Invisibilité sociale. L'invisibilité sociale est la situation faîte aux catégories, humaines1 ou non2, considérées ou traitées en tant que subordonnées et dont la présence, le rôle ou l'histoire ne sont pas pertinents à retenir pour celles et ceux qui bénéficient de ce rapport de subordination. De la sorte, on peut être invisibilisé pour son « appartenance » à plusieurs catégories.

Cela serait une erreur de se fier aux listes ci-dessous pour rendre compte de la présence des invisibles dans l'histoire des sociétés humaines, et plus juste de penser à toutes celles et ceux qui n'y sont pas et dont il ne reste – peut-être – rien. Ces listes seront mis à jour au fur et à mesure de l'avancement de ce wikimerdja…

 

Spéciste


La plus vaste catégorie du vivant créée par les sociétés humaines – et donc subordonnée3 – est celle des animaux, sauvages ou domestiqués. Elle va de ceux utilisés pour l'alimentation4 ou les loisirs5, le travail6 ou la guerre7, aux animaux de compagnie, ce qui fait une grande différence quant au sort qui leur est réservé8.

 

Dans le wikimerdja

  • Achtag (#) le chat, ami d’un geek
  • Babeuf la vache qui refuse elle-aussi d’être emmenée à la mort
  • Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline
  • Dalaï le lama, pour pouvoir lui rendre son crachat
  • Darien l'utile Bruno du Jura
  • le rat Dolcino, pour ce Fra Dolcino que l’Inquisition a pourchassé jusqu’à l’éradiquer
  • Netchaïev le chat9. Rusé, malin, chaleureux et calculateur, joueur et câlin. C’est tout lui.
  • Tchernychevsky la chèvre qui bêle Que faire ? toute la journée

 

Classiste


 

Cette invisibilité est celle où se retrouve le plus grande nombre de personnes. Elle rassemble celle et ceux qui subissent les formes d’organisations sociales. Quelles qu’elles soient, hiérarchisées ou non, étatiques ou tribales, claniques ou familiale, etc. Elle exclue toutes celles et ceux qui sont bénéficiaires des pouvoirs politiques, sociaux ou économiques qui en découlent. Il serait trop long de lister ici toutes ces personnes ayant disparues de l’écriture de leur présent au profit de celles qui pensent qu’elles sont les personnages principaux de la tragi-comédie humaine.

Dans nos familles, on boit dans des verres à moutarde. Nous ne sommes pas des aristocrates. Nous manquons d’élégance ; et notre race est incertaine. Mais nous n’oublions rien.10

 

L’ensemble des actions visant à contester cet état de fait et les mécanismes de pouvoir censés les enrayer sont ce que certains appellent « guerre sociale ». Sans être toujours aussi lumineux qu’un cocktail molotov, bruyants qu’une explosion ou aussi étoilés qu’une vitrine, la plupart des actes délictueux sont réalisés au quotidien par des anonymes. Les manières sont diverses selon les réalités quotidiennes propres à celles et ceux qui les font. Au travail, à l’école, dans une administration, au commissariat ou au supermarché, dans la rue, il y a toujours des trombones jetés dans un appareil électrique, des serrures bouchées, un mécanisme qui déraille ou une étincelle qui s’étend. Le premier qui vient, au hasard. Pour s’amuser, se venger, se calmer, par curiosité ou pour tuer l’ennui…

Prolétaire déshérité ! Tu n’es pas excusable de ne pas dire ta pensée sur toutes choses, quand moi, j’ai pu le faire ! Courage ! L’Homme de bonne volonté et de sens droit peut tout faire de rien ! De tout Homme qui se dit ton maître, pédagogue ou démagogue, approche-toi sans crainte, prolétaire ! Place ton épaule contre son épaule et tes yeux en face de ses yeux. Et tu verras s’il est beaucoup plus grand que toi, et s’il supporte longtemps le feu de ton regard !11

 

Comme à dit – sans doute sans trop y croire lui-même – le président Mao : « On a toujours raison de se révolter ». Vestige d’un passé anarchiste ou clin d’œil malicieux du futur grand mandarin à un anarchisme en Chine qu’il va finir d’éliminer ?12

Et bien, oui, je le répète à la face du monde : toute « organisation » ne profite et ne profitera jamais qu’aux organisateurs ! Voilà ce que je veux « conter » encore avant de mourir. Tous ceux qui veulent faire de l’Homme la bête d’un troupeau sont des assassins. Quels qu’ils soient. […] Pourquoi ? Mais parce que je suis convaincu que les révoltes des bergers ne sont que des révoltes commanditées, quoiqu’il leur arrive, parfois, à ces bergers, de se casser le cou, eux aussi, au beau milieu de la commandite, ou de l’illusion. Et c’est pourquoi je crie, sur mon grabat : Vive l’Homme qui n’adhère à rien !13

 

Dans la guerre sociale qui opposent celles et ceux qui sont dominés aux pouvoirs constitués, ces derniers gagnent haut la main sur le nombre de morts, de blessés ou de laissés pour mort. Au travail, sur les champs de bataille, aux champs, au commissariat ou de misère, pour ne prendre que quelques exemples.

 

Sexuée


 
   
   

L'invisibilité sociale faite aux femmes dans l'écriture de l'Histoire occulte le plus souvent leur présence, leur dénie une place active dans la construction et l’économie des sociétés humaines14. Même les mouvements révolutionnaires n'échappent pas à ce schéma. Leur engagement est minimisé, empreint de romantisme, dévalorisé et expliqué par l'influence unilatérale d'un homme proche (père, frère, oncle, mari ou compagnon) dans des discours sexistes afin de correspondre à la prétendue « nature féminine »15 qui serait faîte de fraîcheur et de naïveté, de discrétion et de dévouement !

Bien que leur présence soit suspectée bien avant la préhistoire, les hominines femelles ne sont que très peu présentes dans les reconstitutions des temps préhistoriques16. Des hypothèses osées ont tenté d’imaginer que les femmes étaient bien présentes à l’époque de l’homme préhistoriques17. Même les plus réticents ont fini par admettre qu’ils projetaient de leur androcentrisme présent sur des situations antérieures. Conclusion, Lucy, la soi-disant grand-mère de l’humanité n’est peut-être pas une femelle car les critères appliqués pour le déterminer ne sont finalement pas si pertinents, et quelques fossiles ont été réexaminés pour être déclarés ceux de femmes préhistoriques. Les clichés sexistes existent toujours mais ils sont démontés progressivement afin d’expliquer les périodes préhistoriques autrement que par l’imaginaire de La guerre du feu ou de La famille Pierrafeu. Pour expliquer qu’environ 50 % des humains actuels sont dites « femmes », il fallait bien qu’elles soient « apparues » à un moment ou un autres ! À moins de prouver que les hominines se reproduisaient par parthénogenèse, comme certains lézards,

L’opposition homme/femme est un poncif des constructions linguistiques et l’invisibilité des femmes est chose courante dans les grammaires de nombreuses langues. Il existe plusieurs propositions de changement de règles grammaticales dans la langue française afin de marquer la présence féminine dans la généralité masculinisée.

Notre emploi d'un masculin [...] pour nommer le général ne sous-entend [...] pas une « masculinité »» de celles et ceux qu'il désigne, c'est une norme grammaticale, une contrainte langagière qu'il nous est difficile de contrecarrer même avec des artifices linguistiques. Conformément à son approche désillusionnée, la protivophilie n'a pas retenu les propositions de nouvelles normes : pari osé qui consiste à considérer la personne qui lit, une fois avertie, comme seule responsable de ce qu'elle veut y voir. 18

La préférence a été donné à l’alternance du féminin et du masculin grammaticale pour désigner « elles et eux » dans l’écriture des textes.

 

Dans le wikimerdja

  • Aleksandrovskia, Varvara Vladimirovna
  • Andreas-Salomé, Lou
  • Anonyme, la responsable de la médiathèque de Nice
  • Berton, Germaine
  • Bonnefoy, Maria
  • de Culam, Claudine
  • Escartefigue, Nanette
  • Mère d'Alexandre Herzen
  • Herzen, Nathalie
  • Hottin, albertine
  • F. Merdjanov
  • Grand-mère de F. Merdjanov
  • Mère de F. Merdjanov
  • Sœur (?) de F. Merdjanov
  • Mère de Svetoslav Merdjanov
  • Sœur de Svetoslav Merdjanov
  • Ségurane, Catherine
  • Smotivny, B. (?)
  • Zassoulitch, Vera Ivanovna

 

Dans Analectes de rien

  • Dani
  • Desbordes-Valmore, Marceline
  • Despentes, Virginie
  • Günderode, Karoline von
  • Le Guin, Ursula
  • Michel, Louise
  • Naef, Sabina
  • Perrier, Anne
  • Réage, Pauline
  • Sand, George
  • Södergran, Édith
  • Sylvestre, Anne
  • Trinh Thi, Coralie
  • Weil, Simone
  • Woolf, Virginia

 

Sexuelle


Contrairement à certains animaux ayant une sexualité contrainte biologiquement19, les humains disposent de la possibilité de choisir les pratiques liées à la leur. La différenciation effective entre sexualité érotique et fonction reproductive permet ainsi des combinaisons où chacun et chacune peut laisser libre-cours à son imaginaire. Une catégorisation classique est celle partageant les humains qui sont « attirés » par celles ou ceux avec qui ils peuvent se reproduire – c'est la norme sociale – sans faire appel à des méthodes extérieures (hommes et femmes hétérosexuels), des humains qui préfèrent ceux du même sexe (hommes20 ou femmes21 homosexuels). Depuis quelques décennies les catégories « bisexuel » ou « asexuel » sont défendues par leurs pratiquants, voire reconnues.

La postface des Analectes de rien mentionne l'hypothétique homosexualité de la mère de F. Merdjanov

Ceci implique que nous puissions être soit devant une situation de mère célibataire, soit de couple de type hétérosexuel si le géniteur - ou un autre - vit avec la génitrice ou partage l'élevage de l'enfant, soit dans la situation d'une femme homosexuelle, élevant son enfant seule ou avec sa compagne.22

La pansexualité définie des pratiques sexuelles érotiques dans lesquelles les choix des partenaires se font en fonction des libres attirances des individus concernés et non selon des critères de catégories23. Ce qui revient à dire que la pansexualité dépasse l'hétérosexualité, l'homosexualité et la bisexualité parce qu'elle annihile ces différenciations. Concernant la mère de F. Merdjanov, la postface des Analectes de rien ajoute :

Peut-être même pansexuelle ? Mais là encore la protivophilie ne nous permet pas d'aller plus loin que la simple conjecture.24

La catégorie pansexuelle concerne les relations entre humains25 et n'inclue par la sexualité inter-espèces que certains nomment zoophilie26.

 
Anecdotes pour servir à l'Histoire secrète des Ebugors (1733)
 
   

Aucune trace de la sexualité27 de F. Merdjanov. Peut-on supposer que, à défaut d'en avoir une à plusieurs, la pratique de la masturbation28 lui est familière29 ? Si être adepte de rien est synonyme d’une curiosité de tout, il est aisé de fantasmer avec F. Merdjanov les innombrables possibilités d’une sexualité humaine, consentie30 et multiple, où il n’est pas question d’un pseudo instinct mais d’une volonté de vivre un plaisir qui ne s’embarrasse pas des normes sociales dominantes. La théorie nihiliste de la macédoine illustre au mieux une définition d’une sexualité humaine, diverses dans ses pratique érotiques, faîtes de curiosité du mélange, de partage des envies. Une réciprocité d’oubli total de soi et de bienveillance magnifiée pour l’autre. Il nous est donc impossible d’en dire plus sur cette pseudo « sexualité merdjanovienne », elle lui est propre et n’est connue exactement que de celles et ceux qui l’on eu en partage. Il serait trop long d’énumérer ici toutes les possibilités qu’offrent une telle sexualité. Créer une nouvelle catégorie « bougre » pour la désigner ou croire en une ascendance macédonienne au prétexte de la diglossie de ce terme est une impasse. Qu’il dérive du mot « bulgare » – transformé en bogre, puis bougre – pour désigner les hérétiques bogomiles dans les Balkans au Xème siècle puis, dans un glissement, devenir un terme de stigmatisation liées à une sexualité débridée dont les bogomiles sont accusés – à tort ? – ne sont que deux faits sans lien protivophile. Être un bon bougre ou ne pas être un mauvais bougre, là n’est pas la question. De plus, il n’existe aucune preuve historique, fournie par les sciences dédiées, d’une origine macédonienne ou bogomile de l’expression « Vos normes sont trop étroites pour nos réalités ». Ni même merdjanovienne alors que l’évidence d’un rien qui permet tout rejoint la pensée du spermophile François Augiéras sur une pansexualité intègrant les relations avec l'environnement au sens large : arbres, branches, trous, terre, rochers, eaux, etc. Cette approche très intersectionnelle31 rend visible la question de celles et ceux qui subissent cette différentiation entre les hominines et un extérieur, nommé parfois nature (sic), avec laquelle il devient suspect d’avoir un imaginaire ou des pratiques érotiques. Nul besoin néanmoins de réclamer l’ajout d’une visibilité dans l’abécédaire lgbtqi et asexués. Trop compliquée de trancher entre le F ou le M pour marquer une visibilité merdjanovienne. Et opter pour les deux risque de poser d’autres problématiques liées à l’équilibre des représentations de ces visibilités sexuées. « Adepte de rien » est à la sexo-protivophilie ce que « Être contre tout » est à la protivo-sexologie, un appel à ne rien vouloir des normes et des restrictions afin de pouvoir jouer à se faire plaisir. « Contre le monde et son monde » est un petit haïku érotique qui rappelle que tout est politique, qu’armée de rien la joie est une jouissance puissante, un plaisir destructeur32.

Et finalement :

Besoin de rien. Envie de tout33

 

[Pour les âmes prudes, nous préférons préciser ici que le court texte qui suit est d’un érotisme tel qu’il nécessite quelques précautions. Il est préférable de ne pas fermer les yeux après lecture pour ne pas être submergé par un tourbillon de pensées et d’imaginaires où le plaisir réciproque est l’unique moteur d’un sexualité définitivement débarrassée de la fonction reproductive et uniquement consacrée à l’exploration réciproque des possibilités qu’offrent les rencontres érotisées. La mathématique protivophile affirme que non c’est non, et qu’à cela il n’y a rien à ajouter, ni à démontrer.]

 

Instants délicieux de la fin de nuit. Pas un souffle de vent. On ne voit rien au Monde. C’est une absence de tout ; les moments ne sont plus faits que de rien ; tout paraît suspendu. L’air immobile n’agite pas une branche ; plus un oiseau ne chante. On ne ressent que le charme intensément répandu de la vie souterraine de la terre et du ciel, si puissamment, qu’il n’y a qu’à y puiser pour en tirer ce qu’on veut.34

 

Dans le style dystopique de Anecdotes pour servir à l'Histoire secrète des Ebugors35, daté de 1733, qui narre les aventures du peuple masculin homosexuel de Ebugors, la protivophilie permet un dialogue fantasmé entre des bougres et leur accusateur. Intitulé ACAB ? ce texte pourrait être daté du XVIème siècle, lorsque l’expression langagière de bougre prend le sens de sodomite36 , si la présence de quelques anachronismes n’invalidait pas cette hypothèse. En un acte, ACAB ? s’ouvre sur un citation de François Augiéras :

- N’être rien, c’est être suspect de tout.37 Ainsi commence l’inquisiteur.

- À moins qu’on ne les recycle en godemichets, All Crucifix Are Burning, réplique le bogomile dans un anglais approximatif.38

- Il n’en est rien, le C désigne le Coran. Ce qui change tout ! Se sent obligé de répondre – dans un anglais assez proche – le représentant de la religion concurrente.

- Ce qui ne change rien car All Cops Are Bastards quand même, précise le persécuté. Acculé.

- All Christians Are Bastards est donc vrai pour toi ! Pareil pour les catholiques ! s’énerve le bel inquisiteur.

Le bogomile rétorque fièrement :

- Que vous le vouliez ou non, cela fait ACAB !

- Mais dans ce cas cela signifie que All Cats Are Beautiful… Déduction laissant sans voix le contradicteur.

- Bien sûr, le coupe l’hérétique, et aussi All Cows Are Beautiful. Ça marche aussi avec Camels ou Chimpanzee ! annonce-t-il fièrement.

De nouveau sans voix, le religieux écoute, énervé, les arguments de la poignée de bogomiles qui reprennent :

- Si par perméabilité All Culture Are Bastards, il semble évident d’admettre que All Civilizations Are Bitches.

- Mais alors cela revient à dire que All Capitalist Are Bastards, All Communist Are Bastards, font partie des significations de l’acronyme ACAB ! Cela ne veut rien dire !

Comprenant le désarroi de l’inquisiteur, le bogomile surenchérit.

- All Causes Are Breaking. Il n’en reste pas moins que All Class Are Burning et All Contra Are Base.

- Vous pensez peut-être que All Convictions Are Bombs ?

Surpris de cette question, les bogomiles s’interrompent quelques secondes. Puis répondent :

- All Cools Are Babas ? C’est toujours facile de simplifier à l’extrême, mais...

L’accusateur ne les laisse pas finir, excéder par avance de ce qu’il va entendre.

- Vous pensez peut-être que All Cynics Are Better ?

- Non. All Convictions Are Bottoms, ce qui fonctionne d’ailleurs très bien avec les cyniques. Parce que All Comedians Are Buster, All Comedies Are Burning. ACAB ! C’est pourtant simple !

Ricanements du religieux-chasseur. Puis, sur un ton de défiance, reprend :

- Trop simple. Plutôt simpliste ! All Competition Are Beautiful, non ? All Common Are Bukkake ! finit-il par dire, la bave aux lèvres.

Bien que connaissant leur contradicteur, les bogomiles ne peuvent maîtriser un haussement d’épaules pour marquer leur profond mépris à son égard.

- C’est comme si vous avanciez que All Citizens Are Beautiful sous prétexte que All Concerto Are Beautiful. Le premier est en contradiction évidente avec le sens originel de ACAB, quant au second, il est un artifice de langage servant à justifier le premier. All Clock Are Box ? Et alors ? Cela manque de précision. Nous, nous sommes contre. All Capharnaüm Are Better plutôt que All Champion Are Best !

Le suppôt du divin perd patience. Voulant reprendre la main par un autre sujet, il lance :

- Anal Coït Are Best ?

Se rendant compte au moment où il prononce ces mots qu’il vient de ne pas respecter les fondements mêmes de l’ACAB – qui sont de ne changer que les signification du C et du B – le spécialiste des annales religieuses se fige. La réponse bogomile ne se fait pas attendre.

- Vous vouliez dire All Coït Are Beautiful ? Nous n’avons pas de préférences. Dans votre volonté de contrôler la sexualité, vous oubliez que si All Coït Are Beautiful cela n’en est pas moins vrai pour Clitorisl. Il convient donc même d’ajouter All Cocks Are Beautiful et All Cunts Are Beautiful. Et à cela, vous ne pouvez rien…

- Pour de tels propos, s’emporte le religieux, la punition est une destruction complète de celles et ceux qui pensent que…

- Et ce n’est pas tout, coupe l’hérétique, car All Colors Are Beautiful. Il serait plus précis de dire All Colors Are Bastards. Quoique vous en pensiez, All Countries Are Bulgarian ne peut être retenu pour les mêmes raisons que All Chimpanzees Are Bonobos ou All Colors Are Blue !

Désarçonné, l’inquisiteur se fait menaçant.

- De vous, il ne restera rien.

- C’est faux. Quoi que vous fassiez, quoi que vous disiez ou pensiez, il y aura toujours quelqu’un pour réaffirmer que All Coït Are Bogomil ou All Coït Are Bogres donnent bien ACAB. Et cela non plus, vous n’y pouvez rien.

De plus en plus menaçante, la réponse fuse.

- Vous voulez vous défaire de tout pour arriver à rien…

- Vous voulez nous déférer sur tout, vous n’arriverez à rien : All Coït Are Beautiful à le même acronyme que All Cops Are Bastards. Ce lien indéfectible montre qu’une sexualité sans contrainte est nécessaire et qu’une sexualité sans consentement n’en est pas une, mais plutôt une forme de violence39. Nul besoin d’être devin ou de faire appel au divin, des groupes ou des individus se réapproprieront le terme de bougres, par lequel vous nous désignez et nous dénigrez, pour en faire une utilisation valorisante40, peut-être même pour affirmer une volonté de faire ce que bon leur semble dans des domaines où vous n’avez rien à foutre. Les habitants de Sodome sont en quelque sorte victimes de violences policières de l’imaginaire anti-érotique religieux. Tout comme les Gomorrhiens. Vous rendez vous compte que si All Cunnilingus Are Beautiful il en découle que All Clitoris Are Beautiful ? Si All Coït Are Bondage c’est parce que All Coït Are Bacchanal ?

- À ce petit jeu, vous ne gagnerez rien. Semporte l’anti-érotico-hérétique.

 
  All Cows Are Beef
   

- Au contraire, il y a rien à gagner. Aussi longtemps que All Cows Are Beef est vrai, on peut dire que All Cops Are Bastards l’est tout autant. ACAB un point c’est tout.

- Vous vous exposez en menaçant de la sorte.Que voulez vous dire ? All Cops Are Burning ?

Le préposé du divin s’enflamme. Les bougreriens accusés lui répondent, tranquillement.

- Vous imaginez peut-être que All Comico Are Burning ? Et pourquoi pas All Computers Are Burning ? Nous n’avons rien contre ! Nous sommes contre tout ! All Crimes Are Barricades. Mais vous tentez de nous éloigner de notre sujet. Dans nos sexualités et dans tout le reste, comme une gigantesque rainbow shower41, nous vous vomissons dessus car All Controls Are Bad.

Outré, l’inquisiteur prend la décision immédiate d’appliquer la sentence réservée pour une telle débauche sexuelle. Il note tous les ACAB, s’offusque, les répertorie, s’énerve sur le kabbalistique 1312 qu’il est à deux doigt de déchiffrer. Le petit groupe de bogomiles adeptes de « bougreries » furent conduits auprès du bourreau, puis sur le bûcher. Leurs derniers mots avant de mourir brûlés vifs furent All Coït Are Bogres.

Certains racontent que la dernière personne à mourir, dans un sursaut d’intersectionnalité antispéciste, à pu rajouter : Ah, et y’a aussi All Carnivor Are Bastards. Pensez à le noter ! Sans doute pour ne pas se donner l’impression de mourir pour rien.

 

Si cet échange fictif ne nous renseigne en rien sur la sexualité de F. Merdjanov, il nous en dit long sur le reste.

 

Reproduction

Une des conséquences les plus fâcheuses de la sexualité de type hétéro-érotique est le risque d’enfanter. Avec tout ce que cela a de désagréable d’y penser. Le terme de nullipare se compose de rien-engendrer et désigne l’état de l’hominine sans enfant biologique. Face à cette contrainte qui modifie le rapport à la sexualité, qui n’en fait plus qu’une simple source de plaisir, celles et ceux qui n’engendrent rien doivent user de subterfuges pour détourner cette réalité biologique à laquelle il est compliqué d’échapper à 100 %. On ne naît pas nullipare, on le devient. Mais l’accident est toujours possible lors de pratiques similaires à celles employées pour la reproduction. Pour se prémunir d’une telle situation non désirée, les hominines ont mis au point des méthodes dites contraceptives. Si la responsabilité biologique de l’enfantement incombe évidemment aux deux personnes participantes, la responsabilité sociale42 repose la plupart du temps sur la composante dite « féminine » du genre hominine, celle qui « porte » ce qui deviendra – s’il survit – un enfant hominine après la mise bas. Par conséquent, les femmes sont plus contraintes que les hommes43 d’être attentives à la contraception44. Cette différenciation est sociale et non biologique dans la mesure où le symbolisme associé à la biologie reproductive n’est pas une donnée biologique en soi car si aucun des deux participants ne se décide à s’occuper du nouvel engendré, celui-ci meurt assez rapidement. Faîtes l’expérience. Vous verrez, la démonstration est implacable. Des travaux récents en paléo-anthropologie tentent de repenser les schémas existants pour proposer une vision de l’évolution où biologie et sciences sociales s’entrecroisent autrement. Sur la distribution des rôles sociaux aux périodes préhistoriques, il a été noté par exemple que la quantité de calories à fournir pour nourrir un nouvel engendré est telle qu’elle nécessite un énorme travail de collecte alimentaire45. Le rythme de croissance biologique du nouvel être et sa survie sont une contrainte sociale bien plus importante que la donnée biologique de savoir qui porte la progéniture à venir. Elle ne permet pas une organisation sociale où une partie de la population est tenue isolée des taches indispensables ou seule responsable de la féconde rencontre. Cela implique alors que l’organisation sociale doit être souple sur la prise en charge collective de l’élevage de la progéniture. Une organisation trop rigide – de type couple mâle/femelle avec enfants – réduit statistiquement les chances de survie dans un environnement écologique donné. Car, rappelons-le, si aucun des deux géniteurs ne se décide, la descendance est réduite à néant. Nulle part. D’autres travaux ont été consacré à la dysmorphie humaine46. Si les différences morphologiques entre mâle et femelle existent dans l’ensemble du vivant, elles ne sont pas pour autant une généralité. Les situations sont multiples : l’un est plus gros que l’autre, parfois non, la femelle est plus grosse, parfois l’inverse. Il ne s’agit pas de nier ces données mais le postulat est de constater que chez les hominines il y a aussi une répartition genrée de l’alimentation. En d’autres termes, dans l’organisation sociale la nourriture n’est pas répartie équitablement – en variété et en quantité – entre les hominines mâles et femelles. Les exemples sont nombreux de part le monde et le temps. Qu’en est-il alors de cette dysmorphie si cette ségrégation perdure depuis les temps paléo-anthropologiques ? Qu’en est-il de l’impact d’un tel régime sur la construction sociale d’une morphologie devenant progressivement féminine au fil des générations qui se succèdent dans la ségrégation ? L’apartheid (апартхејд en macédonien) est ancien et n’a pas été récemment inventé par le régime prétorien. Ce type de travaux permettent de questionner des évidences scientifiques en ce qu’elles sont aussi le produit social d’une époque et qu’à ce titre elles projettent une somme de constructions sociales lorsqu’elles regardent vers le passé. La démarche peut être encore plus périlleuse quand cela concerne des périodes anté-historiques avec finalement très peu de matériaux d’analyses disponibles47.

 
Ligature des trompes & vasectomie  
   

Autant dire que nous n’en savons pas plus sur F. Merdjanov. Mais par l’analyse de son œuvre majeure, il est possible de l’imaginer faisant le choix d’être nullipare. Notre ignorance de la catégorie sexuelle dans laquelle notre nullipare se trouve nous permet d’affirmer que son dilemme oppose contraception définitive et temporaire, chimique et mécanique, avant ou après la naissance. Ligature ou empêchement, hormone ou stérilisation, interruption volontaire de grossesse (IVG) ou infanticide48. Seule l’IVG – autrement appelée avortement – est une action physique vécue exclusivement par les hominines femelles. Les mâles peuvent être accompagnant, tout au plus, mais ce n’est pas rien. Toutes les autres méthodes sont techniquement possibles quelque soit le sexe de la personne. Pilule contraceptive ou plante abortive, vasectomie des déférents ou ligature des trompes49, implant hormonal ou mécanique, stérilet, avortement ou pilule du lendemain, infanticide ou préservatif, spermicide ou éponge… font sans doute partie d’une longue liste de mots de vocabulaire connus de F. Merdjanov. Liste à laquelle s’ajoute sans doute aussi quelques mots de latin : cunnilingus, coitus interruptus, anus, spéculum, rectum, etc. Mais selon que F. Merdjanov soit homme ou femme, l’accessibilité à ces méthodes diffèrent selon les époques, les pays, les changements politiques et sociaux, etc.

Si la sexualité de F. Merdjanov est homo-érotique, cette problématique de la reproduction accidentelle ne se pose pas. À part quelques rares cas – pour cause de contraintes biologiques – toutes les pratiques érotiques hétéro ou homo peuvent être identiques50. La multiplicité des possibles en commun est immense au regard de ce qui ne l’est pas51. Une bonne connaissance des termes inventées pour désigner des pratiques érotiques permet généralement d’acquérir aussi du vocabulaire anglais supplémentaire, de se perfectionner un petit peu en grec et de découvrir dans la langue française des mots désuets, injurieux, rigolos ou savants. Seuls ces derniers ne peuvent véritablement être intégrés dans un érotisme de l’insulte valorisée. La multiplication des acronymes du type IST, MST, BDSM, HIV ou HPV rend leur compréhension difficile pour les plus âgés qui luttent déjà pour ne pas mélanger SNCF et EDF pour les factures, ORTF et H5N1 dans les périodes angoissantes de grippe hivernale.

Chez les hominines homo-attirés, pour rester nullipare il suffit de résister à la pression sociale d’utiliser les nouvelles techniques reproductives pour contourner un fait biologique. Accepter des techniques de stérilisation définitive pour un geste symbolique n’est pas aisé mais il n’en reste pas moins qu’une fois fait, la pression sociale n’est plus possible.

Les lignes précédentes sur la sexualité de F. Merdjanov et son hypothétique état de nullipare volontaire, permettent au moins d’esquisser le sourire encore plus radieux, le petit grognement supplémentaire, le soupir apaisé ou le soubresaut incontrôlé, de celles et ceux qui jouissent sans crainte de se reproduire accidentellement.

Il existe aussi des personnes ne voulant pas être nullipares. [réf. néc. – peu argumenté]

C’est un nihiliste.

Comment ? lui demanda son père. Quant à Paul, il leva son couteau dont l’extrémité portait un morceau de beurre, et resta immobile.

C’est un nihiliste, répéta Arcade.

Un nihiliste, dit Kirsanof. Ce mot doit venir du latin nihil, rien, autant que je puis juger, et par conséquent il signifie un homme qui… qui ne veut rien reconnaître ?

Ou plutôt qui ne respecte rien, dit Paul qui se remit à beurrer son pain.

Un homme qui envisage toute chose à un point de vue critique, reprit Arcade.

Cela ne revient-il pas au même ? demanda son oncle.

Non, pas du tout ; un nihiliste est un homme qui ne s’incline devant aucune autorité, qui n’accepte aucun principe, sans examen, quel que soit le crédit dont jouisse ce principe.52

 

Et la parentalité est de ceux-là.

 

Genrée


La catégorisation de genre53 distribue les humains de façon bipolaire54 (hommes / femmes) en liant des critères biologiques génitaux à des considérations sociales qui imposent des normes. Ainsi chaque personne a qui l'on assigne un sexe (masculin / féminin) se doit de correspondre aux attentes sociales qui lui sont attribuées : vestimentaires, langagières, comportementales, techniques55, émotionnelles, etc. Cette bipolarité (masculinité / féminité) contraint tous les humains et nie la diversité des situations en ne reconnaissant pas d’existence sociale aux queers, aux intersexes56 et aux personnes transgenres57 par exemple.

Dans beaucoup de pays, le prénom – comme l’indique sa construction linguistique – est situé avant le nom de famille (patronyme) dans l’usage social et la légalité étatique. Il est un des marqueurs sociaux de genre. En France, peu de prénoms ne comportent aucune référence genrée, la plupart se déclinant entre une version masculine et une féminine d’une étymologie commune. Certains offrent une homonymie qui cache la bipolarité de genre comme Frédéric et Frédérique. De manière plus marquée, les diminutifs sont facilement trans-genres. Seule une infinité des prénoms peuvent être considérés neutres, Dominique, Camille ou Claude par exemple58. Le genre de F. Merdjanov n’est pas connu. Même si on se livre à une analyse précise, le F. initial de son hypothétique prénom ne nous renseigne en rien. F. Merdjanov peut tout aussi bien subir une assignation au genre masculin ou féminin. Les usages sociaux dans l’espace de langue française ne laissent pas de place à un prénom neutre commençant par F. Le choix de l’attribution d’un prénom ancien ou désuet semble parcouru par des phénomènes de mode, avec des périodicités différentes59. Dans l’espace bulgaro-macédonien, les prénoms sont aussi genrés. Il arrive que d’une langue à une autre le genre d’un prénom soit inversé ou passe au neutre.

Dans toutes les régions du monde il existe des formes de transgression de cette bipolarité de genre. Certaines sont combattues, d’autres sont acceptées ou encadrées par les lois étatiques ou le droit coutumier. Depuis quelques années, les législations évoluent doucement vers des formes de reconnaissance de l’existence de personnes transgenres dont les revendications sont multiples et ne se recoupent pas obligatoirement60 : reconnaissance d’un droit à « changer de sexe » et possibilité de modifier l’état civil, création d’un troisième genre, fin des restrictions et interdictions diverses, refus des stérilisations obligatoires, etc. Les demandes de personnes transgenres vont du simple refus des assignations vestimentaires aux opérations chirurgicales ou de chimie pour changer « d’identité de genre » dans son corps. L’Inde a reconnu en 2014 l’existence d’un troisième genre qui intègre la caste des hijra, c’est à dire les émasculés et les intersexes (entre 500000 et un million de personnes). Le revers de la médaille est qu’ainsi elle entérine un peu plus une organisation sociale existante et renforce de fait les rapports d’exploitation inhérents à cette caste. Organisés par des gurus auxquels ils se rattachent par une filiation réinventée, les hijras forment une basse caste hindouiste dont les membres vivent essentiellement de mendicité et de prostitution.

 
  Une «vierge sous serment» en Albanie ottomane en 1908
   

Nombreux sont les exemples d’organisations sociales « traditionnelles » permettant de devenir homme (burrneshë et ostajnica dans les Balkans, bacha posh en Afghanistan et au Pakistan par ex.) ou femme (mukhannath et khanīth dans le monde arabe, mudoko dako en Afrique, fa'afafine et mahu en Polynésie, berdache et muxhe dans les Amériques, katoï en Asie par ex.) ou d’être accepté comme transgenre (hijra et bissu en Asie par ex.)

Dans les Balkans, plusieurs termes désignent le statut de « celle qui devient lui » : harambasa au Monténégro, tobelija en Bosnie, ostajnica dans les régions serbophones, ou sadik par les Turcs. Dans les régions albanophones d’Albanie et de Macédoine occidentale, le code traditionnel (kanun) établi au XVème siècle par Lekë Dukagjini, un noble local héros de la lutte contre les ottomans, persiste jusqu’au XXème. Le kanun de Lekë Dukagjini est divisé en 12 sections qui doivent régir l’ensemble de la vie des « Albanais » qu’ils soient chatoliques, orthodoxes ou musulmans. Tout y passe, le mariage, l’héritage, l’honneur, la vengeance, etc. Le licite et l’illicite dans une vision très patriarcale d’une « société albanaise idéale ». Il s’inspire des traditions guègues du nord de l’espace albanophone. La douzième, appelée shlirime e perjashtime « exemptions et exceptions », mentionne la possibilité pour des femmes de vivre comme des hommes. Il définie le statut des « vierges jurées »61, appelées burrneshë (de burrë « homme » avec le suffixe féminin -neshë) ou virgjineshë « femme vierge ». Ce droit coutumier est effectif lorsque dans des familles il n’y a plus assez de jeunes hommes ou adultes – pour des raisons de guerre ou de vendetta – une des femmes est désignée ou s’auto-désigne pour devenir vierge jurée afin de pouvoir gérer les biens familiaux et travailler la terre. Ce qui en tant que femme lui est impossible selon le kanun. Elle devient chef de famille avec toutes ses prérogatives dans une société patriarcale. Elle peut hériter de son père mais elle ne peut léguer ses biens. Lorsque une femme devient vierge jurée, elle peut effectuer tous les travaux ou occupations réservés aux hommes, à la stricte condition de renoncer à toute vie sexuelle. Certaines changent de prénom, d’autres non. Certaines optent pour une tenue vestimentaire masculine, d’autres conservent leur tenue féminine. Elles peuvent fréquenter les bars, discuter avec des hommes, fumer, boire de l’alcool, faire de la musique, et être armées. Dans le prix du sang de la vendetta, une vierge jurée est considérée comme un homme. Il arrive que des vierges jurées participent aux prises de décisions dans des assemblées non-mixtes d’hommes. Pour des femmes, devenir une de ces vierges est aussi une manière d’échapper aux mariages arrangés sans froisser les susceptibilités sociales ou d’obtenir un petit plus d’émancipation contre un renoncement à la sexualité. Cela permet aussi à des femmes homosexuelles d’avoir une réalité sociale moins contraignante et de pouvoir vivre en couple avec une « sœur spirituelle »62. La période communiste a fait reculer cette pratique par les droits accordés aux femmes par le régime en place. En 2008, leur nombre est estimé entre 40 et quelques centaines en Albanie. Leur existence en Macédoine n’est plus mentionné. Dans les autres pays des Balkans, cette pratique semble tombée complètement en désuétude.

Même si elles ne sont pas nulles, les probabilité pour que F. Merdjanov ait eu dans sa famille une vierge jurée, une tobelija ou une ostajnica, ne sont vraiment pas très élevées malgré les origines balkaniques de la famille Merdjanov. Nous ne pouvons affirmer que dans cette famille une personne ait pu avoir nécessité d’échapper à sa condition sociale de la sorte. Mais pourquoi pas ! Néanmoins, dans les milieux révolutionnaires de la fin du XIXème et du début du XXème siècle c’est le mariage qui est détourné de sa divine fonction pour en faire un outil d’émancipation. En Russie, les jeunes étudiants révolutionnaires se marient entre eux pour pouvoir se libérer mutuellement du carcan familiale et amoindrir, pour les unes, les pressions sociales faites aux femmes. Nous n’avons trouvé aucune mention d’une telle pratique à la même époque parmi les révolutionnaires en Macédoine.

 

Raciste


Les mêmes qui accusent les victimes du racisme d’être « trop présentes », leur dénient une existence historique positive. Subissent le racisme toutes les personnes issues de l’immigration, et plus généralement celles considérées « différentes »63 et discriminées pour cela. Les différenciations se construisent selon des critères subjectifs que sont les coutumes culturelles et sociales, la langue utilisée, l’origine familiale, la religion pratiquée ou prêtée, les habitudes alimentaires, la couleur de peau et tant d’autres. La liste n’est pas exhaustive et un seul de ces critères peut suffire pour des raisonnements racistes. Ces « différences » sont érigées en véritables frontières avec l’Autre, dans une myriade de nuances. Ces critères discriminatoires varient selon les époques et les lieux. Quand l’immigration en France est composée de beaucoup d’italiens64 ou de polonais, le racisme à leur encontre est fait de préjugés, de misère sociale, d’arbitraire, de violences populaires ou policières, de ségrégations systématiques et systémiques, et se fonde alors sur des raisonnements qui prêtent à ces migrants de mauvaises intentions personnelles et collectives, de petites vertus ou des « tares sociales qui nuisent au pays ». Ce racisme est pluriel dans ses expressions. Les populations de l’empire colonial français, alors très peu présentes en métropole, subissent des formes de racisme spécifiques. Le XVIIIème puis le XIXème siècle ont donné naissance à des théories politiques et scientifiques justifiant la hiérarchisation des humains dans des catégories appelées « races ». Ce néo-racisme se marie ainsi très bien avec la traite esclavagiste à partir de l’Afrique au profit de l’économie de pays européen, avec la colonisation progressive et son lot de pillages, d’exploitation forcenée et d’expropriations de terre. Alors que dans les colonies le racisme s’exprime sur la majorité via une minorité (les colons) épaulée financièrement et militairement par les institutions étatiques, les personnes migrantes venues, avant ou après la fin de l’empire colonial français, se confrontent dans l’ex-métropole au racisme de la majorité, supportée légalement par les autorités et moralement par le « bon-sens raciste populaire » ! Si les descendants des italo-polonais sont depuis reconnus pleinement français par l’État et les autres français, celles et ceux dont la famille proche est originaire d’ex-colonies ne sont toujours pas considérés comme tels. Ils souffrent toujours de diverses stigmatisations collectives, de répression sociale et de violences policières, d’empêchements et de contraintes administratives, etc. Ceux que le discours contestataire ou universitaire post-moderniste nomme les « racisés »65, c’est-à-dire qui subissent le racisme. Ces personnes sont individuellement assignées à une ou plusieurs catégories stigmatisantes, collectivement contraintes par injonctions à y appartenir et suspectées à jamais « de loyauté douteuse » à ce(ux) qui les catégorise(nt) ainsi !

Il n’est pas possible de déterminer le type de racisme vécu par F. Merdjanov. Si l’installation de ses ancêtres est ancienne, on peut facilement imaginer que, tout au plus, la différenciation ce fit par des moqueries enfantines et méchantes dans la cours de récréation sur macédoine et quelques jeux de mots intelligents sur la proximité phonétique entre merde et merdjanov. Un peu comme une blague culinaire à une jeune iranienne farsi et qui s’appelle Shapuri (prononcez chapouri), ou un jeune avec un prénom breton qui se tape à toute les récréations la chansonnette « Ils ont les chapeaux ronds... » lorsqu’il sort sa casquette. La créativité est grande à ces âges-là ! Si l’installation des merdjanovo-ascendants en France s’est faîte entre la dite Première guerre mondiale et 1970, il est aisément imaginable qu’ils purent être victime de stigmatisations et préjugés sur les slaves en général ou sur les « yougo » en particulier. Si elle est plus ancienne, les choses se posent autrement. La situation politique dans les territoires ottomans et les guerres qui s’y mènent font que nombre de petites communautés de réfugiés se constituent dans des villes de plusieurs pays européens. L’hostilité n’est pas aussi marquée. Nice, ville de naissance de F. Merdjanov, est un exemple parmi d’autres de l’installation d’une communauté d’exilés russes – et sans doute macédonienne selon la protivophilie :66

Dans des temporalités historiques assez semblables à la communauté russe, les exilés de Macédoine s’installent dans la ville, fuyant des situations politiques féroces. À l’instar de la Genève de la fin du XIXème siècle où les plus radicaux de toutes les tendances révolutionnaires de Russie s’installent pour ourdir faits et gestes, Nice devient le centre politico-illusionniste des exilés macédoniens.

Sans photo, ni témoignage, F. Merdjanov reste anonyme et, par conséquent, les hypothétiques points stigmatisants ne nous sont pas accessibles. L’exacerbation raciste n’est pas l’apanage de la France. Selon que la famille de F. Merdjanov soit issu de l'une ou l’autre des communautés formant la mosaïque ethnico-imaginaire macédonienne67, elle a pu vivre des formes de discriminations s’appuyant sur des discours racistes à la sauce macédonienne. La transmission d’un patronyme n’étant qu’un automatisme social et le fait de le porter un pur hasard, nous ne pouvons nous contenter de l’origine macédonienne du patronyme Merdjanov pour en tirer une quelconque conclusion. Les ascendants de F. Merdjanov ont pu finalement être originaires de partout, et donc vivre le racisme.

Cet état de fait raciste est vécu par plusieurs millions de personnes en France. Si les migrations plus anciennes sont maintenant plus valorisées par l’historiographie, les dernières en date sont minimisées dans la mise en valeur des apports multiples que toutes les migrations induisent, et leurs profondeurs historiques sont niées pour être ramenées à un simple fait sociologique actuel ou une donnée économique. Les racismes ordinaires et institutionnels se mêlent, même s’ils n’en tirent pas les mêmes avantages ou ne produisent pas de discours strictement similaires. Dans La matrice de la race68, Elsa Dorlin essaye de démontrer, par exemple, l’imbrication entre le racisme et le sexisme dans la production d’un discours politique, intellectuel ou culturel pendant la période coloniale. Les constructions sociales sur « le corps de la femme », sur sa nature, sa santé, son équilibre et son tempérament, s’articulent avec celles sur le corps des colonisés, hommes ou femmes, dans un jeu de miroir – parfois inversé – où ils servent de galvaniseur ou de repoussoir, selon les époques, pour motiver les citoyens et les citoyennes de l’État français pour son projet d’une chimérique nation française : se mettre au travail, se reproduire quand il le faut et faire la guerre sans sourciller pour sauver une nation qui « prend corps ». Faisant sienne cette antique comptine enfantine « Les ennemis de mes ennemis ne sont pas mes amis », dans une libre interprétation, le pouvoir étatique réussit de la sorte à se servir d’un discours raciste pour justifier une meilleure exploitation des colonisés et des citoyens métropolitains.

L’un des mérites du black feminism69 est d’avoir pointé les aspects racistes des discours des féministes blanches américaines dans leurs manières de dénoncer la situation des femmes noires aux États-Unis, et réussi ainsi à les rendre visibles. S’appuyant sur la critique féministe, plusieurs militantes contredisent les visions qui les assignent à la place de la « femme noire » soumise et violentée par un « homme noir » naturellement porté à ça. Elles deviennent ainsi scénaristes de leur devenir et de son analyse sans avoir à passer par la médiation des actes et des discours d’autres féministes. Généralement les femmes disparaissent derrière la figure stéréotypée de l’homme noir telle qu’elle s’est construite aux États-Unis. L’esclavage étant sur le territoire même du pays, il est compliqué de faire disparaître l’Homme noir de l’historiographie officielle. Des approches tendent à valoriser toutes les formes de résistance, individuelles ou collectives, entre hommes, entre hommes et femmes, ou entre femmes à tous les moments, de la mise en esclavage à partir de l’Afrique jusqu’aux plantations américaines70. Cela rompt avec l’écriture d’une histoire de l’esclavage où les personnes capturées sont présentées comme acceptant massivement leur sort, hormis quelques révoltes, ou attendant la mort. La visibilité de ces actes de résistance n’efface pas l’horreur de l’esclavage mais elle contribue à rappeler l’inéluctable révolte qui naît de toutes les situations, même les plus désespérées. La colonisation a peu à peu introduit une construction sociale de l’image des populations colonisées que reflètent très bien les expositions universelles et les zoos humains71 apparus au début du XIXème siècle. Dans la première phase de la colonisation, la mise en scène fabrique des habitats « primitifs » où les humains sont montrés en tant que « sauvages » pour démontrer la nécessité de la colonisation. Dans un second temps, dans une théâtralité qui frise la démonstration d’animaux savants, ce sont les « bienfaits de la colonisation » qui sont mis en avant pour motiver les prolétaires en Métropole à toujours plus travailler. Ces exemples, loin d’être exhaustifs, sont une des composantes de la pensée raciste actuelle dont les fils historiques datent de cette époque.

 
Affiche de Aferim ! (2015)  
   

De part son année de naissance, F. Merdjanov n’a connu directement que l’esclavage salarié. Un lien possible avec des formes d’esclavage classiques peut passer par son ascendance macédonienne. En effet, dans certaines régions balkaniques72, les Roms ont été contraints de se plier à des brimades, des mutilations, aux marques au fer et aux entraves et, comme dans toutes les autres régions d’Europe, ils doivent s’adapter en permanence à des lois et décrets qui tentent de les chasser. Lors sa présence dans les Balkans l’empire ottoman met en place le système de devşirme (« récolte » en turc). Entre le XIVème et le début du XIXème siècle, les familles chrétiennes des territoires conquis qui ne se convertissent pas sont contraintes de fournir régulièrement de jeunes garçons qui sont ensuite envoyés à Constantinople, éduqués au système ottoman et convertis à l’islam. À l’âge adulte, ils sont employés dans l’administration ou formés au maniement des armes pour constituer un corps d’infanterie (janissaire) ou de cavalerie (sipahi) de l’armée ottomane. À cet esclavage militaire et administratif s’ajoute l’esclavage domestique, de loisir ou sexuel alimentés par des captures de populations slaves et germaniques. En cela, l’empire ottoman est dans la continuité de la traite des esclaves pratiquée par les premiers empires musulmans qui se fournissent déjà en Afrique et en Europe centrale et orientale73. Dans les premiers siècles de son existence, l’Andalousie musulmane74 importe une grande part de ses esclaves de ces dernières régions. Le terme même d’esclave dérive de l’antique Esclavonie, l’actuelle région de Slavonie à la frontière croato-serbe, qui était l’un des points névralgiques de ce commerce d’humains via les Balkans. À tel point qu’il remplaça le terme servus employé en latin pour désigner les esclaves.

L’ancienneté de ces faits ne permet à personne d’en faire porter une quelconque responsabilité à F. Merdjanov au fallacieux prétexte que ses « origines » seraient balkaniques et que l’un de ses ascendants aient pu avoir à faire avec la traite esclavagiste. Peut-être en furent-ils victimes ? Dans cette éventualité, nous avons mené des recherches mais nous n’avons trouvé aucune pétition revancharde signée F. Merdjanov pour demander que la Turquie verse des dédommagements à l’Autriche pour le siège de Vienne en 1529 ou à des pays balkaniques pour la traite des esclaves. Ni de pétition internationaliste où la Grèce est sommée d’indemniser l’Afghanistan pour les conquêtes d’Alexandre de Macédoine. Ni aucune autre pétition d’ailleurs…

Se faire des illusions est un problème dans la mesure où, justement, il est question d’une illusion75

 

Voir aussi


 

 

Notes


 

1 Christine Delphy, Classer, dominer. Qui sont les « autres » ?, La Fabrique, 2008

2 Éric Baratay, Et l’homme créa l’animal. Histoire d’une condition, Odile Jacob, 2003

3 Peter Singer, L’égalité animale expliqué aux humain-es, Tahin Party, 2011 [en ligne]

4 Jean-Denis Vigne, Les débuts de l’élevage, Le Pommier,

5 Voir par exemple Élisabeth Hardoin-Fugier et Éric Baratay, Zoos. Histoire des jardins zoologiques en Occident. XVIèmeXXème siècle, La Découverte, 1998. Éric Baratay et Élisabeth Hardouin-Fugier, La Corrida, P.U.F., 1995 [en ligne]

6 Éric Baratay, Bêtes de somme. Des animaux au service des hommes, Éditions de la Martinière, 2008

7 Éric Baratay, Bêtes des tranchées, des vécus oubliés, CNRS Éditions, 2013

8 Robert Delort, Les animaux ont une histoire, Seuil, 1984. Éric Baratay, Le point de vue animal. Une autre version de l’histoire, Seuil, 2012.

9 Si l’on veut garder un marquage sexué par le choix du prénom, on peut avoir une chatte prénommée Albertine. Comme cela on rend visible Albertine Hottin, cachée par Netchaïev, et on préserve discrètement le jeu de mot subtil entre la sonorité de « chat » et le nom du révolutionnaire russe.

10 Alain Chany, L’ordre de dispersion. Cité à l’entrée « un plat qui se mange froid » dans Analectes de rien

11 Ernest Cœurderoy, Hurrah !!! Ou la révolution par les Cosaques. Cité à l’entrée « systema » dans Analectes de rien

12 Jean-Jacques Gandini, « L'anarchisme, matrice de la révolution chinoise », L'Homme et la société, Vol. 123, n°1 « Actualité de l'anarchisme », 1997 [en ligne]

13 Panaït Istrati, L’homme qui n’adhère à rien. Cité à l’entrée « beznatchalie » dans Analectes de rien

14 Christine Delphy, L’ennemi principal. Tome 1 : Économie politique du patriarcat, Syllepse, 1998. Françoise Héritier, Masculin-féminin. La pensée de la différence, Odile Jacob, 1996

15 Pas plus de « nature féminine » que de « nature humaine ». Marshall Sahlins, La nature humaine, une illusion occidentale, Éditions de l’Éclat, 2009 [en ligne]

16 Claudine Cohen, Femmes de la préhistoire, Belin, 2016

17 Claudine Cohen, La femme des origines : images de la femme dans la préhistoire occidentale, Belin, 2003. Pascale Leroy et Marylène Patou-Mathis, Madame de Néandertal, journal intime, Nil, 2014.

18 F. Merdjanov, « Vie et œuvre de F. Merdjanov » (Postface), Analectes de rien, Gemidži Éditions, 2017 [en ligne]

19 Environ 1500 espèces sont référencées pour leurs pratiques homosexuelles : des vertébrés aux mollusques, des insectes aux vers. Denis Chavigny, Plumes & pinceaux. Histoires de canards, Éditions Quae, 2011. Jean-Claude Féray, Grecques, les mœurs du hanneton ?, Quintes-Feuilles, 2004.

20 Guy Hocquenghem, Le Désir homosexuel, Fayard, 2000 (1ère éd. 1972)

21 Monique Wittig, La pensée straight, Éditions Amsterdam, 2007. Pauline Londeix, Le manifeste lesbien, L’Altiplano, 2008

22 F. Merdjanov, « Vie et œuvre de F. Merdjanov » (Postface), Analectes de rien, Gemidži Éditions, 2017 [en ligne]

23 Sur l’érotisation, le morceau électro hip-hop de Van Van, « Post Post » sur l’album Grâce & Volupté [à écouter]

24 F. Merdjanov, « Vie et œuvre de F. Merdjanov » (Postface), Analectes de rien, Gemidži Éditions, 2017 [en ligne]

25 L’éthologue des primates Frans de Waal classe les singes bonobos parmi les espèces pansexuelles.

26 Les sexualités érotiques entre des humains et d’autres animaux sont généralement jugées « moralement inacceptables » et punies par la loi dans plusieurs pays. En France, au XVème siècle, Gillet Soulard, de Corbeil, et une truie sont envoyés au bûcher pour avoir eu des relations sexuelles ensemble. Claudine de Culam, âgée de 16 ans, est pendue puis brûlée, le 4 octobre 1601, avec le chien avec qui elle est accusée « d'avoir eu habitation charnelle ». Leurs cendres sont dispersées. À noter le documentaire Zoo, daté de 2007, qui relate l’histoire de Kenneth Pinyan, un américain adepte de sexe avec des chevaux qui meurt en 2005 d’une perforation du colon après une sodomie par un étalon. Il avait filmé ses précédents ébats et les avait mis en ligne sur internet. Cet évènement amène le législateur de l’État de Washington à modifier les textes pour pénaliser les actes zoophiles et leur enregistrement vidéo. Parfois, les législateurs ont pénalisé la zoophilie au nom de la « défense des animaux » et de la lutte contre la cruauté, ce qui n’empêchent pas certains humains de s’introduire, via un tube, un petit rongeur dans l’anus (comme la gerbille, victime du gerbilling) où d’exécuter des chiens qui ont dévoré leur « maître » qui les violaient… En France, deux faits divers ont défrayé la chronique dans les médias. En mars 2017, dans la région de Rouen, un homme est condamné à trois mois de prison avec sursis pour des relations sexuelles avec des poules. Sa femme demande le divorce et les autorités saisissent 6 autres poules et une chèvre pour les confier à une association de « protection animale ». Déjà en 2011, dans les Vosges, un jeune garçon de 16 ans surpris avec des poules est astreint à un suivi psychiatrique, sans incarcération. Le même qui, fin 2014, sera surnommé le « violeur de chevreuils » par la presse locale pour des accusations de « violences sexuelles » sur 11 chevreuils sauvages. « Il n’explique pas vraiment son geste, il évoque une pulsion d’ordre sexuel », relatent les médias. Pour une réflexion sur la « bestialité », voir Peter Singer, « Amour bestial » repris dans la revue Amer, Éditions Les Âmes d’Atala, n° 2, 2008 [en ligne]. Pour un commentaire de la législation en France à travers l’histoire de Gérard X et Junior, son poney, voir Marcela Iacub, « Protection légale des animaux ou paternalisme ? », Raisons politiques, n° 44,‎ 2011 [en ligne]

27 Michel Bozon, « Les significations sociales des actes sexuels », Actes de la recherche en sciences sociales, Vol 128, n° 1 « Sur la sexualité », 1999 [en ligne]

28 La masturbation est une pratique sexuelle que de nombreux autres animaux utilisent aussi pour se donner du plaisir : chiens, cerfs ou singes par exemple. Elle n’est pas toujours solitaire. Personne réelle ou imaginaire. Avec ou sans objet autre que soi. À visée érotique, orgasmique et/ou somnifère. Frans de Waal, De la réconciliation chez les primates, Flammarion 1992.

29 Philippe Brenot, Éloge de la masturbation, Zulma, 2005. Écouter le morceau « Masturbation » de Vices & Râlements Déviants, le seul groupe de hip-hop qui ne souhaite que du plaisir à tou-te-s les enculé-e-s ! [à charger – mp3 zip – 31 Mo]

30 « Le consentement. 100 questions sur les interactions sexuelles », mars 2009 [en ligne].

31 « Vous avez dis inter-quoi ? », Timult, n° 7, 2013 [en ligne]

32 Alfredo Bonnano, La joie armée, 1977 [en ligne]

33 Anonyme, Éloge de rien, 2014. [en ligne]

34 François Augiéras, L’Apprenti sorcier, 1964

35 Ce texte de 1733 relate la vie des Ebugors (anagramme de Bougres) un peuple masculin homosexuel avec à leur tête Kulisber (Brise-cul) dans sa confrontation avec les Omines (Moines) et les Cythéréennes (Femmes hétérosexuelles). Chaque peuple étant lui-même divisé en différentes classes.

36 Le terme de bogre est attesté en français vers la fin du XIIème siècle pour désigner les hérétiques bogomiles qualifiés ainsi de bulgares. Parfois bolgre. Le mot bougre prend le sens de sodomite au XVIème auquel s’ajoute celui d’individu. Les féminisations bogresse ou bougresse existent dans des sens similaires. Bougre est aussi utilisé en tant qu’insulte lorsqu’il désigne les prêteurs sur gages. « Ah! bougre! s'était-il écrié, usant du juron qui était chez lui la marque la plus forte de la déférence sociale ». Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1918

37 François Augiéras, Domme ou l’essai d’Occupation, 1982

38 Nous invitons celles et ceux qui ont une mauvaise maîtrise de la langue anglaise à se munir d’une dictionnaire bilingue pour cet partie de l’article.

39 Je ne suis pas un égout séminal. Recueil de textes sur le viol comme arme de la domination patriarcale, 2008 [en ligne]

40 Nos identités Trans-Gouines-Pédés. Apports et limites de ces petites boîtes, émission radiophonique On est pas des cadeaux, Radio Galère, Marseille, mai 2014) [en ligne – mp3 – 86.2 Mo]

41 « Rainbow shower » se traduit en français par « douche arc-en-ciel ». Cette expression désigne une pratique érotique valorisant le vomi et consistant, suivant les rôles, à prendre plaisir à ce faire vomir dessus, à vomir sur quelqu’un ou à en faire vomir d’autres. Par principe, il suffit d’introduire un objet ou une partie du corps dans la bouche lors de rencontres érotiques pour qu’il y ait vomissement sur une partie choisie, pour le plus grand plaisir des personnes participantes.

42 Paola Tabet, « Fertilité naturelle et reproduction forcée », La Construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps, L’Harmattan, 1998

43 Contraception masculine, émission radiophonique Comme à la radio, Canal Sud Toulouse, novembre 2011 [en ligne – mp3 – 61.6 Mo]

44 Brenda spencer, « La femme sans sexualité et l'homme irresponsable », Actes de la recherche en sciences sociales, Vol 128, n° 1 « Sur la sexualité », 1999 [en ligne]

45 Jean-Jacques Hublin, L’évolution de l’enfance, Cours filmé au collège de France, 25 novembre 2014 [en ligne – mp4 – 884 Mo]

46 Priscille Touraine, Hommes grands, femmes petites : une évolution coûteuse. Les régimes de genre comme force sélective de l’évolution biologique, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2008. À voir aussi Priscille Touraine, « Des poils et des hommes. Entre réalités biologiques et imaginaires de genre eurocentrés », Cahier d'anthropologie sociale n° 6 : Poils Et Sang [en ligne]. Pour un tour des critiques féministes de la paléo-anthopologie, Défaire les mythes sur la Préhistoire, que sait-on de nos ancêtres ?, émission radiophonique DégenréE, Radio Kaleidoscope Grenoble, 22 février 2012 [en ligne – mp3 – 82.1 Mo]

47 John Zerzan, Futur primitif, 1998 [en ligne]. Alain C. « John Zerzan et la confusion primitive », 2000. [en ligne].

48 Collectif, L’infanticide : Réflexions autour d’un tabou, 2009 [en ligne]

49 La stérilisation volontaire, on en est où ? Émission radiophonique DégenréE, Radio Kaleidoscope Grenoble, 12 novembre 2008 [en ligne – mp3 – 82.2 Mo]

50 Un texte sur l’érotisme lorsque l’onest « moins valide ». « Vos désirs sont des échos ou des égos ? », Timult, n° 3, 2010 [en ligne]

51 Schmurgle H-K, « Se faire mettre ou pas ? Telle est la question », 1999 [en ligne]. Dorothy Allison, « Théorie et pratique du gode-ceinture », Peau, Balland, 1999 [en ligne].

52 Ivan Tourgueniev, Pères et fils,

53 Judith Butler, Trouble dans le genre, La Découverte, 2006. Christine Delphy, L’ennemi principal. Tome 1 : Penser le genre, Syllepse, 2001

54 Catherine Vidal (dir.), Féminin/Masculin : Mythes et idéologie, Belin, 2006

55 Paola Tabet, « Les mains, les outils et les armes », La Construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps, L’Harmattan, 1998

56 Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités : introduction à la théorie féministe, PUF, 2008

57 Pat Califia, Le mouvement transgenre – Changer de sexe, EPEL, 2003

58 Alexis, Alix, Aloïse, André, Ange, Anicée, Anne, Archange, Ariel, Camille, Cassandre, Céleste, Claude, Dominique, Dorothée, France, Hippolyte, Isabeau sont aussi des prénoms trangenrés.

59 Celles et ceux qui désirent approfondir cette problématique peuvent chercher parmi des listes de prénoms désuets du Québec [en ligne].

60 Julia Serano, Manifeste d’une femme trans et autres textes, Tahin Party, 2014. Pour l’étude d’un cas historique en France, voir Michel Foucault, Herculine Barbin dite Alexina B., Gallimard, 2014.

61 L’anthropologue britannique Mary Edith Durham a écrit sept livres sur l’Albanie entre 1905 et 1929 et publié des photos de ses rencontres avec des vierges jurées lors de ses voyages dans le nord de l’Albanie. Antonia Young, Les vierges jurées d'Albanie, Non Lieu, 2016. Gilles de Rapper, « Entre masculin et féminin. La vierge jurée, l’héritière et le gendre à la maison », L’Homme, n° 154-155 « Question de parenté », 2000 [en ligne]. Voir la nouvelle de Alice Munro « La vierge albanaise » dans Secrets de polichinelle, Rivages, 1996. Et aussi le roman de l’albanaise Elvira Dones, Vergine giurata, publié en 2007 en italien et non traduit en français. Le livre a été adapté au cinéma par Laura Bispuri en 2015 sous le titre de Vierge sous serment. Voir aussi le film yougoslave Virdžina (1991) de Srđan Karanović

62 Laurence Hérault, « Les vierges jurées : une masculinité singulière et ses observateurs », 2009 [en ligne].

63 Colette Guillaumin, L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel, Gallimard, 2002

64 Par exemple « Migrants italiens en Vaucluse » dans le fanzine Traits noirs, n° 9, 2003 [en ligne]

65 Le terme prête à confusion dans les différents emplois qui en sont fait. En premier lieu, il désigne l’état de celles et ceux qui subissent le racisme en étant assignés à une ou plusieurs catégories. Mais dans un glissement sémantique il sert aussi à affirmer une approche identitaire où les « racisés » se réapproprient et valorisent ce qui ne l’était pas, à l’exemple du Black is beautiful, de la négritude ou du reubeu. La frontière est ténue.

66 F. Merdjanov, « Vie et œuvre de F. Merdjanov » (Postface), Analectes de rien, Gemidži Éditions, 2017 [en ligne]

67 Daniel Panzac, « La population de la Macédoine au XIXe siècle (1820-1912) », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, vol. 66 « Les Balkans à l'époque ottomane »,‎ 1992 [en ligne]

68 Elsa Dorlin, La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, La Découverte, 2009

69 Elsa Dorlin (dir), Black Feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, L’Harmattan, 2008

70 Michael Rediker, À bord du négrier, Seuil, 2013.

71 Collectif, Zoos humains. Au temps des exhibitions humaines, La Découverte, 2004.

72 La Roumanie abolit l’esclavage des roms en 1856. À voir le film Aferim ! réalisé en 2015 par le roumain Radu Jude qui raconte la traque d’un esclave tzigane en fuite par un policier, payé par un gros propriétaire, au début du XIXème siècle en Valachie. Certains romans de Panaït Istrati parlent de la condition des roms en Roumanie et les liens que cela permit parfois avec les bandits haïdoucks.

73 Jacques Heers, Les négriers en terre d’islam, 2003

74 Pierre Guichard, Al-Andalus. 711 – 1492 : une histoire de l’Espagne musulmane, Pluriel, 2011

75 Ouverture du film Los Porfiados (2002) de l’argentin Mariano Torres Manzur.