour l'instant sur rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pour rien ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la postface de ''Analectes de rien'' de [[F. Merdjanov]], publié en 2017, les éditions Gemidžii précisent qu’elles auraient pu prendre le nom de Éditions Albertine Hottin, &amp;quot;''comme une dédicace […] un clin d’œil, une tentative de démythification''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt;, si elles avaient été adeptes d’un tel procédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le très merdjanovien ''Poésie par le fait/faire''&amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot;&amp;gt;''Poésie par le fait/faire'', 2021 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Poezi.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, publié en 2021 par Z-ditions de l’Amphigouri, est dédicacé à Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Galerie ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
PlanJardinet.jpg|Rue du Jardinet vers 1870&lt;br /&gt;
Genindus.jpg|Procédé chimique de la Hottine&amp;lt;ref&amp;gt;''Le Génie Industriel'', 1&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; janvier 1865 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6546728v/f56.item En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Extrad.jpg|Affiche de ''L'Extradition''&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
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		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Riote&amp;diff=21482</id>
		<title>Riote</title>
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		<updated>2026-04-22T17:04:36Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : Page créée avec « {|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot; |- | '''Riote''' ( en macédonien - en nissard) Geste de premiers secours   [En cours de rédaction]   == Notes == &amp;lt;refere... »&lt;/p&gt;
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'''Riote''' ( en [[macédonien]] - en [[nissard]]) Geste de premiers secours&lt;br /&gt;
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[En cours de rédaction]&lt;br /&gt;
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== Notes ==&lt;br /&gt;
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		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
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		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21481</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
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|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne]. À noter ''Le Chant d’amour grand-singe, un corpus lyrique méconnu, recueilli, traduit et commenté par Jacques Jouet'', publié par ''La Bibliothèque oulipienne'', vol. 62, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
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''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
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Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[:Media:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21480</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21480"/>
		<updated>2026-04-22T16:23:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne]. À noter ''Chant d'amour grand-singe'', poèmes recueillis par Jacques Jouet, publié dans ''La Bibliothèque oulipienne'', vol. 62, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[:Media:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21479</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-22T15:49:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[:Media:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21478</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-22T15:42:19Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| &lt;br /&gt;
''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[:Fichier:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21477</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21477"/>
		<updated>2026-04-22T15:36:19Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
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Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[Fichier:Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21476</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21476"/>
		<updated>2026-04-22T15:34:38Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [Aucœurdelhistoire.ogg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin&amp;diff=21475</id>
		<title>Albertine Hottin</title>
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		<updated>2026-04-22T15:30:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|'''Albertine Hottin''' (Албертине Оттин en [[macédonien]] - Albertina Hottin en [[nissard]]). Compagne de Sergueï Netchaïev entre 1870 et 1872 après JC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;ref&amp;gt;Un excès de romantisme pourrait laisser penser que ces initiales ne se rapportent pas au messie des christiens mais à Juliette Capulet, l'héroïne de ''Roméo et Juliette'', le drame shakespearien. Mais il n'en est rien, &amp;quot;''toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite''&amp;quot;. Voir l'adaptation de Phil Nibbelink en 2006 ''Romeo and Juliet: Sealed with a Kiss'' où Juliette et Roméo sont des otaries - [https://www.youtube.com/watch?v=NsK9xWjAYCE En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Biographie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le révolutionnaire russe [[Hache#Société_de_la_Hache|Sergueï Netchaïev]] voyage avec un faux passeport serbe au nom de Stepan Grazdanov &amp;lt;ref&amp;gt;Mêmes initiales que Netchaïev dont le nom complet est Sergueï Guennadievitch (Netchaïev)&amp;lt;/ref&amp;gt; obtenu grâce à des révolutionnaires macédo-bulgariens &amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Stonoff, ''Un centenaire bulgare parle'', Notre Route, 1963 - [https://libcom.org/files/Un_centenaire_bulgare_parle_-_Nicolas_Stonoff.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Il se déplace entre Paris et la Suisse de 1870 à 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Nechaevshchina: An Unknown Chapter&amp;quot;, ''Slavic Review'',‎ Vol.32, N° 3, 1973 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/woodnetch.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'année de son arrestation en Suisse puis de son extradition vers la Russie &amp;lt;ref&amp;gt;Voir le chapitre &amp;quot;Société de la Hache&amp;quot; dans l'article sur la [[hache#Société de la Hache|hache]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives de Zurich détiennent des lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev – qu'elle connaît sous le pseudonyme de Stephan – dans lesquelles ce dernier fait part de ses sentiments, bien loin des considérations politiques qu'il développe dans ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'' en 1869 &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Le Catéchisme du Révolutionnaire'', 1869 - [http://durru.chez.com/netchaev/lecat.htm En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et des tristes caricatures qu'ont fait de lui des littérateurs &amp;lt;ref&amp;gt;Ivan Tourgueniev, ''Père et Fils'', 1862. Fiodor Dostoïevski, ''Les Démons'', 1871&amp;lt;/ref&amp;gt;, &amp;quot;''mélange de père-fouettard et de froideur militante''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot;&amp;gt;F. Merdjanov, &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; (Postface), ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017 - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Prenant à contre-pied les classiques lectures dépréciatives de la pensée politique de Sergueï Netchaïev, Erwan Sommerer rappelle que &amp;quot;''Netchaïev, prenant acte du fait que toute révolution partielle est une révolution manquée, assume donc la table rase. C’est ce qu’il nomme la pandestruction — la destruction totale de l’ordre existant —, seule voie vers une situation d’amorphisme, c’est-à-dire l’état de disparition absolue de toutes les formes sociales et institutionnelles.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot;&amp;gt;Erwan Sommerer, &amp;quot;La férocité du peuple. Netchaïev avait un plan&amp;quot; dans ''Lundi Matin'', n°504, 14 janvier 2026 - [https://lundi.am/La-ferocite-du-peuple En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour lui, &amp;quot;''Netchaïev est cohérent : si les révolutions échouent à briser la continuité de l’oppression, c’est parce que les révolutionnaires se réservent par avance les meilleurs places dans les institutions à venir. Alors ne s’arroge-t-il pour lui-même et ses alliés aucun privilège de ce type. Le but n’est pas la conquête du pouvoir, mais la destruction des conditions de possibilité même du pouvoir.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#erw&amp;quot; /&amp;gt; Son plan est simple et son analyse limpide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La génération actuelle doit commencer la véritable révolution, commencer à bouleverser totalement toutes les conditions de la vie sociale ; elle doit détruire tout ce qui existe, sans réflexion, sans distinction, avec pour unique considération que ce soit le plus vite possible et à la plus grande échelle possible. Mais puisque cette génération a subi l’influence des conditions de vie répugnantes contre lesquelles elle s’insurge, l’œuvre de création ne peut lui incomber. Cette œuvre incombe aux forces pures qui se révèlent dans les jours de rénovation. Nous disons : les atrocités de la civilisation moderne dans laquelle nous avons grandi nous ont privés de la capacité de bâtir le paradis de la vie future dont nous ne pouvons rien savoir de précis, seulement qu’il sera l’exact contraire des horreurs présentes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Sergueï Netchaïev, ''Les principes de la révolution'', 1869. Cité dans ''La férocité du peuple''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Charles_Marville,_Rue_du_Jardinet,_ca._1853–70.jpg|200px|thumb|right|Rue du Jardinet (Paris - VI&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;) en août 1866]]Lors de ses différents séjours de plusieurs mois à Paris entre 1870 et 1872, Sergueï Netchaïev loge au 5 de la rue du Jardinet &amp;lt;ref&amp;gt;Dans le cadre d'un réaménagement urbain, la plus grande partie de la rue du Jardinet est détruite en novembre 1875 pour faire place au boulevard Saint-Germain. Voir [http://vergue.com/post/701/Rue-du-Jardinet en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une chambre meublée qu'il loue sous sa fausse identité serbe. En provenance de Londres, il arrive à Paris à la fin de 1870, alors que l'armée prussienne est aux portes de la ville. Il s'installe au 56 de la rue Saint-André-des-Arts &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'annuaire de 1871, cette adresse correspond à celle de l'hôtel New York, tenu par la veuve Canonne&amp;lt;/ref&amp;gt;, avant de déménager rapidement à quelques mètres de là, rue du Jardinet. Cette rue abrite alors de nombreux artisans du livre, graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, etc. Albertine Hottin vit dans la capitale française lors de la Commune de Paris entre le 18 mars et le 28 mai 1871 mais nous n’avons aucune information sur sa participation à ces évènements. Sergueï Netchaïev quitte la capitale française en février 1871 pour y revenir en novembre, puis s'absente de nouveau de Paris entre février et avril 1872. Dans sa correspondance sentimentale, il prétexte des affaires à régler avec ses parents pour expliquer ses absences. Lors de ses séjours parisiens, il exerce le métier de peintre d'enseignes pour gagner sa vie. Ses activités politiques restent mystérieuses. Dans des circonstances que nous ignorons, Albertine Hottin et Sergueï Netchaïev se rencontrent rue du Jardinet (6&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt; arr.) entre la fin 1870 et février 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''C'est là que j'ai eu le bonheur de vous parler pour la première fois [...]'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot;&amp;gt;Trois lettres d'Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev, Été (?) 1871 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/albertine.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Suisse, Sergueï Netchaïev lui envoie ses lettres au 10 rue de La Vrillière dans le premier arrondissement parisien. En Suisse, les archives de Zurich conservent des brouillons de lettres de Sergueï Netchaïev et trois courtes lettres envoyées par Albertine Hottin. Elles ne sont pas datées mais selon les informations qu'elles contiennent elles sont probablement écrites à l'été 1871. L'adresse qu'elle fournit pour correspondre avec son &amp;quot;amoureux&amp;quot; est-elle la sienne propre ou celle de son lieu de travail ? Dans les affaires saisies lors de l'arrestation de Sergueï Netchaïev, outre cette correspondance, figurent des carnets dans lesquels sont notés des adresses parisiennes pour travailler, des listes de journaux militants et de lieux de discussions, des notes diverses, qui donnent des indications sur ses activités parisiennes et sur les périodes où il y séjourne &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot;&amp;gt;Jeanne-Marie Gaffiot, ''Netchaïeff'', L’âge d’Homme, 1989&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il garde aussi les billets d'entrée pour deux personnes au théâtre du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot;&amp;gt;''Les mousquetaires'' du 16 au 23 septembre 1871 au théâtre du Châtelet - [[Média:chatelet.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; et à celui de Cluny&amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot;&amp;gt;Billet de faveur au théâtre de Cluny - [[Média:cluny.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les deux billets sont des &amp;quot;billets de faveur&amp;quot;, accordés gratuitement pour une seule représentation. Les dates de représentation des ''Mousquetaires'' au théâtre du Châtelet, entre le 16 et le 23 septembre 1871, indiquent qu'il n'a pu s'y rendre, étant alors absent de Paris. Sont-ce des souvenirs liés à sa liaison avec Albertine Hottin, elle qui sous-entend aller parfois au théâtre ? Les archives zurichoises détiennent aussi un &amp;quot;''billet de faveur pour un cavalier''&amp;quot; valable en janvier 1872 pour un bal de nuit, &amp;quot;''paré, masqué et travesti''&amp;quot;, du vendredi soir à la salle du Pré-aux-Clercs&amp;lt;ref&amp;gt;Billet de faveur pour un cavalier valable en janvier 1872 pour un bal de nuit à la salle du Pré-aux-Clercs - [[Média:bal.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est imprimé 1 rue du Jardinet, à quelques pas de la résidence parisienne de Sergueï Netchaïev. À cette date, il est encore à Paris mais rien n'indique qu'il y soit allé se dégourdir les gambettes et se remuer le popotin en compagnie d'Albertine Hottin. Le ton des lettres reste &amp;quot;courtois&amp;quot; et nous ignorons si cette rencontre a débouché sur une progéniture&amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov (attribué à), ''L’énigme Floresco'', date inconnue, inédit&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'invisibilité sociale faite aux femmes dans l'écriture de l'Histoire occulte le plus souvent leur présence, schéma auquel n'échappent pas les mouvements révolutionnaires. Leur engagement est minimisé, empreint de romantisme, dévalorisé et expliqué par l’influence unilatérale d’un homme proche (père, frère, oncle, mari ou compagnon) dans des discours sexistes afin de correspondre à la prétendue &amp;quot;nature féminine&amp;quot; qui serait faîte de fraîcheur et de naïveté, de discrétion et de dévouement. Comme Albertine Hottin, disparue derrière la figure de Sergueï Netchaïev malgré son rôle dans la vie de ce dernier. D'elle, nous ne savons — pour l'instant — quasiment rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Nous savons peu de choses sur elle ; elle était alphabétisée mais pas très intelligente, politiquement naïve, et dévouée [à Netchaïev]'' &amp;lt;ref&amp;gt;Woodford Mc Clellan, &amp;quot;Sergei Nechaev in the Period of the Paris Commune&amp;quot;, ''Bulletin. Classe des Sciences Sociales'', LIII,‎ 1974 [https://books.google.fr/books?id=a4DwCAAAQBAJ&amp;amp;lpg=PA145&amp;amp;ots=wI7jPV81Sn&amp;amp;dq=albertine%20hottin&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout en nous gratifiant de quelques poncifs sexistes, ces mots de Woodford Mc Clellan confirment qu'il n'en sait pas plus. Peut-il se fier à trois courtes lettres pour être aussi affirmatif ? Les fautes d'orthographe et de syntaxe ne sont pas des marqueurs d'imbécilité mais indiquent peut-être une classe sociale n'ayant pas accès à l'éducation. Et d'autant plus pour une &amp;quot;jeune fille&amp;quot; dans les années 1870. Quand à la candeur, elle n'est peut-être que le reflet du caractère mièvre qui transpire très souvent des correspondances amoureuses, et la naïveté, une qualité/pathologie révolutionnaire...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mauvaise réputation de Sergueï Netchaïev, jugé calculateur et froid par ses détracteurs, permet d'émettre de multiples hypothèses sur la nature exacte de ses liens avec Albertine Hottin. Faut-il voir dans les correspondances disponibles une idylle naissante ou ne sont-elles que manipulation de l'un pour profiter des sentiments de l'autre ? Le jeune homme qu'est alors Sergueï Netchaïev succombe-t-il en [[amour]] ou cherche-t-il à impliquer, malgré elle, Albertine Hottin dans des projets clandestins ? Obtient-il des informations ou a-t-il accès à de potentielles cibles via Albertine Hottin ? Les quelques lettres échangées dans le courant du premier semestre 1870 entre Sergueï Netchaïev et Nathalie Herzen, alors qu'il est en Suisse, montrent qu'il est capable de jouer sur les sentiments amoureux dans un but politique, et inversement ! &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Catteau, Tatiana Bakounine, &amp;quot;Contribution à la biographie de Serge Nečaev : Correspondance avec Nathalie Herzen&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', vol. 7, n°2, avril-juin 1966 - [https://doi.org/10.3406/cmr.1966.1666 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans deux de ses lettres, semblant répondre aux inquiétudes de son Stephan, Albertine Hottin lui précise qu'elle prend bien garde de ne parler à personne de leur relation. L'insistance de Sergueï Netchaïev pour que leur correspondance reste secrète laisse à penser que, pour des raisons de sécurité, il préfère utiliser une adresse intermédiaire. Dans ce cas, le 10 rue de La Vrillière ne serait qu'une boîte aux lettres et non le lieu d'habitation d'Albertine Hottin. Selon l'annuaire de 1871, à cette adresse se trouve le coiffeur Eusèbe Alexandre Balesdan, les tailleurs Huiart et Neumann, la draperie en gros Boerne et Fabre, le crémier F. Lagache et un changeur. Les informations disponibles ne suffisent pas à déterminer les plans envisagés par Sergueï Netchaïev... Quoiqu'il en soit, les mots employés dans les lettres d'Albertine laisse entendre qu'elle n'est pas une militante révolutionnaire et n'est pas du tout au fait de la politique. Le &amp;quot;machiavélisme&amp;quot; politique assumé de Netchaïev incite à se questionner sur l'intérêt pour lui et ses projets révolutionnaires d'une telle relation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les affaires personnelles de Sergueï Netchaïev détruites par les matons de la forteresse Pierre et Paul figuraient des traductions et des commentaires de poèmes, ainsi que des récits et des fragments de plusieurs romans. Un volumineux roman, intitulé ''Georgette'', se déroule à Paris en 1870 et plusieurs récits sont compilés dans des &amp;quot;souvenirs de Paris&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Michael Confino, ''Violence dans la violence. Le débat Bakounine-Necaev'', Maspero, 1973&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'un d'eux, ''L'entresol et la mansarde'', était-il une référence à Tchernychevski &amp;lt;ref&amp;gt;Nikolaï Tchernychevski, ''Que faire ? Les Hommes nouveaux'', 1862-1863&amp;lt;/ref&amp;gt; ou une allusion romantique à Albertine ? Impossible d'en savoir plus car de ces écrits de Sergueï Netchaïev, il ne reste rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans ses mémoires, Michael Sagine (aka Armand Ross) raconte&amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt; comment il récupère les papiers de Sergueï Netchaïev restés cachés à Paris mais ne précise pas s'il était aussi chargé d'avertir Albertine Hottin. Ni même s'il connaît son existence. Les éléments biographiques et historiques disponibles sur Sergueï Netchaïev ne sont pas en mesure d'en éclaircir les parts d'ombre. En adoptant la mythomanie pour stratégie, il brouille les cartes &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Vera Figner, &amp;quot;dans l'histoire du mouvement révolutionnaire en Russie, Netchaïev a été une figure tout à fait exceptionnelle, un personnage singulier dont nous n'avons jamais rencontré l'équivalent. Malgré tout ce qu'a de choquant pour nous la tactique cynique mise en pratique au cours de sa vie et fondée sur la maxime &amp;quot;La fin justifie les moyens&amp;quot; on ne peut cependant s'empêcher d'admirer sa volonté de fer et son caractère inébranlable, et de reconnaître le désintéressement qui a guidé toutes ses actions&amp;quot;.  Véra Figner, ''Mémoires d’une révolutionnaire'', Mercure de France, 2017 &amp;lt;/ref&amp;gt;, tout autant pour ses proches que pour ses détracteurs. Ces derniers lui reprochent de ne pas avoir d'autre projet que la destruction de tout et de n'avoir fait que du néant. Sans doute ses plus belles réussites... En optant pour le pragmatisme, les témoignages et les correspondances laissent transparaître de lui une approche politique qui mêle conspiration secrète de quelques uns et soulèvement généralisé dans des imaginaires, des alliances et des soutiens qui laissent septiques ses proches ou ses détracteurs &amp;lt;ref&amp;gt;Selon le bakouniniste Ralli, opposé à Sergueï Netchaïev, ce dernier est &amp;quot;un simple républicain qui admirait Robespierre tel qu'il se le représentait après quelques lectures. Netchaïev n'était pas socialiste ; il ne connaissait ni Marx ni le mouvement ouvrier international ; il avait très peu lu et même n'arrivait pas à comprendre la Commune de Paris ; il faisait partie des adeptes de Félix Pyat et des compagnons de ce dernier&amp;quot;. Cité dans ''M. Bakounine. Relations avec Serge Netchaïev (1870 - 1872)'', Tops/H. Trinquet, 2003&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Le lecteur comprendra pourquoi on qualifie ce courant d'idée de nihilisme. On voulait dire par là que les partisans de cette idéologie n'admettaient rien (en latin : nihil) de ce qui était naturel et sacré pour les autres : famille, société, religion, traditions, etc. À la question qu'on posait à un tel homme : &amp;quot;''Qu'admettez-vous, qu'approuvez-vous de tout ce qui vous entoure et du milieu qui prétend avoir le droit et même le devoir d'exercer sur vous telle ou telle emprise ?''&amp;quot; L'homme répondait : &amp;quot;''Rien !''&amp;quot; (nihil). Il était donc &amp;quot;nihiliste&amp;quot;.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Voline, ''La révolution inconnue''&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'après les historiens netchaïevistes, Albertine Hottin est la seule compagne connue dans la vie amoureuse de Netchaiev &amp;lt;ref&amp;gt;En 1869 Vera Ivanovna Zassoulitch éconduit Sergueï Netchaïev, et rien n'est su d'une hypothétique relation entre lui et Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, avec qui il arrive en Suisse à la fin de la même année. Nathalie Herzen repousse aussi les avances d'un Netchaïev qu'elle déteste. La première se réfugie de nouveau en Suisse après la tentative d'assassinat au pistolet contre le général Trepov – seulement blessé – en 1878 et son acquittement surprise. Elle est membre de ''Terre et Liberté'', puis lors des scissions internes de ce groupe se tournera vers le marxisme – elle traduit Karl Marx en 1881 et correspond avec lui – avant d'être l'une des fondatrices d'un groupe marxiste en Russie ''Émancipation du travail'', en 1883. La seconde, Varvara Vladimirovna Aleksandrovskia, est une ex-étudiante en médecine, donc cantonnée à la profession de sage-femme par la loi russe, qui manifeste déjà en 1862 dans les contestations étudiantes. Elle accompagne Netchaïev auprès des révolutionnaires macédo-bulgariens, puis part avec lui vers la Suisse. Elle est chargée d'y collecter du matériel de propagande à ramener en Russie. Elle est arrêtée par la police russe. Dans une lettre du 30 mars 1870 au ministre de la Justice, envoyée de prison, elle dénonce Netchaïev et propose sa collaboration pour lui tendre un guet-apens. Proposition fictive ou réelle ? Elle est condamnée en août à la privation de tout ses droits et à l'exil définitif en Sibérie pour ses contacts avec Netchaïev. La troisième, Nathalie Herzen est la fille aînée (née en 1845) d'Alexandre Herzen le théoricien du populisme révolutionnaire en Russie. Elle assiste aux disputes politiques et divergences tactiques entre Bakounine et Netchaïev en Suisse. Michaël Confino, &amp;quot;Un document inédit : le Journal de Natalie Herzen, 1869-1870&amp;quot;, ''Cahiers du monde russe et soviétique'', 1969, Vol 10, N° 1 - [http://www.persee.fr/doc/cmr_0008-0160_1969_num_10_1_1770#cmr_0008-0160_1969_num_10_1_T1_0055_0000 En ligne]. Christine Fauré et Hélène Châtelain, ''Quatre femmes terroristes contre le tsar, Vera Zassoulitch, Olga Loubatovitch, Élisabeth Kovalskaïa, Vera Figner'', Maspero, Paris, 1978&amp;lt;/ref&amp;gt;. Semblant tout ignorer des activités illégales de celui qu'elle croit être Stephan, Albertine Hottin doit perdre brutalement tout contact avec lui après son arrestation en 1872 puis son extradition vers la Russie. Probablement ne sut-elle jamais rien de la mort de Sergueï Netchaïev en 1882 dans un cachot de la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. Le film helvétique ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot;&amp;gt;''L'extradition'' de Peter von Gunten, 1974.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, réalisé en 1974, retrace cette expulsion et dénonce l'hypocrisie d'une soit-disant neutralité de la Suisse. Parmi les personnages figure une Albertine, éphémère amante de Sergueï Netchaïev à Zurich — interprétée par l'actrice Silvia Jost — qui est probablement inspirée d'Albertine Hottin. Difficile d'être dans la certitude. Librement adaptée de l'affaire Netchaïev, cette fiction met en scène une Albertine auprès de laquelle les proches de Netchaïev viennent récupérer à Zurich une valise de papiers après son arrestation afin de s'en débarrasser. Cela rappelle l'épisode du passage de Michael Sagine à Paris pour le même motif. Dans ''L'extradition'', Albertine ne semble pas totalement ignorer qui se cache derrière le pseudonyme de Stepan Grazdanov.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Hypothèse protivophile ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives municipales de Paris ne mentionnent qu'une seule Albertine Hottin morte entre 1870 et 1920 dans la ville. Pour autant, la probabilité qu'elle soit celle recherchée n'est pas une preuve, seulement une piste... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De son nom complet — cette Albertine Aimée Hottin décède à 54 ans le 19 mars 1906 à 19h30 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot;&amp;gt;Actes de décès daté du 20 mars 1906 - [[Média:albertinemort.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; à l'hôpital Beaujon dans le huitième arrondissement, près de son domicile situé au 6 rue de Surène. Selon les registres hospitaliers, elle meurt de la tuberculose le lendemain de son entrée à l'hôpital. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Ouen le 23 mars 1906&amp;lt;ref&amp;gt;Numéro 4038 du registre d'inhumations, division 27, ligne 17 - [[Média:registhin.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans la tranchée gratuite, l'autre nom de la fosse commune&amp;lt;ref&amp;gt;Registre journalier d'inhumation du cimetière de Saint-Ouen - [[Média:tranchee.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de décès précise qu'elle est célibataire et qu'elle exerce la profession de cuisinière. Albertine Aimée Hottin est née le 20 juillet 1851 à Ernemont-sur-Buchy, un petit village d'une centaine d'hominines en Seine Maritime &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance daté du 20 juillet 1851 - [[Média:albertinenaiss.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Tout comme ses deux sœurs aînées, l'acte de naissance est enregistré au nom de la mère, Cherfix. La plus âgée des trois sœurs naît de père inconnu alors que les autres sont reconnues à la naissance par Anselme Hottin. Le mariage en 1858 entre Marie Thérèse &amp;quot;dite Léonie&amp;quot; Cherfix et Anselme Charlemagne Hottin acte une reconnaissance légale de paternité pour les trois, qui se nomment dorénavant Hottin. Avant leur mariage, selon le recensement de 1841, Marie Cherfix et Anselme Hottin habitent à Bosc-Roger-sur-Buchy. Les parents de la première sont mareyeurs — synonyme de poissonnier — et elle y travaille avec eux et sa sœur Celina &amp;lt;ref&amp;gt;Surnom de Nina Louise ?&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;quot;. Après la mort de ses deux parents, le futur père d'Albertine habite au même domicile que sa tante maternelle et son époux, propriétaire &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bosc-Roger-sur-Buchy, 1841 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/ddef48daf8ca236f0d6d8e61de3d4c50/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Âgé alors de 30 ans, il est indiqué qu'il est rentier &amp;lt;ref&amp;gt;Origine rente ? Bâtis ou terres ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Dix ans plus tard, en 1851, les futurs parents d'Albertine Hottin apparaissent ensemble dans le recensement d'Ernemont-sur-Buchy. Lui est déclaré propriétaire cultivateur et elle servante, avec à charge sa fille Léonie Bathilde, née en 1845 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement d'Ernemont-sur-Buchy, 1851 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e9c9c209c8d5367692beceba3422f024/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La consultation de la &amp;quot;''liste nominative des habitants''&amp;quot; de 1846 — accessible aux archives départementales — pourrait permettre d'affiner la datation de leur déménagement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les archives des délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy indique que Anselme Hottin est membre du conseil municipal entre 1851 et 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibérations du conseil municipal d'Ernemont-sur-Buchy,  1838-1862 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta7e317b2b8c101caa/dao/0/3 En ligne] et 1863-1878 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vtaddaa78baa6e25244/dao/0/1 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À cette époque où la blague démocratique se met en place, les maires sont nommés par le préfet de région. Durant la période où Anselme Hottin est au conseil, les maires sont successivement Étienne Grenier d'Ernemont et Jean-Baptiste Malmaison. L'un est un ancien militaire et appartient à une famille d'aristocrates, héritière d'un titre seigneurial sur la région d'Ernemont, et le second est un notable local, propriétaire et cultivateur. En plus de sa fonction de maire, Étienne Grenier d'Ernemont est l'administrateur de l'hospice du village. Lui et sa famille sont les propriétaires du château et y habitent avec leurs domestiques. Les membres du conseil sont désignés par le maire parmi les hominines mâles appartenant à la notabilité locale : petit propriétaire, commerçant, instituteur ou artisan, par exemple. Ernemont-sur-Buchy ne fait pas exception. De part sa participation au conseil municipal, Anselme Hottin connaît la famille du comte Tanneguy De Clinchamp et du baron Adolphe D'André, membres du conseil qui ont reçu le château en héritage après le décès d'Étienne Grenier d'Ernemont. Le tissu social villageois est une [[macédoine]] complexe entre les hiérarchies sociales et les catégories professionnelles, entre les liens familiaux et les relations amicales, au sein d'un même village et entre eux. Les familles sont évidemment présentes sur plusieurs villages. Au mariage entre Anselme Hottin et Thérèse Cherfix, les témoins sont commis de commerce et ouvrier maréchal, cousin et ami, du côté du mâle et dans la cordonnerie du côté de la femelle. L'acte de naissance d'Albertine Hottin stipule qu'il est rédigé en présence de Louis Crosnier l'instituteur et de Louis Duboc, domestique de maison auprès du châtelain Étienne Grenier d'Ernemont. Les deux mêmes que pour Irma en 1850 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Irma Hottin, 13 avril 1850 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/dcace402d7b350d6ed313126e0ab6296/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le village d'Ernemont-sur-Buchy a la particularité d'abriter la congrégation religieuse christienne des Sœurs du Sacré-Coeur d'Ernemont, surnommée &amp;quot;Maîtresses des écoles gratuites, charitables et hospitalières du Sacré-Cœur d'Ernemont&amp;quot;. Fondée en 1690 par Barthélémy de Saint-Ouen, seigneur d'Ernemont et conseiller au parlement de Rouen, et son épouse Dorothée de Vandime, elle vise à l'enseignement scolaire des enfants et le service aux malades et vieillards. Se répandant à travers la Normandie, la congrégation assure l'enseignement et le soin dans de nombreuses villes et villages &amp;lt;ref&amp;gt; - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le but &amp;quot;''d’inculquer aux élèves la doctrine chrétienne, de leur apprendre à lire, à écrire, à calculer. La congrégation a pour but de former les femmes. La mixité est interdite même dans les écoles enfantines.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;D'après Catriona Seth, &amp;quot;Marie Leprince de Beaumont, une écrivaine normande&amp;quot;, ''Études Normandes'', 65e année, n°1, 2016 - [https://doi.org/10.3406/etnor.2016.3794 En ligne]. Originaire de Normandie, l'autrice Marie Leprince de Beaumont est célèbre pour ''La belle et la bête'', écrit vers 1750. Plusieurs de ses ouvrages mentionnent la congrégation.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Des cours gratuits pour les femelles adultes sont parfois organisés. Jusqu'au début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, il existe à Ernemont-sur-Buchy une &amp;quot;école pour filles&amp;quot;. L'église est attenante à l'hospice-école. Quatre religieuses se chargent de quelques pensionnaires, pour cause de maladie ou de vieillesse. Il est fort probable qu'Albertine Hottin et ses sœurs aient bénéficié de cet enseignement scolaire primaire. Ce qu'indique déjà les lettres d'Albertine à Sergueï Netchaïev.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Arrivée parigote ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon le registre de la population de 1866 &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de population d'Ernemont-sur-Buchy, 1866 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/1503e2c65ded1bb55a045b9234756a48/dao/0/4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine habite encore avec ses parents, agriculteurs, et sa sœur aînée Léonie Bathilde. L'autre sœur, Irma Léonie, à peine âgée de 16 ans, n'apparaît pas dans ce recensement comme si elle n'habitait déjà plus au domicile familial d'Ernemont-sur-Buchy. Pour des raisons qu'il reste encore à déterminer, le couple marital Anselme Hottin et Thérèse Cherfix déménagent à Bois-Guilbert entre 1867 et 1871. Sans que l'on sache si elles déménagent avec elleux, leurs trois filles partent pour la capitale dans cette même temporalité. Albertine Hottin arrive donc à Paris entre 1867 et 1870. Impossible de dire pour l'instant où elle s'installe et dans quelles conditions. Comment Albertine Hottin et ses deux sœurs trouvent-elles leurs emplois de domesticité ? Bénéficient-elles des réseaux de connaissance entre des familles de l'aristocratie de Normandie et de Paris ? Des liens entre une aristocratie et une bourgeoisie politique ? Parfois, ce sont des congrégations religieuses qui servent d'intermédiaires pour placer des domestiques dans des familles riches qui en réclament. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''La bourgeoisie se reconnaît à ce qu'elle pratique une morale étroitement liée à son essence. Ce qu'elle exige avant tout, c'est qu'on ait une occupation sérieuse, une profession honorable, une conduite morale. Le chevalier d'industrie, la fille de joie, le voleur, le brigand et l'assassin, le joueur, le bohème sont immoraux, et le brave bourgeois éprouve à l'égard de ces &amp;quot;gens sans mœurs&amp;quot; la plus vive répulsion. Ce qui leur manque que donnent un commerce solide, des moyens d'existence assurés, des revenus stables, etc. ! comme leur vie ne repose pas sur une base sûre, ils appartiennent au clan des &amp;quot;individus&amp;quot; dangereux, au dangereux prolétariat : ce sont des &amp;quot;particuliers&amp;quot; qui n'offrent aucune &amp;quot;garantie&amp;quot; et n'ont &amp;quot;rien à perdre&amp;quot; et rien à risquer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uni&amp;quot;&amp;gt;Max Stirner, ''L'Unique et sa propriété'', 1844 (traduction française de Robert L. Reclaire, 1899) - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Unique_et_sa_propri%C3%A9t%C3%A9_(traduction_Reclaire) En ligne]. ''Œuvres complètes. L'Unique et sa propriété et autres essais'', Éditions L'Âge d'Homme, 2012&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Menuparis.jpg|200px|vignette|droite|Gastronomie de guerre &amp;lt;ref&amp;gt;Menu du 25 décembre 1870. Café Voisin, 261 rue Saint-Honoré&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Après avoir été élu par les hominines mâles premier président de la Deuxième République française en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte proclame l'Empire de France en 1852 après son coup d’État de décembre 1851. Il prend alors le nom de Napoléon III, troisième fils de Louis Bonaparte dit Napoléon I&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et d'Hortense de Beauharnais. Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse et ses alliés. Les armées françaises ne parviennent pas à résister aux assauts prussiens et le Second Empire capitule en septembre 1870. L'empereur est fait prisonnier et l'impératrice doit fuir à l'étranger. En réponse à cette situation, les députés républicains modérés proclament la Troisième République depuis le parlement à Paris. Un Gouvernement de la Défense nationale est mis en place et la guerre continue. Avançant sur le territoire français, les armées prussiennes s'approchent de Paris mais ne parviennent pas à y entrer. Le siège de la capitale débute le 20 septembre 1870. Pendant un peu plus de quatre mois, les hominines de la ville subissent les restrictions qu'engendrent l'isolement de Paris. Les denrées se raréfient et les prix augmentent. D'évidence, les plus riches s'en sortent bien mieux que la grande majorité des hominines. Quelques accommodements gastronomiques s'imposent. Une bonne occasion de goûter de l'éléphant, du kangourou ou du chat. Les plus pauvres expérimentent le choléra et la malnutrition. Le rat n'a pas la même saveur que les animaux du zoo et le jeun prolongé n'est pas encore une médecine alternative populaire. &amp;quot;''Il y a, sur la place même de l'Hôtel de Ville, un marché de rats; et les rats se vendent 30 ou 40 centimes quand ils sont ordinaires, 60 centimes quand ils sont gras et bien en chair.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Edmond Deschaumes, ''Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris (1870-1871)'', 1890 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413390 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Même le privilégié Victor Hugo pleurniche sur son sort : &amp;quot;''Ce n’est même plus du cheval que nous mangeons. C’est peut-être du chien ? C’est peut-être du rat ? Je commence à avoir des maux d’estomac. Nous mangeons de l’inconnu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Victor Hugo, ''Choses vues 1849-1885'' - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k141436z En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Le 31 octobre des républicains radicaux tentent un coup de force contre le  gouvernement de la Défense nationale et réclament la proclamation d'une Commune. Plutôt qu'une république à la démocratie représentative, la Commune est un principe politique qui prône la démocratie directe dans chaque villes et villages, puis leur fédération pour constituer une entité politique nationale. La tentative est un échec. C'est dans cette période troublée que Sergueï Netchaïev arrive à Paris, traversant les lignes prussiennes. Fin janvier 1871 le gouvernement signe un armistice franco-prussien. Le révolutionnaire russe quitte la capitale française en février. Dans cet intervalle de quelques mois, il fait la rencontre d'Albertine Hottin. Rue du Jardinet où il loge. Une dépêche télégraphique datée du 31 janvier &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot;&amp;gt;''Recueil des dépêches télégraphiques reproduites par la photographie et adressées à Paris au moyen de pigeons voyageurs pendant l'investissement de la capitale'', tome 1, 1870-1871 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5499951n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, via pigeon voyageur &amp;lt;ref&amp;gt;Victor La Perre de Roo, ''Le pigeon messager, ou Guide pour l'élève du pigeon voyageur et son application à l'art militaire'', Paris, E. Deyrolle fils, 1877 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5435176t En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, est envoyée de la ville de Bordeaux par Irma Hottin. Elle s'adresse à &amp;quot;''Melle Hottin, rue st-petersbourg, 2''&amp;quot; —  sans préciser s'il s'agit d'Albertine ou de Léonie. Elle dit qu'elle va bien, qu'elle est sans nouvelles de Bois-Guilbert — où habitent les parents — et donne son adresse bordelaise &amp;lt;ref&amp;gt;13 rue Bardineau. Pour information, l'annuaire de Bordeaux daté de 1866 indique que Paul de Lentz, le consul de Russie, habite au 15.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette présence à Bordeaux s'explique peut-être par le fait qu'elle travaille pour des hominines membres du &amp;quot;Gouvernement de Défense nationale&amp;quot;, des politiciens ou des militaires qui ont fui Paris devant l'avancée prussienne et trouvé refuge à Tours dans un premier temps, puis dans la ville de Bordeaux.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce choix politique de l'armistice ne passe pas auprès de républicains radicaux et d'une partie de la population. La colère gronde dans plusieurs villes françaises. L'ambiance est insurrectionnelle. À Paris, le gouvernement tente de désarmer la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot;&amp;gt;La garde nationale est l'ensemble des milices citoyennes formées dans chaque commune au moment de la Révolution française. Ses officiers sont élus et ne peuvent effectuer plus de deux mandats successifs. Elle est chargée du maintien de l'ordre en temps de paix et de force d'appoint en cas de guerre.&amp;lt;/ref&amp;gt; et provoque, en réaction, un soulèvement populaire dans plusieurs quartiers de la ville. La Commune est proclamée le 18 mars 1871 et le gouvernement est chassé à Versailles. Pendant 72 jours, la Commune de Paris est un laboratoire à ciel ouvert pour les aspirations révolutionnaires les plus diverses. La démocratie directe, l'égalité sociale, l'auto-gouvernement ou le partage s'expérimentent en direct. La place des hominines femelles est questionnée par les premières concernées &amp;lt;ref&amp;gt;Dans la continuité de leur lutte pour l'égalité et l'émancipation, de nombreuses hominines femelles prennent part à la Commune. Dont Louise Michel, Paule Minck ou Sophie Poirier, ou les russes Anna Jaclard et Élisabeth Dmitrieff, pour ne citer que les plus connues. Ou encore [[Louise Modestin]] pour les illustres inconnues. Elles participent à de nombreuses initiatives et, par exemple, une ''Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés'' est créée en avril 1871. Elles sont actives autant dans les cercles politiques, les associations d'entraide que sur les barricades. &amp;lt;/ref&amp;gt; et leurs alliés mâles. Le monde du travail, la culture ou la scolarité ne sont pas épargnés par les remises en cause proposées. Les opinions des hominines qui font vivre cette Commune ne sont pas un bloc monolithique. Les tendances et les approches sont multiples. S'affrontent parfois. Le contexte est celui d'une volonté permanente des forces versaillaises de mettre fin à cette expérimentation sociale et politique dissidente. Informé par des collègues à Paris et par la lecture de ce qu'il se dit dans la presse communaliste ou non, le correspondant de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) à Londres, Karl Marx, n'hésite pas à titrer : ''La guerre civile en France'' &amp;lt;ref&amp;gt;Karl Marx, ''La guerre civile en France'', 1871 - [https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/karl-marx-la-guerre-civile-en-france-1871/ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour les Versaillais il s'agit de la &amp;quot;Campagne de 1871 à l'intérieur&amp;quot;, le nom officiel des opérations anti-communalistes. Entre le 21 et le 28 mai 1871, les armées versaillaises répriment violemment la Commune de Paris. Les barricades ne sont pas suffisantes à défendre la ville insurgée. Cette &amp;quot;Semaine Sanglante&amp;quot; fait plusieurs milliers de morts lors des combats du côté communaliste et autant se font fusiller après leur capture. Les chiffres sont incertains. Près de 45000 hominines se font arrêter. Les archives de cette époque sont encore à explorer pour découvrir si Albertine Hottin est mentionnée. Les domestiques, cuisinières, valets et autres personnels de service ne sont pas les professions les plus impliquées dans le soulèvement communaliste &amp;lt;ref&amp;gt;''La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880)'' - [https://communards-1871.fr/index.php En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La vie dans les quartiers bourgeois de l'ouest de Paris n'est pas la même que celle des quartiers populaires. Moins de combats et de barricades. L'urbanisme est plus récent. Les familles bourgeoises qui investissent les VIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissements habitent des immeubles où leur domesticité a des espaces ségrégués pour y vivre. De part sa proximité géographique et l’enchevêtrement avec la réalité de ses maîtres, la domesticité bénéficient plus des avantages de sa condition sociale que les autres prolétaires. Si Albertine Hottin travaille pour une famille bourgeoise, elle a peut-être moins souffert de la faim lors du siège de Paris. Sergueï Netchaïev revient dans la capitale française en novembre 1871. Les trois lettres &amp;lt;ref name=&amp;quot;#let&amp;quot; /&amp;gt; d'Albertine Hottin datent de cette période d'absence de Sergueï Netchaïev. Des lettres qu'il a envoyé, il ne reste que quelques brouillons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''maintenant je me dépêche pour jeter aujourd ma lettre a la post. Je vous demande très pardon que je vous ai laissé sans nouvelle et vous en demande. [...] Je vous aime encore pluq qu'auparavant, et je compte les heurs que devront crouler avant notre rencontre. je vous embrasse. tout à vous. Stéphan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#zur&amp;quot;&amp;gt;Enregistrés sous la classification Auslieferung des Sergius Netschajeff (Extradition de Sergueï Netchaïev) aux Archives de Zurich&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux sœurs d'Albertine, Léonie et Irma, se marient respectivement en 1874 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Léonie Bathilde Hottin et Louis Joseph &amp;quot;Édouard&amp;quot; Duval, 22 décembre 1874, Paris, 8e. Veuf depuis 1870 d'un premier mariage dans la Somme, il a une fille née en 1866. Celle-ci vit chez ses grands-parents maternels à Warlus dans la Somme (Recensement de 1872). Elle se marie à Paris en 1895.&amp;lt;/ref&amp;gt; et 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de mariage entre Irma Léonie Hottin et Amable Levadoux, 22 avril 1875, Paris, 8e. Né en 1844 et originaire de Marsat, dans le Puy-de-Dôme. Il décède à Paris en 1892 au 52 rue de Varenne dans le 7e. Peut-être arrive-t-il sur Paris via l'armée lors de la guerre contre la Prusse - [https://www.archivesdepartementales.puy-de-dome.fr/ark:/72847/vtaf43f074402956764/daogrp/0/25 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le huitième arrondissement de Paris. L'une est cuisinière et se marie avec un cocher, et l'autre est femme de chambre et se choisit un maître d'hôtel pour conjoint. Les deux couples résident sans doute dans les chambres réservées au personnel. Irma et son époux habitent au 23 rue de Berri &amp;lt;ref&amp;gt;23 rue de Berri en 1875. 17 ferme des Mathurins en 1877&amp;lt;/ref&amp;gt;, une perpendiculaire à l'avenue des Champs-Élysées. Léonie et son époux ont pour adresse le 2 rue de Saint-Pétersbourg &amp;lt;ref&amp;gt;2 rue de Saint-Pétersbourg en 1874. 6 rue du Colisée en 1876. 126 rue Saint-Lazare en 1886&amp;lt;/ref&amp;gt;. Selon l'acte de naissance du 11 septembre 1873 établit au nom de son fils &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d’Édouard Léon Anselme Hottin, 11 septembre 1873, Paris, 8e&amp;lt;/ref&amp;gt;, né de père inconnu, Léonie habite à cette adresse. Si le message du pigeon voyageur du 31 janvier 1871 lui est bien adressé, cela laisse à penser qu'elle habite déjà à cette adresse début 1871 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#pig&amp;quot; /&amp;gt;. L'annuaire daté de 1872 qui liste les adresses pour l'année 1871 n'a pas été imprimé pour cause de guerre. Celui de l'année précédente indique que le député des Vosges Louis Buffet ainsi que &amp;quot;''Villeneuve, rentier''&amp;quot; habitent à cette adresse. Léonie est-elle employée par Villeneuve ou Buffet ? Sa jeune sœur Albertine est-elle avec elle ? Louis Buffet achète cet hôtel particulier en 1872 et s'y installe avec son épouse, leurs sept enfants et leurs domestiques. Le peintre Édouard Manet a son atelier au 4 de la rue entre 1872 et 1878 — l'immeuble apparaît en haut à gauche de son tableau ''Le chemin de fer'' et plus clairement dans les croquis qui lui servent de base &amp;lt;ref&amp;gt;Édouard Manet, ''Le chemin de fer'', 1873 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Edouard_Manet_-_Le_Chemin_de_fer_-_Google_Art_Project.jpg En ligne]. Les croquis réalisés entre 1872 et 1873 - [https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/le-pont-de-leurope-etude-pour-le-chemin-de-fer-204821 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'atelier de Manet attire une foule d'artistes et de mondanités qui animent le quartier. &amp;quot;''Le chemin de fer passe tout près, agitant ses panaches de fumée blanche, qui tourbillonnent en l'air. Le sol, constamment agité, tressaille sous les pieds et frémit comme le tillac d'un navire en marche. Au loin, la vue s'étend sur la rue de Rome, avec ses jolis rez-de-chaussée à jardin et ses maisons majestueuses. Puis, sur la montagne du boulevard des Batignolles, un enfoncement sombre et noir : c est le tunnel, qui, bouche obscure et mystérieuse, dévore les trains s'engageant sous ses voûtes arrondies avec un sifflement aigu.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Étienne Moreau-Nélaton, ''Manet raconté par lui-même'', tome 2, 1926 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9760965m/f30.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'adresse d'avant-guerre des Buffet se situe à quelques centaine de mètres de là, au 10 de la rue de Berlin (actuelle rue de Liège) dans le neuvième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Les actes de naissance de deux de leurs enfants en 1865 et 1870 confirment cette adresse. &amp;lt;/ref&amp;gt;. La famille Buffet sont des christiens&amp;lt;ref name=&amp;quot;#chr&amp;quot;&amp;gt;''Christien'' désigne les adeptes de Jésus ''aka'' Christ&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;, les chrétiens, comme le terme de ''mahométien'' désigne celles et ceux qui croient que Mahomet est un prophète — les musulmans —  ou celui de ''moïsien'' pour parler des adeptes de Moïse, les juifs.&amp;lt;/ref&amp;gt; de la branche catholique &amp;lt;ref&amp;gt;Pour une courte biographie de Louis Buffet - [https://books.openedition.org/igpde/1258 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Louis Buffet est nommé ministre de l'économie à deux reprises entre 1870 et 1871. Il reste en poste trois mois sous Napoléon III et, après être élu à la députation des Vosges sous la Troisième République, il est désigné de nouveau à ce poste mais n'y reste que 6 jours &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de l'Agriculture et du Commerce à deux reprises entre 1848 et 1851, il est élu président de l'Assemblée nationale en 1873 puis sénateur en 1876. Chef du gouvernement et ministre de l'intérieur de 1875 à 1876&amp;lt;/ref&amp;gt;. Son épouse, Marie Pauline Louise Target, est petite-fille de député, fille d'un ancien préfet du Calvados et sœur d'un député. Selon ses biographes, Louis Buffet et sa famille ne sont pas à Paris pendant la période de guerre. Illes sont au domaine de Ravenel &amp;lt;ref&amp;gt;''Ravenel, de l’origine à l’ouverture de l’hôpital psychiatrique'' - [http://www.ch-ravenel.fr/pdf/presentation/historique-ravenel.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; à Mericourt dans les Vosges. En zone occupée par la Prusse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le 23 de la rue de Berri, l'Annuaire daté de 1876 indique que &amp;quot;''Cheronnet, propriétaire''&amp;quot; est domicilié à cette adresse. Les voisins du 22 et du 24 sont respectivement Henri Louis Espérance des Acres, comte de l'Aigle et député de l'Oise, et le général et ancien sénateur Édouard Waldner. Lorsqu'Albertine Hottin dit dans sa troisième lettre &amp;quot;''nous sommes aller à la campagne cette semaine''&amp;quot;, en parlant de Neuilly-sur-Seine, fait-elle référence à des déplacements avec une famille bourgeoise qu'elle accompagne ? Elle mentionne aussi la fête de Neuilly (dite Fête à Neu Neu), probablement celle de l'été 1871. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rue de La Vrillière où Sergueï Netchaïev envoie ses lettres est celle de la Banque de France. Membre de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations de 1871 à 1876, Louis Buffet et sa famille ont-illes été logé temporairement dans un immeuble de la rue, un &amp;quot;logement de fonction&amp;quot; en attendant de trouver mieux ? Comme cela fut le cas de janvier à avril 1870, lorsque Louis Buffet est logé rue de Rivoli dans l'hôtel des finances du Mont-Thabor, l'ancien ministère des finances détruit lors de la Commune. Ce qui, dans le cas où Albertine Hottin travaille comme domestique pour la famille, pourrait expliquer son adresse postale au 10 de la rue de La Vrillière. Les études [[Protivophilie|protivophiles]] autour de la biographie du politicien et financier, ainsi que celles des sœurs d'Albertine Hottin, n'ont pas permis pour l'instant de valider cette hypothèse. Les annuaires de l'année 1872 n'ont pas été publiés pour cause de guerre et de Commune de Paris.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Progéniture ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La première adresse parisienne connue d'Albertine Hottin date de la naissance de sa fille Lucie Blanche, le 2 juin 1876 &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance de Lucie Blanche, 2 juin 1876, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:naissluci.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle naît au 32 rue du faubourg Montmartre, chez la sage femme Isabelle Ardis. L'acte de naissance indique que la mère est &amp;quot;''sans profession''&amp;quot; et que son domicile est au 180 boulevard Haussman &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire daté de 1877 recense l'architecte Belle, Lady Gray, le sénateur Louis Martel, le colonel G. Merlin — président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune — et enfin le carrossier Fabien Pradeu - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9677392n En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Aucune mention du père biologique. À une date indéterminée — car les registres des abandons ne la mentionnent pas — la jeune Lucie Blanche est mise en nourrice &amp;lt;ref&amp;gt;Catherine Rollet, &amp;quot;Nourrices et nourrissons dans le département de la Seine et en France de 1880 à 1940&amp;quot;, ''Population'', n°3, 1982 - [https://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1982_num_37_3_17360 En ligne]. Emmanuelle Romanet, &amp;quot;La mise en nourrice, une pratique répandue en France au XIXe siècle&amp;quot;, ''Transtext(e)s Transcultures'', n°8, 2013 - [https://doi.org/10.4000/transtexts.497 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans une famille de la Somme, en région picarde. Elle apparaît dans le recensement de 1881 de la commune de Morlancourt avec la cellule familiale d'Henri Cailleux et Albertine Vicongne avec leurs six enfants &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de la commune de Morlancourt, Somme, 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/recens1881.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle y est baptisée en 1883 &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des baptêmes, Morlancourt, 1883 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/djzg5v1b78xh/787e5478-61f3-4575-8078-13246a82c885 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le prénom Marie est ajouté à Lucie et Blanche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ernest naît le 10 janvier 1879&amp;lt;ref&amp;gt;Ernest le 10 janvier 1879, Paris, VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; - [[Média:ernest.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'acte de naissance ne nomme pas le géniteur et stipule qu'Albertine Hottin, la mère, est sans profession et habite alors au 62 de l'avenue des Ternes dans le VIII&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire 1880 recense l'architecte M. Guillot, le grossiste en vins Girault et les merceries de Larible - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96773984 En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ernest est abandonné à sa naissance. Selon le Registre d'admission des enfants assistés, &amp;quot;''sa mère allègue sa misère et la charge d'un premier enfant pour abandonner le nouveau-né.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:regenfass.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; Il est déposé dans le quartier du Roule (8e) par &amp;quot;''M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Metton, domestique''&amp;quot;, puis est envoyé le 13 janvier à Montfort en Ille-et-Vilaine pour être placé. Il est accueilli dans le village de Quédillac par la cellule familiale de Jean Gendrot et Marguerite Ferrier &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement à Quédillac en 1881 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/quedillac1881.pdf En ligne] et en 1886 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/quedillac1886.jpg En ligne].&amp;lt;/ref&amp;gt;. En contradiction avec l'acte de naissance, l'un des documents des registres d'abandon &amp;lt;ref&amp;gt;Registre d'admission des enfants assistés, 1879 - [[Média:registenfaban.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt; mentionne qu'Albertine Hottin est domestique et habite au 181 de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Il semble qu'il y ait confusion entre l'adresse de naissance d'Ernest et le domicile de sa mère. En effet, cette adresse est celle de M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Léocadie Planchet, la sage-femme qui fait l'accouchement &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'Annuaire daté de 1879 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9762929c En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 12 janvier 1882, Albertine Hottin entre à l'hôpital Lariboisière dans le X&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; arrondissement parisien. Elle est transférée au pavillon Marthe le 16 et sort de l'hôpital le 19 janvier. Le dossier stipule &amp;quot;''suivi de couche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Albertine Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalb.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. L'hominine en devenir qui sort d'elle &amp;lt;ref&amp;gt;Alida Hottin sur le Registre des entrées et des sorties - [https://analectes2rien.legtux.org/images/laribalid.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; quitte officiellement l'hôpital le lendemain de sa naissance &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées et des sorties, Lariboisière, 1882 - [https://aphp-diffusion-prod.ligeo-archives.com/ark:/23259/780644.1240379/daogrp/0/13 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un acte de naissance est établi à la mairie de l'arrondissement au nom d'Alida Yvonne Hottin, née d'Albertine et d'un père inconnu &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de naissance d'Alida Yvonne Hottin, 13 janvier 1882 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/alida.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Albertine Hottin habite alors au 95 de la rue du Rocher (8&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;e&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;) &amp;lt;ref&amp;gt;À cette adresse, l'Annuaire de 1883 recense le peintre-décorateur Jules Mariotte, la sage-femme Mme Pécheux et P. Ginier, propriétaire - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96762957 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; et exerce le métier de couturière. Il y a peut-être une erreur dans son adresse car elle est aussi celle d'une sage-femme, Mme Pécheux. Pour l'instant, les archives n'ont pas fourni d'autres informations à propos de ce troisième enfant d'Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Melocoton, où elle est maman?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens, donne-moi la main''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pour aller où ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'en sais rien, viens'' &amp;lt;ref&amp;gt;Colette Magny, ''Melocoton'', 1963 - [https://www.youtube.com/watch?v=OPVtricblNM En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Tind.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
La question de l'enfantement est multiple. À une époque où il n'existe pas encore de moyens alternatifs pour être enceinte, les hominines femelles doivent encore s'accoupler avec un mâle pour cela. Quelles sont les circonstances de cet acte ? Est-il réciproquement consenti ? De toute évidence, Albertine Hottin ne souhaite pas avoir d'enfants au regard de sa condition sociale, de &amp;quot;''sa misère''&amp;quot;. Sur les trois dont elle accouche, deux sont abandonnés selon les archives consultées. En cette fin de XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, les méthodes contraceptives sont limitées. Lorsqu'il y a pénétration vaginale dans l'acte sexuel, la méthode la plus ancienne est le retrait au moment de l'éjaculation masculine afin de minimiser les risques de fécondation que les spermatozoïdes font alors encourir. Le timing de ce ''coitus interruptus'' est serré et son efficacité est loin des 100%. Il existe aussi des méthodes mécaniques tel que l'éponge vaginale ou les préservatifs. Les technologies de fabrication d'alors font que le préservatif est un objet fragile et inconfortable. Il est plus utilisé en tant que protection contre les maladies plutôt qu'à visée contraceptive directe. Pour l'influenceuse Madame de Sévigné, il est &amp;quot;''Bouclier contre le plaisir et toile d'araignée contre le danger''&amp;quot;. Spécialité liée à la triperie, la fabrication de préservatif à base de membrane animale — souvent les intestins — fait progressivement place au caoutchouc à partir de la seconde moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Plus confortable et plus efficace. Cette technique de recouvrir le pénis d'un étui en caoutchouc fin et fermé à l'extrémité n'est financièrement pas encore accessible aux hominines les plus pauvres. Conformément aux habitudes et préconisations de son époque &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste de Sénancour, ''De l’amour selon les lois premières et selon les convenances des sociétés modernes'', 4e éd., tome 1, Paris, 1834&amp;lt;/ref&amp;gt;, Albertine Hottin doit utiliser la méthode dite du retrait. Si elle ne désirait pas d'enfant, il semble que cette méthode contraceptive se soit avérée inefficace à trois reprises. Au moins — par manque de données à ce sujet, il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a eu recourt à des avortements clandestins pour mettre fin à des grossesses non-désirées. Si elle a une sexualité régulière, trois cas de grossesse en 6 ans est peu en comparaison du pourcentage de risque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tous les actes de naissance précisent &amp;quot;''Père inconnu''&amp;quot;. Est-elle dans la situation de tant d'hominines femelles abandonnées socialement par des hominines mâles après une fécondation non-désirée ? Les travaux de la paléontologue Juliette &amp;quot;Juliette&amp;quot; Noureddine, publiés en 1998 sous le titre ''Lucy'', montrent que cette pratique est très ancienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Son père, son père, n'en parlons plus,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y a longtemps qu'j'ai fait une croix dessus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Y m'avait dit &amp;quot;Bouge pas, attends.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je n'en n'ai pas pour bien longtemps,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'vais au mammouth et je reviens.&amp;quot;''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et depuis ce jour là, plus rien''&amp;lt;ref&amp;gt;Juliette, &amp;quot;Lucy&amp;quot; sur l'album ''Assassins sans couteaux'', 1998 - [https://www.youtube.com/watch?v=wjJWOuODm4U En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le cas où Albertine Hottin désirait une progéniture, elle a changé d'avis entre le moment où elle se sait enceinte et les abandons. Soit, pour ne citer que deux raisons, à cause de l'attitude du procréateur qui refuse d'assumer à deux les conséquences, soit des circonstances particulières dans lesquelles ont lieu les fécondations. Étaient-elles vraiment consenties ? Dans des sociétés d'hominines où la binarité de genre est aussi une hiérarchie entre les genres, les hominines femelles subissent des violences et des agressions — sans commune mesure avec celles exercées sur les mâles. Le viol en est une. &amp;quot;Ce jargon du viol&amp;quot; n'est pas seulement l'anagramme de &amp;quot;devoir conjugal&amp;quot; car, en plus du viol conjugal &amp;quot;ordinaire&amp;quot;, le personnel féminin de la domesticité est particulièrement exposé à ce risque d'agression. De la part des maîtres ou des collègues. L'habitat de la domesticité, exigu et souvent isolé sous les toits, est un lieu propice aux violences sexuelles. Se plaindre ou faire scandale c'est prendre le risque de perdre son travail. L'imaginaire érotique bourgeois s'alimente de cet espace d'habitat en marge. La promiscuité des hominines agite la fantasmagorie. Illes s'entendent baiser et leurs corps sont si proches ! La présence de jeunes hominines femelles isolées fait virevolter les imaginaires mâles. Pour autant, toutes les hominines femelles, même dans la domesticité, ne subissent pas les mêmes violences. Qu'une situation soit systémique ne fait pas qu'elle soit systématique. Albertine Hottin n'a donc pas obligatoirement subi de ces violences. Sa sexualité était peut-être plaisante, riche, multiple et consentie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A-t-elle retourné le déséquilibre social de genre en se servant de la sexualité et de l'enfantement pour trouver une meilleure situation sociale ? La bourgeoisie s'affole les sens en imaginant le personnage érotique de la jeune domestique femelle lubrique et soumise, ou déterminée et vénale. Juste 100 ans après la naissance du premier enfant d'Albertine Hottin, le mythomane Émile Ajar publie son roman ''Pseudo''. Les histoires et les mensonges qui entourent la personnalité d’Émile Ajar, pseudonyme de Romain Gary, empêchent de déterminer s'il est vraiment utile de chercher un quelconque lien, même symbolique, entre Albertine Hottin et son personnage de Nihilette pour simplement en citer l'extrait suivant : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;quot;''Nini, comme son nom l'indique, ne peut pas souffrir qu'il y ait une œuvre littéraire dans laquelle elle ne se serait pas glissé. L'espoir, ça la rend malade ! Nini essaye depuis toujours et de plus en plus de se taper chaque auteur, chaque créateur, pour marquer son œuvre de néant, d'échec, de désespoir. Elle se fait appeler Nihilette chez les gens bien élevés, du tchèque ''nihil'', ''nihilisme'', mais nous l'appelons Nini, avec majuscule parce qu'elle a horreur d'être minimisée. En ce moment, sur le tapis, elle essayait de se faire ensemencer par Ajar, pour lui faire ensuite des enfants du néant. Ajar se défendait comme un lion. Mais il y a toujours avec Nini la tentation de se laisser faire, pour accéder enfin au fond du néant, là où se trouve la paix sans âme ni conscience. La seule chance qu'avait Ajar de s'en tirer était de bien prouver son inexistence, son état bidon pseudo-pseudo, son absence absolue d'état humain digne d'être infecté par Nini, car le néant ne baise jamais le néant, pour des raisons techniques.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Ajar, ''Pseudo'', 1976&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Environnement familial ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrivant de Normandie, des Cherfix apparaissent dans l'état civil de la capitale pendant la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'orthographe varie parfois entre Cherfix, Cherfis ou Cherfils. Quelques membres de la famille maternelle d'Albertine Hottin vivent dans l'ouest de Paris, au croisement de plusieurs arrondissements. Pour ne donner que quelques exemples, sa tante Nina Louise habite dans le XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; arrondissement, Léon Sainte Croix, un cousin de sa mère, loge boulevard Pereire dans le XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Un autre cousin, Louis Timoléon Eugène réside 41 rue Pierre Demours, une parallèle à Pereire qui débouche sur l'avenue des Ternes. Cousin maternel plus éloigné, Ernest Pierre est domicilié au 4 de la rue des Vignes dans le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;. Tout deux avec épouse et progéniture. La première est &amp;quot;''marchande des quatre-saisons''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Avec son second mari Armand Stanislas Lemoine&amp;lt;/ref&amp;gt; — vendeuse ambulante de fruits et légumes —, le deuxième est charpentier et le dernier est sellier. Plusieurs cellules familiales Cherfix sont voisines les unes des autres. L'adresse d'Albertine Hottin en 1879 sur l'avenue des Ternes est aussi celle d'Adolphe Hippolyte Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Adresse attestée en 1865 par l'acte de mariage entre son frère Léon Sainte Croix Cherfix et Clémentine Désirée Magnan, 14 novembre 1865, Paris, XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; - [En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt;, un autre cousin de la mère d'Albertine, frère de Léon Sainte Croix et Louis Timoléon Eugène. Vit-elle avec le couple et leurs enfants ou seulement dans le même immeuble ? Quand Albertine Hottin déménage-t-elle rue de Surène ? Elle connaît probablement Edmond Eugène Cherfix dit &amp;quot;Bonnard&amp;quot;, jeune fils de Louis Timoléon Eugène et d'Adrienne Émilie Bonnard. Il est imprimeur. Veuf en 1868, Louis Timoléon Eugène se remarie en 1875 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Louis Timoléon Eugène Cherfix et Julie Bêche, 8 juin 1875, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le nouveau couple habite rue Demours. Lorsqu'il meurt en 1888, quelques semaines après son mariage, Edmond Eugène habite avec son épouse Marie Louise Forestier au 34 rue Dauphine dans le sixième arrondissement. À la mort de son fils, Louis Timoléon Eugène est domicilié au 11 de la rue Guersant, à quelques pas de l'avenue des Ternes. Après son mariage en 1887 &amp;lt;ref&amp;gt;Mariage entre Eugénie Adolphine Cherfix et Émile Cateloux, 15 janvier 1887, Paris, 17e&amp;lt;/ref&amp;gt;, sa fille Eugénie Adolphine Cherfix habite avec son époux au 27 de la rue Bayen, une proche parallèle à Guersant. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D'autres cellules familiales sont présentes dans des arrondissements du centre de Paris. Pierre Maximilien Cherfix, son épouse Louise Eugénie Baronnet et leur fille Héloïse vivent au 6 de la rue Mongolfier dans le troisième arrondissement. Il est papetier. Selon l'acte de mariage entre Gustave Quantin, papetier et fils de papetier, et Héloïse Cherfix, celle-ci est aussi papetière. L'Annuaire-Almanach de 1870 mentionne l'existence d'une fabrique de feuillages ''Quantin'', située au 8 de la rue de Mulhouse dans le deuxième arrondissement &amp;lt;ref&amp;gt;Annuaire-Almanach, 1870 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96727875 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Une imprimerie au nom de Gustave Quantin ouvre en 1872 au 63 avenue des Ternes. La faillite est officielle en 1874. Une autre ouvre au 18 de la rue Bonaparte à partir de 1878 &amp;lt;ref&amp;gt;À ne pas confondre avec la luxueuse ''Quantin NC&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;T&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et C&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ie&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt;'', &amp;quot;''imprimeurs-typographes et libraires''&amp;quot;, au 7/9 rue Saint-Benoît-Saint-Germain dans le sixième arrondissement. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Peu de choses réalisées par cette imprimerie sont disponibles via internet. À noter l'édition en 1873 et en 1874 de ''Extraits des historiens du Japon'', publiés par la Société des études japonaises &amp;lt;ref&amp;gt;''Extraits des historiens du Japon'', partie I et II, 1873-1874 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65796644/f282.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Gustave Quantin en est officiellement l'imprimeur. Il est aussi membre de la société savante nippophile et de la Société d’Ethnographie orientale et américaine dont il est le trésorier. S'il n'est pas possible d'affirmer que Gustave Quantin, de par ses activités dans le japonisme français &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie participative ''Wikipedia'', &amp;quot;''le japonisme est l'influence de la civilisation et de l'art japonais sur les artistes et écrivains, premièrement français, puis occidentaux, entre les années 1860 et 1890.''&amp;quot;. Le Japon est représenté pour la première fois à l'Exposition Universelle de 1867 par des objets exposés et la présence d'une délégation venue du Japon. Dont le jeune prince Tokugawa Akitake.&amp;lt;/ref&amp;gt;, connaisse le peintre et collectionneur d'estampes japonaises Édouard Manet, cela n'est pas à exclure totalement. Le monde bourgeois de la culture n'est pas si vaste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Signalb.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le patronyme Hottin est présent dans les registres d'état civil de la région normande depuis plusieurs siècles, &amp;quot;''entre pays de Bray et de Caux''&amp;quot;. Dans la grande banlieue du village de Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot;&amp;gt;''bosc'' signifie &amp;quot;espace boisé&amp;quot; et ''bordel'' désigne les hominines qui habitent une ''borde'', c'est-à-dire une &amp;quot;cabane&amp;quot;, une &amp;quot;petite maison&amp;quot;, ou directement le lieu. Ces sens sont attestés dès le début du XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Frédéric Godefroy, ''Lexique de l'ancien français'', 1890 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Lexique_de_l%E2%80%99ancien_fran%C3%A7ais/5 En ligne]. La plus ancienne mention est ''bodel'', &amp;quot;maison&amp;quot; ou &amp;quot;cabane&amp;quot;, en judéo-français ou sarphatique, la langue d'oïl judéo-romane parlée par les communautés moïsiennes de la moitié nord de la France actuelle et écrite en caractères hébraïques. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces familles sont agricultrices pendant plusieurs générations. Les premières migrations vers Paris datent de la première moitié du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. L'exode rural des populations d'hominines vers les centres urbains est enclenché. Le village de naissance d'Albertine Hottin passe d'une population d'hominines de 224 en 1831 à moins de 140 en cinquante ans. À la période où Albertine arrive à Paris, Édouard Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des électeurs de Paris (1860 - 1870) - [https://www.geneanet.org/registres/view/307309/41 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — cousin de son père et témoin à son mariage &amp;lt;ref&amp;gt;Anselme Charlemagne Hottin est aussi l'un des témoins au mariage d'Edouard Hottin le 12 septembre 1867 à Bosc-Roger-sur-Buchy - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4ee0ef380cdcc49412c2a1426f032fa4/dao/0/16 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — vit déjà dans la capitale française. Chimiste &amp;lt;ref&amp;gt;Il dépose entre autre un brevet de chimie en janvier 1856 pour un &amp;quot;''système de préparation de thé permettant 1° d'en concentrer l’arôme et les parties constitutives, et 2° de livrer au commerce des extraits de thé tout préparés.''&amp;quot; d'après le ''Catalogue des brevets d'invention'', 1855 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63669617 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, il met au point un procédé pour rendre ininflammable les tissus et dépose en août 1864 le brevet de la ''Hottine''&amp;lt;ref&amp;gt;''Catalogue des brevets d'invention'', n° 8 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6357402p/f4.item.r=hottin En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour sa commercialisation, la ''Hottin &amp;amp; Cie'' est créée en 1865 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette nationale ou le Moniteur universel'', 26 décembre 1865 - [https://www.retronews.fr/journal/gazette-nationale-ou-le-moniteur-universel/26-decembre-1865/149/2621181/6 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &amp;quot;''Certes, si les hommes étaient sages, ce n’est pas aux inventeurs de moyens de destruction perfectionnés qu’ils élèveraient des statues. Celui-là a mieux mérité de l’humanité, qui, comme M. Hottin, nous débarrasse d’un fléau dévorant.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Sport : journal des gens du monde'', 16 septembre 1866 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k32768849/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Malgré la promotion publicitaire dans des journaux, le produit ne se vend pas et l'entreprise Hottin &amp;amp; Cie est déclarée en faillite en juillet 1867 &amp;lt;ref&amp;gt;''Gazette des tribunaux : journal de jurisprudence et des débats judiciaires'', 19 juillet 1867 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6822699h/f4.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quelques-unes de ses adresses sont connues jusqu'en 1870, mais rien n'indique qu'Albertine Hottin vive avec lui. Les recensements n'existent pas pour le Paris de cette époque, et les archives antérieures à 1870 sont partiellement détruites.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cellules familiales des deux sœurs d'Albertine Hottin n'ont pas les même parcours. Tout semble indiquer que Irma Hottin, son époux et leur enfant vivent à Paris sans interruption. Léonie et sa famille nucléaire quittent provisoirement la capitale pour s'installer dans la Somme, dans le village de Frohen-le-Grand. Quelques années avant leur mariage, Louis Joseph Édouard Duval y avait exercé son métier de cocher pour la famille d'aristocrate qui vit dans le château local &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Frohen-le-Grand, 1871 - [https://archives.somme.fr/ark:/58483/w5jp0l9c6q2g/2ba86a2f-0d2c-418e-b5c8-b4aa5abf6c5b En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Deux de leurs enfants y naissent en 1878 et 1879. Une femelle et un mâle. L'aînée et la nouvelle venue sont envoyées à Bois-Guilbert pour vivre avec leurs grands-parents maternels Anselme Hottin et Thérèse Cherfix &amp;lt;ref&amp;gt;Recensement de Bois-Guilbet en 1881 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/4a4091827ebf19e313342dd2df9a415b/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pendant ce séjour chez elleux, Louise, l'aînée, décède en 1883 à l'âge de 7 ans &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès de Louise Duval à Bois-Guilbert le 30 janvier 1883 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/706cb9a0077461881ec5eff632720743/dao/0/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les sources consultées ne permettent pas de préciser la date de retour sur Paris de la cellule familiale de Léonie. Le couple engendre d'un petit mâle qui naît en novembre 1886 dans cette ville. À cette date, elle habite dans le huitième arrondissement au 126 de la rue Saint-Lazare, à quelques centaines de mètres de chez sa sœur Albertine rue du Rocher. Selon l'acte de mariage de la fille de Louis Duval, née de son premier mariage, il n'habite pas à Paris en 1895 mais à Fresnières dans l'Oise. Ce qui signifie que Léonie Hottin-Duval vit donc sans lui. À partir d'une date indéterminée, elle vit avec son fils cadet au 107 rue du Lauriston dans le seizième arrondissement. Demeurant aussi dans cet arrondissement, 5 cité Greuze, la tante Nina meurt en 1887 et son — second — mari en 1890. Daté de juillet 1888, le commentaire qui accompagne une gravure de ce quartier par le dessinateur Jules-Adolphe Chauvet parle de lui-même : &amp;quot;''Il est impossible de se figurer cette cité encore éclairée à l'huile et habitée par une population des plus déshéritées, où la misère et le vice s'étalent dans leur plus hideuse laideur ; cela au milieu du Passy aristocratique et bourgeois [...]''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jules-Adolphe Chauvet, &amp;quot;Cité Greuze dite le Palais royal de Passy, rue Greuze n° 24&amp;quot; sur le site de la BNF - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8456859p En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thérèse Cherfix-Hottin, la mère d'Albertine, décède le 24 août 1901 à Bosc-Roger-sur-Buchy &amp;lt;ref&amp;gt;Acte de décès du 25 août 1901 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e71cb3dc937ddf2501f76761f51393c0/dao/0/12 En ligne]. Table des successions et absences de Buchy, 1886-1905 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/e047091b58efe957732be9bfb2b398ced21c546127869b312ee37ee914ac80b9/dao/0/34 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Anselme Hottin, le père, meurt le 23 février 1906 dans le même village &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot;&amp;gt;D'après la Table des successions et absences de Buchy, 1906-1924 - [https://www.archivesdepartementales76.net/ark:/50278/vta8336b8f866ec948e/dao/0/73 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Moins d'un mois avant Albertine Hottin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les adresses postales mentionnées dans les archives officielles ne sont pas une donnée infaillible. Elles ne concordent pas toujours entre elles ou à la réalité car l'administration se trompe parfois. L'acte de naissance d'Alida Yvonne, la fille d'Albertine Hottin, est un exemple de possibles erreurs administratives. Dans un scénario d'une arrivée urgente à Lariboisière, à l'initiative de la sage-femme qui gère la grossesse d'Albertine Hottin, il se peut qu'il y ait aussi une erreur d'adresse dans les registres de l'hôpital. En effet, le 95 de la rue du Rocher est aussi l'adresse d'une sage-femme, M&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;me&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Pécheux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cause de présence de fibres d'amiante dans les archives de la ville de Paris, il est actuellement impossible de consulter les ''Calepins des propriétés bâties'' pour les adresses où Albertine Hottin a habité. Ces calepins détaillent les occupants (particuliers et/ou sociétés, locataires et propriétaires) et donnent une rapide description de l'aménagement des immeubles parisiens. Seul le calepin de la rue de Surène est consultable à partir de l'année 1901 &amp;lt;ref&amp;gt;''Calepins des propriétés bâties'', 1901-1981, côte D1P4 2697 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Allures et air de rien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La [[protivophilie]] ne dispose d'aucune description physique d'Albertine Hottin. Rien dans les registres hospitaliers ou d'état civil consultés à ce jour dans les archives. La couleur de ses yeux ou de ses cheveux demeurent inconnues. Idem pour sa taille et tout autre détail anatomique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Cuiz.jpeg|200px|vignette|droite|Cuisinière anonyme en 1894 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Les différents actes officiels connus concernant Albertine Hottin mentionnent les métiers de cuisinière et de couturière. Elle fait partie de la domesticité, les ''gens de maison'' comme les nomment celleux qui les emploient. Est-elle appelée par son propre prénom ou par celui attribué par ses maîtres ? — il est tellement plus pratique de toutes les appeler ''Murielle''. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Épisode 1/2 : La servitude&amp;quot; dans l'émission ''Les pieds sur terre'', mai 2023 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/butler-majordome-servante-des-domestiques-au-service-des-ultra-riches-5785280 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ouvrage ''La femme à Paris, nos contemporaines'', daté de 1894, Octave Uzanne consacre un chapitre aux hominines femelles utilisées comme domestiques. En ayant lui-même à son service, il dresse des tableaux caricaturaux des différents métiers de la domesticité et de leur place dans le quotidien de la bourgeoisie. Pour lui, &amp;quot;''c’est une caste [...] qui a sa hiérarchie très tranchée : au sommet, la femme de chambre en conflit avec la cuisinière cordon-bleu; plus bas, la bonne d'enfant, puis après la bonne à tout faire, et enfin la femme de ménage. À côté figure une privilégiée, à la fois méprisée et enviée, celle qui vend le lait de son enfant au gosse malingre du bourgeois : la nourrice.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#uza&amp;quot;&amp;gt;Octave Uzanne, ''La femme à Paris, nos contemporaines'', 1894 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15257516/f99.image En ligne]. Voir Bertrand Hugonnard-Roche, ''Octave Uzanne et les femmes dans la domesticité parisienne (1894-1910)'', 2013 - [http://www.octaveuzanne.com/2013/09/octave-uzanne-et-les-femmes-dans-la.html En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Avec beaucoup plus d'empathie, Octave Mirbeau décrit des vies de domestiques dans plusieurs de ses romans dont le célèbre ''Journal d'une femme de chambre'' en 1900. Son analyse anarchiste inclue de fait la prostitution dans la liste des métiers liés à la domesticité bourgeoise. Il décrit sa vision de la sexualité tarifée dans son essai ''L'Amour de la femme vénale'' dont le titre français est traduit du bulgare, ''Любовта на продажната жена''. Publié à Plovdiv en 1922, probablement à partir d'une version en russe et dont l'original en français n'a pas été retrouvé &amp;lt;ref&amp;gt;Voir Isabelle Saulquin, ''À propos de L'Amour de la femme vénale'' - [https://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/Saulquin-femmevenale.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. Lui-même ancien de la domesticité bourgeoise, Octave Mirbeau fait dire à l'un des personnages de son roman ''Dans le ciel'', Georges, peu suspect d'optimisme rayonnant et ahuri, les mots suivants : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n’existe ni en moi, ni dans les autres, ni dans le rythme le plus infime de l’universelle harmonie. Je suis cette chose inconcevable et peut-être unique : rien. J’ai des bras, l’apparence d’un cerveau, les insignes d’un sexe ; et rien n’est sorti de cela, rien, pas même la mort.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Octave Mirbeau, ''Dans le ciel'' dans ''Œuvre romanesque'', vol. 2 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dans_le_ciel En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le métier exercé par Albertine Hottin conditionne sa tenue vestimentaire. Cuisinière ou couturière ne sont pas des fonctions normées esthétiquement de façon identique et n'ayant pas les mêmes contraintes professionnelles. Quelques illustrations sont fournies dans l'ouvrage d'Octave Uzanne. En dehors de ce contexte professionnel et le port d'une sorte d'uniforme, la tenue vestimentaire d'Albertine Hottin est contrainte par les circonstances &amp;quot;normales&amp;quot; de la vie quotidienne et les aléas climatiques. Elle ne s'habille probablement pas de la même façon les jours où elle ne travaille pas. Ou lorsqu'elle rend visite à des proches. Les jours de pluie ou de soleil, d'hiver ou d'été, imposent de s'adapter dans la mesure du possible. En l'absence de toute indication corporelle, l'habillement facilite l'imagination d'une représentation mentale de sa personne. Son entrée à l'hôpital en mars 1906 et son décès le lendemain se font dans un contexte climatique de grand froid sur l'ensemble de la France. Sa rencontre avec Sergueï Netchaïev entre la fin de 1870 et 1871 est marquée par un épisode de froid. La neige est abondante. L'hiver est très rigoureux à cause d'une &amp;quot;''très puissante descente froide venue de Russie [qui] déferle sur la France''&amp;quot; d'après les chroniques météorologiques de cette époque &amp;lt;ref&amp;gt;Chroniques météo de 1870 - [https://www.meteo-paris.com/chronique/annee/1870 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Trois autres dates sont confirmées par les recherches dans les registres. Celles de la naissance de ses trois enfants: 2 juin 1876, 10 janvier 1879 et 12 janvier 1882. Après un mois de mai froid où les températures tombent parfois sous les 5°, le début d'été 1876 est particulièrement chaud avec des températures dépassante les 30° pendant plusieurs semaines. Un pic de 35° est atteint vers la fin du mois de juin. L'hiver 1876 est froid. La seconde moitié de janvier 1876 est marquée par des épisodes de pluies verglaçantes en région parisienne, alors qu'à contrario l'hiver 1882 est jugé très doux. Comme la plupart des autres hominines, Albertine Hottin tente au mieux de prendre en compte les variations climatiques dans ses choix de se vêtir comme ceci ou comme cela avant de sortir de chez elle. Comment s'habille-t-elle lorsqu'elle se rend au théâtre ou dans un parc ? Les périodes de sa vie où elle exerce le métier de cuisinière et celui de couturière font qu'elle est plus souvent amenée à sortir de chez elle si elle est couturière dans un petit atelier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La froideur de l'hiver 1870-1871 laisse à penser que, même habillée comme il convient, la rencontre entre Albertine et Sergueï a pu se faire à l'intérieur d'un bâtiment plutôt que dans la rue ! Une approche qui confirme l'hypothèse protivophile matérialiste des ''Albertine's Studies'' pour qui il existe nécessairement un facteur inconnu qui provoque la rencontre, un tiers invisible dont il est peut-être impossible de prouver l'existence. Cela permet de minimiser les hypothèses qui imaginent les pires schémas des rencontres dites amoureuses. Premiers regards et mouchoir qui tombe ? Glissade romantique et burlesque pour cause de neige ? Des scénarios dignes de la première intelligence artificielle venue. Rien de tout cela n'a de sens pour la protivophilie. Rien à voir. Le froid de cet hiver incite les hominines à sortir en se couvrant convenablement. Du point de vue comportementaliste, le froid ressenti pousse les hominines à chercher à se réchauffer ou à plus traîner lorsqu'illes sont au chaud. Une configuration incitative à la rencontre dans un lieu fermé en période hivernale. Rien n'indique qu'il existe un lieu autre que les imprimeries et les libraires pour que les deux puissent s'y croiser. Il y a un moment précis de l'histoire où on enlève ce qui nous protège la tête du froid en entrant dans un espace fermé et plus chaud. Albertine n'a sans doute pas échappé à cet instant historique individuelle commun. Sergueï Netchaïev non plus. Cela fait office d'amorce dans un processus de rencontre entre deux hominines ! Plus l'espace où se passe la dite rencontre est grand ou fragmenté, et plus le temps peut être long entre le moment d'entrée de l'hominine dans l'espace fermé et sa rencontre avec l'autre hominine.&lt;br /&gt;
La quête des premiers mots échangés est une illusion et les tentatives de déterminer une mécanique de la rencontre sont des pertes de temps. En suivant une logique linguistique, il est seulement possible d'affirmer que le premier son est précédé d'un silence. D'un rien sonore. Peut-être accentué par l'effet sonore feutré que fait la neige ? (Si la météo le permet !) Comme pour toute chose, l'existence d'une sonorité est précédée par son absence. Ça crée des liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Imaginaires amouriens ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce chapitre regroupe ensemble des événements dans le but de créer les ingrédients d'une illusion, d'un lien imaginaire entre deux hominines dans ce qu'il est communément appelé &amp;quot;''[[Amour|histoire d'amour]]''&amp;quot; : &amp;quot;''L'amour est éternel''&amp;quot; et le verbiage qui va avec. L'artificialité est donc à la base de la démarche. Cela a la même pertinence que l'astrologie ou la numérologie. Une forme de roman-photo protivophile pour aveugles. Par exemple, il est incontestable qu'en 1882 Albertine Hottin donne naissance à un enfant, la même année que celle de la mort de Sergueï Netchaïev. De là à en tirer des conclusions, il y a un fossé à franchir ! Mais l'amour n'est que magie. En l'année 1873, Édouard Manet ne trouve pas mieux à faire que de peindre la façade de l'immeuble parisien où habite Albertine Hottin au 2 rue de Saint-Pétersbourg alors même que Sergueï Netchaïev est incarcéré à la forteresse Pierre et Paul située dans la ville russe de Saint-Pétersbourg. Faut-il y voir un signe ? Rien n'est moins sûr. Une demande directe d'Albertine Hottin à son ami et voisin ? Si, selon l'imaginaire amourien, l'amour transcende les frontières, pourquoi ne pas mettre en lien la force de la joie ressentie par Sergueï Netchaïev à l'annonce de l'assassinat du tsar en 1881 et celle de l'arrivée de Lucie Blanche dans sa nouvelle famille d'accueil.  Première enfant d'Albertine, elle est née en 1876 de géniteur mâle inconnu et abandonnée l'année même où tous les écrits de Sergueï Netchaïev sont détruits par la matonnerie. Ses écrits sur Paris disparaissent à jamais. Son roman ''Georgette'' est toujours inédit. Il est enchaîné aux mains et aux pieds pendant une année entière, dans l'impossibilité de revoir Albertine Hottin sans que cela ne soit trop compliqué à mettre en œuvre. Il en prend conscience dans sa chair. Fort heureusement, Albertine Hottin n'a pas eu à subir les conséquences directes des conditions d'incarcération dégradantes de son &amp;quot;amour&amp;quot; russe. Pas de longues heures d'attente pour un parloir. Mais, comble de la tristesse de cette année 1876, son ami poète et combattant bulgare Kristo Botev est tué lors d'un affrontement armé. Albertine Hottin, tout comme Sergueï Netchaïev, n'apprennent probablement la nouvelle que très tardivement. Voire pas du tout. La mort de Sergueï Netchaïev fin 1882 est une nouvelle épreuve insurmontable dans leur relation — déjà fort distendue. Leur amour est vraiment impossible. Sergueï Netchaïev ne se remit jamais de cela. Des recherches protivophiles menées autour de la réédition récente de la biographie de Yégor Martinof, alias Monsieur Rien &amp;lt;ref&amp;gt;''Monsieur Rien !'' de Louis Boussenard, octobre 1907 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/MRienWeb.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, ont permis de déceler la présence d'un graffiti de type naïf amourien sur les murs de la forteresse Pierre et Paul. Réalisé dans un style classique, il représente un cœur stylisé et l'inscription S+A qui ressemble beaucoup aux initiales de Sergueï et Albertine. Des recherches complémentaires doivent encore être menées pour confirmer la véracité de ces documents d'archives datant de 1907 et émanant d'une source peu fiable : les Éditions de la Rue du Jardinet sont une maisonnette d'édition qui n'est recommandée par personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Rien culturel ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien n'est connu sur le degré d'instruction d'Albertine Hottin, mais il est à noté que, bien que l'instruction obligatoire ne soit instaurée qu'en 1882, dans ses lettres d'[[amour]] de 1871 elle semble maîtriser les rudiments écrits de la langue française. Les fautes d'orthographes et de grammaire n'entament pas la compréhension. Dans la région de Seine-Maritime d'où elle est originaire, l'environnement linguistique est une marche entre les parlers normands et picards. Une zone d'interpénétration. Contrairement à aujourd'hui, l'usage des variétés normandes et picardes des langues d'oïl est alors très présent &amp;lt;ref&amp;gt;Francis Yard, ''La parler normand entre Caux, Bray et Vexin'', 1998&amp;lt;/ref&amp;gt;. Au XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le rouennais &amp;lt;ref&amp;gt;Le rouennais ou purin de Rouen, ou encore purinique, est la variante rouennaise des parlers d'oïl de Normandie. Elle est mélée de français parisien. Quelques textes publiés de la première moitié du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; jusqu'au  XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle le sont en purinique. Voir par exemple David Ferrand, ''Inventaire général de la Muse Normande'', 1655 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8612065s En ligne]. Au cours du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, l'usage du purinique fait place au français régional de Rouen. Gérard Larchevêque, ''Le parler rouennais des années 1950 à nos jours'', éd. Le Pucheux, Rouen, 2007 &amp;lt;/ref&amp;gt;, le cauchois &amp;lt;ref&amp;gt;Le cauchois est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Caux, la partie occidentale du département de la Seine-Maritime. A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]. ''Études Normandes'', 31e année, n°3, 1982. &amp;quot;Du Cauchois au normand&amp;quot; - [https://www.persee.fr/issue/etnor_0014-2158_1982_num_31_3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et le brayon &amp;lt;ref&amp;gt;Le brayon est la variante des parlers d'oïl de Normandie utilisée dans le pays de Bray, à cheval sur les départements de Seine-Maritime et de l'Oise. J.-E. Decorde, ''Dictionnaire du patois du pays de Bray'', 1852 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6354795f En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; sont une réalité normande, tout autant que le beauvaisin picard &amp;lt;ref&amp;gt;Le beauvaisin est la variante des parlers d'oïl de Picardie utilisée dans la région de Beauvais, dans l'Oise. François Beauvy, ''Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis'', Éklitra, 1990&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques. La région d'Ernemont-sur-Buchy est à la rencontre de ces pratiques linguistiques normando-picardes. Elles se différencient des pratiques linguistiques de la région parisienne et du français standardisé appris au cours de la scolarité. Il est fort probable qu'Albertine Hottin avait un accent, typique de sa région d'origine et de sa condition sociale : Un accent de la ruralité normande. Bien souvent, hors de leur région d'origine, les hominines s'exposent aux moqueries. La glottophobie &amp;lt;ref&amp;gt;La glottophobie est un ensemble de procédés discriminatoires basés sur un usage attendu d'une langue. Par exemple, même pour une personne maîtrisant très bien une langue, avoir un accent peut-être source de moqueries ou un obstacle à l’ascension sociale. Voire créer un manque de crédibilité. Comme pour celleux qui ne maîtrisent pas bien une langue et dont les réflexions sont mésestimées.&amp;lt;/ref&amp;gt; est chose courante. L'accent et le vocabulaire sont stigmatisants. La plupart du temps, ils n'empêchent pas l'intercompréhension. Il n'est pas sûr que Sergueï Netchaïev, dont le français est sans doute basique, soit empêché de comprendre ce que dit Albertine Hottin. Leur rencontre plaide en ce sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les caractéristiques linguistiques probablement connues, voire utilisées par Albertine Hottin, deux intéressent particulièrement la [[protivophilie]] qui cherche tout sur rien : Le sens du mot ''[[rien]]'' et les dérivés du terme ''niant''. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La région normande conserve l'ancien sens de rien qui vient du latin ''rem'', accusatif de ''res'' &amp;quot;chose&amp;quot;. L'usage de ''rien'' en ce sens est confirmé par le ''Glossaire de la langue d'oïl'' qui recense le vocabulaire entre les XI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et XIV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècles &amp;lt;ref&amp;gt;''Glossaire de la langue d'oïl'', 1891 - [https://archive.org/details/glossairedelala01bosgoog/page/410/mode/2up?view=theater En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou par le ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes'' &amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Eugène Godefroy, ''Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle'', tome VII, 1892 - [https://archive.org/details/GodefroyDictionnaire7/page/n199/mode/2up En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Jusque dans le courant du XVI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ''rien'' est un mot du genre féminin. Tout en précisant que cet usage est &amp;quot;''vieilli ou littéraire''&amp;quot;, le ''Trésor de la langue française'' indique qu'il s'emploie encore au XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle avec un sens voisin de &amp;quot;quelque chose&amp;quot; dans les contextes à orientation négative &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Rien&amp;quot; sur le ''Trésor de la langue française'' - [http://www.cnrtl.fr/lexicographie/rien En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et cite, parmi d'autres, l'exemple suivant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Je n'ai nullement l'intention, l'illusion, de fixer rien d'éternel''&amp;lt;ref&amp;gt;André Gide, ''Geneviève'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:bal.jpg|300px|vignette|droite|&amp;quot;''Alors on danse ?''&amp;quot; dit Albertine Hottin à Sergueï Netchaïev&amp;lt;ref&amp;gt;Propos hypothétiques d'Albertine Hottin rapportés par l'historien Paul &amp;quot;Stromae&amp;quot; Van Haver dans son ouvrage éponyme - [https://www.youtube.com/watch?v=VHoT4N43jK8 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Avec un sens dérivé, dans les époques contemporaines, rien est un nom de genre masculin qui exprime une petite quantité de quelque chose. Dans ce cas il n'est pas invariable : Des riens ne sont pas rien, même lorsqu'ils en sont une. Comme cela est encore aujourd'hui en usage en Normandie — et ailleurs — le mot ''rien'' est employé en antiphrase pour exprimer une grande quantité. Il est synonyme de ''beaucoup'', ''très'', ''énormément'', etc. Albertine Hottin doit connaître cette manière d'employer rien. Même l'écrivain Émile Zola l'utilise pour ses personnages &amp;lt;ref&amp;gt;Émile Zola, ''La terre'', 1887 - [https://fr.wikisource.org/wiki/La_Terre_(%C3%89mile_Zola) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cet usage n'est pas seulement un &amp;quot;régionalisme&amp;quot; mais aussi d'un emploi populaire. Se basant sur une recension de mots de la fin du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; et le début du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, le ''Dictionnaire de l'argot du milieu'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dictionnaire de l'argot du milieu'', 1928 - [https://www.languefrancaise.net/dev6/uploads/Argot/L/Lacassagne1928/l-argot-du-milieu-lacassagne-1948.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ne s'y trompe pas. ''Rien'' a de nombreux synonymes pour exprimer la petite quantité de quelque chose, voir son absence, alors qu'aux entrées &amp;quot;Très&amp;quot; et &amp;quot;Beaucoup&amp;quot;, &amp;quot;Rien&amp;quot; est donné en synonyme. Les mots de l'infantophile poétesse Frédérique &amp;quot;Dorothée&amp;quot; Hoschedé semblent sortis de la bouche même d'une Albertine Hottin un rien agacée : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Arrête de m'embêter !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu fais rien qu'à m'énerver !''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Tu profites que je ne suis''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Qu'une pauvre petit' fille !'' &amp;lt;ref&amp;gt;Dorothée, ''Bien fait pour toi'', 1986 - [https://www.youtube.com/watch?v=9XVetuMeYQs En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lexiques des parlers normands du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle listent les mots ''niant'', ''niantise'' et ''nianterie'' &amp;lt;ref&amp;gt;Par exemple, A. G. de Fresnay, ''Mémento du patois normand en usage dans le pays de Caux'', Rouen, 1885 - [https://books.google.fr/books?id=DRN7Y6tJ9p4C&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PR3#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Le premier qualifie une personne jugée niaise, et est probablement à l'origine de l'expression ''être gnan-gnan''. La niant-nianterie est une expression normande attestée. Féminins, les deux autres désignent une niaiserie, une bêtise. Leur étymon est ''niant'', avec le sens de ''néant''. Issues du latin, des formes proches sont mentionnées par les lexicographes du français ancien. Selon le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', ''nient'' ou ''niente'' signifient &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;nullement&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Nient&amp;quot; sur le ''Dictionnaire historique de l'ancien langage françois'', tome VIII - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50687j/f33.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. ''Néanmoins'' se dit alors ''nientmoins''. D'évidence, une ''nianterie'' est une ''nienterie''. Le ''Glossaire de la langue romane'' liste aussi ''niens'' et ''noiant'' avec le sens de &amp;quot;rien&amp;quot;, &amp;quot;aucune chose&amp;quot;. Le verbe ''anienter'' et ''anientir'' signifient &amp;quot;réduire à rien&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort, ''Glossaire de la langue romane'', 1808. Tome I - [https://archive.org/details/glossairedelala05roqugoog En ligne]. Tome II - [https://archive.org/details/glossairedelala04roqugoog En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signification &amp;quot;aucune chose&amp;quot; pour ''niente'' est encore attestée dans le français moderne dit argotique. Les ''noiantels'' — les &amp;quot;''gens qui ne sont rien''&amp;quot; selon le philosophe Emmanuel Macron — ne sont que ''nientailles''. Comme Albertine Hottin. Les trois lettres de la jeune Albertine à son &amp;quot;''ami''&amp;quot; qu'elle déclare aimer ne semblent pas contenir de &amp;quot;normandismes&amp;quot;. Ou alors ils ne se distinguent en rien du français parisien standard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile de déterminer quelles sont les occupations culturelles d'Albertine Hottin. Selon ses propres mots, elle fréquente parfois le théâtre. Dans la troisième lettre, elle dit à ce sujet : &amp;quot;''je nè pas voulu allez aucun thatre je netais pas assez gaei.''&amp;quot; Les deux billets de faveur pour les théâtres du Châtelet &amp;lt;ref name=&amp;quot;#cha&amp;quot; /&amp;gt; et de Cluny &amp;lt;ref name=&amp;quot;#clu&amp;quot; /&amp;gt;, conservés par les archives de Zurich, laissent imaginer que les deux ont eu pour projet d'assister ensemble à des représentations. Ce ne sont pas des entrées gratuites, mais des réductions. Un franc par place, plutôt que trois, au Châtelet et en demi-tarif pour celui de Cluny. Pour avoir un ordre de grandeur, l'Annuaire statistique de 1878 indique que le salaire annuel d'une domestique à Paris se situe entre 300 et 500 francs, soit environ 25 à 40 francs par mois &amp;lt;ref&amp;gt;''Annuaire statistique de la France'', 1878 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5505170r/f274.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Convictions ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des recherches sont encore à entreprendre pour croquer la vie d'Albertine Hottin lors de la Commune de Paris. La rencontre avec Sergueï Netchaïev a lieu juste avant. Parmi son cercle familial, la répression contre les hominines ayant participé à ce soulèvement n'est pas une inconnue. Léon Sainte Croix et Ernest Pierre Cherfix sont emprisonnés brièvement à la suite du soulèvement de la Commune de Paris de 1871. Le premier est jugé par le vingt-troisième conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 551, dossier n°235 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; qui siège à Versailles du 15 février au 30 juillet 1872. Ernest est inquiété pour son appartenance au 120&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;ème&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; bataillon de la Garde Nationale &amp;lt;ref name=&amp;quot;#gar&amp;quot; /&amp;gt;. Il est transféré vers Lorient où il est placé en détention à la citadelle de Port-Louis puis sur le ponton ''La Vengeance'' avec plus de 600 autres hominines &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Les pontons&amp;quot; dans le journal ''Radical'', 17 octobre 1871 - [https://www.retronews.fr/journal/le-radical-1871-1872/17-octobre-1871/2835/4446427/3 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Un non-lieu est prononcé en sa faveur le 17 février 1872 &amp;lt;ref&amp;gt;Service historique de la défense, côte SHD/GR/8J 478, dossier n°15974 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les lettres d'Albertine Hottin ne permettent pas de déterminer son rapport à la politique. Est-elle attentive à son environnement social et politique ? Y est-elle active ? En réponse à une question de Sergueï Netchaïev, la seule nouvelle politique qu'elle donne est dans le domaine de l'économie, à propos d'un emprunt français, et rapporte les inquiétudes du journal ''Le Figaro'' et les commentaires de politiciens à ce sujet. Rien de très fouillé. Si Albertine Hottin est employée par des membres de la classe politique et/ou économique, elle peut avoir accès plus facilement à des informations diverses et avoir vent de ce qu'il se dit sur tel ou tel sujet. Travaille-t-elle pour le député Louis Martel ou pour François Xavier Merlin qui habitent tout deux au 180 boulevard Haussman ? L'un, député du Pas-de-Calais, est vice-président du conseil supérieur de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie, président de la commission des grâces après la Commune. Élu sénateur en 1875. L'autre est un colonel de l'armée française, président du Troisième Conseil de guerre en 1871 chargé de juger les hominines ayant participé à la Commune. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Peut-on rien comprendre à la vie humaine, si l'on ne commence pas par comprendre que toujours c'est la pauvreté qui surabonde en grandeur ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques Maritain, ''Humanisme intégral'', 1936&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Fin ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mort par tuberculose le 19 mars 1906 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mor&amp;quot; /&amp;gt; est un indicateur des conditions sociales d'Albertine Hottin. À la charnière des XIX et XX&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;ème&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; siècles, la tuberculose se propage en France. Même si le chiffre de 150000 décès par an est infondé&amp;lt;ref&amp;gt;Arlette Mouret, &amp;quot;La légende des 150 000 décès tuberculeux par an&amp;quot;, ''Annales de démographie historique'', 1996 - [https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1996_num_1996_1_1910 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le nombre de mort inquiète les autorités politiques. Après un dizaine d'années d'études des conditions d'hygiène dans plusieurs quartiers de Paris, treize îlots urbains sont identifiés dans la ville pour être des lieux propices à l'émergence ou la diffusion de la tuberculose. Sombres pour l'étroitesse de leurs rues et pathogènes pour les conditions de vie. La maladie et son mode de contagion ne sont pas encore totalement compris&amp;lt;ref&amp;gt;Stéphane Henry, &amp;quot;De la phtisie, «maladie romantique», à la tuberculose, «maladie sociale»&amp;quot;, ''Vaincre la tuberculose (1879-1939) : La Normandie en proie à la peste blanche'', Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013 - [https://doi.org/10.4000/books.purh.5523 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les premiers essais en vue d'un traitement progressent. Les causes d'apparition de la tuberculose sont le manque de lumière et d'aération dans les logements ou le surpeuplement colocatif. La pauvreté et la malnutrition sont évidemment des facteurs aggravants. Pour l'année 1906, le rapport rendu au préfet après l'étude de 425 maisons, représentant 20500 logements pour 47000 hominines, préconise des travaux dans plusieurs milliers de chambres et d'appartements jugés trop sombres et mal aérés&amp;lt;ref&amp;gt;''Rapport à M. le préfet sur les enquêtes effectuées dans les maisons signalées comme foyers de tuberculose'', 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56808027 En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. L'interdiction à la location pour certains logements. Les 13 îlots urbains considérés insalubres seront détruits dans les décennies suivantes. Albertine Hottin ne vit pas dans l'un de ces îlots. Cuisinière, elle habite peut-être dans un logement mal aéré ou mal éclairé, celui réservé aux domestiques sous les toits ? Les quartiers parisiens en sont pleins pour &amp;quot;''faire danser la bourgeoisie''&amp;quot; comme le note le sociologue de la danse Mounir &amp;quot;Hornet La Frappe&amp;quot; Ben Chettouh&amp;lt;ref&amp;gt;Hornet La Frappe, &amp;quot;Bourgeoisie&amp;quot; sur l'album éponyme, 2018 - [https://www.youtube.com/watch?v=DQl_Xcg_QJQ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Quoiqu'il en soit, la tuberculose a su trouver son chemin jusqu'à elle. Jean Cocteau, qui habite au 6 de la rue de Surène vingt ans plus tard, ne semble plus incommodé par la présence tuberculeuse. Il y installe même sa petite fumerie d'opium personnelle. Au bas de l'immeuble, le boucher et le restaurant de 1906 sont aujourd'hui devenus deux petits restaurants et le 6 de la rue est aussi l'adresse de l'hôtel deux étoiles &amp;quot;La Sanguine&amp;quot;. Lorsqu'elle meurt en 1906, le 6 est l'adresse de l'hôtel de la Madeleine. Albertine Hottin est-elle logée dans une des chambres ? Exerce-t-elle le métier de cuisinière tout simplement dans le restaurant au pied de l'immeuble ? Ironie de l'histoire, le lendemain de son décès, le quotidien ''Le Petit Journal'' publie en première page un article sur le sort qui est fait aux domestiques, particulièrement les femelles. Sobrement intitulé &amp;quot;La question des domestiques&amp;quot;, il rappelle qu'il est &amp;quot;''de notoriété [...] qu'à Paris c'est au dernier étage où les jeunes filles se couchent, qu'elles contractent la tuberculose, et parfois de pires maladies.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Le Petit Journal'', 20 mars 1906 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k617472s En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Parmi les maîtres, il existe une &amp;quot;''fâcheuse habitude parisienne qui relègue les domestiques au sixième étage des maisons, dans des mansardes mal cloisonnées, loin de toute surveillance.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Surene1910.jpg|200px|vignette|droite|Dernière adresse d'Albertine Hottin &amp;lt;ref&amp;gt;Photographie datée de 1910, quatre ans après la mort d'Albertine Hottin&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
La mise à la fosse commune de sa dépouille en 1906 est sans doute aussi le reflet de sa condition sociale. D'après les archives, ses deux sœurs sont toujours domiciliées à Paris. Veuve depuis 1892, Irma est couturière à Neuilly-sur-Seine en 1904. Elle meurt trente ans plus tard à Paris. Après avoir vécu quelques années dans la Somme, Léonie, son époux et leur progéniture, retournent à Paris. Leur dernier enfant, un hominine mâle, naît en 1886 dans cette ville. En 1900, Léonie est encore à Paris selon l'acte de mariage de sa fille. Elle y meurt en 1918. Abandonné à sa naissance, Ernest Hottin n'a probablement aucun lien avec sa mère biologique. Il vit en Normandie. Lucie, la fille d'Albertine, vit en Picardie. Elle s'y marie en 1899. Aucune indication sur les liens qu'Albertine Hottin entretient avec sa parentèle. [[Rien]]. Impossible de déterminer ses relations sociales. Évidemment, il est fort probable qu'elle dise parfois &amp;quot;''Bonjour !''&amp;quot; à Monsieur Frenea, le boucher du bas de l'immeuble de la rue de Surène, ou qu'elle regarde avec indifférence les hominines qui sortent du numéro 7, le siège de la société coloniale commerciale des Sultanats du Haut-Oubangi&amp;lt;ref&amp;gt;Le Haut-Oubangi est un territoire colonial français d'Afrique centrale entre 1894 et 1904. Il est réuni en 1904 avec le Haut-Chari pour former l'Oubangui-Chari qui dévient la République centrafricaine (RCA) en 1960.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elle est déjà passée devant le café du Siècle, au numéro 9, a déjà ralenti devant les curiosités de la boutique de Madame Daubernay au 3, croisé des livreurs de vins ou entendu les compositions de Charles Lecocq, le musicien du 28. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De partout on y vient''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On salue, on cause''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''De tout et puis de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''On cause de tout, on cause de rien, de rien, de tout, de rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ou bien d’autre chose'' &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de l'opéra-comique en trois actes ''Ninette'' de Charles Clairville, musique de Charles Lecocq, 1896 - [https://vmirror.imslp.org/files/imglnks/usimg/f/ff/IMSLP222532-SIBLEY1802.21030.63c2-39087011139500score.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une archéologie du paysage sonore &amp;lt;ref&amp;gt;Selon Mylène Pardoën, &amp;quot;''l’archéologie est une science auxiliaire de l’histoire (en tant que celle-ci est la science du passé) à partir des périodes où monuments et documents écrits coexistent. (dictionnaire de l’Académie française). Ce terme me semble approprié car l’archéologie du paysage sonore s’appuie sur des témoignages textuels ou visuels afin de reconstituer les ambiances.''&amp;quot; À écouter &amp;quot;Archéologie sonore, écouter les sons du passé&amp;quot; dans ''Le cours de l'histoire'', novembre 2021 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/archeologie-sonore-ecouter-les-sons-du-passe-3462720 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; est encore à faire. Elle sait discerner qui, dans son voisinage, est le médecin ou l'avocat de l'hominine qui travaille pour la teinturerie ou dans les cafés et restaurants. La boutique de lingerie du 7 et le crémier du 5 n'ont pas la même clientèle que la vitrerie et les tapissiers. Se relationne-t-elle avec ses collègues hors du cadre de son travail ? Comme pour les recherches protivophiles autour de [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si Albertine Hottin a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ? Qui sont ces personnes ?''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt; Dans les deux cas, cette question reste sans réponse. Les uniques êtres vivants à pouvoir vivre aussi longtemps pour être contemporains d'Albertine Hottin sont les arbres et donc à en avoir une hypothétique forme de souvenir. Mais les remaniements urbanistiques ont eu raison d'eux. Une photographie des alentours du 62 avenue des Ternes montre que les arbres ont été remplacés par d'autres. Les hypothèses les plus sérieuses sur les raisons de la mise à la fosse commune sont celles liées à l'impossibilité pour Albertine Hottin de se payer une sépulture, une ignorance de sa mort par sa proche parentèle avant la date maximale fixée par les réglementations, une absence de volonté ou une difficulté à prendre en charge les frais pour les proches — les liens familiaux sont des processus complexes.  Le registre des transports de corps payants &amp;lt;ref&amp;gt;Transports de corps payants, 23 mars 1906 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/pomp.jpg En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; indique que les frais de pompes funèbres s'élèvent à 49 francs et que sur les neuf classes d'enterrement — la première étant la plus luxueuse — Albertine Hottin bénéficie de la huitième &amp;lt;ref&amp;gt;Sur les classes d'enterrement, voir ''Ordonnateurs de convois funéraires'' sur Geneawiki - [https://fr.geneawiki.com/wiki/Ordonnateurs_de_convois_fun%C3%A9raires_-_Paris En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Morte un peu moins d'un mois après son père, elle n'a pas le temps de profiter de l'héritage familial &amp;lt;ref name=&amp;quot;#tab&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Albertine Hottin décède dans un contexte social particulier. Quelques jours après la mort de plus d'un milliers de mineurs de charbon dans le nord de la France le 10 mars et quelques mois avant l'instauration en France d'une journée de repos obligatoire le dimanche pour les hominines dont elle ne profitera donc jamais. Elle meurt un lundi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Dans nos familles, on boit dans des verres à moutarde. Nous ne sommes pas des aristocrates. Nous manquons d’élégance ; et notre race est incertaine. Mais nous n’oublions rien.''&amp;lt;ref&amp;gt;[[Alain Chany]], ''L'ordre de dispersion'', Gallimard, 1972. Cité à l'entrée &amp;quot;Un plat qui se mange froid&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Multivers onarien ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout comme ''onirique'', le néologisme ''onarien'' est basé sur l'étymon ''ὄναρ'', prononcé &amp;quot;ónar&amp;quot; en grec ancien, qui signifie ''rêve'' et au sens figuré ''rêverie''. Il est généralement employé dans le cadre très spécifique des ''Albertine's Studies''. L'expression ''multivers onarien'' désigne l'ensemble des vies d'Albertine Hottin dans les imaginaires d'autres hominines. Non pas celles, hypothétiques, qu'elle aurait pu avoir mais celles, réelles, qu'elle n'a pas eu. Malgré sa mort en 1906, elle continue à exister pour d'autres hominines grâce à de multiples mécanismes qui structurent le multivers. Les quelques décennies qui séparent sa mort de sa première mention post-mortem restent mystérieuses. L'absence de traces écrites empêche une véritable archéologie de son souvenir. Combien d'hominines se souviennent encore d'elle en 1973, date de la parution en anglais d'un article d'historien qui la mentionne. Y a-t-il réellement une continuité mémorielle entre 1906 et 1973 ? Impossible d'affirmer quoi que ce soit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l'espace francophone, la première mention explicite d'Albertine Hottin date de 1989 dans une biographie de Sergueï Netchaïev &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ser&amp;quot; /&amp;gt;. Le film ''L'extradition'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ext&amp;quot; /&amp;gt; de 1974 met en scène un personnage d'Albertine, sans que cela soit explicitement précisé qu'il s'agisse d'elle. Le scénario se passe à Zurich. Il faut attendre 2017 et la parution des ''Analectes de rien'' &amp;lt;ref&amp;gt;F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017&amp;lt;/ref&amp;gt; de [[F. Merdjanov]] pour que le nom d'Albertine Hottin réapparaisse publiquement. Une courte allusion lui est faite. C'est au cours de ces décennies de maturation que sont nées les ''Albertine's Studies'' dont les (premiers) travaux sont publiés dans un article biographique entamé en 2018 &amp;lt;ref&amp;gt;Véritable article de référence, il est le plus complet travail réalisé à ce jour sur Albertine Hottin - [https://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Albertine_Hottin En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;. La même année, elle est ajoutée sur la page de l'encyclopédie ''wikipédia'' consacrée à Sergueï Netchaïev. Puis, elle est brièvement évoquée en 2021 dans l'ouvrage [[Protivophilie|protivophile]] ''Poésie par le fait/faire. Géographie po(l)étique des avant-gardes de Russie'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt; qui lui est dédié. Rien de plus. Ce retour, même discret, se matérialise dorénavant par une existence sur le réseau internet à travers la présente page. Via des moteurs de recherche ou des intelligences artificielles. Pour qui cela amuse, il est maintenant techniquement concevable de faire des hypertrucages avec Albertine Hottin discutant avec qui elle veut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Onarien.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- T’as dis quelque chose ?''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Non, rien...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- Ah, j’avais cru.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''- C’est rien !'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Éloge de rien'', 2014 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/ElogeDeRien.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les recherches autour du multivers onarien ne sont pas une simple énumération ou une chronologie des mentions d'Albertine Hottin sur les supports modernes. Elles explorent les chemins sinueux que prennent les pensées des hominines. De par la diffusion des quelques écrits la mentionnant, Albertine Hottin est entrée dans des imaginaires du présent qui ne sont pas les siens ou ceux d'hominines la connaissant. De la simple découverte de son existence au détour d'une lecture à son évocation dans cette biographie ou au détour d'une discussion, elle est unr réalité dans plus d'esprits qu'elle ne l'a jamais été. Ce phénomène n'est pas quantifiable et ne peut être réduit au nombre d'exemplaires des ''Analectes de rien'' ou de ''Poésie par le fait/faire'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot; /&amp;gt;. Même si cette présence est très probablement évanescente, dorénavant elle peut fournir du contenu à un univers onirique. Avec autant de flou que peut l'être un rêve. Avec autant de possibilités qu'offrent ce phénomène. Pour qui rêve, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de matière pour alimenter les détails d'un scénario. Que les personnages présents soient de simples PNJ &amp;lt;ref&amp;gt;Selon l'encyclopédie Wikipedia, &amp;quot;''un personnage non-jouable, également appelé personnage non joueur, désigne tout personnage de jeu de rôle ou de jeu vidéo qui n'est pas contrôlé par les joueurs.''&amp;quot;&amp;lt;/ref&amp;gt; ou le cœur du songe. Rien n'oblige à ce que cela corresponde à la réalité des hominines. Ainsi, Albertine Hottin peut être vue habillée en jeans-tee shirt-basket, faisant du ski dans les Alpes ou lisant ''Sur les cimes du désespoir'' d'Emil Cioran. Elle peut apparaître grande et rousse, ou petite et ronde, alors même que rien n'est su sur sa morphologie. Et même avoir le physique d'une autre personne clairement identifiable. Est-elle déjà montée sur le dos d'une licorne ou est-elle capable de voler dans les airs ? Connaît-elle personnellement Bilbo le hobbit ? Dans le multivers onarien de telles possibilités sont infinies. Albertine Hottin peut parler diverses langues, écouter de la musique classique ou du hardcore-métal, rire bruyamment ou n'être qu'une ombre. Il est possible de discuter avec elle ou de se contenter de sa discrète présence. De s'en faire une amie ou de l'ignorer. Et cetera, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La difficulté avec le multivers onarien n'est pas sa conceptualisation mais le recueil des différentes expériences auprès des hominines qui l'ont partiellement exploré. Partant de rien, la méthode est encore à définir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== P’têt ben qu’oui ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est à ce jour impossible d'affirmer l'unicité des deux Albertine Hottin car, pour l'instant, aucun document ou archive ne permet de certifier un lien entre les deux : L'une rue de La Vrillière en 1872 et l'autre boulevard Haussmann en 1876. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si ces deux Albertine ne font qu'une, cela signifie qu'elle rencontre Sergueï Netchaïev vers l'âge de 19 ans. Lui en a 23. Lieu de leur rencontre, la rue du Jardinet est détruite en 1875&amp;lt;ref&amp;gt;La rue du Jardinet actuelle est l'ancienne Cour de Rohan qui prolongeait l'ancienne rue du Jardinet.&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== P’têt ben qu’non ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment expliquer qu'une jeune domestique rencontre un hominine &amp;quot;serbe&amp;quot; dans un quartier d'imprimeurs, de relieurs et de libraires ? Le billet de bal conservé par Sergueï Netchaïev et imprimé dans la rue du Jardinet fait-il le lien ? Est-ce qu'Albertine côtoie les hominines de sa famille qui sont dans les métiers du livre ? L'imprimerie Quantin a-t-elle participé à des projets de journaux ou de livres politiques ? Est-ce la Commune de Paris qui fait le lien entre les cercles familiaux Hottin/Cherfix et Sergueï Netchaïev ? Est-ce le travail de ce dernier ou ses activités politiques ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse la plus [[Protivophilie|protivophile]] est sans doute celle d'Edouard Hottin, cousin du père d'Albertine. Pour le plaisir des mots, il est facile d'imaginer que tout se joue autour de ce chimiste né à Bosc-Bordel — à prononcer \bɔbɔʁ.dɛl\ comme &amp;quot;beau bordel&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bos&amp;quot; /&amp;gt;. Mais cela ne repose pour l'instant sur rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pour rien ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la postface de ''Analectes de rien'' de [[F. Merdjanov]], publié en 2017, les éditions Gemidžii précisent qu’elles auraient pu prendre le nom de Éditions Albertine Hottin, &amp;quot;''comme une dédicace […] un clin d’œil, une tentative de démythification''&amp;quot;&amp;lt;ref name=&amp;quot;:6&amp;quot; /&amp;gt;, si elles avaient été adeptes d’un tel procédé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le très merdjanovien ''Poésie par le fait/faire''&amp;lt;ref name=&amp;quot;#poe&amp;quot;&amp;gt;''Poésie par le fait/faire'', 2021 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Poezi.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, publié en 2021 par Z-ditions de l’Amphigouri, est dédicacé à Albertine Hottin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Galerie ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
PlanJardinet.jpg|Rue du Jardinet vers 1870&lt;br /&gt;
Genindus.jpg|Procédé chimique de la Hottine&amp;lt;ref&amp;gt;''Le Génie Industriel'', 1&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;er&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; janvier 1865 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6546728v/f56.item En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
Extrad.jpg|Affiche de ''L'Extradition''&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21474</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21474"/>
		<updated>2026-04-22T15:27:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
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|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
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''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
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Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'', 14 avril 2011 - [[Aucœurdelhistoire.ogg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Fichier:Auc%C5%93urdelhistoire.ogg&amp;diff=21473</id>
		<title>Fichier:Aucœurdelhistoire.ogg</title>
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		<updated>2026-04-22T15:25:43Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21472</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21472"/>
		<updated>2026-04-22T15:09:42Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Mahwêwa */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'' du 14 avril 2011&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. &amp;quot;''Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Devise d'ouverture du film [[Los Porfiados]] (Les Acharnés) réalisé en 2002 par l'argentin Mariano Torres Manzur&amp;lt;/ref&amp;gt; : sans cette prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21471</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-22T14:44:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Individualité férale selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'' du 14 avril 2011&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21470</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-22T14:42:04Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Sujet unique selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| &lt;br /&gt;
''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de son implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'' du 14 avril 2011&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21469</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21469"/>
		<updated>2026-04-22T14:39:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Sujet unique selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
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Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;Les mesquakies ou Meshkwahkihaki sont une population de langue algonquienne, vivant dans la région des grands lacs sur l'actuelle frontière étasuno-canadienne. Du fait de leur implantation géographique, elle se retrouve opposée à la France et ses alliés locaux qui cherchent à contrôler le commerce de fourrures. Les différentes guerres aboutissent à la quasi disparition des mesquakies dans la seconde moitié du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Voir Gilles Havard, ''Histoire des coureurs de bois: Amérique du Nord 1600-1840'', 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'' du 14 avril 2011&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21468</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21468"/>
		<updated>2026-04-22T13:43:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Sujet unique selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot;&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#bar&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'' du 14 avril 2011&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
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		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-22T13:35:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Sujet unique selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Le cas le plus célèbre est celui d'un jeune hominine mâle capturé dans l'Aveyron en 1800 et dont la naissance est estimée à 1785. Il est prénommé Victor par le docteur Jean Itard qui est chargé de l'étudier à partir de 1801. Il ne parvient pas à lui apprendre à parler. L'analyse de sa situation et de ses origines divise. Est-il réellement un &amp;quot;enfant sauvage&amp;quot; ? Rétrospectivement, il est généralement proposé qu'il était un enfant autiste abandonné et ayant subi de multiples maltraitances. Il meurt d'une pneumonie à Paris le 12 février 1828. En 1970, François Truffaut réalise le film ''L'enfant sauvage'', une libre-adaptation des écrits de Jean Itard sur Victor. &amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur ''Europe 1'' du 14 avril 2011&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Auteur en 1871 de ''La Natation ou l’art de nager appris seul en moins d’une heure'', puis inventeur de la ''ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur'', Jean-Pierre Brisset (1837 - 1919) est sans conteste un grand spécialiste des amphibiens. Observateur dès son plus jeune âge des grenouilles, il les place au centre de ses réflexions sur les origines des hominines et de leurs langages. Professeur de français et polyglotte, il entend dans les coassements les sons primaires constitutifs des langues, et singulièrement du français. Voir l'article [[amphibologie]]. Il est l'auteur de ''La Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain'' en 1883, et de ''Les origines humaines'' en 1913 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1103494 En ligne]. Il est élu &amp;quot;Prince des Penseurs&amp;quot; en 1913 par des écrivains français adeptes de canulars et une journée annuelle est consacrée à sa mémoire jusqu'en 1939. Voir ''La vie illustrée de Jean-Pierre Brisset'' - [https://analectes2rien.legtux.org/images/La_vie_illustree_de_Jean_Pierre_Brisset.jpg En ligne]. Il est fait saint du calendrier pataphysique à la date du vingt-cinquième jour du mois ''haha'', soit le 30 octobre de chaque année - [http://www.college-de-pataphysique.org/wa_files/calenpat.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21466</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-22T09:51:24Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Sujet unique selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Raphaël Loffreda, ''L’empire face aux Renards : la conduite politique d’un conflit franco-amérindien 1712-1738'', Septentrion, Québec, 2021.&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales, C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Un exemple documenté est celui d'Acoutsina, fille d'un chef inuit capturée en 1717 au Labrador par Augustin Le Gardeur de Courtemanche, le gouverneur local français. À sa mort, son beau-fils François Martel de Brouague récupère la jeune esclave. Elle lui apprend sa langue et lui la sienne. Elle reste ainsi pendant deux années avant d'être rendue à sa famille. Selon J. Rousseau, &amp;quot;Acoutsina&amp;quot; dans le ''Dictionnaire biographique du Canada'' - [https://www.biographi.ca/fr/bio/acoutsina_2F.html En ligne]. Voir François Trudel, &amp;quot;Les Inuits du Labrador méridional face à l’exploitation canadienne et française des pêcheries (1700-1760)&amp;quot;, ''Revue d'histoire de l'Amérique française'', vol. 31, n°4, 1978 - [https://doi.org/10.7202/303648ar En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21465</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21465"/>
		<updated>2026-04-22T08:22:48Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Sujet unique selon l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
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|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
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''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
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Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
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		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21464</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-22T08:19:20Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA. (d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Catherine Hecquet (1686-1764), née Homassel, rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008. Elle entretient une relation épistolaire pendant des années avec son amie  Marie-Andrée Duplessis, née Regnard. L'une est une ancienne religieuse contrainte à se marier, l'autre est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Thomas M. Carr Jr., &amp;quot;Jansenist Women Negotiate the Pauline Interdiction&amp;quot;, ''Arts et Savoirs'', n°6, 2016 - [https://doi.org/10.4000/aes.743 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21463</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21463"/>
		<updated>2026-04-21T18:42:17Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Loupe */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Préquel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21462</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-21T18:41:20Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot;&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Prequel d′''En route pour Songy'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rou&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21461</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21461"/>
		<updated>2026-04-21T18:39:06Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Loupe */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|À la sauce anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Prequel de ''En route pour Songy''&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21460</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21460"/>
		<updated>2026-04-21T18:34:10Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Mahwêwa */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa se traduisent dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du château de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent ensemble Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21459</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-21T17:43:34Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du chateau de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Leurs éclats de rires sont bruyants et se font entendre dans tout le village et au-delà...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21458</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21458"/>
		<updated>2026-04-21T17:36:39Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur la plus haute branche d'un arbre. Près du chateau de Songy.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent Tarzan et Mahwêwa.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne illico la femme-louve.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''[Rires]''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21457</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21457"/>
		<updated>2026-04-21T17:29:46Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Mahwêwa */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur blague préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''La scène se déroule sur une haute branche d'un arbre.'' &amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;J'aime causer pour rien dire&amp;quot; ''rigolent Tarzan et Mahwêwa''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Gree gogo bi gogo-ul tandu&amp;quot; ''s'esclaffe l'homme-singe'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— &amp;quot;Nimakwéwakwéwa níkana&amp;quot; ''enchaîne la femme-louve''&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21456</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-21T17:07:17Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;L'actuel territoire français ultra-marin de Saint-Pierre et Miquelon est l'ultime vestige de la Nouvelle-France. Environ 6000 hominines vivent sur le petit archipel de 242 km&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;2&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; composé de huit îles, au sud de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. &amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''J'aime causer pour rien dire'' se disent Tarzan et Mahwêwa&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' s'esclaffe l'homme-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Nimakwéwakwéwa níkana'' lui répond la femme-louve&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21455</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-21T16:54:01Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Hure&amp;quot; selon le ''Trésor de la langue française'' - [https://www.cnrtl.fr/definition/hure En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Ministre de la Marine, 19 mars 1721 - [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg#/media/Fichier:Ministre_de_la_Marine._Mme_de_Courtemanche_a_pass%C3%A9_en_France_avec_une_Sauvagesse,_du_Canada_vers_Marseille.jpg En ligne]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/ref&amp;gt; Épouse de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;''Yersinia Pestis'' arrive à Marseille par bateau en mai 1720. En deux ans, la peste cause entre 30000 et 40000 décès sur une population d'environ 90000. Dans le reste de la Provence, elle fait plus de 100000 morts sur une population de 400000. Elle est la dernière grande épidémie de peste en France&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''J'aime causer pour rien dire'' se disent Tarzan et Mahwêwa&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' s'esclaffe l'homme-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Nimakwéwakwéwa níkana'' lui répond la femme-louve&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21454</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21454"/>
		<updated>2026-04-21T16:23:48Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam est un moine du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il rédige en latin ''Cronica'' dans laquelle il retrace l'histoire politique et religieuse &amp;quot;italienne&amp;quot; entre 1168 à 1287.  &amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Buffon, ''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Les scénarios concernant la mystérieuse comparse sont multiples. 1) Elle meurt après le coup de gourdin qu'elle reçoit de Marie-Angélique juste avant la capture. 2) Elle décède des suites de ses blessures dans une temporalité indéterminée après la capture. 3) Elle est tuée avec un fusil par un petit seigneur local quelques jours après ou lors de la capture de Marie-Angélique. 4) Après la capture, elle est signalée vivante près de La Cheppe, un village à une vingtaine de kilomètres de Songy. 5) Rien&amp;lt;/ref&amp;gt; Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, aka le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;Baron de La Hontan, ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704. Pour une version [https://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/louis-armand-de-lom-darce-dialogues-ou-entretiens-entre-un-sauvage-et-le-baron-de-lahontan.html audio]&amp;lt;/ref&amp;gt; dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Réal Ouellet, &amp;quot;Adario: le Sauvage philosophe de Lahontan&amp;quot;, ''Québec français'', n°142, 2006 - [https://www.erudit.org/fr/revues/qf/2006-n142-qf1179745/49755ac.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''J'aime causer pour rien dire'' se disent Tarzan et Mahwêwa&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' s'esclaffe l'homme-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Nimakwéwakwéwa níkana'' lui répond la femme-louve&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
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		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-21T15:13:04Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Un lexique de la langue grand-singe se constitue au fil des ouvrages sur la vie de Tarzan. Pour un dictionnaire anglais/mangani/anglais - [https://www.erbzine.com/mag21/2113.html En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''J'aime causer pour rien dire'' se disent Tarzan et Mahwêwa&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' s'esclaffe l'homme-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Nimakwéwakwéwa níkana'' lui répond la femme-louve&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
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		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21452</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-21T14:56:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Lioube&amp;quot; sur le ''witionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/lioube En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; sont les initiales de John Clayton III, Lord Greystoke, aka Tarzan. Généralement elles renvoient plutôt au messie de la mythologie christienne Jésus de Nazareth aka Christ&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;Les hominines sont une espèce animale profondément raciste qui, en contradiction avec les connaissances scientifiques, s'imagine être la forme la plus aboutie de l'existant biologique. Un point de vue qui n'est pas partagé par les autres espèces. &amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskalah'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Haskalah'' vient de l'hébreu השכלה qui a le sens de &amp;quot;éducation&amp;quot;. Voir Valéry Rasplus, &amp;quot;Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah&amp;quot;, ''ContreTemps'', n°17, septembre 2006 - [https://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps-17-28-33.pdf En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptômes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;Pour des raisons obscures, les sociétés d'hominines classifient et discriminent souvent leurs membres selon leur sexe biologique. Opposant ainsi mâle et femelle. À cela s'ajoute l'artificialité des rôles sociaux, selon ces deux sexes, qui opposent les genres masculin et féminin par le biais d'une ségrégation dans l'ensemble des activités : métier, langage, habillement, sociabilité, etc.&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67832q En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren'', 1756 - [https://books.google.de/books?id=W7w6AAAAcAAJ&amp;amp;hl=fr&amp;amp;pg=PA1#v=onepage&amp;amp;q&amp;amp;f=false En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy est un village de moins de 300 personnes situé dans le département français de la Marne, dans l'ancienne région Champagne aujourd'hui comprise dans la région Grand Est&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Memmie est le prénom de son parrain, administrateur de l'hôpital Saint Maur de Chalons, et le nom du premier évangélisateur de la Champagne au III&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot &amp;lt;ref&amp;gt;Registre des entrées de Nouvelles Catholiques, 1751, AN Cote : LL//1642 - [[Media:Registre1750.jpg|En ligne]]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;La première biographie de Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils d’Éveillé) paraît au XII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle sous la plume de l'arabophone ibérique Ibn Tufayl. Plusieurs traductions existent en français, la plus connue étant celle de Léon Gauthier en 1900. Voir ''Le philosophe sans maître'', préface Jean Baptiste Brenet, Paris, Payot &amp;amp; Rivages, 2021&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;L'anglophone Edgar Rice Burroughs fait paraître en 1912 la première biographie de Tarzan. Elle est traduite en français en 1926 sous le titre ''Tarzan chez les singes''. Écrite entre 1912 et 1947, la biographie officielle est composée d'une vingtaine d'ouvrages et autant de nouvelles. Edgar Rice Burroughs est aussi le biographe de l'aventurier immortel John Carter dont il relate en 1917 le voyage sur la planète Mars dans ''Une princesse de Mars''.&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;La plus ancienne mention connue des yahoos date de 1721 dans le chapitre &amp;quot;Voyage au pays des Houyhnhnms&amp;quot; de l'ouvrage de l'anglophone Jonathan Swift. En 1727 paraît la version francophone intitulée ''Voyages du capitaine Lemuel Gulliver en divers pays éloignés'' - [https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Voyages_de_Gulliver En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli l'enfant-loup &amp;lt;ref&amp;gt;La jeunesse de Mowgli est racontée en 1894 par l'anglophone Rudyard Kipling dans ''Le Livre de la jungle''. Son histoire est popularisée par le biopic ''Le Livre de la jungle'' réalisé en 1967 par les studios Disney. Pour des versions francophones, voir [https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_la_jungle en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;langue grand-singe&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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{|&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''J'aime causer pour rien dire'' se disent Tarzan et Mahwêwa&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' s'esclaffe l'homme-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Nimakwéwakwéwa níkana'' lui répond la femme-louve&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Fichier:Registre1750.jpg&amp;diff=21451</id>
		<title>Fichier:Registre1750.jpg</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
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	<entry>
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		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Mahwêwa */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;Lioube&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; John Clayton III, Lord Greystoke&amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;hominines&amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskala'' &amp;lt;ref&amp;gt;Haskala&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote &amp;lt;ref&amp;gt;loupiote&amp;lt;/ref&amp;gt; ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptomes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;femelle&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren''&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Angélique-Memmie&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot&amp;lt;ref&amp;gt;Acte - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;Hayy&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;tarzan&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;yahoos&amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli &amp;lt;ref&amp;gt;mowgli&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;langue grand-singe&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''En route pour Songy'', non daté. Bande-annonce [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 en ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''J'aime causer pour rien dire'' se disent Tarzan et Mahwêwa&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' s'esclaffe l'homme-singe &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
— ''Nimakwéwakwéwa níkana'' lui répond la femme-louve&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21449</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-21T10:25:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;Lioube&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; John Clayton III, Lord Greystoke&amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;hominines&amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskala'' &amp;lt;ref&amp;gt;Haskala&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote &amp;lt;ref&amp;gt;loupiote&amp;lt;/ref&amp;gt; ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptomes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;femelle&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren''&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Angélique-Memmie&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot&amp;lt;ref&amp;gt;Acte - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;Hayy&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;tarzan&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;yahoos&amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli &amp;lt;ref&amp;gt;mowgli&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;langue grand-singe&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suivent plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique. Réalisé à une date inconnue, il existe un court-métrage avec ce thème en toile de fond &amp;lt;ref&amp;gt;Le premier court-métrage protivophile, non daté - [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Road to Songy'' pour la version anglophone&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Nimakwéwakwéwa níkana'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'aime causer pour rien dire''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Pridniestrie&amp;diff=21448</id>
		<title>Pridniestrie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Pridniestrie&amp;diff=21448"/>
		<updated>2026-04-15T16:59:36Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Pridniestrie''' (Приднестрија en [[macédonien]]). Pays imaginaire bien réel. Non reconnu par les autres pays, tout aussi imaginaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Géographie protivophile ==&lt;br /&gt;
[[Fichier:Dnister-Nistru.png|250px|thumb|right|Cours du Dnister/Nistru]]Pridniestrie est une transcription mixte du russe ''Приднестровье'' &amp;quot;Pridniestrovie&amp;quot; qui désigne le &amp;quot;pays près du Dniestr&amp;quot; et du moldavo-roumain ''Transnistria'', littéralement outre-Nistrie, que la [[français|langue française]] rend généralement par Transnistrie. Et plus rarement par Transniestrie. Le terme russe inclut les deux rives du fleuve alors que le roumain renvoie exclusivement à la rive gauche du Dniestr, à l'Est.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dniestr ===&lt;br /&gt;
Prenant sa source dans la partie orientale des monts Carpates dans l'Ouest de l'Ukraine, à deux pas des frontières polonaise et slovaque, le fleuve s'écoule sur 1362 km&amp;lt;ref&amp;gt;Pour comparaison, la Loire, le plus long fleuve de France s'étend sur 1000 km et le Vardar en Macédoine sur 388.&amp;lt;/ref&amp;gt; pour finalement se jeter dans une grande lagune qui se déverse dans la mer Noire&amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Lory, &amp;quot;La mer Noire, à nulle autre pareille. Esquisse géographique&amp;quot;, CEMOTI, n° 13, 1992 - [http://www.persee.fr/doc/cemot_0764-9878_1992_num_13_1_1007 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Il est nommé Дністер (Dnister) dans les zones ukrainophones qu'il traverse et Nistru pour les roumanophones. Selon les frontières internationalement reconnues, il prend donc sa source en Ukraine, puis entre en Moldavie et redevient ukrainien à l'approche de la mer Noire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis des siècles, le Dniestr est une voie de communication, de commerce et de conquête pour les hominines qui s'y succèdent le long de ses rives ou qui y naviguent. Par lui, transitent hominines et marchandises, savoirs et armées. Il relie les grandes plaines ukrainiennes et polonaises à la mer Noire - et donc au commerce international - tout autant qu'il offre aux conquérants un débouché vers l'Asie mineure, le Caucase et la Mer méditerranée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Dniestriens ===&lt;br /&gt;
Si au sens strict ''dniestrien'' désigne celles et ceux qui habitent le fleuve, poissons, crustacés, batraciens et autres végétaux aquatiques, la [[protivophilie]] rejette l'étroitesse de cette définition. Elle préfère regrouper sous ce qualificatif l'ensemble de la faune et la flore de tout le bassin du Dniestr, incluant ainsi les espèces terrestres qui vivent dans l'écosystème dniestrien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une approche inter-sectionnelle, dans une optique anti-spéciste, est un outil d'analyse puissant qui permet à la protivophilie - et bien au-delà - de classer les hominines qui peuplent les abords du fleuve avec les autres &amp;quot;espèces&amp;quot; dans la super-catégorie dite des ''dniestriens''. Ces hominines sont bien moins nombreux et beaucoup moins diversifiés que les autres dniestriens. Malgré leur acharnement à mettre en valeur ce qui les différencie, il reste plus facile &amp;lt;sup&amp;gt;[Références nécessaires]&amp;lt;/sup&amp;gt; même pour un regard non-averti de distinguer un oiseau d'un poisson, par exemple, tout deux dniestriens, que deux hominines, tout aussi dniestriens, dont l'un serait du haut-Dnister et l'autre du Nistru.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Pridniestriens ===&lt;br /&gt;
Plutôt que de se renifler les orifices pour faire connaissance ou déployer leurs plus beaux apparats pour séduire, comme beaucoup d'autres dniestriens le font, les hominines préfèrent s'en tenir à une position de défiance vis-à-vis de leurs semblables, position qui tourne parfois à la haine et à l'affrontement. Rejetant toutes les avancées d'une zoologie protivophile, ces hominines ne se considèrent pas réellement au même niveau que les autres dniestriens à qui finalement ils reprochent indirectement de ne pas être des hominines comme eux. Problématique pour l'instant restée sans réponse de la part des ségrégués, ceux-ci s'amusent à les qualifier de pridniestriens, c'est-à-dire &amp;quot;proche des dniestriens&amp;quot;. Et à défaut de pouvoir intervenir sur le cours de choses des hominines, les autres dniestriens assistent impuissants au spectacle, simples victimes collatérales des guerres et survivantes des pollutions industrielles. Nous sommes encore loin de cette période apaisée que les plus optimistes attendent pour enfin organiser un grand défilé des diversités, festif et revendicatif, la Pride Dniestrien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Les peuples se mêlent aux peuples comme les ruisseaux aux ruisseaux, les rivières aux rivières; tôt ou tard, ils ne formeront plus qu’une seule nation, de même que toutes les eaux d’un même bassin finissent par se confondre en un seul fleuve. L’époque à laquelle tous ces courant humains se rejoindront n’est point encore venu : races et peuplades diverses, toujours attachées à la glèbe natale, ne se sont point reconnues comme sœurs; mais elles se rapprochent de plus en plus; chaque jour elles s’aiment davantage et, de concert, elles commencent à regarder vers un idéal commun de justice et de liberté. Les peuples, devenus intelligents, apprendront certainement à s’associer en une fédération libre : l’humanité, jusqu’ici divisée en courants distincts, ne sera plus qu’un même fleuve, et, réunis en un seul flot, nous descendrons ensemble vers la grande mer où toutes les vies vont se perdre et se renouveler.''&amp;lt;ref&amp;gt;Proposition d'un texte d'appel à la Pride Dniestrien selon le poétographe Élisée Reclus dans son ''Histoire d'un ruisseau'', 1869 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64040d En ligne]. Voir aussi ''Études sur les fleuves'' de 1859 du même poétographe - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63892m/f5.image En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:timbredniestr.jpg|250px|thumb|right|Des dniestriens]]En octobre 1924, plus pragmatique, le pouvoir soviétique met en place la République autonome socialiste soviétique moldave (RASSM), sur la rive gauche du bas-Dniestr. Ce territoire autonome est partie intégrante de la République socialiste soviétique d'Ukraine (RSSU). L'entente entre Hitler et Staline permet à l'URSS de prendre pied sur la rive droite, puis de s'étendre en Bessarabie&amp;lt;ref&amp;gt;Du point de vue de la protivophilie, la Bessarabie est historiquement la région dans laquelle le jeune instituteur bulgare Christo Botev a séjourné dans sa jeunesse pour &amp;quot;aller au peuple&amp;quot;, à l'image des jeunes révolutionnaires russes. Les liens qu'il tisse seront l'une des sources de sa rencontre avec Sergueï Netchaïev, le futur compagnon d'[[Albertine Hottin]]. Voir F. Merdjanov (attribué à), ''L’énigme Floresco'', date inconnue, inédit&amp;lt;/ref&amp;gt;. Cette entité roumanophone est censée être l'embryon d'une future Roumanie soviétique. Profitant de l'attaque de l'URSS par l'Allemagne hitlériste, ses alliés roumains traversent le Dniestr en 1941, chassent les soviétiques et fondent le Gouvernorat de Transnistrie qui s'étend jusqu'au fleuve Boug dans les zones roumanophones. Jusqu'en 1944, la Transnistrie roumaine est une zone de déportation dans laquelle les nouvelles autorités envoient leurs principaux opposants politiques et toutes celles et ceux qu'elles jugent indésirables. Nombre de juifs&amp;lt;ref&amp;gt;Matei Cazacu, &amp;quot;La disparition des Juifs de Roumanie&amp;quot;, ''Matériaux pour l'histoire de notre temps'', n° 71, 2003 - [http://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_2003_num_71_1_920 En ligne].  Rose Auslände, ''Écrire c'était vivre, survivre - Chronique du ghetto de Czernowitz et la déportation en Transnistrie 1941-1944'', Fario, 2012.&amp;lt;/ref&amp;gt; et de roms&amp;lt;ref&amp;gt;Viorel Achim, &amp;quot;La déportation des Rroms en Transnistrie, les données principales&amp;quot;, ''Études tsiganes'', n° 56/57, 2016&amp;lt;/ref&amp;gt; de Roumanie y sont envoyés pour être finalement exterminés. A l'issue de la seconde guerre mondiale, l'URSS obtient de la Roumanie les territoires entre le Prout et la rive droite du Dniestr, approximativement l'ex-Bessarabie, dans lesquels elle cale les nouvelles frontières de la République socialiste soviétique moldave (RSSM) et y adjoint une petite partie de territoire de la rive gauche du Dniestr de l'ex-RASSM. La Moldavie soviétique devient une entité indépendante de la République socialiste soviétique d'Ukraine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si la [[protivophilie]] perçoit aisément que &amp;quot;faire mourir&amp;quot; ou &amp;quot;laisser mourir&amp;quot; n'ont pas la même construction grammaticale, la nuance qu'introduit une intention différente est difficile à discerner au regard des conséquences individuelles ou collectives. Appliquant cette forme d'humanisme qu'ils partagent avec les hitléristes, un amour des grands voyages et des espaces exiguës, les stalinistes ont déporté dans les régions de l'est du Dniestr leurs opposants, ou supposés tels, issus des régions périphériques déjà habituellement utilisées pour bannir ou emprisonner : Caucase, Sibérie et Asie centrale. Militants politiques, criminels de droit commun ou &amp;quot;camarades&amp;quot; en disgrâce contraints à vivre dans le décor militarisé des bords du Dniestr, à être une part de ce sous-prolétariat indissociable de l'univers concentrationnaire réservé aux ouvriers du gigantesque complexe militaro-industriel communiste. Contrairement à ce qu'affirmeraient les archives soviétiques, les disparitions et les morts inexpliquées ne sont pas dues à une mauvaise adaptation au climat. Ce que confirme - sur un tout autre sujet - l'ancienne responsable de la bibliothèque municipale de [[Nice]] :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Klima, klimat, climat ? Non, ça me dit rien !''&amp;lt;ref&amp;gt;Propos tenus par l'ancienne responsable de la bibliothèque municipale de [[Nice]]. Selon &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans ''Analectes de rien'' - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mêlant savamment matérialisme historique et rhétorique politique, les ethnologues soviétiques&amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Bertrand, ''L'anthropologie soviétique des années 20-30'', Presses Universitaires de Bordeaux, 2002&amp;lt;/ref&amp;gt; parviennent étonnamment à démontrer que les roumanophones de Moldavie sont historiquement, culturellement et linguistiquement distincts des roumanophones de Roumanie. Ces derniers sont désignés &amp;quot;ennemis éternels&amp;quot; et oppresseurs de toujours. Ils créent une identité moldave, forgent ses mythes et inventent son histoire. L'alphabet cyrillique est conservé pour noter la langue moldave reconnue par la République - alors que le roumain utilise l'alphabet latin - et le russe est institué langue officielle. Ce processus de &amp;quot;nationalisation&amp;quot; n'est pas propre aux soviétiques et rappelle par exemple celui enclenché autour de la [[Macédonien|langue macédonienne]] en [[Macédoine socialiste|Macédoine yougoslave]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans une Moldavie très largement agricole, le pouvoir soviétique développe les industries dans les seules régions situées autour du Dniestr. Il y installe des usines dans les filières textile ou vinicole et met en place un secteur de l'industrie lourde (armement et mécanique) et de l'énergie. Pour ce faire, des soviétiques venus d'Ukraine ou de Russie, incités par le pouvoir en place, migrent vers cette région pour fournir la main-d'œuvre ou l'encadrement. Les équilibres linguistiques s'en trouvent perturbés. Pour défendre l'économie du Dniestr, l'armée soviétique est présente en permanence. Vers la fin des années 1980, si les outre-dniestriens ne représentent qu'environ 17% des moldaves, la région produit 25% de la richesse de la Moldavie et 90% de son énergie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors que l'Union soviétique est de plus en plus chancelante, des revendications nationalistes émergent dans les nombreuses républiques périphérique de l'URSS, de l'Asie centrale&amp;lt;ref&amp;gt;Olivier Roy, ''La nouvelle Asie centrale ou la fabrication des nations'', Seuil, 1997&amp;lt;/ref&amp;gt; au Caucase&amp;lt;ref&amp;gt;Bayram Balci (Sous la direction de), ''Religion et politique dans le Caucase post-soviétique'', Maisonneuve &amp;amp; Larose, 2007&amp;lt;/ref&amp;gt;, des pays baltes à l'Europe de l'Est dans le courant des années 1980. En Moldavie&amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Pélissier, &amp;quot;Pour une médiaphysique des confins : étude du rôle des médias de masse dans la production de l'incertitude territoriale d'une ex-république de l'URSS : la Moldavie&amp;quot;, ''Quaderni'', n°34, Hiver 1997-98 - [http://www.persee.fr/doc/quad_0987-1381_1997_num_34_1_1734 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, une loi réintroduit l'alphabet latin en 1989 et, l'année suivante, adopte officiellement le roumain comme langue officielle&amp;lt;ref&amp;gt;Natalia Scurtu, &amp;quot;Les moldavisants et les roumanisants au sein du Comité des sciences moldave : un regard sur l'identité moldave en République autonome soviétique socialiste moldave&amp;quot;, ''Revue Russe'', n°36, 2011 - [http://www.persee.fr/docAsPDF/russe_1161-0557_2011_num_36_1_2451 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En réaction, une République socialiste soviétique moldave du Dniestr est autoproclamée par des slavophones (russes ou ukrainiens) d'outre-Dniestr, mais le pouvoir central soviétique ne valide pas cette initiative. Dès novembre 1990, les premiers accrochages ont lieu entre, d'une part, les forces armées moldaves et, d'autre part, des groupes armés d'outre-Dniestr épaulés par des militaires soviétiques. La proclamation de l'indépendance de la Moldavie en août 1991 et son hypothétique rapprochement d'avec la Roumanie dans un futur proche incitent les hominines outre-dniestriens à faire sécession et proclamer en novembre à leur tour la République moldave du Dniestr&amp;lt;ref&amp;gt;Dans les régions moldaves du Sud peuplées de turcophones, la République de Gagaouzie déclare aussi son indépendance et réclame son rattachement à l'URSS, avant de faire machine arrière et négocier un statut d'autonomie interne à la Moldavie. Voir Gangloff Sylvie, &amp;quot;L'émancipation politique des Gagaouzes : Turcophones chrétiens de Moldavie&amp;quot;, ''CEMOTI'', n°23 La Caspienne. Une nouvelle frontière, 1997 - [http://www.persee.fr/doc/cemot_0764-9878_1997_num_23_1_1386 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Décision largement entérinée lors du référendum organisé en décembre 1991 par les nouvelles autorités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pridniestrie ==&lt;br /&gt;
[[Fichier:pridniestrie.png|250px|thumb|right|Frontières de la Pridniestrie, sur la rive orientale du Dniestr]]L'acte fondateur de ce nouvel État indépendant est sans doute de renommer le Dnister/Nistru par son équivalent russe : Dniestr. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Délimitée à l'Est par sa frontière avec l'Ukraine, à l'ouest, la Pridniestrie l'est pas le Dniestr. Les négociations entre la Moldavie et le nouvel État sécessionniste restent sans effet, et la tentative de l'armée moldave de chasser les militaires russes&amp;lt;ref&amp;gt;L'Union soviétique prend officiellement fin le 26 décembre 1991, et le territoire se fragmente entre différents pays nouvellement indépendants : Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Estonie, Géorgie, Kazakhstan, Kirghizistan, Lettonie, Lituanie, Moldavie, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan, Turkménistan, Ukraine.&amp;lt;/ref&amp;gt; se solde par des combats avec les forces pridniestriennes qui, aidées par des troupes cosaques&amp;lt;ref&amp;gt;Historiquement, les cosaques sont des communautés socio-militaires d'hominines qui négocient leur &amp;quot;liberté collective&amp;quot; en contrepartie d'une protection des frontières de l'empire tsariste. Ils servent aussi de force d'appui à l'armée. Dans l'histoire récente de la Russie, que ce soient avec les tsaristes, les bolchevistes, les hitléristes ou les soviétiques, les différentes communautés cosaques ne font pas toutes les mêmes choix d'alliance.&amp;lt;/ref&amp;gt;, traversent le fleuve en 1992. La ville industrielle de Bender, sur la rive occidentale, est annexée par la Pridniestrie&amp;lt;ref&amp;gt;La prison de la ville, jusqu'alors moldave, tombe sous l'autorité du nouvel État mais, avec le statu quo, les prisonniers restent sous contrôle moldave. Voir &amp;quot;Moldavie : la prison de Bender, révélatrice du flou entourant le statut de la Transnistrie&amp;quot; de 2009 dans ''Regard sur l'Est'' - [http://www.regard-est.com/home/breves.php?idp=1118 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Finalement ces courts combats permettent à la Pridniestrie de régler le principal point de discorde dans les négociations : toutes les industries lui reviennent de fait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fin 1992, dans un accord sous le parrainage de la Russie, la Moldavie accepte, dans le cadre de ses frontières, d'octroyer un statut d'autonomie à la région à l'est du Dniestr renommée &amp;quot;Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr&amp;quot;. Celle-ci peut accéder à l'indépendance si la Moldavie enclenche un processus de rapprochement avec la Roumanie. Mais les autorités de la Pridniestrie refusent cette proposition qui implique entre autres la restitution de la ville de Bender. Aucun pays dans le monde ne reconnaît officiellement le nouvel État et la revendication première de la Pridniestrie d'être, comme l'est [[Královec|Kaliningrad]] &amp;lt;ref&amp;gt;A l'issu de la Seconde guerre mondiale, l'Union soviétique et la Pologne se répartissent les territoires prussiens des bords de la mer baltique. La population de langue allemande est massivement expulsée. Le territoire autour de la ville de Königsberg, renommée Kaliningrad, est rattaché à l'Union soviétique. Lors de l'éclatement de cette dernière en 1991, Kaliningrad reste un territoire russe, séparé de la Russie par 600 km de territoires lituaniens et biélorusses.&amp;lt;/ref&amp;gt;, rattachée à la Russie n'est plus soutenue par cette dernière qui préfère le statu-quo.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Pridniestrie ? ===&lt;br /&gt;
&amp;quot;La Pridniestrie existe-t-elle vraiment ?&amp;quot; est une question persistante pour ses détracteurs. Précisons ici, qu'en dehors de ses quelques spécificités historiques et géographiques, elle ressemble en tous points à la Moldavie, à la Russie, à la France et à l'ensemble des autres pays du monde. [[macédoine|Macédoine]] comprise. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Pour le reste, la Macédoine est un pays comme les autres : ses frontières sont une chimère, son histoire nationale une mythologie, son pouvoir politique un rapport de domination et son organisation sociale une contrainte. Comme toute identité collective, la Macédoine est une illusion. Bien sûr, la Macédoine a connu des épisodes de son histoire qu’elle ne partage pas avec les autres pays, mais cela ne change rien.''&amp;lt;ref name=&amp;quot;FM&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot; dans F. Merdjanov, ''Analectes de rien'', Gemidžii Éditions, 2017 - [http://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon les trois langues officielles de cette nouvelle entité étatique, elle s'autoproclame République moldave niestréenne (Република Молдовеняскэ Нистрянэ) en moldave, République moldave de Pridniestrovie (Приднестровская Молдавская Республика) en russe et République moldave de Pridnistrovie (Придністровська Молдавська Республіка) en ukrainien. Par facilité de langage, ce nouveau pays est généralement nommé Transnistrie par celles et ceux qui regardent de la rive ouest du fleuve, et Pridniestrovie vue de la rive est. Ce que la protivophilie désigne sous le terme de ''Pridniestrie''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré l'insistance de la Pridniestrie à se fédérer à la Russie, cette dernière ne donne pas suite et ne reconnaît pas officiellement le nouvel État. Dans le Caucase, l'Azerbaïdjan et la Géorgie, nouvellement indépendantes suite à l'éclatement de l'Union soviétique, sont elles aussi confrontées à des revendications autonomistes&amp;lt;ref&amp;gt;Aude Merlin, Silvia Serrano (Sous la dir.), ''Ordres et désordres au Caucase'', Éditions de l'Université de Bruxelles, 2010 - [http://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/i9782800414904_000_f.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; : dans le Haut-Karabagh&amp;lt;ref name=&amp;quot;#kar&amp;quot;&amp;gt;L'Arménie et l'Azerbaïdjan proclament leurs indépendances en 1991. Majoritairement peuplées d'arménophones, la province azerbaïdjanaise du Haut-Karabagh fait sécession et réclame son rattachement à l'Arménie. Depuis le milieu des années 1980, les régions soviétiques d'Arménie et d'Azerbaïdjan se disputent les territoires peuplés d'arméniens et d'azéris : les morts, les destructions et les expulsions se multiplient de part et d'autre. Entre 1988 et 1994, les tensions arméno-azéris puis la guerre entre les deux pays se soldent par environ 30 000 morts et 50 000 blessés. L'Arménie prend le contrôle du corridor de Lachin la séparant du Haut-Karabagh, puis occupe les territoires entre elle et la région arménophone. Environ 14% de l'Azerbaïdjan passe sous l'autorité de l'Arménie. Depuis le cessez-le-feu de 1994, le Haut-Karabagh est autonome de fait. La population totale est estimée en 2015 à 150 000 personnes, essentiellement arménophones. &amp;quot;300 000 arméniens ont fui l'Azerbaïdjan et 185 000 azéris ont fui l'Arménie, et 620 000 azéris ont fui le Haut-Karabagh et les territoires occupés adjacents. En outre, 30 000 déplacés arméniens d'autres régions d'Azerbaïdjan se sont installés au Haut-Karabagh, après avoir vécu un temps en Arménie ou dans d'autres États. Enfin, selon les sources arméniennes, 70 000 des arméniens qui vivaient avant la guerre en Azerbaïdjan se seraient installés dans des pays tiers. Si l'on ajoute à cela les azéris chassés de la région, cela signifie qu'environ les deux tiers de la population vivant au Haut-Karabagh avant la guerre - arméniens et azéris confondus - n'y résident plus aujourd'hui.&amp;quot; D'après ''Ordres et désordres au Caucase'', op. cit. - [http://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/i9782800414904_000_f.pdf En ligne]. Pour les adeptes du décryptage des tags muraux, précisons qu'en référence à une province antique, la mythologie nationaliste arménienne nomme Artsakh le Haut-Karabagh, et Miatsum (en arménien Միացում, &amp;quot;unification&amp;quot;) le projet d'une grande Arménie.&amp;lt;/ref&amp;gt; pour la première, et en Abkhazie&amp;lt;ref&amp;gt;La région d'Abkhazie est intégrée en 1922 dans la République soviétique de Transcaucasie, puis devient une région de la république soviétique de Géorgie au début des années 1930. Le moustachiste en chef, Joseph Staline, et le chef de la police politique, Lavrenti Beria - tout deux originaires de Géorgie - se lancent dans des politiques d'immigration de géorgiens et de russes vers l'Abkhazie, ferment les écoles en langue abkhaze et punissent toutes contestations. Leurs morts vont adoucir la répression et, petit à petit, la pression géorgienne sur les abkhazes va s'atténuer. Quelques mois après la déclaration d'indépendance de la Géorgie en février 1992, l'Abkhazie fait sécession et proclame la sienne. Pendant deux ans, aidés de volontaires venus d'autres régions du Caucase, les nationalistes abkhazes tiennent tête aux groupes armés de géorgiens d'Abkhazie et à l'armée géorgienne. Cette dernière est chassée de l'autre côté du fleuve Igouri qui marque la frontière entre les deux pays. Cette guerre fait plusieurs milliers de morts parmi les combattants et plus de 20 000 parmi les civils. Les géorgiens sont les plus touchés. Les combats et la politique du nouvel État abkhaze contraignent de nombreuses populations d'Abkhazie à fuir le pays. Depuis, l'Abkhazie est un Etat ''de facto'' de 240 000 habitants sur une superficie de 8600 km&amp;lt;sup&amp;gt;2&amp;lt;/sup&amp;gt;, non reconnu internationalement, hormis par la Russie, le Nicaragua, le Venezuela, Nauru et la Syrie, et - pour les entités étatiques non-reconnues - par la Pridniestrie, l'Ossétie du Sud et le Haut-Karabagh.&amp;lt;/ref&amp;gt; et en Ossétie du Sud&amp;lt;ref name=&amp;quot;#oss&amp;quot;&amp;gt;L'Ossétie du Sud est une région administrative créée en 1922 et intégrée au sein de la Géorgie soviétique, dans le Caucase. Lorsque la Géorgie devient un pays indépendant avec l'effondrement de l'Union soviétique, la région sud-ossète demande son rattachement à la région d'Ossétie du Nord, située en Russie. Le conflit entre les milices sud-ossètes et les forces armées géorgiennes se solde par la proclamation en 1992 de l'indépendance de l'Ossétie du Sud. Les nouvelles autorités ossètes se légitiment par un référendum qui donne gagnant le &amp;quot;oui&amp;quot; à l'indépendance. Depuis, la Russie se pose en garante du cessez-le-feu. Première à reconnaître ce nouvel État en 2008, elle est rejointe par le Nicaragua, le Venezuela, Nauru et la Syrie. En réponse, les géorgiens tentent de reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud, mais les militaires russes repoussent victorieusement les attaques. L'Ossétie du Sud est peuplée d'environ 50000 habitants et d'une superficie de 3900 km&amp;lt;sup&amp;gt;2&amp;lt;/sup&amp;gt; de montagnes. Voir la première partie consacrée à l'Ossétie du Sud dans ''Ordres et désordres au Caucase'', op. cit. - [http://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/i9782800414904_000_f.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; pour la seconde. Autonomes de fait à la suite de courts conflits, ces trois entités - elles-mêmes non-reconnues internationalement - sont les seules à reconnaître l'indépendance des outre-dniestriens. En Pridniestrie, comme cela s'est passé dans les régions géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, les militaires de l'ex-Union soviétique encore présents dans ces territoires se transforment de belligérants en force d'interposition chargée du maintien de la paix et en commerçants.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Pridniestrie ! ===&lt;br /&gt;
Dans un style humoristique proche de celui pratiqué en France sur l'héritage de la &amp;quot;Révolution de 1789&amp;quot; ou la lutte de la &amp;quot;Résistance&amp;quot; contre l'occupant, le pouvoir pridniestrien se construit une légitimité et une profondeur historique par un supposé héritage du modèle sociétal soviétique et une lutte glorieuse contre l'invasion de l'Union soviétique par les armées hitléristes et leurs hordes de collabos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:KeufCarton.jpg|350px|thumb|right|Paysage pridniestrien]]De manière assez classique, l'adoption de cette mythologie nationale est concomitante de la mise en place de tout ce qui fait le charme des États : un appareil [[ACAB|policier]] chargé de surveiller le bon déroulement d'un système politique, une monnaie dans le but de prélever des impôts et écouler les marchandises, un système judiciaire prétexte à punir toutes les formes d'opposition, et un système économique permettant à celles et ceux qui n'ont presque rien de ne pas en avoir beaucoup plus. La protivophilie postule que, si ce n'est pas encore le cas, cette nouvelle mythologie nationale forgera bientôt une identité collective illusoire autour de la gastronomie et s'inventera - comble de l'originalité - une [[macédoine de légumes|macédoine de légumes]] locale de type [[salade niçoise|niçoise]] ou [[salade chopska|chopska]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La superficie de l'État pridniestrien de fait est d'environ 4160 km&amp;lt;sup&amp;gt;2&amp;lt;/sup&amp;gt; - soit approximativement celle de l'ancien comté de [[Nice]], lieu de naissance de [[F. Merdjanov]], dans l'actuel département français des Alpes-Maritimes - et s'étend sur une longue bande d'une dizaine de km au plus large et d'une centaine de km de long, en suivant le cours du Dniestr. De rares territoires demeurés moldaves sont situés sur la rive est du fleuve, et la Pridniestrie administre quelques zones de la rive ouest. La capitale est installée dans la ville de Tiraspol, au sud du pays. La population d'hominines d'outre-Dniestr est estimée à 500 000 personnes réparties en trois tiers équivalents entre les russophones, les ukrainophones et les moldavophones. La moitié de la population vit dans les deux principales villes que sont Tiraspol et Bender (Tighina en moldave). Le moldave et l'ukrainien sont langues officielles avec le russe, mais celui-ci est prédominant dans l'administration et, de fait, ne pas être russophone amène à des formes de ségrégation au quotidien. Des hominines de langue polonaise vivent à l'extrême-nord de la Pridniestrie et quelques autres de langue bulgare et arménienne sont présents à Tiraspol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La frontière biscornue entre la Moldavie et la Pridniestrie s'est dessinée selon la ligne de front après les combats de 1992 entre les deux pays et du choix de certaines municipalité d'être rattachée à l'un plutôt qu'à l'autre. Quelques zones moldaves se trouvent enclavées, là où le territoire de la Pridniestrie se résume à la largeur de la route entre deux zones. La frontière ne tient évidemment compte d'aucune réalité des hominines vivant sur place, morcelant les terres agricoles, limitant l'accès aux zones militarisées et coupant les relations familiales&amp;lt;ref name=&amp;quot;#fam&amp;quot;&amp;gt;Selon les spécialistes des hominines, les relations familiales seraient une forme d'organisation sociale collectivement imposée aux néo-individus dans laquelle tous les degrés de violence s'exercent et toutes les formes de coercition sont employées pour dresser ou abuser des néo-individus. Vecteur de reproduction sociale des contraintes et foyer principal des violences sexuelles, la ''famille'' reste, pour ces mêmes spécialistes, une zone grise dont il semble impossible d'estimer les dégâts réels parmi les hominines. Voir la réponse décalée du pédo-psychiatre Gogol I&amp;lt;sup&amp;gt;er&amp;lt;/sup&amp;gt; dans le passage consacré à la famille de son célèbre plaidoyer ''J'encule'' - [https://www.youtube.com/watch?v=Wz_YbtVnYcw En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; entre les hominines de part et d'autre de la frontière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pridniestrie conserve tous les apparats du soviétisme d'antan : le parlement se nomme toujours ''soviet'', la statue de Lénine&amp;lt;ref name=&amp;quot;#len&amp;quot;&amp;gt;Lénine est le surnom d'une momie exposée à Moscou. Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, est resté dans l'histoire parce qu'il est le jeune frère d'Alexandre Ilitch Oulianov (1866 - 1887), un célèbre révolutionnaire russe exécuté avec quatre autres de ses compagnons pour avoir fomenter un attentat - déjoué - contre le tsar Alexandre III en 1887. Leur manière de fêter le sixième anniversaire de l'assassinat d'Alexandre II par le groupe ''Volonté du Peuple''.&amp;lt;/ref&amp;gt; trône fièrement et les outils symbolisant le &amp;quot;bon vieux temps&amp;quot; - étoile, faucille et marteau - sont maintenus. Elle en conserve aussi toute l'hypocrisie. Le système économique marchand est passé d'une forme de gestion étatisée à une approche plus libérale, en permettant aux élites politiques et aux investisseurs de s'unir - enfin - plus ouvertement pour exploiter pleinement les infrastructures industrielles héritées de l'Union soviétique. Être moderne pour ces néo-soviétiques c'est avoir le droit de s'enrichir tout en s'encrant dans un discours du paradis prolétarien. Perdu ou à venir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le monde vu de Pridniestrie est franchement hostile. Si l'Ukraine ne représente pas de menace directe, le rapprochement entre la Moldavie et la Roumanie est un projet-typiquement-fasciste-aux-visées-impérialistes-financées-par-les-capitalistes-et-leurs-suppôts-européens... Et la Russie est la seule amie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Pridniestrie... ===&lt;br /&gt;
Depuis son accession à l'indépendance, la Pridniestrie est selon les critères internationaux un ''État de facto''&amp;lt;ref&amp;gt;Parmentier Florent, &amp;quot;La Transnistrie. Politique de légitimité d'un État ''de facto''&amp;quot;, ''Le Courrier des pays de l'Est'', 2007/3, n° 1061 - [https://www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2007-3-page-69.htm En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; : ce qui signifie que des autorités politique administrent une population dans des frontières données, édictent des lois et règlements, émettent une monnaie, etc. Mais qui ne sont pas officiellement reconnues par leur pairs. Ces autorités se légitiment par un processus électoral présidentiel et de référendum réaffirmant la volonté &amp;quot;populaire&amp;quot; d'être rattachée à la Russie. Pour autant, la Russie refuse de reconnaître l'indépendance et se cantonne aux accords de paix qui font de la Pridniestrie une région fédérée de la Moldavie. Elle finance une grande part de l'économie du pays, et en tire partie, par l'importation de produits russes et des investissements locaux. Les militaires de maintien de la paix défendent l'économie russo-pridniestrienne. La Moldavie a négocié en 2005 des autorisations de passages ferroviaires pour faire transiter, via le territoire pridniestrien, les marchandises. L'Union européenne, qui ne reconnaît pas plus la Pridniestrie, en importe, sous l'étiquette ''Made in Moldova'', de nombreux produits textiles pour la grande distribution et des marques de &amp;quot;luxe&amp;quot;. Héritée de la période soviétique, l'entreprise ''Tirotex'' est, dans le domaine du textile, dans le haut de tableau de l'espace économique européen. Des accords douaniers sont signés avec plusieurs pays de l'Union européenne et la tendance est à la mise à niveau aux &amp;quot;standards politiques&amp;quot; de cette institution internationale&amp;lt;ref&amp;gt;Frédéric Delorca, ''Transnistrie, voyage officiel au pays des derniers soviets'', Éditions du Cygne, 2009&amp;lt;/ref&amp;gt;. ''Sheriff'' (Шериф) est l'entreprise &amp;quot;nationale&amp;quot; par excellence, œuvrant dans les médias, les magasins alimentaires, la distribution d'essence, le commerce de voitures, le bâtiment, le football et autres activités lucratives. Les privatisations sont un processus d'enrichissement post-soviétique, comme le sont les différents trafics illégaux que permet la situation de ''statu quo'' actuel. Globalement, depuis l'indépendance, le pouvoir politique et économique est entre les mains de nombreux ex-''apparatchik'' du régime soviétique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contrairement aux habitudes soviétiques de s’accommoder discrètement du fait religieux, le nouveau pouvoir l'assume pleinement. L’Église orthodoxe&amp;lt;ref name=&amp;quot;#ort&amp;quot;&amp;gt;L’Église orthodoxe est un des nombreux courants qui, s'ils se retrouvent sur la croyance en son existence, se disputent sur la nature exacte d'un personnage de fiction. Connue sous le nom de Jésus aka Christ&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;, cette chimère littéraire apparaît plusieurs fois dans le roman à succès ''La Bible'' et a donné lieu à une multitude de théories sur ses origines. Resté sans suite, ce roman biblique laisse ses lecteurs dans l'incertitude contrairement aux adeptes de la Force qui savent depuis 1980 et l'épisode ''L'empire contre attaque'' qui est le père de Luke.&amp;lt;/ref&amp;gt; est promue partenaire officielle de la distribution d'opiacés. Dans la continuité de la tradition soviétique, la Pridniestrie est adepte d'une lecture pragmatique et utilitariste des textes fondamentaux du marxisme&amp;lt;ref&amp;gt;Le marxisme est un vaste courant littéraire rassemblant une myriade d'écrits dont la caractéristique principale est de justifier - quasiment - tout par les écrits du célèbre psychanalyste Karl Marx (1818 - 1883). Une méthode ludique de s'inventer un monde. Ne pas confondre avec le matérialiste Sigmund Freud (1856 - 1939) qui pose, tout aussi ludiquement, que le monde n'est qu'invention.&amp;lt;/ref&amp;gt; : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:pridniestrien.jpg|200px|thumb|right|Dniestrien de type hominine dit &amp;quot;pridniestrien&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Cliché réalisé par le zoologiste Anton Polyakov, lui-même pridniestrien, lors d'un reportage photographique à Tiraspol en 2016 et 2017 - [http://pioneers.anton-polyakov.com/ En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;]]&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel''&amp;lt;ref&amp;gt;Karl Marx, ''Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel'', 1843 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Contribution_%C3%A0_la_critique_de_La_philosophie_du_droit_de_Hegel En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Globalement, le niveau de vie pridniestrien est plus élevé que celui de ses voisins moldave et ukrainien. Tout aussi efficacement que le reste du monde, la Pridniestrie est un espace semi-clos dans lequel celles et ceux qui produisent les richesses sont les mêmes qui en profitent le moins. Comme pendant la période soviétique, seul l'enrobage est différent. En 2018, les passeports pridniestriens ne permettent toujours pas de sortir du pays mais certains sont bénéficiaires de passeports moldaves, ukrainiens ou russes qui limitent moins les déplacements entre les Pridniestrie et ses voisins. La frontière entre la Moldavie et la Pridniestrie n'est pas fermée pour les hominines qui souhaitent la traverser aux quelques postes de douanes. Les seules ambassades installées dans la capitale Tiraspol sont celles d'Ossétie du Sud&amp;lt;ref name=&amp;quot;#oss&amp;quot; /&amp;gt; et du Nagorno-Karabagh&amp;lt;ref name=&amp;quot;#kar&amp;quot; /&amp;gt;, la Russie n'ayant maintenu qu'une représentation consulaire. L'unique ambassade de la Pridniestrie se situe à Tskhinvali, la capitale sud-ossète.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière toute propagande officielle se cache toujours une réalité sociale différente. Si les générations ayant connu la période soviétique sont bercées de nostalgie pour cette &amp;quot;époque glorieuse&amp;quot; et que les discours patriotiques et militaristes sont insufflés dès l'école, l'arrivée d'une nouvelle génération née après l'indépendance, la lassitude face à une situation stagnante et les difficultés économiques&amp;lt;ref&amp;gt;Thomas Merle, &amp;quot;Transnistrie, une économie mondialisée et victime de la mondialisation&amp;quot;, ''Regards sur l'Est'', septembre 2016 - [http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=1655 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; chamboulent légèrement les équilibres politiques&amp;lt;ref&amp;gt;Le dernier référendum en date de 2007 donne &amp;quot;Oui&amp;quot; à 97,1% des 400 000 bulletins pour le rattachement à la Russie. L'apparition de nouveaux partis politiques n'a pas considérablement bouleversé la composition du ''soviet''. S'ils se divisent sur la politique intérieure, tous réclament un rattachement à la Russie ou, au pire, une reconnaissance internationale de l'indépendance.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La Pridniestrie est un pays comme un autre : une part de la population ne partage pas forcément la propagande officielle ou les politiques mises en place mais fait avec, une part infime s'y oppose d'une manière ou d'une autre, la &amp;quot;jeunesse&amp;quot; se divise entre celles et ceux qui veulent apprendre à &amp;quot;faire avec&amp;quot;, et les autres qui tentent - au moins temporairement - de &amp;quot;faire contre&amp;quot;, ou sans&amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Avoir vingt ans en Transnistrie, le pays qui n’existe pas&amp;quot; dans ''Vice'', avril 2018 - [https://www.vice.com/fr/article/437zmp/avoir-vingt-ans-en-transnistrie-le-pays-qui-nexiste-pas En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Comme partout à travers le monde la modernité marchande et son imaginaire sont une réalité prégnante dans ce pays, mais aller en Pridniestrie, c'est un peu faire un selfie avec Lénine&amp;lt;ref name=&amp;quot;#len&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La Pridniestrie est un point de croisement entre l'Union européenne en expansion et les vestiges de feue l'Union soviétique. Elle est un confetti d'empire déchu&amp;lt;ref&amp;gt;Nicolas Righetti, ''Transnistrie. Un pays qui n’existe pas'', Favre, 2014&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Jumelage ==&lt;br /&gt;
Formation étatique ''de facto'', la Pridniestrie est jumelée avec différentes régions du monde. Sans que personne le reconnaisse, pas même la Pridniestrie, il existe un jumelage ''de facto''. Nécessaire à rien, la [[protivophilie]] est un outil puissant pour décrypter ces liens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Sibérien ===&lt;br /&gt;
Dans le cadre étroit des frontières de la Pridniestrie, le terme ''sibérien'' ne renvoie ni à un ethnonyme, ni à une donnée linguistique. Il désigne la progéniture née lors de l'exil sibérien des hominines qualifiés d'opposants à l'époque de la Moldavie soviétique et, depuis, revenue dans leur région &amp;quot;originelle&amp;quot;. Cette catégorie de sibériens est présente parmi les élites politiques et économiques. Sur trois président élu, deux sont des ''sibériens''. Les proches du premier président et son réseau d'influence sont souvent qualifiés de ''Clan des sibériens''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Fort éloignée de la précédente, l'autre catégorie dite des ''sibériens'' est celle qui désigne la cinquantaine de familles, et leurs descendants, déportées dans les années 1950 dans l'actuelle Pridniestrie par Joseph Staline et ses successeurs. Elles sont les vestiges d'un monde aujourd'hui quasiment disparu. L'histoire de ces familles plonge dans celle du banditisme de l'époque tsariste. Il existe alors de nombreuses communautés dans lesquels s'organisent des hominines, parmi les plus pauvres, pour vivre du vol. Plus ou moins liées entre elles, souvent régionales, parfois spécialisées dans telles ou telles activités (recel, cambriolage, escroquerie, etc.) certaines établissent un code éthique auquel tous les membres doivent un respect absolu. Leur non-respect est puni de sanctions pouvant aller jusqu'à la mort. Les règles du code tiennent en quelques lignes : refus absolu de collaborer avec la police ou l'État, de participer aux activités syndicales ou politiques ou d’enrôler d'autres hominines dans leurs rangs, se consacrer entièrement à son activité de voleur et ne pas adorer l'argent. Ces voleurs ne visent pas à l'enrichissement par le vol mais le considèrent comme un simple travail pour vivre. Comme d'autres la boulangerie ou l'apiculture. Les butins sont équitablement partagés et une partie est consacrée aux caisses de solidarité mises en place pour aider les prisonniers ou les familles endeuillées. A tout cela se mêle des croyances dans les dogmes religieux de l'Église orthodoxe&amp;lt;ref name=&amp;quot;#ort&amp;quot; /&amp;gt;. Une carrière dans le vol implique pour la plupart d'entre eux un passage en prison : c'est même une &amp;quot;obligation morale&amp;quot; dont dépend toute crédibilité. Lors de son passage par la case prison le voleur est qualifié de ''Urkas'' (Уркас), &amp;quot;taulards&amp;quot; en russe dans l'argot des prisons. Il existe un système de code de tatouages, jouant sur les symboles, par lesquels ils dessinent sur leurs corps tous les évènements de leurs vies de manière à ne pas être déchiffré par les &amp;quot;autres&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:A3A2.jpg|200px|thumb|right|Tatouage anonyme [[ACAB]] - All Cops Are Bastards]]Les anciennes &amp;quot;communautés&amp;quot; de voleurs ont progressivement laissée place à des organisations plus hiérarchisées et structurées, à la discipline stricte et où tout manquement aux règles est passible d'un tribunal interne. Une sorte de &amp;quot;banditisme d'honneur&amp;quot;. Très présents parmi le sous-prolétariat urbain - tant honni par les bolchevistes - et organisés dans la plupart des prisons, les ''urkas'' participent aux soulèvements qui amènent au renversement de l'empire tsariste russe en 1917. A l'arrivée de Joseph Staline, ces anciens alliés de circonstance sont envoyés en prison rejoindre les nombreux autres ''urkas'' qui y sont déjà. Alors que la Russie révolutionnaire est partie prenante de la Seconde Guerre mondiale, peu rancunier, Staline propose une amnistie pour tous les taulards qui voudront venir grandir les rangs de l'Armée Rouge. Du moins, pour ceux qui survivront à cette guerre. Finalement, la guerre finie, le bienfaiteur du prolétariat expédie les ''urkas'' survivants dans leurs anciennes prisons. Ayant brisés l'une des règles du code - celle qui précise qu'aucune collaboration avec les autorités n'est autorisée - ces anciens combattants sont alors qualifiés de сукой par les autres ''urkas''. Ce terme injurieux russe peut se traduire par ''chienne'' ou ''[[salope]]'' dans un sens proche de ce que la [[français|langue française]] rend par ''balance''. Plusieurs sont tués pour ce non-respect d'une règle fondamentale : [[ACAB]]. En 1948, une partie des &amp;quot;balances&amp;quot; rompt officiellement avec ce fondement des voleurs ''urkas'' et décide qu'il n'est plus interdit d'être politicien ou militaire, ni de prendre quelques postes de &amp;quot;kapo&amp;quot; au sein de la prison. Jusqu'au début des années 1950, une bataille sanglante s'engage entre les tenants des deux lignes et fait de nombreux morts dans les prisons soviétiques. Sous le regard bienveillant des autorités pénitentiaires, les volontaires collabos sortent victorieux de cette ''Guerre des balances''&amp;lt;ref&amp;gt;Horrifié par un monde qui n'est pas le sien, l'écrivain russe Varlam Chalamov, envoyé au bagne, décrit cette guerre à laquelle il assiste en extrême-orient russe dans le récit &amp;quot;La Guerre des chiennes&amp;quot; paru au sein du recueil ''Essais sur le monde du crime'', Gallimard, 1993. Peu portée sur le spécisme, la protivophilie ne pouvait réemployer une telle expression qui porte le discrédit sur l'espèce canine et plus particulièrement sur sa &amp;quot;composante&amp;quot; féminine. La raison est identique pour ne pas retenir le terme de ''[[salope]]''. Vu qu'il faut bien en retenir un la protivophilie fait le choix de ''Guerre des balances'', pour affirmer qu'il est possible de clamer son refus de toute collaboration, et même son rejet de l'astrologie, sans volonté aucune de dénigrer les personnes nées sous ce signe astrologique.&amp;lt;/ref&amp;gt;. La plupart des morts sont dénombrés du côté des réfractaires à tout changement du code éthique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour parfaire leur opération de pacification des prisons et de &amp;quot;nettoyage social&amp;quot;, les autorités soviétiques déportent les familles ''urkas'' restées fidèles à l'ancien code éthique. Parmi elles, celles de l'extrême-orient russe, les sibériens. Dans son roman autobiographique ''Urkas ! Itinéraire d’un parfait bandit sibérien''&amp;lt;ref&amp;gt;Nicolaï Lilin, ''Urkas ! Itinéraire d’un parfait bandit sibérien'', Denoël, 2010. Publié en italien sous le titre ''Educazione siberiana''&amp;lt;/ref&amp;gt;, Nicolaï Lilin met en scène trois jeunes garçons nés quelques années avant la chute de l'Union soviétique en Pridniestrie dans des familles ''urkas''. Le livre est adapté en 2017 pour le cinéma sous le titre ''Le clan des gangsters''&amp;lt;ref&amp;gt;Réalisé en 2017 par l'italien Gabriele Salvatores. Le titre anglais est ''Clan of violence''&amp;lt;/ref&amp;gt;. Entre libre débrouille et code strict, entre choix personnel et pression collective, trois itinéraires du jumelage pridniestro-sibérien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Sertarien ===&lt;br /&gt;
Inutile de chercher sur une mappe-monde une hypothétique Sertarie, même avec un puissant microscope, même doté des derniers outils quantiques qui explorent l'infiniment petit. Cela ne sert à rien. Pas plus de Nihilistan&amp;lt;ref name=&amp;quot;FM&amp;quot; /&amp;gt; que de Sertarie dans la géo-protivophilie&amp;lt;ref&amp;gt;Ni dans Dominique Lanni, Karin Doering-Froger, ''Atlas des contrées rêvées'', Arthaud, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les bien-nommés ''sertariens'' sont un ensemble de réseaux d'influence et de micro-groupes politiques qui, pour des raisons diverses, soutiennent la &amp;quot;cause&amp;quot; de la Pridniestrie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parfois nostalgiques de cette sombre période dite &amp;quot;des moustaches&amp;quot;, les micro-groupes pro-Pridniestrie balancent entre le style &amp;quot;Petite et sub-nasale&amp;quot; répandue en Allemagne et ses environs entre 1933 et 1945, et le &amp;quot;Grosse et sur-labiale&amp;quot; qui fit frémir d'émotions l'Union soviétique de 1924 à 1953. Ils sont pour l'un ou l'autre, parfois pour les deux, passent de l'un à l'autre, ou inversement. Seule une étude permettrait de démêler cet enchevêtrement pileux. Pour celles et ceux qui s'ennuient suffisamment pour entreprendre une exploration du monde de ces sertariens et décrypter ce qui donne cette odeur buccale si particulière aux adeptes moustachistes&amp;lt;ref&amp;gt;La protivophilie ne confirme pas la proximité linguistique entre ce terme et celui de ''oustachi'' qui désigne les fascistes croates, non adeptes de la moustache&amp;lt;/ref&amp;gt;, il est nécessaire de se doter d'outil de réflexions élaborés tels le tarot ou le marc de café dans lesquels se lisent les mystères intimes et les peurs. Ici, ce sera dans un sac à vomi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme tout le monde, le sertarien actuel est post-moderne : La moustache ne se fait plus. Malgré les risques de repousse presque inévitable certains optent pour l'épilation définitive de la zone sur-labiale (dite aussi sub-nasale), d'autres pour la barbichette ou le collier. Les codes pileux et les prétextes au bonheur pour toutes et tous se sont transformés. Après la (quasi) disparition des &amp;quot;moustachistes&amp;quot;, alibis faciles pour expliquer l'horreur, les épilationistes et autres sertariens continuent de comprendre ou de justifier le monde par la géopolitique dans des analyses où - pour ne citer que les plus célèbres - la guerre, l'économie, la politique ou la religion seraient les seules sources des décès directs et indirects chez les hominines. La famille&amp;lt;ref name=&amp;quot;#fam&amp;quot; /&amp;gt; et son panel de réjouissances, la prison et les tendresses policières, le suicide ou la mort accidentelle, la misère, le travail ou les caresses nasales - enfin dégagées des poils moustacheux - d'une émanation polluante ne sont-elles pas à prendre au sérieux dans le décompte des morts d'avoir été vivants ? Par principe, pour la géopolitique, les hominines ne sont qu'une variable abstraite dans un schéma général d'explication du monde où les frontières, les ressources, l'armement, l'industrie, l'idéologie et la géographie sont des données concrètes, les seuls moteurs de ce monde merveilleux qu'il est donné de vivre aux hominines qui le subissent. La géopolitique des sertariens, épilationistes ou non, place la Pridniestrie sur l'échiquier d'un grand jeu stratégique entre, d'une part, la Russie post-soviétique et ses alliés, et d'autre part les États-Unis d'Amérique via l'Union européenne. Si le plus rétifs aux crèmes dépilatoires projettent dans la Pridniestrie une sorte de remake post-moderne du pacte hitléro-soviétique, et où d'autres sertariens y voient l'épicentre d'une conflagration européenne à venir&amp;lt;ref&amp;gt;Xavier Deleu, ''Transnistrie, la poudrière de l'Europe'', Hugo, 2005&amp;lt;/ref&amp;gt;, les sertariens de tous poil, épilationistes ou pas, veulent dorénavant l'intégrer dans ce projet de &amp;quot;Nouvelle-Russie&amp;quot; qui inclurait les zones autonomes de l'est de l'Ukraine, la Crimée, la Pridniestrie et la Gagaouzie. Toutes unifiées à la Russie dans un jumelage réinventé. Ces fins stratèges veulent ainsi mettre la Pridniestrie au cœur d'une géopolitique qui, comme c'est souvent le cas en de telles circonstances, va apporter &amp;quot;paix et sérénité&amp;quot; aux populations concernées. Depuis 2014 et le début du conflit qui oppose l'Ukraine et les indépendantistes de l'Est, la Pridniestrie souffre des difficultés d'approvisionnement à partir de la Russie, et, avec les soubresauts des économies moldave et ukrainienne de 2015, la dépréciation de leurs monnaies a affaibli un peu plus l'économie d'outre-Dniestr qui a vu ses exportations baisser. Confrontés à ces nouvelles configurations internes et externes, les politiciens de Pridniestrie se tournent vers ce choix stratégique, tout en conservant un œil intéressé vers la rive ouest du Dniestr, et les pridniestriens - surtout les plus pauvres - vont vivre ce qu'ils connaissent déjà sous sa version soviétique : la contrainte économique et le pouvoir politique sertarien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Prèz Dniestrien ==&lt;br /&gt;
Les travaux menés par la [[protivophilie]] ne mentionnent aucun lien entre la Pridniestrie et [[F. Merdjanov]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:prez-dniestrien.jpg|250px|thumb|right|Habitat des rives de la mer Noire]]Le préfixe russe При (Pri) se traduit en [[français]] par &amp;quot;près de&amp;quot; ou &amp;quot;autour de&amp;quot;. En toponymie, il peut être rendu par &amp;quot;lès&amp;quot;, &amp;quot;lez&amp;quot; ou &amp;quot;près&amp;quot; pour indiquer la proximité avec un lieu. Il existe aussi la forme ancienne &amp;quot;prèz&amp;quot;, pour un sens identique. Peu usité, &amp;quot;prèz&amp;quot; marque l'environnement géographique d'un lieu précis, sans en délimiter l'éloignement. Par conséquent, l'expression &amp;quot;Prèz dniestrien&amp;quot; doit être comprise comme définissant tout ce qui est de part et d'autre du Dniestr. Celui-ci se jetant dans la mer Noire, il est ainsi possible d'étendre le sens de &amp;quot;prèz dniestrien&amp;quot; à l'ensemble des régions du pourtour de cette mer. Du fait de son installation en apiculture sur les rives de la mer Noire&amp;lt;ref name=&amp;quot;FM&amp;quot; /&amp;gt;, cette définition extensive permet d'affubler [[F. Merdjanov]] du qualificatif de &amp;quot;prèz dniestrien&amp;quot;. Mais cela ne dit rien sur une localisation plus précise. Tout au plus, cela permet-il à la protivophilie de confirmer que si [[F. Merdjanov]] avait vécu avant la disparition de l'habitat traditionnel des rives de la mer Noire, il aurait pu être un de ses lieux de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans un contexte merdjanovien, la protivophilie voit dans l'emploi de &amp;quot;prèz&amp;quot; une manière directe de renvoyer au terme de &amp;quot;près&amp;quot;, au sens de &amp;quot;être contre&amp;quot;, et une indirecte qui rappelle que &amp;quot;être contre&amp;quot; c'est être en opposition. Dans un sens proche de l'étymon slave ''protiv'' qui forme le néologisme &amp;quot;protivophilie&amp;quot;&amp;lt;ref&amp;gt;Le terme est construit sur le radical slave ''protiv'', que l’on pourrait transcrire par ''contre'' au sens &amp;quot;opposé à&amp;quot;, et le radical grec ''phili'' par ''pour'' dans le sens &amp;quot;attiré par&amp;quot;. Selon &amp;quot;Vie et œuvre de F. Merdjanov&amp;quot;, op. cit.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Ainsi, &amp;quot;prèz dniestrien&amp;quot; devient le marqueur d'un refus clair des catégories et des identités collectives. L'unique texte consacré à sa vie et à son œuvre&amp;lt;ref name=&amp;quot;FM&amp;quot; /&amp;gt; précise que [[F. Merdjanov]] n'est rien et compte le rester.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Si nous devions nous éloigner temporairement de la protivophilie et accepter d’utiliser, du bout des lèvres, un langage qui n’est pas le nôtre, nous pourrions reconnaître l’existence d’une seule catégorie : terrien.''&amp;lt;ref name=&amp;quot;FM&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toujours prompte à partager une ironie dont elle est la seule à rire, la protivophilie a exhumé de ses immenses archives, une composition poétique inédite&amp;lt;ref&amp;gt;Archives personnelles&amp;lt;/ref&amp;gt; qu'il est encore difficile de dater. Ou d'en certifier l'authenticité. Son style concis mais riche laisse à penser aux spécialistes qu'il provient d'une époque si ancienne que les hominines n'avaient encore que peu de mots à leur disposition, ou est-il un quatrain prèz dniestrien d'époque plus tardive, ou simplement le tract d'obscurs activistes de rien en Pridniestrie ? En [[macédoine|Macédoine]] ? Ou n'importe où ailleurs !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''T'es rien ?''&amp;lt;BR&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Terrien !''&amp;lt;BR&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Terrien ?''&amp;lt;BR&amp;gt;&lt;br /&gt;
''T'es rien !''&amp;lt;BR&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Liens à la Pridniestrie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Né en 1847 à Tiraspol, '''Nicolaï Vasiliev''' est un religieux soupçonné d'être Jack l’Éventreur. Après son passage par Paris en 1876 où il commet plusieurs meurtres et est interné en asile psychiatrique, il se rend à Londres où il aurait perpétré les crimes qui secouent cette ville en 1888. Il est l'une des centaines de personnes soupçonnées et l'identité de Jack l’Éventreur reste un mystère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:macsauc.jpg|300px|thumb|right|Mikhaïl Fiodorovitch Larionov, ''Saucisson et maquereau rayonnistes'', 1912]]&lt;br /&gt;
* Membre de l'AIT, proche de Bakounine, critique de [[Albertine Hottin|Sergueï Netchaïev]] et ami du révolutionnaire bulgare Hristo Botev, '''Zamfir Arbore''' (1848–1933) dit Ralli se tourne vers le socialisme et milite pour une Bessarabie (dont l'actuelle Pridniestrie) indépendante avant de s'enthousiasmer en 1918 pour le nouveau pouvoir bolcheviste. Sa fille Ecaterina Arbore, membre active du parti, est exécutée à Tiraspol en 1937 &amp;lt;ref&amp;gt;Maria Lidia, Martin Veith, &amp;quot;Memoirs of an Anarchist in Romania [Zamfir C. Arbure (Ralli)]&amp;quot;, 2009 - [https://www.katesharpleylibrary.net/qz625d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* '''Mikhaïl Fiodorovitch Larionov''' est un peintre rayonniste, prèz-[[Rienistes|futurien]]. Né en 1881 à Tiraspol. Mort en 1964 en France. Il est l'auteur en 1912 de la première œuvre rayonniste intitulée ''Saucisson et maquereau rayonnistes''.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Né en Bessarabie en 1886 dans une famille yiddish, '''Samuel Schwartzbard'''&amp;lt;ref&amp;gt;Samuel Schwartzbard, ''Mémoires d'un anarchiste juif'', Syllepse, 2010&amp;lt;/ref&amp;gt; participe à des groupes d'autodéfense juifs et à plusieurs braquages anarchistes. Près de Tiraspol, il défend en 1919 les armes à la main l'avancée des roumains. Poète, il assassine en 1926 à Paris Simon Petluria, un homme politique ukrainien responsable de pogroms. Défendu par le même avocat que [[Germaine Berton]], il est acquitté en 1927.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Le '''''Groupe des anarcho-syndicalistes de Russie méridionale''''' voit le jour en 1906 à Odessa sous l'impulsion de Daniil Novomirski. Une section se monte à Tiraspol. Le syndicalisme prôné par ce groupe est un mélange de conflits sociaux, de violences contre les patrons et de braquages pour financer la propagande, qui critique la ligne choisie par les groupes armés anarchistes qualifiée de &amp;quot;suicidaire&amp;quot;. Fort de plusieurs milliers de membres, il ne survit pas à la répression tsariste &amp;lt;ref&amp;gt;Paul Arich, ''Les anarchistes russes'', Maspero, 1979&amp;lt;/ref&amp;gt;.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* Après avoir participé à quelques groupes clandestins anarchistes et fait plusieurs années de prison pour des braquages, '''Lev Zadov''' (1893 - 1938) et son jeune frère Daniil rejoignent l’Armée Révolutionnaire Insurrectionnelle de Nestor Makhno en 1918 dans le sud de l'Ukraine. Lev Zadov devient membre du service de renseignement de l'armée makhnoviste et organise l'évasion de Roumanie de prisonniers anarchistes. Après la victoire des bolchevistes, ils sont recrutés par les roumains pour des opérations anti-soviétiques, puis par ces derniers pour lutter contre leurs opposants. Ils s'appuient sur des réseaux d'anciens partisans de Makhno en exil. Lev s'installe à Odessa et Daniel à Tiraspol. Tout deux sont assassinés par le pouvoir en 1938.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Galerie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery mode=&amp;quot;nolines&amp;quot;&amp;gt;&lt;br /&gt;
Fichier:rue_larionov.jpg|Rue Larionov à Tiraspol&lt;br /&gt;
Fichier:larionov_tiraspol.jpg|Plaque dédiée à Larionov inaugurée en 2018&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21447</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21447"/>
		<updated>2026-04-12T19:35:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Mahwêwa */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;Lioube&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; John Clayton III, Lord Greystoke&amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;hominines&amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskala'' &amp;lt;ref&amp;gt;Haskala&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote &amp;lt;ref&amp;gt;loupiote&amp;lt;/ref&amp;gt; ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptomes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;femelle&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren''&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Angélique-Memmie&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot&amp;lt;ref&amp;gt;Acte - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;Hayy&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;tarzan&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;yahoos&amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli &amp;lt;ref&amp;gt;mowgli&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;langue grand-singe&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suit plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique. Réalisé à une date inconnue, il existe un court-métrage avec ce thème en toile de fond &amp;lt;ref&amp;gt;Le premier court-métrage protivophile, non daté - [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. Les travaux sur [[Albertine Hottin]] montrent bien que la reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Road to Songy'' pour la version anglophone&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Nimakwéwakwéwa níkana'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'aime causer pour rien dire''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21446</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-12T19:26:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Loupe */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;Lioube&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; John Clayton III, Lord Greystoke&amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;hominines&amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskala'' &amp;lt;ref&amp;gt;Haskala&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote &amp;lt;ref&amp;gt;loupiote&amp;lt;/ref&amp;gt; ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptomes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;femelle&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren''&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Angélique-Memmie&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot&amp;lt;ref&amp;gt;Acte - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;Hayy&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;tarzan&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;yahoos&amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli &amp;lt;ref&amp;gt;mowgli&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;langue grand-singe&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suit plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique. Réalisé à une date inconnue, il existe un court-métrage avec ce thème en toile de fond &amp;lt;ref&amp;gt;Le premier court-métrage protivophile, non daté - [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. La reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Road to Songy'' pour la version anglophone&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Nimakwéwakwéwa níkana'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'aime causer pour rien dire''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Voyage en 1942&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21445</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-12T18:33:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Mahwêwa */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;Lioube&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; John Clayton III, Lord Greystoke&amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;hominines&amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskala'' &amp;lt;ref&amp;gt;Haskala&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote &amp;lt;ref&amp;gt;loupiote&amp;lt;/ref&amp;gt; ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptomes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;femelle&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren''&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Angélique-Memmie&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot&amp;lt;ref&amp;gt;Acte - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;Hayy&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;tarzan&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;yahoos&amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli &amp;lt;ref&amp;gt;mowgli&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;langue grand-singe&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
{|&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
| &lt;br /&gt;
''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suit plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique. Réalisé à une date inconnue, il existe un court-métrage avec ce thème en toile de fond &amp;lt;ref&amp;gt;Le premier court-métrage protivophile, non daté - [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. La reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de ''En route pour Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Road to Songy'' pour la version anglophone&amp;lt;/ref&amp;gt; où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur punchline préférée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Gree gogo bi gogo-ul tandu'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Nimakwéwakwéwa níkana'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'aime causer pour rien dire''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Direction Songy&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21444</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21444"/>
		<updated>2026-04-12T18:23:19Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Loupe */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;Lioube&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; John Clayton III, Lord Greystoke&amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;hominines&amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskala'' &amp;lt;ref&amp;gt;Haskala&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote &amp;lt;ref&amp;gt;loupiote&amp;lt;/ref&amp;gt; ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptomes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;femelle&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren''&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Angélique-Memmie&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot&amp;lt;ref&amp;gt;Acte - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;Hayy&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;tarzan&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;yahoos&amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli &amp;lt;ref&amp;gt;mowgli&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;langue grand-singe&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suit plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique. Réalisé à une date inconnue, il existe un court-métrage avec ce thème en toile de fond &amp;lt;ref&amp;gt;Le premier court-métrage protivophile, non daté - [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. La reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la scène de ''En route pour Songy'' où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur dicton favori. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Gree gogo bi gogo-ul tandu''&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Nimakwéwakwéwa nikana'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'aime causer pour rien dire''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Direction Songy&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
	<entry>
		<id>http://analectes2rien.legtux.org/wikimerdja/index.php?title=Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc&amp;diff=21443</id>
		<title>Marie-Angélique le Blanc</title>
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		<updated>2026-04-12T18:19:19Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Analectes2rien : /* Mahwêwa */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{|border=&amp;quot;0&amp;quot; style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&lt;br /&gt;
|-&lt;br /&gt;
|&lt;br /&gt;
'''Marie-Angélique le Blanc''' (Мари-Анжелик ле Блан en [[macédonien]] - Maria-Angelica le Blanc en [[nissard]]) Unique sujet de l’''ABC des Loupiotes''&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
'''[En cours de rédaction]'''&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 ''ABC des Loupiotes'' est un projet encyclopédique [[Protivophilie|protivophile]] qui ne vise à rien d'autre que cet article. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 De ''lioube''. Petit instrument en fer qui se pique dans le mur de la cheminée pour tenir la chandelle. &amp;lt;ref&amp;gt;Lioube&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Lum.jpg|300px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Après plus d'un millénaire d'hégémonie sur la production intellectuelle et culturelle en Europe, la mythologie christienne est contestée dans ce qu'elle offre et permet de produire de connaissances sur l'existant, sur la réalité des choses. Généralement, la fin du XVII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle après son messie — alias JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; &amp;lt;ref&amp;gt;JC&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; John Clayton III, Lord Greystoke&amp;lt;/ref&amp;gt; — est considéré comme un tournant dans le sociétés d'hominines &amp;lt;ref&amp;gt;hominines&amp;lt;/ref&amp;gt; qui s'y réfèrent. Avec un léger décalage dans le temps, le même phénomène se produit dans les sociétés d'hominines se référant à la mythologie moïsienne. Les arts et la littérature, les sciences et la philosophie, sont de plus en plus traversées de réflexions nouvelles qui portent atteinte à la légitimité de l'autorité morale, culturelle et politique du fait religieux et de son narratif. De fait, la contestation égratigne les autorités religieuses mais aussi les autorités politiques qui fondent leurs légitimités sur la mythologie christienne. Le XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle voit l'émergence de multiples approches qui tentent de rompre avec les démarches intellectuelles autorisées des siècles précédents. Selon l'historiographie classique, il est le ''Siècle des Lumières'' dans l'univers christien et la ''Haskala'' &amp;lt;ref&amp;gt;Haskala&amp;lt;/ref&amp;gt; dans le moïsien. L'un en référence à la lumière qui éclaire et l'autre avec le sens de ''éducation''. Dans ces sociétés d'hominines hiérarchisées socialement et économiquement, le phénomène concerne les classes bourgeoises et l'aristocratie. Tout le monde a bien compris qu'une loupiote &amp;lt;ref&amp;gt;loupiote&amp;lt;/ref&amp;gt; ne fonctionne pas par la volonté divine ou la magie. L'immense majorité des hominines est occupée à survivre et être le biocarburant du confort intellectuel et matériel des hautes strates de la pyramide sociale. L’Encyclopédie fait la synthèse des connaissances nouvelles: Personne ne conteste qu'il est plus facile de réfléchir posément avec le ventre plein. La digestion est plus propice à laisser flâner l'esprit que ne l'est la sensation de faim. De plus, il faut du temps libre pour cela. N'est pas membre du club des loupiotes qui veut. Parmi les strates supérieures, des narratifs et des légitimités se réinventent, produisant tout une somme de savoirs qui consolident leur pouvoir politique. L'ordre (social) des choses n'est pas bouleversé. L'universalisme fait croire que penser à Rien et penser à rien sont choses égales. Une pensée abstraite qui pose une équivalence fallacieuse entre l'absence et le manque. Selon la place sociale à laquelle appartiennent les hominines, le sens du texte ci-dessous peut être très différent. Avec autant de différence qu'entre une personne [[Protivophilie|protivophile]] et une dépressive. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Vous pensiez que je suis quelqu'une de spéciale.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais la vérité est que je ne suis rien''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et ma force unique est que''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Je sais que je ne suis rien.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai des amis qui ne sont rien non plus.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et on se rappelle souvent''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que nous ne sommes rien.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Lilit Petrosyan. Cité dans ''KarAdaRvishtchinA.(d)Ébauche de géopo(l)étique caucasienne'', à paraître.&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; ne sont pas des outils incendiaires. Elles ne sont pas une rupture totale avec leur époque ou les précédentes. Elles en reproduisent les biais et les travers. Multiples, sans homogénéité et parfois même contradictoires, elles alimentent les critiques de l'existant. Avec un regard rétrospectif, il est notable que la pensée des Lumières a finalement nourrit tout autant des discours réformateurs, conservateurs ou révolutioneurs dans de multiples pans des sociétés d'hominines qui s'éclairent avec. L'expansion coloniale est un humanisme et le racisme est scientifique. Tout comme la lutte anticoloniale et la critique du racisme, par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ? ==&lt;br /&gt;
 Dérivé du ''canis lupus'', le loup. ''Loupeau'' ou ''loupiot'' sont synonymes de ''louveteau'' &amp;lt;ref&amp;gt;Loupeau&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la matinée du 15 décembre 1775 à Paris, Marie-Angélique le Blanc est retrouvée mourante dans son appartement. Le voisinage fait appel à Nicolas Mellet, chirurgien de la rue Notre-Dame de Nazareth, &amp;quot;''pour faire en sorte de la secourir... cela ne lui a rien fait pourquoy il a envoyé les voisins... chercher Lextremonction... et etant remonté peu de temps après il a trouvé ladite demoiselle Leblanc expirée.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. Série Y, carton 14470&amp;lt;/ref&amp;gt; Sa dépouille n'a pas de sépulture propre mais est mise dans la fosse commune. Après les rituels religieux autour de sa mort puis de son enterrement, viennent les rituels juridiques. Une enquête est lancée afin de déterminer les raisons de cette mort subite. Les conclusions ne retiennent ni &amp;quot;coups et blessures&amp;quot;, ni &amp;quot;empoisonnement&amp;quot; pour expliquer son décès soudain &amp;lt;ref&amp;gt;À travers les archives, Serge Aroles parvient à entrevoir une histoire d'empoisonnement. Les symptomes de la mort subite correspondent à ceux des rats et autres chats errants.&amp;lt;/ref&amp;gt;. Du point de vue administratif, ses quelques biens mobiliers sont répertoriés mais elle n'a pas de progéniture qui peuvent en hériter. Dans ce cas, les biens échoient au roi Atetracourcix, connu aussi sous le nom de Louis XVI. Les archives conservent la trace d'une hominine femelle &amp;lt;ref&amp;gt;femelle&amp;lt;/ref&amp;gt; qui tentent de bénéficier d'une disposition particulière du droit de succession. En guise de récompense, un quart des biens en déshérence revient à quiconque prévient de la mort imminente d'une personne sans possibilité d'héritage. Être pauvre n'est pas si facile que ça se disent celleux qui ne le sont pas et s'éclairent aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Marie-Angélique le Blanc est rentière et vit confortablement. Elle bénéficie encore de la renommée de ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot;&amp;gt;''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', 1755 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, un ouvrage publié en 1755. Le texte est signé Madame H....T et raconte la vie de Marie-Angélique. Réédité rapidement, il est traduit en allemand en 1756 &amp;lt;ref&amp;gt;''Merkwürdiges Leben und Begebenheiten eines in der Wildniß aufgewachsenen Maedgens von zehn Jahren''&amp;lt;/ref&amp;gt; et en anglais en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot;&amp;gt;''An account of a savage girl caught wild in the woods of Champagne'', 1768 - [https://en.wikisource.org/wiki/An_Account_of_a_Savage_Girl,_Caught_Wild_in_the_Woods_of_Champagne En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La signature anonyme ne convainc pas les hominines qui croient plutôt y voir la plume de Charles Marie de La Condamine. Celui-ci dément en 1755 être l'auteur du texte, mais précise que &amp;quot;''la part que j'ai à cette production est d'avoir fait quelques changemens au manuscrit dont j'ai encore l'original, d'en avoir retranché quelques faits qui n'étoient fondés que sur des oui-dire &amp;amp; dénués de vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f76.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'autrice se nomme Marie-Catherine Hecquet, née Homassel, une bourgeoise religieuse et lettrée &amp;lt;ref&amp;gt;(1686-1764). Elle rédige une biographie de sa tante paternelle ''Vie de Madame Michelle Homassel, veuve Fontaine''. Nicolas Lyon-Caen, ''Un Roman bourgeois sous Louis XIV. Récits de vies marchandes et mobilité sociale: les itinéraires des Homassel'', Limoges, Pulim, 2008 &amp;lt;/ref&amp;gt;. À travers ce récit, elle se fait biographe de celle qui n'est pas encore Marie-Angélique le Blanc et qui se fait capturer début septembre 1731 à proximité du petit village de Songy &amp;lt;ref&amp;gt;Songy&amp;lt;/ref&amp;gt;, près de Châlons-en-Champagne, dans le nord-est de la France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour construire son récit biographique, Marie-Catherine Hecquet dit qu'elle se base sur ce qu'elle a &amp;quot;''pu recueillir de plus certain sur son histoire, tant par les questions [qu'elle] lui [a] faites en différents temps que par le témoignage des personnes qui l'ont connue quand elle commença à parler français.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Que ce soit dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans'', publiée en 1755, ou dans la revue ''Mercure de France'' de décembre 1731 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot;&amp;gt;''Mercure de France'', décembre 1731 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k37505397/f71.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le narratif de sa capture manque de cohérence. Les exagérations semblent aussi de mise dans les faits relatés et les descriptions de la future Marie-Angélique. Une différence très importante entre ces deux documents est l'âge de la capturée. Dix ans dans un cas et &amp;quot;''environ 18 ans''&amp;quot; dans l'autre. L'acte de baptême &amp;lt;ref&amp;gt;Archives municipales de Châlons-en-Champagne, GG 126&amp;lt;/ref&amp;gt;, daté de 1732, indique qu'elle a 19 ans mais le document original est raturé et l'âge de 11 ans est écrit à la place. Sur l'original de la copie de cet acte, il est écrit &amp;quot;''environ vingt ans''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives de la Marne, 2 E 119 / 35&amp;lt;/ref&amp;gt;. Sur un document administratif de 1750, il est stipulé qu'elle est alors âgée de 23 ans — avec pour conséquence logique d'avoir seulement 4 ou 5 ans lorsqu'elle se fait capturer en 1731. Dans la préface de l'édition anglaise, datée de 1768, son auteur note qu'elle aurait entre 13 et 14 ans à l'époque de sa capture à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;. L'écart entre ces âges supposés n'est pas dans la nuance. Difficile pourtant de confondre une hominine femelle prépubère d'une dizaine d'années et une jeune adulte de presque vingt ans. Le contenu de l'article du ''Mercure de France'' explicitant les faits interroge aussi. Il raconte qu'un berger découvre une &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; dans les vignes. Elle a déjà été vue quelques jours auparavant &amp;quot;''au-dessus de Vitry-le-François, accompagnée d'une negre''&amp;quot;. Capturée par ruse, elle est amenée au châtelain local, le vicomte d'Epinoy, qui décide de la garder. Pendant les deux mois où elle est au château, elle suscite la curiosité. Elle se nourrit de racines et de viande crue issue de sa chasse. Sachant nager, elle pêche poissons et grenouilles qu'elle mange vivantes, et ne semble pas attirée par la nourriture cuite. Sa réaction devant un morceau de manioc qui lui est présenté fait dire qu'elle est originaire des Antilles. L'auteur de l'article, qui prétend avoir rencontré la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot;, rapporte les quelques mots qu'elle semble connaître et décrit, de fait, une sorte de langage naïf teinté de mythologie christienne. La ''lune'' est &amp;quot;''la lumière de la bonne Vierge''&amp;quot;, un ''chapelet'' est &amp;quot;''un grand Chime''&amp;quot;, une ''église'' le &amp;quot;''paradis terrestre''&amp;quot; et une ''eau-de-vie'' est un &amp;quot;''brûle ventre''&amp;quot;. Il note ce qu'il appelle du &amp;quot;''patois de son pays''&amp;quot;. Ainsi, un ''filet'' de pêche se dit ''debily'' et &amp;quot;''Bonjour, fille''&amp;quot; se dit &amp;quot;''Yas yas, fioul''&amp;quot;. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; La description physique mentionne une taille moyenne, &amp;quot;''avec le teint un peu bazanné; cependant sa peau au haut du bras paroît blanche, aussi bien que la gorge; elle a les yeux vifs et bleus.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt; Des descriptions fantasmées parlent de pouce de la main plus développé — ce qui favorise le déplacement dans les arbres et facilite le ramassage des racines — et la repousse de la dentition après la perte complète de ses dents du fait de son passage de crudivore à une nouvelle alimentation &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;. Dès octobre 1731, l'histoire de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; est reprise à travers l'Europe par plusieurs gazettes manuscrites et &amp;quot;journaux&amp;quot; francophones. Elle bénéficie de ce que l'artiste à succès André Variole qualifiera, deux siècles plus tard, de &amp;quot;''Quart d'heure de célébrité.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Sauvage.jpg|200px|vignette|droite|&amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;]]&lt;br /&gt;
Fin octobre 1731, la captive est transférée à l'hospice Saint-Maur de Châlons-en-Champagne qui se charge de l'éducation de jeunes hominines pauvres. L'institution charitable religieuse éduque à la morale christienne et propose l'apprentissage d'un travail manuel. En tant que femelle, ce sera la couture. Le 16 juin 1732, la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; est officiellement baptisée sous les prénoms de Marie-Angélique-Memmie &amp;lt;ref&amp;gt;Marie-Angélique-Memmie&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le nom de famille, selon le ''Registre tenu par les Dames de Saint Cyr'' daté de 1757, &amp;quot;''elle fut connue en France sous le nom de Mlle Leblanc parce que sa peau naturellement noire comme une négresse devint avec le temps probablement blanche.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Cité dans Franck Tinland, ''L’Homme sauvage'', 1968&amp;lt;/ref&amp;gt; Effet Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, la domestication blanchie la peau ! Pendant plusieurs années, elle travaille dans des couvents de Champagne. Largement &amp;quot;''apprivoisée''&amp;quot; et parlant français, elle suscite toujours de la curiosité parmi les dignitaires et l'intelligentsia de son époque. De passage en Champagne en 1737, Catherine Opalinska, belle-mère du roi de France Louis XV, veut à tout prix la rencontrer pour discuter. Ravie, elle devient sa bienfaitrice. À partir de 1744, le duc d'Orléans lui accorde une aide financière régulière et soutient son envie de rejoindre les ordres. Le 23 avril 1750, elle entre au couvent des Nouvelles-Catholiques à Paris, puis rejoint le 20 janvier 1751 le noviciat de l'abbaye Sainte-Périne de Chaillot&amp;lt;ref&amp;gt;Acte - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Après seulement quelques mois, elle se blesse grièvement en tombant d'une fenêtre et est transférée au couvent des Hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde. Elle y reste plusieurs mois et y fait la connaissance de Marie-Catherine Hecquet. Mais, avec la mort du duc d'Orléans en janvier 1752, elle se retrouve rapidement dans la misère car le fils et successeur du duc baisse considérablement la pension qu'elle recevait jusqu'alors. Le projet de biographie voit le jour dans ce contexte et les ventes doivent aider financièrement Marie-Angélique. Comme le précise La Condamine, &amp;quot;''l'ouvrage [est] au profit de la Demoiselle Le Blanc, dans la vûe de lui procurer une situation plus heureuse, en intéressant à son sort ceux qui liroient son aventure.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mercure de France'', avril 1755 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9600379p/f77.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Émue par son sort, comme le fut sa propre mère, Marie Leszczynska, reine de France et femme de Louis XV, accorde une entrevue à Marie-Angélique en septembre 1753 et lui octroie une pension annuelle de 240 livres &amp;lt;ref&amp;gt;Par la suite, elle fait modifier son testament pour que cette pension continue d'être versée après sa mort.&amp;lt;/ref&amp;gt;. De cette rencontre, il reste le témoignage de Charles-Philippe d'Albert de Luynes qui, dans ses mémoires, la décrit &amp;quot;''petite, d'une figure commune, les yeux vifs, parl[ant] beaucoup et vivement.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV (1735-1758)'', tome 13, p 70-72 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206438b/f75.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Lors de la discussion, elle rappelle &amp;quot;''qu'elle a eu une compagne qui n'étoit pas sa sœur, qu'elles passoient tout leur temps, c'est-à-dire toutes les nuits, à chercher de quoi vivre; [...] qu'elle vivoit avec sa compagne dans le même bois, mais point ensemble; qu'elles étoient souvent fort éloignées l'une de l'autre et qu'elles s'appeloient quelquefois, principalement pour des occasions de chasse, par des cris de la gorge fort aigres et fort difficiles à imiter; elle prétend qu'elles s'entendoient par ces cris qui avoient différentes significations.''&amp;quot; Selon lui, dans l'urgence de sa misère, Marie-Angélique est actuellement hébergée par &amp;quot;''Mme Meyra, dont le mari est président de la chambre des comptes.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Peut-être fait-il allusion à l'aristocrate Aymar Jean de Nicolaÿ, premier président de la chambre des comptes entre 1734 et 1768 ?&amp;lt;/ref&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vendu 1 livre, l'ouvrage de 72 pages est un succès lors de sa parution en 1755. ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' remet provisoirement Marie-Angélique au cœur des préoccupations intellectuelles des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. Très peu l'ont directement rencontré. D'après Claude-Remy Buirette &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot;&amp;gt;Claude-Remy Buirette, &amp;quot;Introduction&amp;quot;, ''Annales historiques de la ville et comté-pairie de Châlons-sur-Marne'', 1788 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5378715w/f91.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, Charles Marie de La Condamine est l'un des premiers et vient voir la &amp;quot;''fille sauvage''&amp;quot; alors qu'elle est encore à Chalons-en-Champagne. Après l'avoir évoqué dans quelques vers en 1747 dans son ''Épître II sur l'homme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Louis Racine, ''Œuvres'', tome II, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220746p/f123.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, le poète Louis Racine se décide à une entrevue avec elle en 1750 et publie la même année ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot;&amp;gt;Louis Racine, ''Éclaircissements sur la fille sauvage'' dans ''Œuvres'', tome VI, 1808 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220750r/f577.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. En 1765, l'écossais James Burnett se rend à Paris pour discuter avec Marie-Angélique dans son appartement &amp;quot;''rue St Antoine presque vis-à-vis la vieille rue du Temple au troisième étage, sur le devant.''&amp;quot; Il écoute les détails de son histoire — les mêmes qui sont dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage...'' — et recueille, selon lui, ses souvenirs sur la langue qu'elle parlait avant de devenir la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot;. De retour chez lui, il préface la traduction anglaise qui paraît en 1768 &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Voilà qui est important. Chacun se bat pour son moi et avec son moi. Et quand il est complètement conscient de son moi, il pense être parvenu au stade ultime de l'individualité alors qu'en fait, le moi est comme un tronc d'arbre tombé à la mer, ballotté à droite et à gauche par des vents qui finissent par le pousser sur un rivage inconnu. La conscience de soi, c'est autre chose. Celui qui arrive au soi s'approfondit et s'achève avec, et à partir de là il peut regarder le moi de l'intérieur et d'une certaine hauteur. Et quelles que soient les modifications auxquelles ce moi est soumis, l'individu consolide le soi en lui et reste inaltérable et fidèle à sa propre réalité.''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''— Je n'ai rien compris.'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gostan Zarian, ''Le bateau sur la montagne'', 1943&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le cas de Marie-Angélique intéresse les esprits éclairés des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; pour diverses raisons. Elle s'insère dans de multiples questionnements et théories autour des hominines, de leurs sociétés et de leurs cultures. Elle est un argument pour tel ou tel. Que sont les hominines à l'état sauvage ? Quel est leur langage ? Peut-on passer de la sauvagerie à la civilisation ? Ou inversement. L'état de nature est-il un universalisme ? Est-il souhaitable ? Six cent ans après les grandes questions existentielles de Hayy ibn Yaqzan&amp;lt;ref&amp;gt;Hayy&amp;lt;/ref&amp;gt; et moins de deux siècles avant les premiers cris de Tarzan &amp;lt;ref&amp;gt;tarzan&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'absence de &amp;quot;civilisation&amp;quot; ou l'idée d'ensauvagement sont deux abstractions qui fascinent. Quel rapport entre les stupides yahoos &amp;lt;ref&amp;gt;yahoos&amp;lt;/ref&amp;gt; que croise Lemuel Gulliver lors de ses voyages et la gentillesse naturelle de Mowgli &amp;lt;ref&amp;gt;mowgli&amp;lt;/ref&amp;gt; ? Hayy s'éveille au monde grâce à une gazelle alors que les yahoos sont de simples animaux de compagnie pour des chevaux civilisés, Tarzan est pris en charge et élevé par des singes alors que Mowgli est recueilli par une meute de loups. Chacun de ces personnages évolue dans un univers particulier. Imitant les cris des autres animaux pour communiquer, Hayy découvre sur la fin de sa vie le langage hominine au contact de l'un d'eux alors que les yahoos en sont totalement dépourvus contrairement à leurs maîtres chevalins. Mowgli peut converser avec l'ensemble des autres espèces animales qui ont un langage commun. Tarzan parle le mangani, la langue grand-singe &amp;lt;ref&amp;gt;langue grand-singe&amp;lt;/ref&amp;gt;, mais apprend seul l'anglais par l'intermédiaire de livres d'images abandonnés. Et le [[français]] avec un hominine qu'il a sauvé de cannibales. Pour Tarzan, ''analectes de rien'' se dit ''analect of nothing'' en anglais ou ''tandu ala-eta-ze'' en mangani. Bilingue, il est l'auteur putatif d'une traduction très partielle d'un long poème de Mikhaïl Lermontov. Seuls les trois vers d'ouverture sont traduits en mangani.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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''Je vous écris. – Une bêtise''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Pourquoi ? – Pour rien.''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Alors ? – C’est tout'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot;&amp;gt;Extrait de Lermontov, ''Valerik'', 1843&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|style=&amp;quot;width:20px;&amp;quot;|&lt;br /&gt;
|valign=&amp;quot;top&amp;quot;| &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
''Tawa-eta eto. – T’unk yud''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Zut-ul bi et ? Tandu''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Et zut-ul bi et ? U-tand''&amp;lt;/br&amp;gt;&lt;br /&gt;
|}&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelle langue parle l'hominine qui n'a reçu aucune éducation, aucune influence parentale ou sociétale ? La question d'une langue &amp;quot;naturelle&amp;quot; est assez ancienne chez les hominines si l'on se fie aux textes qui relatent différentes expériences. Leur historicité est largement remise en cause, mais elles marquent néanmoins l'existence de ce questionnement. En Europe, la plus connue est celle de l'empereur germanique Frédéric II qui, au cours du XIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle, ordonne de placer quelques nourrissons à l'écart, sans interaction linguistique ou sensitive avec des adultes, afin de voir s'illes parlent naturellement l'hébreu, le latin, le grec, l'arabe ou la langue de leurs parents. Salimbene de Adam &amp;lt;ref&amp;gt;Salimbene de Adam&amp;lt;/ref&amp;gt;, seule source de cette fausse anecdote, indique que les enfants meurent progressivement. Deux siècles et demi plus tard, le roi d’Écosse Jacques IV tente lui-aussi une expérience similaire afin de déterminer si le langage est acquis ou inné. Il fait placer deux enfants en bas-âge sur une île avec une hominine femelle adulte et muette. Il se dit que les enfants se mirent progressivement à parler l'hébreu, langue pratiquée par Adam, Ève et le serpent au Paradis. La référence aux mythologies moïsiennes et christiennes est une preuve de la fausseté de cette conclusion d'expérience. Depuis, les sciences modernes ont montré que le langage est un apprentissage, fruit de l'interaction régulière et prolongée avec des hominines parlant telle ou telle langue. Tarzan est plus scientifique qu'Adam et Ève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'idéalisation d'un &amp;quot;''état de nature''&amp;quot; par les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; est une manière de questionner les sociétés d'hominines. Cela interroge la naissance de la morale, les fondements des cultures, cela critique les évidences politiques et les présupposés hérités du passé. Quelle est la frontière entre culture et nature, entre acquis et inné ? Où se situent les limitent entre sauvagerie et civilisation ? Existe-t-il un archétype du &amp;quot;''bon sauvage''&amp;quot; ? Beaucoup des problématiques soulevées par l'existence de Marie-Angélique, puis par les suites de sa capture, rejoignent ces questionnements. Les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; vacillent. L'absence de cohérence dans la multitude des faits racontés sur Marie-Angélique et les extrapolations qui en sont faites montrent très bien ce qu'elle représente dans l'imaginaire loupiote. Par exemple, le narratif sur l'autre hominine qui est avec elle avant sa capture. Hominine dont on ne sait strictement rien. Les ingrédients d'un scénario idéal sont posés. Les deux &amp;quot;''filles sauvages''&amp;quot; se disputent autour d'un chapelet, un outil du rituel christien, ce qui introduit une dimension religieuse dans la dispute qui les oppose pour posséder cet objet. Amen. Un différent qui mène finalement à la mort de l'une des deux. L'attitude de Marie-Angélique est scrutée. Selon les textes de seconde-main, elle fait preuve d'empathie en tentant de secourir celle qu'elle vient de blesser, et qui va bientôt mourir, parfois elle accusée de l'avoir ensuite mangé, parfois l'autre survit et disparaît. Ces situations explorent les thématiques de la charité christienne, de la &amp;quot;bonté naturelle&amp;quot;, de la culpabilité du meurtre, du cannibalisme comme ligne de démarcation entre sauvagerie et civilisation, entre animalité et homininité. Y-a-t-il réversibilité ? Louis Racine écrit que &amp;quot;''la plus violente de ses passions c'est celle de boire le sang de quelqu'animal vivant. Elle a avoué que quand elle voyoit un enfant, elle se sentoit tourmentée de cette envie. Lorsqu'elle me parloit ainsi, ma fille, encore jeune, étoit avec moi; elle remarqua sur son visage quelqu'émotion à l'aveu d'une pareille tentation, et elle lui dit aussitôt en riant : «Ne craignez rien, Mademoiselle, Dieu m'a bien changée.»''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#rac&amp;quot; /&amp;gt; Claude-Remy Buirette relate un &amp;quot;épisode&amp;quot; dans lequel Marie-Angélique sent une pulsion anthropophage devant une hominine femelle aux formes très arrondies. L'effet comique de cette anecdote est que cette hominine est en train de manger du poulet et pense dans un premier temps que c'est le volatile qui est convoité ! Il est nécessaire de faire sortir Marie-Angélique afin qu'elle se calme. &amp;lt;ref name=&amp;quot;#crb&amp;quot; /&amp;gt; Personne ne lui dénie son homininité, sans pour autant la mettre exactement au même niveau que les hominines qui l'éduquent ou qui l'examinent. Dans sa classification du vivant, Carl von Linné divise le genre homo en plusieurs catégories géographiques auxquelles il ajoute celle des ''homo sapiens ferus'' dans lequel il classe &amp;quot;''la jeune fille découverte en Champagne''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Écrit en latin, ''Systema Natura'' parle de la &amp;quot;''puella campanica''&amp;quot;. Voir la version en français - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6565912x/f42.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Mais cet état de sauvagerie est parfois valorisé. Pour Buffon, par exemple, cette ''[[Féralité|féralité]]'' permet aux philosophes de s'interroger et de voir &amp;quot;''clairement que la vertu appartient à l'homme sauvage plus qu'à l'homme civilisé, et que le vice n'a pris naissance que dans la société''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;''Histoire naturelle générale et particulière'', tome 3, 1764 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k974923/f512.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans son ''Cours d'histoire naturelle'' de 1770, Gaspard Guillard de Beaurieu se demande si Marie-Angélique &amp;quot;''n'a-t-elle jamais regretté les bois d'où on l'a tirée ?'' &amp;lt;ref&amp;gt;Gaspard Guillard de Beaurieu, ''Cours d'histoire naturelle'', 1770. Cité dans J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 &amp;lt;/ref&amp;gt; Tout comme les philosophes, les naturalistes voient en elle une membre de leur propre espèce. Prenant en exemple Marie-Angélique qu'il a personnellement rencontré, Jacques-Christophe Valmont de Bomare rappelle que &amp;quot;''il ne faut pas confondre le véritable homme sauvage avec de grands singes, ou d'autres animaux brutes qui ont quelque ressemblance extérieure avec l'homme par la forme, par les gestes, par les façons d'agir, etc. Ce qui distingue essentiellement l'homme d'avec la brute aux yeux du naturaliste, c'est l'organe de la parole et la perfectibilité.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Jacques-Christophe Valmont de Bomare, &amp;quot;Homme sauvage&amp;quot;, ''Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle'', tome 4, 1775 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6433756q/f513.item En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Des critères que Marie-Angélique remplie totalement. Après sa capture, elle est parvenue à apprendre à parler français et à l'écrire. Son cas divise. Dans son ''Histoire naturelle de l’âme'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''Histoire naturelle de l’âme'', 1745 - [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1050406d En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1745, puis dans ''L'homme machine'' &amp;lt;ref&amp;gt;Julien Offray de la Mettrie, ''L'homme machine'', 1748 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_machine_(1748) En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; en 1748, Julien Offray de la Mettrie voit en elle une meurtrière dérangée qui a &amp;quot;''mangé sa sœur''&amp;quot;. Pour lui, un corps malade rend l'âme malade et il n'hésite pas à comparer Marie-Angélique avec des situations criminelles. Il cite, entre autres exemples, le cas d'une hominine femelle &amp;quot;''qui devint obsédée par le vol durant sa grossesse et dont les enfants héritèrent de ce vice; une autre femme enceinte qui mangea son mari; et une mère qui démembra ses enfants, les éventra, découpa leurs corps et mangea la chair comme du jambon;''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;J. Douthwaite, &amp;quot;Les sciences de l'homme au XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle : le parcours de la jeune fille sauvage de Champagne&amp;quot;, SFHSH, n°27, 2004 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/Les_sciences_de_lhomme_au_XVIIIe_siecle.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Pour les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, elle est bien plus qu'une enfant-loup, archétype de la sauvagerie à la mode hominine. Une négativité loupiote que l'on retrouve dans la célèbre et antique locution latine &amp;quot;''Homo homini lupus est''&amp;quot;, signifiant &amp;quot;l'Homme est un loup pour l'Homme&amp;quot;, c'est-à-dire son pire cauchemar, &amp;quot;''ce qui, vous en conviendrez, n'est pas très gentil pour le loup.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Bernard Arcand, Serge Bouchard, ''Quinze lieux communs'', Montréal, Boréal, 1993&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les exagérations sur Marie-Angélique portent, entre autre, sur ses capacités physiques. Les descriptions parlent de sa manière particulière de courir et de sa vitesse qui dépassent ce que les hominines ''lambda'' sont capables de faire, de son aptitude à monter aux arbres et à nager en toutes circonstances, ou encore de sa vélocité dans la chasse au petit gibier ou à la pêche. Est-elle outre-hominine avec des capacités hors-normes ou tout simplement victime de biais d'analyse de la réalité ? Hominine femelle, elle dépasse les limites imposées au genre féminin par la société d'hominines qui l'observe. En effet, les activités sociales, l'occupation de l'espace, les façons de se déplacer ou l'accès à telle ou telle pratique corporelle sont fortement codifiées et entretiennent une ségrégation entre mâle et femelle dans de multiples moments de la vie sociale. La liste est longue. S'il s'était agi d'un jeune hominine mâle capturé, il est très probable que ce qui est dit sur Marie-Angélique ne paraisse pas si extraordinaire. Grimper aux arbres est socialement acceptable pour le genre masculin mais très mal considéré pour le féminin. Idem pour l'activité de la chasse. Et plus généralement pour les activités physiques. Les pseudo-capacités incroyables de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; sont sans doute le reflet du ségrégationnisme de genre de son époque. Selon la classe sociale à laquelle elle appartient, il est attendu que l'hominine femelle se contente des rôles féminins dans la comédie de l'existant, pour être &amp;quot;''la femme potiche et la femme bonniche''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Claude Alzon, ''La femme potiche et la femme bonniche'', Éditions Maspéro, 1977 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. Pour le masculin, la corporalité autorisée est différente. Monter aux arbres est une saine activité. Encouragée. Idem pour la course. La question n'est pas celle de la capacité physique ou non de l'individu à faire telle ou telle chose, mais d'une organisation sociale ségrégationniste basée sur la longueur du [[Raphé|raphé périnéal]]. La réalité est évidemment faite d'exceptions. De transgressions. La grande différence avec Marie-Angélique est qu'elle ne sait pas que sa normalité est une étrangeté. Elle ne transgresse pas, elle fait. Il est possible de dire que, de fait, tant qu'elle est férale, elle n'est pas genrée. Du moins, elle est à l'écart d'une éducation genrée et binaire depuis un certain temps. La rencontre avec une société ségrégationniste de genre la cadre dans un ensemble de carcans sociétaux au prétexte qu'elle a les attributs physiques pour être, selon les naturaliste, classée femelle. Il faut se tenir convenablement. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour celle qui n'est pas encore Marie-Angélique, il n'est plus possible d'occuper l'espace comme elle le faisait avant sa capture. Une envie de courir devient un symptôme d'une domestication mal aboutie. Un relent d'état de sauvagerie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupiote ==&lt;br /&gt;
 Forme féminisée de ''loupiot'', enfant. Altération de ''lou ptio'', &amp;quot;le petit&amp;quot;, en Champagne &amp;lt;ref&amp;gt;Jean Daunay, ''Parlers champenois. Pour un classement thématique du vocabulaire des anciens parlers de Champagne'', 1998 - [https://www.ebooksgratuits.com/pdf/daunay_parlers_de_champagne.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La grande question qui se pose autour du cas de Marie-Angélique le Blanc est celle de son histoire avant sa capture. D'où vient-elle ?  Et qui est-elle ? Ses propres dires ne permettent pas d'en savoir plus. En effet, elle dit ne pas avoir de souvenirs précis de sa vie d'avant la capture. La biographie faite par Marie-Catherine Hecquet n'apporte pas véritablement de détails supplémentaires à ce qui se dit déjà dans les quelques textes existants. Comme pour le reste, les personnes qui recueillent ses témoignages semblent extrapoler à partir de bien peu. Il existe néanmoins un consensus sur le fait qu'elle n'est pas une autochtone champenoise ! Son acte de baptême de juin 1732, soit environ 9 mois après sa capture, indique qu'elle vient de &amp;quot;''lamerique''&amp;quot;. L'article de décembre 1731 du ''Mercure de France'' postule même qu'elle est originaire des Antilles plutôt que de Norvège. Cette conclusion est tirée après qu'un hominine lui ait fait voir du manioc qu'elle semble avoir déjà vu. Alors même qu'elle ne parle pas encore français, juste quelques mots, l'auteur de l'article rapporte — paradoxalement — que &amp;quot;''à force de la faire parler, on a sçu qu'elle a passé les mers; qu'ensuite une dame de qualité a pris soin de son éducation, l'ayant fait habiller, car auparavant elle n'avoit qu'une peau qui la couvroit.''&amp;quot; Est-il vraiment dans le recueil de témoignage ou dans la surinterprétation ? Il semble qu'elle sache coudre et broder, une activité apprise par cette &amp;quot;''dame de qualité''&amp;quot; de chez qui elle s'est enfuie. Comme le rappelle Anne Richardot, préfacière d'une version récente de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', &amp;quot;''il faut préciser que personne, ni d'emblée ni par la suite, ne pense que cette enfant soit européenne et qu'il puisse s'agir d'un triste cas d'abandon de la part d'une mère désespérée. La fillette a, certes &amp;quot;le visage et les mains noirs comme une négresse&amp;quot; — ce qui oriente alors naturellement vers une origine exotique —, mais, une fois lavée, elle s'avère blanche, sans que cela remette en cause ce présupposé. Il est vrai que l'option la renvoyant vers un lointain géographique est plus séduisante et propre à la rendre doublement ''autre'' : comme non-occidentale et comme enfant des bois. L'imaginaire des Lumières interfère ici, évidemment, pour privilégier la troublante identité primitive.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Catherine Hecquet tente de reconstruire la vie passée de Marie-Angélique à partir des conversations qu'elle a avec elle, plus de vingt ans après sa capture, et des quelques détails qu'elle en tire. L'autrice de la biographie a conscience que sa démarche est contestable et elle précise même que &amp;quot;''m&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;elle&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; Le Blanc convient qu'il y a plusieurs choses, dans ce qu'elle [...] a raconté à diverses reprises, dont elle n'oserait assurer avoir conservé un souvenir distinct et sans mélange des connaissances qu'elle a acquises depuis qu'elle a commencé à réfléchir sur les questions qu'on lui fit alors, et qu'on a continué de lui faire depuis.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Marie-Catherine Hecquet veut rester prudente. Elle explique que &amp;quot;''il n'est pas ici question de faire un roman ni d'imaginer des aventures, mais où la certitude manque on doit chercher la vraisemblance.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Deux précisions sont nécessaires. Pour une raison mystérieuse elle dit que Marie-Angélique a dix ans au moment de sa capture et contrairement à ce qu'indique le titre, ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le début du récit est au pluriel. Marie-Angélique est avec sa mystérieuse comparse en sauvagerie, jusqu'à ce qu'elle disparaisse totalement de l'histoire. Blessée. Les histoires autour de son devenir sont diverses. &amp;lt;ref&amp;gt;Scénarios&amp;lt;/ref&amp;gt; Tragiques dans tous les cas. Contrairement à Marie-Angélique qui est décrite avec une peau noire dans un premier temps, puis finalement blanche après nettoyage, l'inconnue est demeurée celle à la peau noire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Brebigar.jpg|250px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Avec cette approche du plausible, Marie-Catherine Hecquet échafaude un scénario avec ce qu'elle pense avoir comme informations dignes d'intérêt. Selon elle, la future Marie-Angélique et sa comparse arrivent à Songy par le nord. Elles passent de Lorraine à Champagne. Se fiant à la confusion mémorielle de Marie-Angélique qui pense avoir passé un certain temps sur les mers, la biographe remontent la piste. Sont-elles arrivées directement en Lorraine après une capture dans une région lointaine du monde ou n'est-ce qu'une étape ? Pour faire concorder ce mélange d'hypothétiques souvenirs, d'anecdotes relatées depuis septembre 1731 et d'extrapolations, elle tisse une histoire qui mène les deux jeunes hominines femelles sur le territoire français, en passant par les Antilles et arrivant du grand-nord canadien. Elle fonde son raisonnement sur la réaction qu'elle prête à Marie-Angélique lorsqu'elle lui fait voir des dessins représentant des hominines de l'extrême-nord américain, et spécifiquement des &amp;quot;''Esquimaux''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Le terme &amp;quot;esquimau&amp;quot; regroupe alors indistinctement les populations du nord-est du Canada actuel, quelques soient leurs langues ou leurs cultures. Le sens et l'origine de ce mot ne sont pas clairement établis. Le plus souvent il est dit qu'il signifie &amp;quot;''mangeur de viande crue''&amp;quot;. Il est considéré dépréciatif depuis le milieu du XX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et remplacé par d'autres ethnonymes dont le plus connu est ''inuit''. Steve Canac-Marquis, &amp;quot;Un peu de ménage... ethnique&amp;quot;, ''Québec français'', numéro 96, hiver 1995 - [https://id.erudit.org/iderudit/44355ac En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, que Marie-Catherine Hecquet reçoit en 1752. Depuis maintenant quelques années, elle entretient une correspondance régulière &amp;lt;ref&amp;gt;François Melançon, Paul-André Dubois, &amp;quot;Les amitiés féminines et la construction de l'espace savant du 18e siècle&amp;quot;, ''Érudition et passion dans les écritures intimes'', Nota Bene, 1999&amp;lt;/ref&amp;gt; avec Marie-Andrée Duplessis, née Regnard, qui est religieuse au sein d'un ordre christien dans l'actuel Québec. Elles se connaissent de Paris et Marie-Catherine Hecquet en parle comme d'une amie proche. Dans ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', elle ajoute deux annexes relatant les propos de Marie-Andrée Duplessis sur les populations appelées esquimaudes. Pour elle, ce &amp;quot;''sont les sauvages des sauvages. On voit dans les autres nations des manières humaines quoique extraordinaires, mais dans ceux-ci tout est féroce et presque incroyable.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Elle ajoute qu'illes sont anthropophages. Évidemment ! Elle reprend les mots de l'article de ''L'Encyclopédie'' sur les ''eskimaux'' &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;''Ce sont les sauvages des sauvages, &amp;amp; les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, &amp;amp; vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce &amp;amp; presqu’incroyable.''&amp;quot; dans &amp;quot;Eskimaux&amp;quot;, ''Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers'' , tome 5, 1751 - [https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/ESKIMAUX En ligne] &amp;lt;/ref&amp;gt; Des navigateurs venant d'Europe abordent le nord-est du Canada actuel à la fin du XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. La région côtière est une zone riche en poissons et des comptoirs coloniaux s'installent sur la terre ferme. Les contacts avec les autochtones ne sont pas faciles et les interventions européennes dans les conflits entre elleux compliquent encore plus la situation. Pour illustrer ce qu'elle avance, Marie-Catherine Hecquet ajoute en fin de biographie deux courts extraits de ''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Mémoires de l'Amérique septentrionale ou la suite des voyages de M. le baron La Hontan'' - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, parues au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Grand voyageur, Louis Armand de Lom d'Arce, alias le baron de La Hontan, est une référence en la matière. Il publie deux ouvrages où il fait des descriptions géographiques et anthropologiques de ces régions nord-américaines qu'il visite entre 1683 et 1694. D'esprit curieux, il ne pose pas de regards méprisants sur les populations d'hominines qu'il rencontre. En apprend parfois la langue. Il est de ces lumières qui alimentent les Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;. En 1704, il publie ''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'' dans lesquels Adario &amp;lt;ref&amp;gt;Adario&amp;lt;/ref&amp;gt; lui fait part de ses commentaires dubitatifs sur ce qu'il découvre de l'univers culturel des européens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;''Jusqu’à présent tu ne prouves rien, &amp;amp; plus j’examine cette prétendue incarnation &amp;amp; moins j’y trouve de vray-semblance. Quoy ! ce grand &amp;amp; incomprehensible Etre &amp;amp; Createur des Terres, des Mers &amp;amp; du vaste Firmament, auroit pû s’avilir à demeurer neuf mois prisonnier dans les entrailles d’une Femme, à s’exposer à la miserable vie de ses camarades pécheurs, qui ont écrit vos Livres d’Evangiles, à estre batu, foüetté, &amp;amp; crucifié comme un malheureux ? C’est ce que mon esprit ne peut s’imaginer.'' &amp;lt;ref&amp;gt;''Dialogues ou Entretiens entre un Sauvage et le baron de Lahontan'', 1704 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Dialogues_de_Monsieur_le_baron_de_Lahontan_et_d%E2%80%99un_Sauvage/Texte_entier En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, les origines esquimaudes de Marie-Angélique et de l'inconnue qui l'accompagne deviennent l'histoire officielle de la &amp;quot;''fille sauvage de Songy''&amp;quot; alors même que la principale concernée précise que ce &amp;quot;''sont des idées si éloignées [dans le temps] qu'il n'y faut pas compter beaucoup.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Malgré son scénario des origines, Marie-Catherine Hecquet est réaliste sur les limites de sa démarche et le dernier chapitre de la biographie est prudent. &amp;quot;''J'ai prouvé qu'il y avait beaucoup d'apparence que Mlle Le Blanc est de la maison des Esquimaux mais comme les preuves que j'ai alléguées pourraient presque également convenir aux sauvages du Groenland, du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, s'il importait de savoir précisément si elle est née dans le continent de l'Amérique ou dans le nôtre d'Europe, cela serait encore très possible.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; La solidité du récit écrit par Marie-Catherine Hecquet ne résiste pas à plusieurs critiques. Par exemple, les temporalités sont trop courtes pour imaginer un processus d'ensauvagement mais, pour elle, Marie-Angélique est née chez des &amp;quot;''sauvages''&amp;quot;. Elle ne l'est pas devenue. Et elle peut ne plus l'être. Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; à vitraux, Marie-Andrée Duplessis témoigne d'ailleurs qu'il y a de l'espoir. &amp;quot;''On a pris quelques petites esquimaudes, que l'on a apprivoisées ici; J'en ai vu mourir dans notre hôpital : c'était des filles fort gentilles, blanches, propres et bien chrétiennes, qui ne conservaient rien de sauvage.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Extrait de la lettre de Marie-Andrée Duplessis à Marie-Catherine Hecquet, datée du 30 octobre 1751. Annexe de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' &amp;lt;/ref&amp;gt; Elles baignent dans cet univers des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt; qui pensent un antiracisme raciste et pour qui le principe d'égalité entre hominines est encore à réfléchir &amp;lt;ref&amp;gt;Et les conclusions ?&amp;lt;/ref&amp;gt;. Star des stars, François-Marie &amp;quot;Voltaire&amp;quot; Arouet s'imagine être &amp;quot;''supérieur à ces nègres, comme ces nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres et aux autres animaux de cette espèce.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Voltaire, ''Traité de Métaphysique'', 1734 - [https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_m%C3%A9taphysique En ligne]. Pierre H. Boulle, &amp;quot;La construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime&amp;quot;, ''Outre-mers'', tome 89, n°336-337 &amp;quot;Traites et esclavages : vieux problèmes, nouvelles perspectives ?&amp;quot;, 2002 - [https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2002_num_89_336_3987 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; Punchline digne d'un spectacle de Michel Leeb. Melchior Grimm, un contemporain de Voltaire, n'y voit qu'une histoire ordinaire d'une hominine ordinaire. Exotique, certes. &amp;quot;''Si cette petite fille est réellement née au pays des Esquimaux, elle n’a fait que conserver les mœurs de sa nation, elle n’a rien de merveilleux. [...] tout le monde peut la voir et lui parler de ses aventures.''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Melchior Grimm, ''Nouvelles littéraires'', n°CXXV, in ''Correspondance littéraire'', éd. Tourneux, Paris, 1878, vol. 2, p. 223-224. Cité dans Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette hypothèse esquimaude est remise en cause par James Burnett après son voyage à Paris. Pour lui, Marie-Angélique appartient au peuple huron. Dans sa préface à l'édition anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt; de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il en explique les raisons. Selon lui, &amp;quot;''un seul exemple suffit à réfuter cette idée ; car [Marie-Angélique] a le teint clair, la peau lisse et des traits aussi fins que ceux d’une Européenne. Alors que les Esquimaux, selon le témoignage de tous les voyageurs, sont les hommes les plus laids, aux traits les plus grossiers et les plus repoussants, et entièrement couverts de poils.''&amp;quot; Pour lui qui imagine jusqu'en 1773 que les hominines naissent avec des queues, coupées à la naissance par des sages-femmes, et que les orang-outans sont des hominines, l'animalité n'est pas loin. En plus de ces considérations esthético-anatomiques douteuses, il agrémente son raisonnement d'analyses linguistiques se basant sur les récits de deux explorateurs du grand-nord américain où vivent des populations d'hominines dites huronnes. Pour James Burnett, &amp;quot;''il est évident que le huron est exactement le genre de langue que Mademoiselle Le Blanc a décrit comme étant sa langue maternelle, à savoir des cris de la gorge, un peu saccadés et articulés par quelques consonnes gutturales, avec très peu d'utilisation de la langue et aucune des lèvres.''&amp;quot; Il pense qu'au moment de sa capture, Marie-Angélique n'est pas ensauvagée mais parle encore sa langue originelle, faite de cris et de bruits de gorge. Ce qui ne remet pas en cause son homininité. Le terme ''huron'' est utilisé par les hominines arrivant de France pour nommer les hominines autochtones du nord-est américain en référence à la ''hure'' qui désigne la touffe de poils hirsute sur le dessus de la tête du sanglier, et plus généralement une &amp;quot;''tête hérissée, hirsute, mal peignée''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;hure - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant plusieurs siècles après la parution de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'', le scénario esquimau demeure incontesté et les remarques de James Burnett n'y change rien. Sa préface n'est pas présente dans les différentes éditions anglophones — qui attribuent le texte à La Condamine — du XIX&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et une partie de ses doutes sont intégrés au texte. En France, l'original n'est de nouveau publié qu'en 1971 par Franck Tinland qui en propose une version commentée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Renouant avec la plausibilité défendue par Marie-Catherine Hecquet, un ouvrage est publié en 2004 en y défendant un nouveau scénario de la jeunesse de la loupiote Marie-Angélique &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot;&amp;gt;Serge Aroles, ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', Charenton-le-Pont, Terre-éd., 2004&amp;lt;/ref&amp;gt;. Toutes les contradictions des récits autour de son âge s'en trouvent résolues. L'auteur, Serge Aroles, s'appuie sur l'acte de baptême modifié pour trancher sur la question de l'âge exact de la loupiote au moment de sa capture. Sur cet acte officiel de 1732 il est d'abord indiqué qu'elle a 19 ans puis cette information est raturée et remplacée par l'indication &amp;quot;onze&amp;quot;. Il considère que l'âge véritable est celui qui est biffé et non celui qui est ajouté. Sa démarche contredit la biographie publiée par Marie-Catherine Hecquet dont le titre complet est ''Histoire d'une jeune fille sauvage trouvée dans les bois à l'âge de dix ans''. Ainsi, Serge Aroles tente de reconstituer la période loupiote à partir de cette nouvelle configuration. De plus, se basant sur le registre de l'hôpital de Châlon-en-Champagne où Marie-Angélique Le Blanc entre en octobre 1731, soit 9 mois avant son baptême, il considère qu'elle se prénomme déjà Marie-Angélique. Elle ne parle pas encore français et ne s'exprime que par des cris et des sons de gorge mais elle sait comment elle s'appelle et est capable de le faire savoir. N'est-ce pas plutôt l'indice logique que ce prénom lui est attribué rapidement par les hominines qui la capturent ? Généralement, les animaux de compagnie ne choisissent jamais le nom par lequel leurs propriétaires les appellent et en 1731 le principe d'une lettre par année n'est pas encore instauré. À titre informatif, la dernière année en date du M est 2016 et la prochaine est 2036. Médor ou Minet&amp;amp;#x00B7;te sont des prénoms bien plus répandus que Marie-Angélique. Cette nouvelle datation fait donc naître Marie-Angélique vers 1712. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'hypothèse esquimaude est contestée et la nouvelle piste scénaristique se tourne vers une origine amérindienne, une dénomination qui généralement n'inclue pas les populations &amp;quot;esquimaudes&amp;quot;, inuites, aléoutes et autres hominines arctiques. Cela renoue avec les considérations linguistiques de James Burnett. En effet, dans sa préface à ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' il postule que la langue originelle de Marie-Angélique est le huron, apparenté à la famille des langues amérindiennes iroquoiennes. Mais Serge Aroles indique que dans les archives conservées en Écosse, James Burnett développe un autre point de vue sur ce sujet, rattachant plutôt cette hypothétique langue originelle à la famille algonquienne. Explorant les archives françaises, le scénariste du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle de la nouvelle biographie de Marie-Angélique, parvient à reconstituer une chronologie de quelques hominines qui relie le nord-est nord-américain à la France. Des hominines qui permettent d'expliquer la présence d'une jeune hominine femelle amérindienne dans la France du début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Titrée ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'', cette biographie moderne se base sur l'arrivée dans le port de Marseille, en octobre 1720, du morutier ''L'Aventurier'' venant de la région nord-américaine du Labrador. À son bord, Marie-Charlotte de Courtemanche, née Charest, ses trois filles et une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot;. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives&amp;lt;/ref&amp;gt; Femme de l'ancien commandant militaire français sur les côtes du Labrador, décédé en 1717, elle fuit en famille la situation désastreuse dans cette région depuis l'attaque inuite (esquimaude selon la terminologie de son époque) de septembre 1719 puis l'incendie en juillet 1720 du fort Ponchartrain, principal point de commerce de la région. Elles arrivent à Marseille alors que la ville est touchée par une épidémie de peste &amp;lt;ref&amp;gt;Peste à Marseille&amp;lt;/ref&amp;gt;. Elles sont contraintes dans un premier temps de rester sur le bateau à quai, avant de pouvoir trouver un hébergement à terre. Il est strictement interdit de quitter la ville, que ce soit par la route ou par la mer. Marie-Charlotte de Courtemanche et ses proches se retrouvent progressivement dans le besoin d'une aide concrète, qui leur est refusée en juin 1722 &amp;lt;ref&amp;gt;Délibération du Conseil de Marine sur une requête de Marie-Charlotte de Courtemanche, 22 juin 1722 - [https://central.bac-lac.gc.ca/.redirect?app=fonandcol&amp;amp;id=3075887&amp;amp;lang=eng&amp;amp;ecopy=e000891117 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. La &amp;quot;''sauvagesse''&amp;quot; est envoyée travailler dans une filature de soie où, selon Serge Aroles, elle fait la connaissance d'une autre sauvagesse, une &amp;quot;''esclave noire''&amp;quot; arrivée en bateau de Palestine en mai 1720. &amp;lt;ref&amp;gt;Archives des Bouches-du-Rhône, 200 E 479&amp;lt;/ref&amp;gt; Dans sa démonstration, il assimile la &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marie-Angélique et celle arrivant de Palestine à sa mystérieuse comparse. Les deux protagonistes de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se rencontrent ici, puis fuient ensemble des conditions de vie déplorables. Le périple de 10 ans qui les mène jusqu'en Champagne reste un mystère. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour donner une assise historique à ce travail d'archives, pour expliquer la présence de Marie-Angélique auprès de Marie-Charlotte de Courtemanche, la biographie de 2004 explicite le contexte nord-américain au début du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle et les conflits qui opposent entre elles différentes sociétés amérindiennes, la place de la France et des autres pays d'Europe dans ces guerres, ainsi que leurs intérêts économiques et politiques dans ces régions. Dans la vaste province nord-américaine de Nouvelle-France &amp;lt;ref&amp;gt;Saint-Pierre et Miquelon&amp;lt;/ref&amp;gt;, l'accès aux rivières, aux fleuves et aux lacs est primordial pour le commerce des fourrures. Contrairement aux populations huronnes qui s'allient à la France &amp;lt;ref&amp;gt;Alliés&amp;lt;/ref&amp;gt;, les mesquakies &amp;lt;ref&amp;gt;mesquakies&amp;lt;/ref&amp;gt; subissent la volonté de contrôle du commerce dans la région des Grands lacs. À l'issue de la première guerre de 1712 à 1716 &amp;lt;ref&amp;gt;Guerres des Renards&amp;lt;/ref&amp;gt;, la population mesquakie est réduite de moitié, passant d'environ 6500 à quelques 3500 personnes, &amp;quot;''cinq cent hommes de guerre dans le fort... et plus de trois mil femmes''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Archives nationales. op. cit., C11A/33&amp;lt;/ref&amp;gt; selon un militaire français. Il arrive que des enfants femelles soient adoptées par des français et baptisées selon les rituels christiens. Une euphémisation d'une mise en esclavage et d'une conversion forcée. Ou, pour le dire en d'autres termes chers aux Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;, un apprivoisement. Parfois, ces enfants servent d'otage pour calmer les contestations autochtones &amp;lt;ref&amp;gt;Acoutsina&amp;lt;/ref&amp;gt;. Les archives documentent que le fils de Marie-Charlotte de Courtemanche, successeur de son beau-père au poste de commandant de la côte du Labrador et du fort Pontchartrain, &amp;quot;accueille&amp;quot; ainsi plusieurs jeunes &amp;quot;sauvagesses&amp;quot;. Serge Aroles avance que Marie-Angélique est d'origine mesquakies, l'autonyme de celleux qui en langue française ou anglaise s'appellent renards ou fox. Pas de loupiote à l'horizon. A-t-elle été baptisée à ce moment ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec ce scénario, Serge Aroles se situe dans la continuité de Marie-Catherine Hecquet lorsqu'elle affirme que &amp;quot;''jusqu'ici, nous n'avons rien supposé que de plausible, le reste approche beaucoup de la certitude, et même de l'évidence''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#his&amp;quot; /&amp;gt; Rien ne peut être confirmé car il reste énormément de zones d'ombres malgré toutes les extrapolations. Il n'y a aucun doute sur le fait que Marie-Charlotte de Courtemanche arrive à Marseille avec une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de Marie-Angélique. La plausibilité n'est pas une certitude. Que James Burnett pense qu'elle soit d'origine algonquienne ne suffit pas à valider cette trame historique alors même qu'il affirme qu'elle a, selon les témoignages qu'il dit avoir récolté à Songy &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;, entre 13 et 14 ans au moment de sa capture. Ce qui fait qu'elle a entre 3 et 4 ans lorsqu'elle arrive à Marseille. Plus difficile dès lors d'imaginer qu'elle s'échappe et survie à l'état sauvage pendant 10 ans. Même accompagnée de &amp;quot;''l'esclave noire''&amp;quot; qui est, parait-il, un peu plus âgée. Ne meurt-elle pas tout simplement de la peste comme des dizaines de milliers d'autres hominines entre fin mai 1720 et août 1722 ? Sans laisser de traces. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu'en 1731, puis dans les décennies suivantes, Marie-Angélique est capturée, il ne fait de doute pour personne qu'elle n'est pas une autochtone européenne. Comment pourrait-elle l'être vu son état de sauvagerie ? De telles situations ne sont vraiment pas courantes &amp;lt;ref&amp;gt;Exemple d'enfants sauvages&amp;lt;/ref&amp;gt;. Et lorsqu'elles sont connues, il s'agit de cas individuels et non collectifs. Il n'y a pas de petites meutes d'hominines sauvages qui vivent loin de la civilisation et qui font tout pour ne pas se faire connaître. &amp;quot;''Jusqu'à preuve du contraire !''&amp;quot; n'est pas un argument suffisant. Il est étonnant qu'il n'existe pas de description physique précise de Marie-Angélique, hormis de vagues considérations. Cela interroge car dans le cas où elle est originaire d'Amérique du nord son physique doit être suffisamment exotique pour mériter quelques lignes. Que rien ne soit dit à ce sujet tend à montrer que rien ne la distingue physiquement de la population champenoise. Ou parisienne, évidemment. Rien de notable. L'article de 1731 du ''Mercure de France'' précise que ses yeux sont bleus &amp;lt;ref name=&amp;quot;#1731&amp;quot; /&amp;gt;. Caractéristique physique qui ne semble pas indiquée afin d'en contrebalancer une autre. Cela ne l'empêche pas de pouvoir être esquimaude ou algonquienne à une époque où la plupart des hominines d'Europe ne savent pas à quoi ressemble réellement celleux des Amériques. Rien ne ressemble plus à des sauvages que des hominines sauvages ! Ce qui fait que Marie-Angélique ne se distingue pas physiquement du reste de la population, tout en étant considérée comme une sauvage. Apprivoisée. Les illustrations présentes dans les versions anglophones de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' ne disent rien de son physique mais accentuent une &amp;quot;allure sauvage&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En reprenant l'hypothèse américaine, Serge Aroles abandonne celles qu'il avait tenté d'établir quelques années plus tôt. Selon Julia Douthwaite, lors d'un échange de mail en 1998, il suggère que Marie-Angélique &amp;quot;''aurait été une ouvrière dans un atelier rural de bonneterie en 1723, et maltraitée en 1724, au point qu’elle dut s’enfuir de l’atelier avec une autre ouvrière, une fillette un peu plus âgée.''&amp;quot; &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot;&amp;gt;Julia V. Douthwaite, &amp;quot;La Jeune fille sauvage mise à jour et quelques avenues pour l’avenir&amp;quot;, ''Enfants sauvages : Représentations et savoirs'', dir. Mathilde Levêque et Déborah Lévy-Bertherat, Hermann, 2017 - [https://analectes2rien.legtux.org/images/PDF/La_Jeune_fille_sauvage_mise_a_jour_et_q.pdf En ligne]. Une version vidéo de cet article sur le site de l’École Normale Supérieure - [https://savoirs.ens.fr/expose.php?id=2355 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; L'origine amérindienne pour l'une et africaine pour l'autre n'est pas évoquée. Ainsi, il pense avoir identifié Marie-Angélique dans les archives qui mentionnent le cas de deux jeunes filles en fugue, mais aussi peut-être dans celui d'un nouveau-né abandonné mentionné dans les archives de la Seine. Est-ce une situation d'ensauvagement ou d'abandon ? L'hypothèse des deux fillettes en fuite ne résout pas toutes les questions en suspens. Elle n'explique pas, par exemple, la raison de l'absence de langage commun entre elles deux alors qu'à priori elles partagent déjà la même langue. Celle qui reste totalement inconnue est-elle privée de l'usage de la parole et communique-t-elle alors simplement par des cris et des grognements ? Il est peu probable que des jeunes hominines s'ensauvagent séparément puis se retrouvent, par hasard, pour vivre ensuite proches l'une de l'autre. Quelle est la vie des deux petites loupiotes entre 1724 et 1731 ? L'hypothèse d'une origine française résout quelques contradictions dans les témoignages. Elle explique la raison pour laquelle, lors de sa capture et les moments qui suivent, elle semble avoir déjà quelques mots de vocabulaire français et que son apprentissage de la langue est par la suite rapide. Quels sont les mécanismes de l'amnésie de Marie-Angélique sur son enfance ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Malgré toutes les incertitudes qui entourent la jeunesse de Marie-Angélique et ses origines, le scénario de Serge Aroles s'est progressivement imposé alors même qu'il est invérifiable. Sa biographie ''Marie-Angélique (Haut-Mississippi, 1712 : Paris, 1775) : Survie et résurrection d'une enfant perdue dix années en forêt'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#aro&amp;quot; /&amp;gt;, publiée en 2004, contribue à la diffusion de son hypothèse nord-américaine. S'il est interviewé à la radio en 2011 &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Au Cœur de l’histoire&amp;quot; sur Europe 1 du 14 avril 2011 - [En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, puis repris par la romancière Anne Cayre dans ''La fille sauvage de Songy'' &amp;lt;ref&amp;gt;Anne Cayre, ''La Fille sauvage de Songy'', L'Amourier, 2013&amp;lt;/ref&amp;gt; en 2013, c'est la publication en 2015 du roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot;&amp;gt;Aurélie Bévière, Jean-David Morvan, Gaëlle Hersent, ''Sauvage : biographie de Marie-Angélique Memmie Le Blanc'', Paris, Delcourt, 2015&amp;lt;/ref&amp;gt; qui popularise son hypothèse amérindienne. S'en suit plusieurs émissions autour de Marie-Angélique le Blanc sur des radios nationales &amp;lt;ref&amp;gt;''Sur le pont des arts'' sur RFI en février 2015 - [https://www.rfi.fr/fr/emission/20150212-enfant-sauvage En ligne]. Deux épisodes de l'émission ''Une histoire particulière'' sur France Culture en 2019 - [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-rediffusion-marie-angelique-memmie-le-blanc En ligne]. &amp;lt;/ref&amp;gt; et quelques articles dans la presse. Peu critiquent sa méthodologie &amp;lt;ref name=&amp;quot;#jul&amp;quot; /&amp;gt;. Alors que la biographie de Serge Aroles est un livre rare, le vecteur le plus important de la diffusion du scénario amérindien est l'encyclopédie participative Wikipédia. Que ce soit sur l'article qui lui est consacré &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Marie-Angélique le Blanc&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Ang%C3%A9lique_le_Blanc En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; ou sur des sujets annexes &amp;lt;ref&amp;gt;&amp;quot;Mesquakies/Renards&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesquakies En ligne]. &amp;quot;Augustin Le Gardeur de Courtemanche&amp;quot; sur ''Wikipédia'' - [https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Le_Gardeur_de_Courtemanche En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;, les preuves historiques de sa vie après sa capture sont mises au même niveau que les hypothèses non vérifiables qui relient l'arrivée d'une &amp;quot;''jeune sauvagesse''&amp;quot; à Marseille en 1720 à la &amp;quot;découverte&amp;quot; d'une &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; à Songy en 1731. Le conditionnel de rigueur n'est pas appliqué.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mahwêwa ==&lt;br /&gt;
 Terme d'origine algonquienne, signifiant ''loup'' ou ''louve'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot;&amp;gt;&amp;quot;Mahwêwa&amp;quot; sur le ''Wikionnaire'' - [https://fr.wiktionary.org/wiki/mahwêwa En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon plusieurs témoignages actuels, il existe à Songy une mémoire populaire autour de Marie-Angélique, et ce bien avant sa médiatisation moderne. L'histoire de la &amp;quot;''jeune fille sauvage''&amp;quot; se perpétue pour en faire un moment de l'histoire locale. Elle fascine et elle effraie un peu les enfants. Son cas est idéal pour en faire une sorte de croque-mitaine ou d'esprit qui rode toujours autour des vestiges du château. En 2019, les autorités communales érigent une petite statue en l'honneur de leur illustre concitoyenne, près de l'église du village. Elle est la personnalité la plus internationalement connue du village. Le choix esthétique du monument est très discutable. En effet, elle est représentée apprivoisée, avec un voile sur la tête et une tunique, tenant sous son bras un petit ballot de bois. Tous les attributs d'une bonne christienne civilisée, &amp;quot;''bien sous tous rapports''&amp;quot;. Rien ne laisse apparaître un lien avec les Amériques et/ou un passé d'enfant sauvage. La problématique de sa représentation est insoluble. Elle ne peut être réduite à apparaître à quatre pattes en train de boire, grimpant aux arbres ou — dans un geste qui aurait horrifié Jean-Pierre Brisset &amp;lt;ref&amp;gt;Jean-Pierre Brisset&amp;lt;/ref&amp;gt; — dévorant des grenouilles, tout comme elle ne peut être ramenée seulement à sa version civilisée. La représenter avec des attributs évoquant l'Amérique du nord revient soit à l'essentialiser, soit à prendre parti pour telle ou telle hypothèse sur ses origines. Le risque en faisant une statue est de la figer artificiellement dans moment précis d'une histoire qui, par définition, s'inscrit dans le temps long.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Aristaute.jpg|200px|vignette|droite]]&lt;br /&gt;
Le scénario de Marie-Catherine Hecquet, puis celui de Serge Aroles deux siècles et demi plus tard, s'inscrivent pleinement dans leur époque respective. Ce qui les rend d'autant plus acceptables. De multiples ingrédients accentuent leur vraisemblance. Celui de ''Histoire d'une jeune fille sauvage'' se nourrit des connaissances et des approches de son &amp;quot;Siècle des Loupiotes&amp;lt;small&amp;gt;&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;amp;#9400;&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;quot;. Il intègre la géographie mondiale telle qu'elle est alors connue, utilise le savoir encyclopédique disponible et plonge dans les nouvelles réflexions philosophiques qui s'affirment de plus en plus. La démonstration sur l'hypothèse esquimaude correspond aux discours savants du XVIII&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Tout en étant adepte des mythologies christiennes, Marie-Catherine Hecquet est une lettrée éclairée de son temps. Ses biais se fondent sur une approche progressiste et non conservatrice. Idem pour le scénario proposé par Serge Aroles. Il entre dans l'univers des préoccupations de son époque. Celles du début du XXI&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Il intègre les récents travaux historiques sur la rencontre et l’interconnexion entre les espaces amérindien et européen depuis le XV&amp;lt;sup&amp;gt;&amp;lt;small&amp;gt;e&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;/sup&amp;gt; siècle. Sa scénarisation reprend, de fait, les problématiques d'invisibilité. Du racisme par la transparence ou l'absence de groupes sociaux d'hominines dans la constitution de savoirs historiques et d'analyses de faits historiques. Elle alimente l'engouement pour la micro-histoire et les recherches autour de parcours singuliers. L'intersectionnalité du &amp;quot;cas Marie-Angélique&amp;quot; entre son genre, ses origines et son statut social accentue le degré de sympathie pour nombre d'hominines qui entendent son &amp;quot;histoire&amp;quot;. Un parcours de vie très étonnant et rare. Marie-Angélique reste un rare exemple d'ensauvagement puis de désensauvagement, de la domestication à la [[féralité]], pour aboutir à un apprivoisement jugé réussi. Un processus moins violent que l'horrible histoire de [[Zana]] qui est capturée en 1850 dans le Caucase et prise pour une &amp;quot;yéti femelle&amp;quot;. À quand la série ''Mahwêwa'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#mah&amp;quot; /&amp;gt; en quatre saisons sur les plateformes de streaming ? Un crossover à la sauce Bollywood avec Mowgli ? Ou un remake de Tarzan avec une trame simple : &amp;quot;''Si Tarzan venu à New York, Tarzan venir à Songy''&amp;quot;. Une occasion rêvée pour Tarzan/John Clayton III d'avancer dans sa traduction de Lermontov, aidé par son amie Mahwêwa/Marie-Angélique. Réalisé à une date inconnue, il existe un court-métrage avec ce thème en toile de fond &amp;lt;ref&amp;gt;Le premier court-métrage protivophile, non daté - [https://analectes2rien.legtux.org/images/courien.mp4 En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'ai réfléchi : “Pauvre être humain !...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Que veut-il donc ?... Voici l'espace,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Ici, chacun a de la place...''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Mais, sans arrêt, toujours plus vain,''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Lui seul, il hait – Pourquoi ? – Pour rien...”'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ler&amp;quot; /&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Difficile d'imaginer ce qu'étaient réellement le type de relations sociales que Marie-Angélique a eu durant ces quatre décennies entre sa capture et sa mort. Comme pour [[F. Merdjanov]], la question se pose de savoir si elle a &amp;quot;''des relations amicales et sociales autres que celles que l’on entretient habituellement avec un animal domestique ou une plante verte ?''&amp;quot; &amp;lt;ref&amp;gt;Vie et œuvre - [https://analectes2rien.legtux.org/index.php/vie-t-oeuvre-de-f-merdjanov En ligne]&amp;lt;/ref&amp;gt; D'autant plus à une époque où les animaux de compagnie ne sont pas un fait social. Les archives montrent que, après avoir fréquenté différents lieux de religiosité en Champagne, puis à Paris, elle a déménagé plusieurs fois lorsqu'elle habite dans la capitale française. Quand elle meurt en 1775, elle vit seule. Fait rarissime à cette époque pour une hominine femelle qui n'est ni veuve, ni mariée. La présence de vingt chaises dans son appartement, établie par le notaire après son décès, peut être interprétée de différentes façons. Ce n'est probablement ni un syndrome de Diogène &amp;lt;ref&amp;gt;syndrome de Diogène&amp;lt;/ref&amp;gt;, ni une marque de richesse mais plutôt une nécessité pour recevoir chez elle. Non pas l'ensemble de son réseau amical mais les hominines qui ont la curiosité de venir rencontrer en chair et en os l'héroïne de &amp;quot;''Histoire d'une jeune fille sauvage''&amp;quot; — la version anglophone de 1768 donne même son adresse parisienne. Tient-elle salon, non pas par plaisir de rester une curiosité mais par obligation ? Ces chaises sont-elles la trace de la condition sine qua non à la charité que lui proposent les aristocrates qui lui versent une rente ? Il n'y a rien sans rien, car la philanthropie est une valorisation bourgeoise de soi-même conforme à la tradition christienne : &amp;quot;''Charité bien ordonné commence par soi-même.''&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rien ne s'oppose à ce que des recherches historiques soient entreprises sur Marie-Angélique le Blanc afin de construire des hypothèses, et d'y ajouter une part de vraisemblable afin de faire émerger un récit, une histoire à raconter. Le roman graphique ''Sauvage'' &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt; n'hésite pas à lui &amp;quot;donner&amp;quot; le prénom de Mahwêwa quand il s'agit de l'époque où elle vit dans une société amérindienne. Non parce que cela correspond à un fait historique vérifiable mais parce que cela fait partie des méthodes littéraires classiques pour écrire des fictions historiques. Il est nécessaire de le faire avec prudence afin d'éviter qu'il y ait glissement de vraisemblable à véridique, et il est indispensable de garder en tête que l'hypothèse n'est jamais une certitude. La reconstitution historique de parcours individuels est une activité sensible. La [[protivophilie]] est née de cette problématique de l'écriture biographique autour de la personne de [[F. Merdjanov]] et le [[wikimerdja]] est le miroir de cette diversité d'hypothèses envisagées. Aucune ne s'impose et de nouvelles doivent être explorées en permanence afin de briser l'illusion d'une vérité enfin dévoilée. Sans une certaine prudence protivophile, il existe un risque énorme que tout et n'importe quoi soient dit sur F. Merdjanov et deviennent une vérité acceptée par les hominines. Les données historiques précises sur son existence sont peu nombreuses et tout ce qui en est dit repose généralement sur rien. Ce qui n'est pas sans rappeler la scène de ''En route pour Songy'' où Tarzan et Mahwêwa tentent de traduire dans leur langue respective leur dicton favori. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Gree gogo bi gogo-ul tandu''&amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en mangani réalisée avec l'artificialité d'une intelligence&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''Nimakwéwakwéwa nikana'' &amp;lt;ref&amp;gt;Traduction en meskwaki réalisée avec une intelligence artificielle&amp;lt;/ref&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
''J'aime causer pour rien dire''&amp;lt;br /&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;/blockquote&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Loupe ==&lt;br /&gt;
 Peut-être à l'origine de ''loupiote''&lt;br /&gt;
&amp;lt;gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang.jpg|Mahwêwa &amp;lt;ref name=&amp;quot;#sau&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Mariang2.jpg|Marie-Angélique&lt;br /&gt;
Englich.jpg|Version anglaise &amp;lt;ref name=&amp;quot;#ang&amp;quot; /&amp;gt;&lt;br /&gt;
Tarzan.jpg|Sur la route de Songy&lt;br /&gt;
&amp;lt;/gallery&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Notes ==&lt;br /&gt;
&amp;lt;references /&amp;gt;&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Analectes2rien</name></author>
		
	</entry>
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